5 janvier 2011

Côtes du Roussillon village : trop méconnus.

by Patrick Maclart

Les côtes du Rousillon villages sont vraiment méconnus. Utilisant les mêmes cépages que leurs voisins ibères, ces derniers arrivent avec des appellations telles Priorat à vendre des bouteilles allègrement au dessus des 30 €. La qualité est pourtant souvent identique; la faculté peu commerçante des Français et un état inconscient de nos vraies richesses font la différence.

Il est deux choses dont on ne peut se moquer en Pyrénées Orientales : l’USAP et le Canigou.

Le vignoble du Roussillon se situe à l’extrême sud de la France, dans le département des Pyrénées Orientales. L’appellation « côtes du Roussillon villages » ne concernent que les meilleurs terroirs de la région, située dans la partie septentrionale de la région, sur 32 communes. Quatre communes bénéficient de l’appellation avec le nom du village : Lesquerde, Caramany, Latour-de-France et Tautavel. Au sud de Perpignan, on produit depuis 2003 une appellation particulière : côtes du Roussillon « les Aspres ».

Un plantier de jeunes vignes dans des argiles rouges spectaculaires typiques du secteur de Baixas (prononcer Bèchass).

HISTOIRE

L’implantation de la vigne date du VIIème siècle avant J.C. Les marins grecs, attirés par les richesses minières de la région, débarquèrent dans la région, utilisant le mont Canigou pour repère visuel. Le développement continua au Moyen-Âge, grâce à la réputation des vins doux naturels. Pour preuve, la codification de l’élaboration de ses vins fût éditée le 17 novembre 1299 à Perpignan par Jacques II, roi de Majorque. Le phylloxera toucha durement la région à la fin du XIXème siècle. Les vignes furent replantées et l’essentiel de la production jusque fin des années 70 entraient dans l’élaboration d’apéritifs bon marché et dans des cuvées de vins communs. Quelques locomotives, tels Hervé Bizeul, Paul Gardies ou Gérard Gauby, se lancèrent dans la production de vins de très haut niveau. Les autres se rendirent vite compte du haut potentiel de cette région. Si bien qu’on assiste régulièrement aujourd’hui à des élèves dépassant les maîtres.

GEOLOGIE

C’est l’une des plus complexes de France et du monde. On y trouve dans le nord-ouest du département (secteur des Fenouillèdes) des schistes noirs ; des sols d’arènes granitiques et gneiss au sud de ce secteur, vers Latour-de-France et Caramany. Sur Rivesaltes, ce sont des sols caillouteux des basses terrasses. Vers Thuir, ce sont des sols caillouteux typiques de ce secteur. Sur Argelès et Sorède, ce sont des sables caillouteux du piémont des Albères. Dans la vallée des Aspres, c’est un mélange de limon et d’argile. En général, dans les plaines, l’argile rouge domine.

CLIMAT

Le Roussillon a l’hydrométrie la plus basse de France : entre 500 et 600 millimètres d’eau par an, mais très mal réparties. En effet, l’ensemble des pluies tombe en 100 jours, soit entre octobre et décembre. Pour le soleil, c’est aussi l’un des plus importants de France avec plus de 2.500 heures de soleil par an, avec en été une température moyenne de 23,9 ° ! La topologie de la région influe aussi sur le climat. Amphithéâtre tourné vers ma Méditerranée, avec au nord le massif des Corbières, au sud les Albères et le Canigou à l’ouest, les vents s’en donnent à cœur joie ! Tramontane, Canigounenc, vent du nord, Marin, vent d’Espagne, Norbonnais et levant accélèrent l’évaporation au niveau de la plante et du sol. Cela a pour effet d’empêcher toute pourriture sur les raisins, entre autres.

CULTURE

La vigne est taillée en gobelet, à cause du vent, mais aussi par tradition. De plus en plus les vignes sont conduites par palissages, afin de faciliter le travail mécanique mais aussi d’augmenter la qualité des vins. La syrah elle est de port retombant, c’est à dire que ses sarments ne tiennent pas seuls en l’air. Pour ce cépage, il faut forcément palisser.

La sécurité impose le respect des panneaux de signalisation. Là, il faut marquer l’arrêt.

