31 janvier 2012

à Châteauneuf-du-Pape, le domaine DURIEU, Vincent DURIEU : décontraction exigeante.

by Patrick Maclart

Ma première rencontre avec Vincent DURIEU a eu lieu quelques jours avant la dégustation en son domaine. Sa longue silhouette décontractée, son anarchie capillaire, sa barbe de quelques jours, donnaient à cet homme à la fois un côté distingué et dégingandé. De suite, j’ai perçu chez lui un naturel à fleur de peau, un travail volontaire et acharné, tout en se donnant des airs de musicien de reggae… J’ai adoré et j’adore toujours sa personnalité. A 30 ans, il est aux manettes d’un grand domaine qui s’étend sur 115 hectares dont 37 en Châteauneuf-du-Pape. Le reste est sur Plan de Dieu (40 hectares), en Ventoux, en Côtes-du-Rhône et en vin de table.

Vincent DURIEU, la trentaine décontractée, semble mener son domaine et sa carrière avec nonchalance. Nenni, cette décontraction n’est qu’apparence. Derrière ce vernis, que vous arriverez à gratter, se cache un homme exigeant, volontaire et sans concession. Une vraie amitié d’hommes nait entre nous.

Ce grand domaine est dû à l’union par mariage de deux grandes familles. Les Avril sont arrivés à Châteauneuf au XVIème siècle (c’est la branche maternelle). Les Durieu sont récents au pays, ils arrivent de Camaret. C’est le père de Vincent qui s’est installé à Châteauneuf.

Le parcours de Vincent DURIEU est assez classique : un bac S, un DEUG et une licence biologie, un BTS viti-oeno obtenu à Orange, n’en jetez plus ! Il effectuera aussi un stage en alternance au domaine de la Présidente à Sainte-Cécile. « Mon père m’a transmis son savoir, la cave, et il m’a laissé faire. Il n’y est plus rentré depuis et ce que je fais lui plait. Il veut que je fasse les vins qui me ressemblent. J’ai acheté deux érafloirs, j’érafle beaucoup mais je garde encore quelques rafles. ». Son frère François est associé au domaine et s’occupe du commerce.

Le travail à la vigne est adapté au terroir. Le domaine est suivi par des ingénieurs de la Chambre d’Agriculture. Décavaillonnage, pas de labours mais des bineuses. Encore une petite partie du vignoble est désherbé, mais ça va s’arrêter probablement cette année. Plus d’insecticide depuis longtemps. Le vignoble est très âgé en grande partie.

la vigne de la Gardine est l’image qu’on se fait du terroir de Châteauneuf. Et pourtant, il y a myriade d’autres… Le mistral fait ici office d’excellent insecticide et anti-pourriture.

Au chai, en plus des érafloirs achetés, Vincent a diminué fortement la proportion de syrah, a arrêté l’élevage sous vieux foudres, « c’est un souffle nouveau » me dit Vincent avec humilité. Les vendanges sont manuelles en petites bennes, sauf la cuvée « l’Eperdu ». En majorité éraflée (60 %), Vincent s’amuse avec les rafles, qu’il ajoute à son gré. Fermentations alcoolique et malolactique en cuves béton, y compris l’élevage, mais après un soutirage. L’élevage durera 18 mois y compris la cuvée « Lucile Avril », encore un soutirage au printemps. Sans collage, les vins seront filtrés en fonction de l’hiver et de la lie en suspension, mais ça ne dépassera jamais 3 microns. La production s’élève au total à 200.000 bouteilles dont 100.000 de Châteauneuf. Le domaine vend encore une partie de ses vins au négoce.

Les marchés export sont modérés, car la France et les salons des Vignerons Indépendants (auxquels le domaine adhère et participe) permet déjà de bien écouler les vins. Sans quoi, USA, Belgique, Grande-Bretagne, Luxembourg, Allemagne, Italie et Suède se régalent des vins du domaine.

Vincent ne fait pas les choses à moitié, c’est un homme intelligent qui n’étalera pas ses connaissances à tout vent. Son côté décontracté pourra vous dérouter mais, si vous avez l’intelligence d’aller plus loin, plus au fond des choses, et que vous dégustez les vins avec votre palais et votre plaisir, alors là c’est sûr, vous en mettrez dans le coffre de votre voiture et vous reviendrez vous rassasier de ces vins gourmands et complets. Les tarifs de surcroît sont raisonnables. La cuvée « Lucile Avril » est un des summums du rapport qualité-prix-plaisir !

domaine DURIEU
Vincent DURIEU

10  avenue Baron le Roy
F84230  CHATEAUNEUF-DU-PAPE

tél. +33 490 83 70 86
site internet : cliquez ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ, merci Vincent du temps consacré à la dégustation et à la visite de tes vignes. Ca a été non seulement instructif mais aussi permis à comprendre tes vins. Pour voir la vidéo réalisée avec Vincent, cliquez ICI.

