14 novembre 2010

un regard français sur : les merlots du Tessin

by Patrick Maclart

Les participants à la parade… Prêts à être dégustés.

(DEGUSTATION QUI A EU LIEU EN NOVEMBRE 2009 !)

Lors de la récente paulée de Meursault, mes amis Tessinois, de passage en Bourgogne, eurent la bonne idée de présenter à la sagacité de mes papilles un florilège des merlots de leur région.

Il est vrai que cette production est de plus en plus réputée auprès des dégustateurs avertis. Souvent, ces vins sortent en dégustations comparatives aveugles, battant allègrement leurs collègues Libournais ou Italiens. Les tarifs, du coup, sont désormais eux aussi comparables !

Merci mille fois à Stefano Ghisletta et Giorgio Buloncelli pour avoir regroupé ces divines bouteilles. Il s’agit d’une dégustation exceptionnelle.

quelques bouteilles, plus en détail…

Tout d’abord un peu de théorie.

Le Tessin est un canton situé dans le sud de la Suisse, et est le seul canton italophone de la confédération. D’un point de vue viticole, on peut le diviser en deux régions : le Sopraceneri (vins plus robustes) et le Sottoceneri. On comptait avant l’attaque du phylloxera près de 8.000 hectares de vignes. Aujourd’hui, c’est un peu plus de 1.000 hectares complantés quasiment en merlot. Il subsiste encore les cépages traditionnels de cette région : le bondola et le freisa. Le Tessin est par l’importance de la superficie plantée le quatrième canton de Suisse.

et le reste..

On compte près de 4.000 vignerons qui, comme dans pas mal de régions helvétiques, ont cette occupation comme revenus complémentaires. Les vignerons-vinificateurs ne sont qu’une poignée, dont certains ont un talent inouï.

L’influence de la Méditerranée se ressent dans ce canton au climat doux. Les pluies elles tombent sur une période très courte, et les 2.200 heures d’ensoleillement assurent la bonne maturation du raisin. Le vignoble est pentu, avec parfois des pentes de plus de 30 %, et ce sur un tiers du vignoble.

On retrouve 5 zones de production avec chacune leur typicité : Mendrisiotto, Lugano, Bellinzonese, Locarnese et Malcantone.

DEGUSTATION

Elle a eu lieu à Meursault, en compagnie de mes amis Tessinois et Bunpeï Someya, sommelier japonais émérite.

Les dégustateurs en pleine forme, échangeant leurs impressions gustatives. Manque sur la photo, le photographe Bunpei Someya.

En général, j’ai trouvé ces vins exceptionnels, d’un très haut niveau de qualité, d’ambition et… de prix. En effet, sur ce point, aucun complexe, les vins rivalisent avec les meilleures productions françaises et italiennes. Toutefois, quelques-uns présentent un prix attractif. Le niveau est de toute façon élevé.

Bondola del Nonu «Bellinsona» 2007 – Mondo Azienda 14/20
Nez de myrtille très marqué, feuille froissée, viande, mûre. Bouche reprenant les arômes du nez, avec de beaux amers. Tanins rustiques, ensemble bien construit, bonne longueur.

«Trapletti- Mendiziotto» 2007 – Azienda TRAPLETTI 12/20
nez discret, fruit noir bien mûr, petites notes confiturées. Bouche discrète à l’attaque, qui développe sur un joli moelleux fruité souple, avec une belle harmonie d’ensemble. Finale convenable.

«Sassi Grossi- Tre Valli» 2007 – Gialdi s.a. 18/20
Superbe nez, fumé, lard, mûre, rôti, avec une impression malgré tout de fraîcheur. Le boisé est un poil excessif en haut de nez. La bouche est explosive, avec une attaque paraissant souple, mais développe immédiatement sur la framboise, le beurre, le sureau mûr, grande complexité. Finale sur des tanins magnifiques, corsés sans excès. Le boisé est mieux en fin de bouche, encore trop marqué dans le milieu. Longueur comme un final de Verdi !

J’avais prévu une généreuse collation pour une dégustation top niveau.

«Sinfonia Barrique- Bellinsona » 2007 – Chiericati Vini 16/20
Joli nez élégant, complexe et bien fait : fruits rouges, notes de goudron, cerise, végétal, églantier. Bouche souple à l’attaque, développant sur un fruit net, propre. A ce stade, le vin paraît simple, mais la finale est sur un tanin vanillé très élégant. Très belle longueur. Vin racé.