L’encépagement est le suivant :

LE GRENACHE NOIR apporte alcool, richesse et moelle, mais vieillit rapidement et mal, car tendance à oxyder. Il a besoin de beaucoup de soleil pour mûrir.
LA SYRAH apporte couleur, tanins et beaucoup d’arômes. Il augmente la longévité du vin mais c’est un cépage fragile à la sécheresse et à la pluie.
LE MOURVEDRE est un cépage tardif qui se plait bien dans cette région. Son pouvoir antioxydant en fait un allié de choix pour le grenache. Il apporte tanins, une palette aromatique intéressante et adore l’élevage sous bois. C’est un cépage originaire de la côte catalane.
LE CARIGNAN excellent cépage de coteaux, donne des vins de qualité à condition que son rendement soit limité. La macération carbonique lui convient à merveille.

il est des endroits, comme dans le Roussillon, où le carignan est un vrai seigneur.

il est des endroits, comme dans le Roussillon, où le carignan est un vrai seigneur.

LE CINSAULT n’a jamais connu une grande extension en Roussillon. Précoce, de vigueur moyenne, il donne des vins très fruités et peu colorés.
LE LLADONER PELUT est très semblable au grenache noir, si ce n’est qu’un degré alcoolique inférieur, et il est plus régulier dans sa production. De plus, son état sanitaire est meilleur. On le différencie du grenache à ses grains elliptiques, et à ses bourgeons velus, d’où son nom qu’on peut traduire de « grenache poilu ». C’est un cépage traditionnellement catalan.

Pour l’élaboration des vins, un assemblage de trois cépages minimum est obligatoire. Le carignan, vinifié en classique ou en carbonique, ne peut dépasser 60 %. Les cépages principaux sont aussi le grenache noir, le lladoner pelut et le cinsault. Les cépages secondaires sont la syrah, le mourvèdre et le macabeu. Ce dernier cépage, quoique blanc, peut entrer jusqu’à 10 % dans l’assemblage final en appellation côtes du Roussillon. Inutile de dire que ce n’est jamais le cas.

Au niveau terroir, on peut dire en généralité que le terroir de Lesquerde, reposant sur des arènes granitiques, produit le plus fin des villages ayant droit à la mention sur l’étiquette. Ensuite, Caramany, avec ses sols de gneiss, produit lui aussi des vins fins et fruités, dans un registre plus rond. Latour de France, avec son terroir de schistes bruns, est dans un registre de moyenne puissance, en harmonie, avec des notes typiques de grillé et de fumée, qu’on retrouve aussi dans les Fenouillèdes (terroirs de schistes noirs). Latour de France est actuellement le village qui progresse le plus, ayant été il est vrai quelque peu à la traîne. Tautavel est le plus puissant, avec un caractère viril, assis sur ses terres argilo-calcaires. Des années sont nécessaires à sa pleine expression.

Autre point important : dans les côtes du Roussillon villages « Caramany », « Lesquerde » , « Latour de France », et pour 50 % en « Tautavel », le carignan doit être vinifié en macération carbonique.

paysage typique de Collioure.

DEGUSTATION

L’ensemble des dégustations ont eu lieu soit in situ, soit chez moi. Les notes sont personnelles.

Domaine ARGUTI – côtes du Roussillon village rouge « le Grand A » 2005 (secteur Fenouillèdes) ***
Le nez est végétal, frais, typique de cette haute région du Roussillon, avec des notes complexes de sucre roux, de truffe, avec de jolies notes florales évoquant la lavande. La bouche est tendue, vineuse, avec une jolie acidité mais avec un boisé entêtant. La longueur est moyenne, l’alcool est un peu trop marqué, le tout terminant assez long. Perfectible.

Domaine ARGUTI – côtes du Roussillon blanc « le Grand A » 2005 ****
est constitué à moitié de grenache gris et blanc. Sous un nez miellé, riche, boisé, se découvre un vin ample, riche, généreux, profond, sapide. Une grande bouteille de caractère où le plus difficile sera de supputer sa durée de vie.

Quelques bouteilles prêtes à être dégustées.

Domaine BOUDAU – côtes du Roussillon villages rouge « cuvée Henri Boudau » 2005 ****(*)
Tellement savoureuse. La syrah s’exprime bien dans cet assemblage où entre aussi le grenache et le carignan. La bouche est concentrée, savoureuse. Un grand vin à un prix modique

Domaine BOUDAU – côtes du Roussillon rouge « Héritage » 2005 ***(*)
issu de tout vieux grenaches de près de 100 ans, en élevage court. C’est un vin excitant, en rien comparable. Le nez est multiple, avec des notes de prunes mûres, de garrigue, de thym, avec des parfums de noyau. La bouche ne présente que peu de tanins, mais une matière et un caractère indéniable. Pour surprendre et se laisser surprendre, mais difficile en gastronomie.

château de CALADROY – côtes du Roussillon village rouge « cuvée des Schistes » 2005 ****
A dominante syrah. Il présentait un beau nez discret mais agréable, avec de la fraîcheur, des parfums de pâte de fruits. La bouche est bien plus expressive, profonde, longue, avec de jolies notes cacaotées. Une pointe d’amertume en finale vient ajouter un sérieux à cette jolie vinification.