Châteauneuf-du-Pape 2008
70 % grenache, 20 % syrah, mourvèdre, counoise. Nez fin, fruits rouges, confiture de vieux garçon, prune, baie de poivre, laurier. Bouche fine, épicée, végétale, fraîche. Belle longueur.

Châteauneuf-du-Pape 2009
80 % grenache, 10 % syrah, solde en mourvèdre, counoise et cinsault. Très beau nez, superbe fruit de cerise, de framboise, épices douces. Une certaine rondeur dans une vinosité certaine à venir. Belle bouche harmonieuse, gourmande, concentrée, attaque sur un fruit framboise, des épices. Le développement doit encore se centrer mais ça finit bien, confortablement sur des tanins de bon aloi. Belle rétro sur le fruit et le vin.

Châteauneuf-du-Pape « Lucile Avril » 2009
90 % grenache, syrah, mourvèdre. Sélection de vieilles vignes dont certaines plantées en 1914, année de naissance de Lucile; le tout sur différentes parcelles. Après vinifications, certaines cuvées sont parfois écartées. Nez de cerise noire, chocolat, laurier, pivoine, explosif. Effet réussi ! Très belle bouche volumineuse, mais sans lourdeur. Tout doit se mettre en place, mais quel jus ! L’expression de terroir est superbe, c’est long. Le vin, curieusement, finit dans la fraîcheur et la finesse, malgré une prétention apparente au volume. J’adore, j’achète. Une bouteille au prix incroyable pour la qualité.

En voilà une quille qu’elle est belle, et qui trône dans ma cave. Volume sans lourdeur, finesse sans légèreté, parfums nets et épicés… De l’harmonie en veux-tu en voilà ! A encaver.

Châteauneuf-du-Pape « l’Eperdu » 2009
100 % grenache totalement éraflé. Elevé en fûts de 400 litres durant 14 mois. Nez intense, très boisé, fruit rouge, romarin, chocolat. Bouche intense, vineuse, charnue, corsée, d’une noble vinosité. Le bois reste tranquille durant toute l’évolution, mais revient en finale, et finit très ample. Il faut attendre que le boisé se fonde, le vin n’en saura que meilleur.

l’Eperdu est la cuvée haute couture du domaine. 100 % grenache élevé sur cuve. Chocolat, ample, large… Du beau boulot.

Châteauneuf-du-Pape blanc 2010
roussanne à 80 %, le solde en grenache blanc, clairette blanche, picpoul. Nez intense, complexe, pêche blanche, noyau, floral, abricot frais, c’est beau. Bouche grasse, ample, riche, concentrée, belle vinosité. Belle longueur. Fait partie des beaux blancs de l’appellation.

2 Responses to “à Châteauneuf-du-Pape, le domaine DURIEU, Vincent DURIEU : décontraction exigeante.”

  • Guy LOBRICHON

    Bonjour,
    Ceci n’est pas un commentaire, mais une question réfléchie. Ma chère collègue Alexia Bouffel m’a signalé le vin familial. Pourriez-vous m’indiquer le prix d’une caisse de 6 bouteilles de Châteauneuf-du-Pape composée de 2 Cuvée Lucile Avril, 2 Cuvée Traditionnelle Blanc et 2 L’Eperdu 2009 ?
    Grand merci,
    Guy Lobrichon

    • bonjour Guy,

      Merci de ton intérêt pour mon blog. Ton choix de constitution de carton me semble bien gourmand…

      Toutefois, pour ce genre de questions, je t’invite à te rapprocher du vigneron. Toutes ses coordonnées sont sur l’article (téléphone, mail,…). L’article parle d’émotions, de plaisirs, et bien sûr envie de partager tout ça. Ca semble bien parti. Mais sache que pour les infos commerciales, je préfère que tu te rapproches du domaine.

      Heureux d’avoir servi de « guide » dans ton périple, et j’espère que tu continueras à me lire.

      Gourmandes salutations.

      Patrick MACLART.

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