7 mars 2013

le salon des vins de Loire 2013 : humeurs, bonheurs, coups de coeur…

by Patrick Maclart

Chaque année à Angers a lieu le salon des vins de Loire. Une occasion unique pour moi Bourguignon de tâter de la production ligérienne. Nous partageons ici beaucoup de qualités communes avec nos amis de la Loire : truculence, partage, sens du terroir, respect du végétal… Mais aussi plein de choses nous séparent, comme justement cette myriade de terroirs, de cépages. Auparavant, ce vignoble était difficilement accessible de Bourgogne, mais le nouveau contournement autoroutier permet désormais de s’y rendre plus facilement.

J’ai toujours des vins de Loire une image de vins gaillards et digestes, mais aussi de vins de terroir d’exception. En effet, qui pourrait oser dire que Savennières, Sancerre, Chinon, n’élaborent que des vins de cépages ? Il y a en Loire des vins remarquables, et à des prix d’une douceur qui n’est pas sans évoquer le fil du cours de la Loire…

L’organisation de la manifestation était sans faille, avec comme à son habitude son cortège « d’offs » où il fait bon bomber du torse en disant « j’y suis invité ! », comme afficher ses médailles d’une gloire rebattue sur un torse gibbeux. Quelques organisations n’avaient pas trouvé bon m’y inviter, mais j’y suis allé quand même, par amitié pour les vignerons en place. Nous verrons bien l’année prochaine. En général, je me rends rarement aux off. Je considère ces manifestations comme des parasites, profitant de l’organisation principale et de toute sa publicité. Ce qui m’amuse encore plus, c’est quand les organisations critiquent et snobent ceux qui somme toute les font vivre… Ah mauvaise foi quand tu nous tiens…

Je ne fais jamais le cador dans cette région, j’ai tellement de choses à apprendre. C’est donc avec mon émotion en première ligne que je me suis rendu à cette manifestation très sympathique, comme les gens de là-bas; organisation sans faille, avec un enthousiasme palpable. J’en profite pour remercier Marie de l’agence « Clair de Lune » de sa propension à se mettre en quatre pour pouvoir m’assurer un bon travail, et donc pour vous un confort de lecture.

la Loire, pour moi, ce sont ces petits chemins qui sentent la noisette du chenin, où il fait bon musarder… Où le sous-préfet d’Alphonse Daudet s’y délecterai à défaut de champs.

En attendant deux articles complets sur Savennières et Savennières Roche-aux-Moines et les vins rouges bio de Loire, j’avais envie de vous communiquer mes coups de coeur ou mes engouments ligériens. Etant donné qu’en gros, la Loire se divise en quatre grandes régions (Muscadet, Anjou, Touraine et Centre-autre Loire), j’ai repris mes domaines de prédilection de cette année. Vous aurez accès au site internet du vigneron en cliquant sur son nom.

en Muscadet, le domaine du Haut-Bourg à Bouaye

les cuvées « Signature » et « Origine » du domaine du Haut-Bourg sont des Muscadet de grande expression. Merci Nicolas et Hervé CHOBLET.

Nicolas et Hervé CHOBLET, la quarantaine dynamique, élaborent des Muscadets côtes de Grandlieu sapides, gastronomiques, et sont dotés d’un talent certain. Certes il eût été facile pour moi de vous brancher sur un Muscadet « à la mode », que le tout-Paris sirote dans des bars branchouilles, mais j’ai misé sur ce domaine pour deux raisons. La première est la régularité. Tous les ans, ce duo présente des vins d’une régularité sans faille. Deuxième : ils se sont créés une spécialité de vieux Muscadets élevés plusieurs années en cuves souterraines. Le résultat : la cuvée « Signature » 2009 et la cuvée « Origine » présentent des saveurs complexes qui sont sans rappeler à certaines cuvées burgondes, avec des notes de noisette et de buisson. Les prix sont raisonnables, précipitez-vous !

ma bouteille de référence : Muscadet côtes de Granlieu « Origine » 2002. Ce vin incroyable, issu d’un rendement de 40 hectolitres, élevé 10 ans en cuves, donne un résultat insoupçonné pour ceux qui ont de cette appellation l’image d’un petit vin printannier. Racinaire, au nez de noisettes, d’une belle minéralité, d’une présence en bouche bien assise, et d’une longueur incroyable sera à réserver sur des préparations de coques ou de couteaux à la nage, ou pourquoi pas sur les plus belles huîtres de Marennes, des Spéciales de claire n°2. Leur chair de noisette devrait s’éclater avec un tel compagnon de verre

en pays d’Anjou, le domaine LAROCHE à Savennières

depuis des années que je déguste les vins de ce domaine, aucune déception, aucun vin ne m’a laissé indifférent. La qualité d’un terroir parmi les meilleurs au monde alliée à la volonté de fer de deux femmes de tempérament donnent ce résultat. Des bouteilles qu’il faut avoir IMPERATIVEMENT dans toute belle cave qui se respecte.

