2 janvier 2012

à Châteauneuf-du-Pape, le domaine de la Roncière : loin d’être candide.

by Patrick Maclart

J’ai toujours été étonné des talentueux qui doutent. Pierre VESSIGAUD dans le Mâconnais par exemple. Geoffrey CANTO en est un autre. A 30 ans, il a du talent à revendre. Mais certainement l’humilité est le meilleur représentant de ses doutes.

La trentaine volontaire, Geoffrey CANTO attend de se sentir mûr pour évoluer. Ses visions sont candides, mais l’application reste pragmatique.

Il a repris les manettes en 2005 avec en poche un bac pro, un séjour au Chili avec la direction de 20 personnes. Mais il avait d’abord créé un domaine de 15 hectares en côtes du Rhône. La crise de cette appellation étant passée par là, il a préféré rejoindre son père. Il avait de toute façon envie de le faire… « C’est aussi qu’il avait confiance en moi, il savait que j’étais capable. ». Je confirme, ayant dîné avec le papa; ce dernier a eu l’intelligence de lui laisser les rênes, tout en ayant un oeil observateur.

Le domaine est en conversion bio depuis la deuxième année de sa reprise; « mon idée était d’apporter le bio au-delà de ma trentaine, pour comprendre, pour être mûr. Amener maintenant le cheval, et être en biodynamie sont mes projets de quarantaine ». Il voit ça comme une provocation, mais positive.

L’ensemble de la propriété s’étend sur 20 hectares dont 10 en côtes-du-Rhône. 20.000 bouteilles produites, dont toujours une partie vendue au négoce. Le travail à la vigne est en bio depuis 2009« Ca m’a semblé naturel, on travaille la terre depuis des générations. Tout cela m’a semblé logique. » me dit Geoffrey avec sincérité. Le millésime 2013 devrait être labellisé. Travail des sols, cavaillonnages, labours intercep, traitements au soufre sec, confusion sexuelle… Tout cela est d’application ici.

Un grenache vigoureux, sain, avec de superbes grappes et une pruine bien présente. Rien de tel qu’une bonne base pour élaborer de grands vins.

Au chai, les vendanges sont manuelles, c’est dans les textes de l’appellation. Mais elles le sont aussi sur les Côtes-du-Rhône, et ça c’est plus rare ! Table de tri à l’entrée du chai, le raisin est totalement égrappé, puis remis en cuve où se font les fermentations alcoolique et malolactique, sauf pour les cuvées qui elles feront cette dernière en barriques. 2 soutirages durant l’élevage. « En général, les syrahs et mourvèdres sont vinifiés à part, mais je manque de cuves et de place. Sans quoi je me ferai encore des plaisirs » appuie Geoffroy avec un brin de malice. Mais habituellement, l’élevage se fait en cuve ciment, et ce entre 18 et 24 mois. Mise en masse avant la mise en bouteille, où il y aura une légère filtration.

Pour le Châteauneuf blanc, c’est un vin constitué de grenache blanc, de clairette blanche et de bourboulenc. Vendangé en caissette le matin, il est éraflé puis mis au frais dans un frigo durant 4 jours… Comme une fermentation pelliculaire ! Après ce laps, pressurage de deux heures, débourbage à 12° pendant 24 heures. Enzymage et levurage. Les malos sont bloquées, mais il y a des tests sur barriques où les malos sont menées. Elevage de 6 mois puis mise en bouteille après collage et filtration.

Le résultat ? Des vins de belle personnalité, bien travaillés, d’une précision hors norme, et une définition  d’arômes rare. Geoffrey mettra toute son énergie et son esprit pour élaborer des vins qui somme toute lui ressemblent bien. Flor de Ronce est une bouteille stratosphérique, et le fait qu’elle soit sortie première au dernier concours des Châteauneuf confirme mes propos, et ajoute un sourire espiègle à ce vigneron éternellement enthousiaste.

domaine de la Roncière
Geoffroy CANTO

Quartier des Mascaronnes BP 86
F-84232 CHATEAUNEUF-DU-PAPE

tél. +33(0)4 90 83 78 08
site internet : cliquez ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci Geoffroy pour ton enthousiasme, ô croqueur de vie ! Merci aussi à l’interprofession des vins de Châteauneuf-du-Pape, d’avoir permis ce reportage et cette rencontre. Merci. Pour voir la vidéo réalisée avec Geoffrey, CLIQUEZ ICI.

