9 octobre 2013

à Châteauneuf-du-Pape, le domaine Jean Royer, Jean-Marie ROYER : des Châteauneufs humains.

by Patrick Maclart

C’est lors d’une dégustation il y a quelques années que j’ai fait la connaissance de Jean-Marie ROYER. Je dégustais ses vins et demandais à Michel BLANC, directeur de l’interprofession de Châteauneuf, qui en était le géniteur. Il me présenta alors à notre vigneron, alors en pleine discussion remplie de rires et de claquages de cuisses avec Rémy MARTIN, fameux troisième ligne du club de rugby de Montpellier. A ce moment là, précisément, je savais que non seulement j’avais rencontré des Châteauneuf autrement, mais aussi un bonhomme avec lequel je ne pourrai que m’entendre.

Le domaine existe depuis 1986, mais c’est plus complexe que cela… « Mon grand-père était le caviste du curé ! En plus de lui acheter le vin, il travaillait les 4 hectares du domaine, mais son père Emile les avait déjà en propriété ». Le père de Jean-Marie décède très jeune à 38 ans. Jean-Marie a à peine 2 ans. Les vignes seront remises à un fermier qui s’occupera du patrimoine familial. Jean-Marie ne sera pas imprégné donc de la culture de la vigne et du vin.

Jean-Marie ROYER est arrivé à une forme de sérénité, et ce sont des rencontres qui ont exalté le vigneron qu'il est.

Jean-Marie ROYER est arrivé à une forme de sérénité, et ce sont des rencontres qui ont exalté le vigneron qu’il est.

Il apprend alors que la famille dispose d’un vignoble, et il va se diriger vers une carrière de vigneron en intégrant le lycée viticole d’Orange, mais c’était latent... « Il n’y a pas d’élément déclencheur, c’est l’âge où on s’intéresse plus aux gonzesses ou au rugby (sic), mais il fallait bosser. Dans le coin, quand on bosse l’été, c’est forcément à la vigne » ajoute Jean-Marie avec ce franc-parler qui est l’une de ses nombreuses qualités, avec l’humour.

Curieusement, sa grand-mère lui propose la reprise du vignoble, et va même l’aider à l’installation, alors qu’il y a brouille dans la famille. Le métayer lâche le vignoble, et Jean-Marie a 21 ans lorsqu’il devient vigneron pour la première fois de sa vie, et sans jamais avoir élaboré de vin. Il va commencer par vinifier chez sa grand-mère, avec deux cuves et un pressoir en bois, et doit s’adapter à cette structure nouvelle, avec la fougue et l’insouciance des jeunes hommes.

Il apprend de ses erreurs (formule qu’il a lui-même utilisée), vend son vin aux négociants pour faire rentrer de l’argent, et doit remettre un vignoble en état, avec notamment des échanges de parcelles en 1994. Sa grand-mère décède en 1989, et il va donc devenir métayer de ses tantes, héritières. Il rachète les parts de celles-ci (sauf une), et fait son petit bonhomme de chemin.

C’est en 2000 qu’il va faire son bilan, un bilan de la vie d’un homme… La rencontre avec son épouse va le poser, et le nouveau virage s’opère, objectif « qualité ». La barre sera mise sur un nouveau cap.

Au vignoble, la taille sera plus précise, avec une attention aux détails, avec un travail proche du bio; « on en est tout près » précise Jean-Marie, et des labours, ébourgeonnages, entrecoeurs grapillés, un travail du sol important.

le vignoble de la Crau présente une belle vigueur, une santé qui fait plaisir à voir, et un panorama qui laisse rêveur.

le vignoble de la Crau présente une belle vigueur, une santé qui fait plaisir à voir, et un panorama qui laisse rêveur.