Cela fait des années que l’ingambe Monique LAROCHE m’excite par ses nectars de folie, où l’expression d’un terroir est indéniable, indubitable. Il y a quelques années, la « rock’roll » Tessa, fille de Monique, assure au domaine autant la pérennité et le progrès, en inscrivant l’un des plus beaux terroirs du monde à la culture biologique, et ce depuis 2009. Qu’on parle sec ou doux, vieux ou jeune, je n’ai à ce jour dégusté AUCUNE bouteille médiocre du domaine. Ces Savennières Roche-aux-Moines se réservaient parfois, mais rien n’était plat ou neutre. Une grande adresse qui se doit d’être dans votre cave.

ma bouteille de référence : Savennières Roche-aux-Moines 1998 : l’année de notre coupe du monde de football a été aussi celle d’un grand vin, aux parfums intenses de coing, de miel d’acacia, de champignon de Paris, de bois de buisson sec et de noisette grasse. En bouche, c’est autant l’extase gustative que le velouté d’une patine de la magie du temps. C’est long, intense. Ca peut être bu aujourd’hui sur un plat d’exception, un faisan rôti et farci aux herbes, par exemple, avec quelques champignons.

en Touraine, Vincent CAREME à Vernou-sur-Brenne

Vincent CAREME a la simplicité dans son sourire. Ses vins ? Somme toute simples, raisin et terroir, mais pour en obtenir l’essence parfaite, ce sont des heures et des heures de travail. Sa dame de coeur, Tania, vient de l’autre côté du monde, et apporte une vision de fraîcheur qu’on retrouve par ailleurs dans les bouteilles de ce couple très sympa.

La bonne trentaine, Vincent Carême s’installe comme l’une des étoiles persistantes du finage de Vouvray. Ses vins sont souvent marqués simplement par le raisin et le terroir qui porte ses vignes. Ca peut paraître simple dit ainsi, mais c’est peut-être la chose la plus compliquée. Qu’on soit en effervescent, en doux, en sec, ses vins sont d’une absolue netteté, et ne manquent pour autant pas de caractère. Toute la production est labellisée bio. Son atout coeur ? Sa charmante épouse Tania, sud-africaine de nationalité, à qui on pardonnera les errances de son concitoyen lors de la finale de la dernière coupe du monde… 😉

ma bouteille de référence : Vouvray sec « Peu Morier » 2011, encore tout jeune, fermé, mais qui exhale déjà des belles notes d’agrume, de pierre et de nougat. A tenir quelques années, afin de comprendre toute la magie des beaux terroirs de cette appellation. On pourra alors le réserver sur les plus beaux sandres.

en Centre & « autre Loire », le domaine des Pothiers à Villermontais

il faudra suivre désormais les vins de « l’autre Loire » avec une attention redoublée, ça bouge, ça frissonne ! Pour preuve, les magnifiques gamays du domaine des Pothiers, qui s’installe sans aucun doute dans la durée. Sourires et plaisirs au rendez-vous, mais viendez donc !

Cela peut paraître surprenant de citer un domaine en côte Roannaise comme coup de coeur, j’assume complètement. Romain PAIRE est un mec bourré de talents, de volontés, de feu et d’envies. Avec sa charmante épouse mi-bretonne, mi-parisienne, ils vivent intensément leur métier, leur passion. Des gamays d’une précision, d’un fruité net, d’une expression… Parfois tranchants comme un silex, parfois ronds comme une framboise… L’expression du don de leur sol. Un domaine à suivre impérativement, et que tout caviste de qualité se doit d’avoir en rayons. Certaines cuvées sont habitées d’une profondeur inouïe, et les habillages ont un charme qu’on retrouve bien dans chacun des flacons.

ma bouteille de référence : côte Roannaise « n°6 » rouge 2010. Un gamay de pur fruit, intelligement élevé 6 mois en cuve, afin d’en conserver fraîcheur et spontanéité. La droiture du vin surprend tellement c’est net, propre, et sans la moindre déviance. A réserver sur une côte de porc fermier bien grillée et juteuse, du bonheur.

Rendez-vous l’année prochaine pour d’autres rencontres, d’autres coups de coeur, et peut-être des coups de gueule, on verra… En attendant, elle est pas belle la vie ?

Facebook Comments

Default Comments (10)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.