Châteauneuf-du-Pape « Tradition » 2009
constitué à 80 % de grenache, 10 % de syrah, le solde en cinsault et mourvèdre. Issu essentiellement de terroirs argilo-calcaires. Le nez est discret, élégant, prometteur : prune, notes de tabac, pivoine. La bouche est ronde, souple, fruitée, équilibrée; le fruité est net. Bonne longueur.

Geoffrey maîtrise à merveille l’élevage sur fûts, qui s’il est mal conduit pourra vite donner des notes « internationales » aux vins de Châteauneuf, si marqués par leur terroir. Ici, ce n’est pas le cas, on sait doser sa barrique.

Châteauneuf-du-Pape « Louis Geoffrey – cuvée Rabelais » 2007
85 % de grenache, et 15 % de syrah élevée en barriques, quelques mourvèdres ça et là. Nez opulent de prunes, noix de muscade, floral, sucre roux, complexe. Bouche corsée, riche, bien travaillée, trame acide bien fixée dans un ensemble à l’alcool aujourd’hui marqué. Finale ample, rétro sur la vinosité.

Châteauneuf-du-Pape « Flor de Ronce » 2007
90 % de grenache, 10 % de syrah
. Vendangée très tard, au moins 2 jours après tous les autres. Nez sublime, prune, épices, grandes complexité et profondeur. Bouche immense, intense, très concentrée et sans la moindre lourdeur. C’est vineux, sans une once de vulgarité, sans impression de surmûri, la perfection est toute proche, très long, bravo !

d’habitude je n’aime pas les vins vendangés très tard, surmûris, aux saveurs de prune trop mûre et de fruit blet. Là, on est en forte maturité mais curieusement rien de ces notes là. Geoffroy a réussi à conjuger fortes maturités et fraîcheur. Bouteille d’anthologie, bravo !!

Châteauneuf-du-Pape « la Jacquerie » 2007
grenache et syrah à 50/50. Elevage sur bois pour la totalité durant 18 mois. Nez opulent, un peu animal, poivre, prune bleue, girofle. Bien meilleur en bouche, bien que devant encore se faire. J’aime beaucoup sa construction, sa charpente. Long, corsé.

Châteauneuf-du-Pape blanc 2009
assemblage de grenache blanc, clairette blanche et bourboulenc. Le nez est vraiment sur l’acacia, l’amande fraîche, notes florales, c’est un nez d’école. La bouche est ronde, fruitée, et dispose d’un bel équilibre d’ensemble et un joli petit caractère. Geoffroy a ici une marge de progression énorme, j’en suis certain.

4 Responses to “à Châteauneuf-du-Pape, le domaine de la Roncière : loin d’être candide.”

  • Berghmans Marie

    Bel article, cela m’a donné envie de découvrir ce domaine…

    • Marie,

      Je pense que c’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire. BWB étant toujours dans le partage des émotions et des plaisirs, quand l’envie a été communiquée au lecteur, je ne répondrai qu’une chose : mission accomplie !

      Bonne année 2012, faite d’amour et de santé, le reste est dérisoire. Partageons encore plaisirs et émotions ! Elle est pas belle la vie ?

      Gourmandes salutations.
      Patrick MACLART.

      • jean-christophe

        Très bel article que je n’avais jamais lu alors que je suis ce domaine depuis plusieurs années. C’est en dégustant le flor de ronce 2007 il y a quelques années que je tombais dans la magie du Châteauneuf du pape. Je ne connais pas Geoffrey mais c’est toujours un plaisir de rencontrer son papa aux salons des vignerons indépendants porte de versailles et porte de Champerret (j’ai encore passé un excellent moment vendredi soir en dégustant toute la gamme et bien entendu en repartant avec quelques cartons)! J’espère passer au domaine cet été et découvrir les vignes de près!

        • Salut Jean-Christophe,

          Pendant que les réseaux sociaux ne parlent que de Rayas et consorts, je m’intéresse aux petits producteurs soucieux d’un travail bien fait, dans l’ombre des superstars mais dont la production n’a pas à rougir.
          C’est donc en feuilletant mon blog que tu découvriras plein d’autres pépites !

          Merci de ta fidélité au blog, gourmandes salutations.

          Pat

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