Au chai, il commence les sélections parcellaires, mais rien n’a changé au niveau technologique, « seul l’homme a changé » me dit Jean-Marie avec ce bon sens paysan qui ne l’a jamais quitté. En sus de la rencontre avec son épouse, une autre grande rencontre fera évoluer les vins définitivement : Philippe CAMBIE, célèbre oenologue, et qui est toujours celui du domaine. Aujourd’hui, le domaine s’étend sur presque 5 hectares et 4,5 hectares de côtes du Rhône et vin de table. Il produit 20.000 bouteilles de Châteauneuf et 30.000 des autres appellations. L’AOC étant très restrictive sur ses rendements, je vous laisse loisir à deviner la production en bouteilles des côtes du Rhône…

au chai, rien de spécial, des barriques, un pressoir, tout ce qu'on y voit habituellement. Jean-Marie me répond alors que seul le bonhomme a changé.  Ca semble vrai.

au chai, rien de spécial, des barriques, un pressoir, tout ce qu’on y voit habituellement. Jean-Marie me répond alors que seul le bonhomme a changé. Ca semble vrai.

Jules Romains disait « Être un homme, c’est bien. Mais il y a encore mieux : être humain ». Cette situation colle parfaitement à notre vigneron qui a tant appris de la vie, et qui au fond de lui-même sait qu’il a encore tant à apprendre. C’est forcément humain…

PANNEAU

domaine Jean ROYER
Jean-Marie ROYER

BP 65
F-84230  CHATEAUNEUF-DU-PAPE

tél. +33 952 65 56 29
site internet : CLIQUEZ ICI.

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci Jean-Marie pour ce chouette moment passé, fait de complicité et de décontraction. Pour voir la vidéo réalisée avec Jean-Marie, CLIQUEZ ICI.

GAMME

Châteauneuf-du-Pape blanc 2011
60 % grenache blanc, 30 % bourboulenc, 10 % clairette. Nez élégant, très floral et raisin blanc. La bouche est fine, tendue, quelques notes minérales. La finale est très jolie, avec des arômes de tilleul et du floral. Long.

vin de Table « le Petit Roy » non millésimé
11ème année, faites le compte ! très beau nez friand, très cerise rouge, des notes d’agrumes frais (clémentine), très joli. La bouche est tendre, souple, fruitée, complète. Un sacré petit vin avec de beaux tanins qui encadrent l’ensemble. Au niveau d’un bon CDR. La finale est tendre, juteuse et longue.

Petit Roy, grande majesté. Un vin de table qui pourrait remettre des vins d'appellation droit dans leurs bottes.

Petit Roy, grande majesté. Un vin de table qui pourrait remettre des vins d’appellation droit dans leurs bottes.

Châteauneuf-du-Pape « Tradition » 2011
85 % grenache, le solde à parts (plus ou moins) égales de mourvèdre, cinsault et syrah; élevés un an en cuve. Nez très parfumé, cerise au noyau, chair de fruit, finesse et expression. La bouche est fine, soyeuse, mais dotée malgré tout de beaux tanins polis. C’est fin, très long, d’une expression un peu ferme en toute finale.

Châteauneuf-du-Pape « Prestige » 2011
100 % grenache, élevé 1 an, 2/3 en barriques et 1/3 en cuve. Issu des terroirs sud de l’appellation sur galets roulés. Nez plus réservé, plus profond et terrien, notes de fruits rouges et noirs, petites épices, buisson. La bouche est fine, belle vinosité, avec de la souplesse, de la concentration, tout en réserve. Ca finit long et fin, très expressif.

Châteauneuf-du-Pape « les Sables de la Crau » 2011
100 % grenache élevé 18 mois en demi-muids. Très beau nez opulent, généreux, cerise noire, belle maturité. La bouche est fine, élégante, au joli fruit. Belle maturité d’ensemble, avec des tanins superbement intégrés à l’ensemble, alors que la mise est récente. Très belle longueur.

de l'opulence, et des tanins extraits avec justesse. Une impression de belle garde. Bref, encore une bien belle bouteille.

de l’opulence, et des tanins extraits avec justesse. Une impression de belle garde. Bref, encore une bien belle bouteille.

Châteauneuf-du-Pape « Tradition » 2010
très beau nez vineux, intense, profond, cerise rouge, épices, cardamome. La bouche est vineuse sans excès, une belle finesse dans le volume. C’est long, fin, ça finit sur des tanins d’une finesse inouie. Longueur phénoménale, rétro sur une vinosité fine, sur la petite cerise.