Domaine CAZES – côtes du Roussillon village rouge 2003 ****
Vraiment superbe. Un nez complexe de réglisse, de cuir et de tabac. La bouche, dotée d’une structure tannique impressionnante, donne une sensation d’ampleur et de longueur hors du commun.

Clos des Vins d’Amour – côtes du Roussillon village rouge « cuvée 1 + 1 = 3 » 2005 **
A forte dominante grenache, le vin présente un nez agréables de fruits rouges, avec des notes minérales. Cependant, une impression acide déjà au nez se confirme en bouche, avec un fruit aigrelet. La bouche est moyenne sans plus. La note eut été meilleure sans cette vilaine acidité.

Domaine de la Coume Majou – côtes du Roussillon village rouge « cuvée Coume Majou » 2005 **
A grosse dominante de grenache noir. Le nez présentait des notes curieuses de goudron, de brûlé, de fruits pas mûrs. La bouche présentait un léger perlant à l’attaque, avec un ensemble peu agréable. Pas de rondeur et une longueur moyenne.

Mas de la Devèze – côtes du Roussillon village rouge « la 66 » 2005 ***
Issu de rendements faibles, l’élevage est traditionnel. Le nez présente des notes d’amandes fraîches et de groseilles, avec des arrière notes d’iode. Les parfums sont plutôt discrets. L’attaque en bouche est bonne, développant sur des notes chocolatées. Belle expression de matière, bien meilleur en bouche qu’au nez.

Domaine GARDIES – côtes du Roussillon village rouge « la Torrè » 2005 *****
Simplement incommensurable. Sous un nez complexe de prune rouge fraîche, de torréfaction, de cuir, de garrigue, une bouche vous invite à la sensualité, à la profondeur, à la réalité d’un grand terroir. La concentration est hors norme, l’impression gustative exceptionnelle, la longueur comme un final de Verdi. Parmi les meilleurs vins que je n’aie jamais dégustés.

Domaine GARDIES – côtes du Roussillon blanc « les Glaciaires » 2006 ****
Au nez de pommes vertes, de raisin, avec des notes vanillées légères. La bouche est équilibrée, avec un gras et un boisé chic rares dans cette région. C’est un vin gastronomique.

Domaine GARDIES – côtes du Roussillon rouge « les Tertiaires » 2005 ****
Est bien fait, avec un fruité net, des notes torréfiées et de terre fraîche. La bouche est équilibrée, harmonieuse et finit long. Beau pour une entrée de gamme.

domaine GAUBY  « Muntada » 1998 ****(*)
Nez incroyable de cuir, impression fauve, sans lourdeur, sans vulgarité, viande rôtie, herbes aromatiques, sauge. La bouche est puissante toujours, mais sans puissance spectaculaire, tout en profondeur et en expression. Les parfums du nez se retrouvent en bouche, finissant sur un tanin patiné. Grand.

Muntada 1998 de Gérard GAUBY. Sa réputation n’est pas usurpée.

Domaine JOLIETTE – côtes du Roussillon rouge « cuvée André Mercier » 2002 **(*)
A la robe légèrement tuilée et au nez de prunes et d’épices. La bouche dominée par les tanins trouve rarement un bon équilibre. La concentration est quand même intéressante.

Domaine JOLIETTE – côtes du Roussillon village rouge « cuvée Romain Mercier » 2005 ***
Bien meilleur que le précédent. Le nez étant dominé par des parfums fruités nets (myrtilles), avec des notes de sucre roux. La bouche dispose de tanins bien maîtrisés, qui viennent étayer l’ensemble. Beau boulot.

MAS AMIEL – côtes du Roussillon village rouge « Carrérades » 2005 ****
présente un nez subtil, complexe, profond, avec des notes de cannelle, de sucre roux, des notes beurrées, le tout sur un beau boisé chic. La bouche est belle, complète, riche, avec une pointe d’alcool bien présente mais qui devrait se fondre avec le temps. Rond, beau, long et vibrant.

Qu’on aime ou qu’on déteste, Mas Amiel est indéniablement une locomotive pour les Maury en vins doux naturels, mais s’est imposé aussi avec ses vins classiques.

Château Saint-Roch – côtes du Roussillon village rouge « Kerbuccio » 2003 ***
Millésime délicat pour ce domaine ayant déjà la main lourde sur le boisé. Dans ce cas, même si le nez reprend bien les arômes du mourvèdre (minéral, terre, prune) qui s’avère superbe, la bouche déçoit par une matière trop compacte, trop boisée, et asséchante en finale. Le millésime n’arrange rien.