«Biasca riserva – Tre Valli» 2007 – Fratelli MERONI 18,5/20
100 % merlot non-filtré. Nez profond, terrien, minéral, caillou, fruit noir frais, très raisin. La bouche est très concentrée, ronde, sur le fruit «raisin». Tanin rond, enrobé, généreux; le boisé est présent sans la moindre vulgarité. Longueur phénoménale. J’achète sans hésitation.

«Gran Risavié – Malcantone» 2007 – Klausener 14/20
Nez fumé, viande rôtie, cerise noire, sureau, crème fraîche. Complexe. Bouche à l’attaque coulante, parfumée, sur le fruit. La définition du boisé et du tanin sont primaires. Longueur bonne, rétro intéressante. Meilleur au nez qu’en bouche.

«Culdrée – Mendisiotto» 2007 – TRAPLETTI 15/20
robe très sombre. Nez un peu écrasé par le boisé trop imposant à mon goût. Il masque trop. Bouche à l’attaque sur le bois, bon développement en bouche, grosse structure tannique. Finit un peu court. La rétro est sur le fruit, intéressante.

«Carato Riserva – Locarnese» 2007 – V & D Angelo DELEA 16/20
Ce vin a vraiment divisé les dégustateurs Tessinois présents et mon appréciation. Robe très sombre, nez de moka, crème au beurre, fruits. Bouche bien faite, très joli style, charmant, presque féminin. Belle longueur; élégant, dans un style moins démonstratif.

«Vinattieri – Mendisio» 2007 – Vinaltieri 14/20
Nez intense de fruits noirs, confiture qui cuit, vanille. La bouche présente une attaque bousculée, un peu astringente, un peu violente. La bouche est fermée, bousculée, jeune. La longueur est convenable. A revoir dans le temps. Au moment de la dégustation, je trouvais le vin plus spectaculaire qu’intéressant.

«Ronco dei Ciliegi Riserva – Bellinsona» 2007 – Azienda Mondo 13/20
Robe très sombre, nez très mûr, fruit compoté, impression de chaleur. Macération carbonique en partie ? Bouche à l’attaque souple, sympa, toujours cette impression de «carbo». Finale convenable.

«Platinum – Mendisiotto» 2007 – Guido BRIVIO 16/20
Nez sur une petite réduction, mais qui change après aération : fruits noirs, nets, propres. Boisé en retrait. Bouche ronde, souple, grasse. Le boisé soutient plus qu’il ne domine. Pas dangle, belle longueur.

«Rebuh’s – rosso di Nonteggia – Malcantone» 2007 – Huber 17,5/20
nez sur les fruits noirs compotés, terre humide, boîte de cigares, complexe. Bouche bousculée, mais bien faite. Très beau style. Bouche aux tanins puissants en bouche, mais jolis. Long, sur le fruit noir, persistant. Tanin de qualité sur le plat de la langue.

s’il y a bien un domaine où je ne suis pas chauvin : les fromages. A part l’Epoisses, ou retrouve du brie fermier AOC, un colonel (l’excellent Livarot), un Reblochon dégoulinant de crème, un Valençay pour la touche caprine, et un vieux fromage de Hollande offert par notre hôtesse.

«Rampeda merlot» 2007 – Fratelli MERONI 17/20
Une autre cuvée de cette famille. Robe très sombre. Nez discret, mais semble concentré et puissant, bien trop jeune. S’ouvre après une longue aération. Très merlot, cerise noire, crème, fruits au sirop. Bouche tendue, acidité marquée. Le tanin du fût s’exprime en fin de bouche, sur une élégance hors du commun. Belle longueur.

«Rovio Riserva – Luganese» 2007 – Gianfranco CHIESA 16/20
Nez complexe et subtil, fruits rouges, végétal, semble manquer d’un peu de fond. Bouche à l’attaque un peu végétale, amers présents, mais développe très bien sur un fruit et une structure intéressante. Très belle finale, acidité marquée, de garde

2 Responses to “un regard français sur : les merlots du Tessin”

  • nous sommes très content que tu as aprésié les vins tessinois, mais surtout que tu aime le Tessin. Si nous sommes les tessinois les plus connus en Bourgogne tu est le bourguignon le plus connu en Tessin :-)))

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