Châteauneuf-du-Pape « Prestige » 2010
robe assez sombre. Très beau nez intense de fruits rouges, très épicé, belle harmonie olfactive. La bouche est structurée, un peu réservée, ça développe sur un fruit avec des notes minérales, et un tanin qui aujourd’hui s’exprime avec vigueur. Ca se resserre en finale pour aller sur une rétro de fruits noirs. Très long.

quand Châteauneuf est grand, il nous rappelle au vrai sens des appellations. Et c'est pareil pour tous les grands vins.

quand Châteauneuf est grand, il nous rappelle au vrai sens des appellations. Et c’est pareil pour tous les grands vins.

2 Responses to “à Châteauneuf-du-Pape, le domaine Jean Royer, Jean-Marie ROYER : des Châteauneufs humains.”

  • °L°

    Ciao l’ami(lle) Pat,

    Voilà qui résonne à mon dernier commentaire. 30hl/ha c’est déjà fameux. Moins de 25hl/ha pour le Vieux Télégraphe. Concernant ce dernier, suite à ma dégustation, j’en suis déçu. Certes c’est un vin élégant, de par sa robe rubis, avec son nez de cerises noires, de confiture de mûres de mère grand, une belle matière dense en bouche, on sent la concentration, une liqueur presque, un jeu d’équilibriste sans faille, c’est du velours, ça glisserait sur un terrain comme les galets du plateau de la Crau, ce n’est pas alcooleux pour deux sous. Malgré le titre, les tanins sont d’une finesse qui n’ont rien à envier aux burgondes. Quant à la longueur quasi proportionnelle au prix (55€), tu sens le potentiel de garde. Oui mais alors ? Et bien la jubilation n’est pas au rendez-vous. Peut être trop consensuel, nous sommes bien en présence d’un grand vin, mais trop lisse, en manque de personnalité, tu as bien du plaisir mais tu ne jouis pas. Bref, le plaisir n’est pas en rapport du prix (tu sais, ma logique toute logique, scientifico-cartésienne). A coté de cela, même si d’une autre catégorie, un Pessac-Léognan domaine de la Solutide en blanc dans sa toute jeunesse, avec ce coté finesse de l’acidité et rondeur, riche et gras, sec et liquoreux, noisette miellée et acacia, certes moins long mais tu éjacules précocement tellement le plaisir est intense. 14.50€ la passe ! Rires

    Alors et cette dégustation, tu parles de longeur: long, très long, phénoménal ! C’est combien en chiffre ?

    A bientôt pour d’autres partages,
    Laurent

    • Salut Laurent,

      Ben alors ? On se lâche sur le blog ? Le plaisir est souvent affaire personnelle, et il faut lorsqu’on est vigneron ou œnologue penser à faire plaisir à un nombre important de personnes. Ton plaisir n’est pas forcément le mien (bien que je partage TOTALEMENT ton avis sur la Solitude tout comme le Télégraphe…), et pas simple lorsqu’on est aux manettes d’apporter le plaisir à tous. Ca peut devenir consensuel en effet.

      Mais ce n’est pas vraiment ça qui m’énerve. Ce qui m’énerve est que certains dégustent en regardant l’étiquette, et si celle-ci est incontournable (Vieux Télégraphe, DRC, Mouton, ou autres…), le cerveau se déconnecte de son objectivité pour applaudir bêtement, béatement, en oubliant tout sens critique, positif ou négatif. C’est rageant, car certaines superstars se sont complètement trouées lors de certains millésimes, et que ce soient les amateurs ou les pros, on oublie tout sens critique sensé pour partir dans des éloges qui ne sont pas méritées.

      Pour Jean-Marie ROYER, les prix sont dans les clous. Comme je l’ai déjà écrit précédemment, je mentionne rarement les prix afin de protéger le boulot des cavistes qui souvent se trouvent confrontés à toute une série de ventes qui sont pour moi purement en concurrence déloyale : vente au domaine, salon des vignerons indépendants, foire à la saucisse où on fait venir une paire de vignerons, etc… Un bon vigneron se doit d’avoir une politique claire, et ceux qui l’ont compris ne doivent pas atteindre 5 % de la viticulture française. Coup de chapeau aux négociants ou caves coopératives qui eux ont plus de bon sens en la matière…

      Merci de ta fidélité au blog, et quand tu parles de partages, partages donc mon blog avec tes amis !
      Gourmandes salutations et large soif.

      Pat

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