Clos MASSOTTE – côtes du Roussillon rouge « Corail d’Automne » 2004 ****
Exception pour ce simple CDR. Même si le nom n’est pas des plus judicieux, le vin est impeccable. Marqué au nez par les fruits à l’alcool, des notes torréfiées, de garrigue, de cerises, la bouche est complète, structurée, épicée, riche, avec en milieu de bouche le fruit qui donne son gras et sa rondeur. Une gourmandise, un bonheur. Pourvu que Pierre-Nicolas transforme cet essai en pays d’ovalie.

Olivier PITHON – côtes du Roussillon village rouge « Saturne » 2004 ***(*)
Intéressante, plus complexe, plus cérébrale que la moyenne dégustée, et difficilement accessible. C’est un vin de patient, ou d’intellectuel. A revoir car le potentiel semble énorme.

Château PLANEZES – côtes du Roussillon village rouge 2005 ****
Belle réussite pour ce vin de coopérative. J’ai trouvé un vin bien fait, avec un joli nez, large, épicé, aux arômes de fraises et des notes évoquant le bourbon. La bouche est bien faite, ample, large, charnue, mais les tanins finissent hélas un peu sec. Très belle bouteille quand même. Il semble pouvoir tenir quelques années.

Casot dans vignes Fenouillèdes

Domaine SARDA-MALLET – côtes du Roussillon rouge « Terroir de Mailloles » 2004 *****
J’ai été époustouflé. Pas d’autre mot possible ! Des notes de cacao, de cerises à l’eau-de-vie, de garrigue, avec pour survoler tout ça des arômes de truffe et des impressions minérales. Toute grande cave se doit d’avoir ces perles noires (ou rouge foncé). Un vin de connaisseur avisé.

Domaine SEGUELA – côtes du Roussillon village rouge « Candalières » 2004 ***(*)
Au nez opulent de cannelle et prunes, avec une bouche grasse et structurée, finissant rond et bien.

Domaine SEGUELA – côtes du Roussillon village rouge « Jean-Jullien » 2004 *****
Superbe ! Le nez évoque les fruits murs (prunes, fraises) ainsi que les fleurs (violette). La bouche est structurée, équilibrée, et dotée d’une belle trame tannique.

Domaine SEGUELA – côtes du Roussillon village rouge « Planète » 2004 ****
Corsée, difficilement dégustable dans sa prime jeunesse. La présence de mourvèdre ne facilite pas la chose. Le vin est corsé, boisé, et doté de tanins puissants. Il faudra le goûter à nouveau après quelques années de garde pour se faire une idée plus précise. Mais il y a du vin, de la matière, et un potentiel stratosphérique.

Jean-Louis TRIBOULEY – côtes du Rousillon village rouge « l’Alba » 2005 X
Dieu que le vin naturel peut agacer quand il est comme ça. Ce vin présentait lors de la dégustation un nez tellement mauvais : scatologique, pommes pourries, vieux cidre, que l’aventure n’a pas été poussée plus loin. Je pense que ce vigneron veut faire partie de la mouvance des « vins naturels », élevés et embouteillés sans soufre. Je ne suis pas du tout convaincu par cette méthode ; le résultat que j’ai eu dans mon verre tant ici que chez bien d’autres vignerons de cette même « tribu » me le confirme. Ce sont des vins qui peuvent bien jouer à domicile, mais qui s’effondrent à l’extérieur.

Les Vignerons de Caramany – côtes du Roussillon village rouge « Huguet de Caraman » 2005 ****(*)
Magnifique réussite pour cette coopérative habituée aux médailles et éloges pour cette cuvée. Sous une robe sombre noir, développe un nez de prunes, de vanille, de caramel, de porto. L’alcool ne domine pas le vin élégamment habillé d’un joli boisé. La bouche est large, avec toujours ce joli boisé. L’amplitude est très bonne, dotée aussi d’une belle longueur. Très joli vin.

2 Responses to “Côtes du Roussillon village : trop méconnus.”

  • de Souza

    j’ai en ma possession un magnum de Cotes de Roussillon Villages Caramany de 2000; est il encore bon à boire ?
    merci

    • Bonjour ?? (de Souza ?),

      Merci de ta question. Difficile à répondre, le tout est de savoir de quel propriétaire il est, ça donnerait déjà un plus à l’information… On m’en donne plus ?
      Merci de ta réponse, gourmandes salutations.

      Pat

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