25 avril 2012

découverte en Saint-Chinian : Marion PLA : de la gourmandise et de la volonté !

by Patrick Maclart

Alors que je terminais une série interminable de Saint-Chinian 2009 lors de la dégustation « Millésimes en Languedoc » (organisée par l’interprofession des vins du Languedoc que je salue et remercie ici pour son professionnalisme et son accueil hors pair), je me mets à table afin de restaurer ce corps et cette tête qui viennent de donner beaucoup à la cause sudiste. Une petite brune pétillante me propose alors de déguster son rosé. Et là je tombe sous le charme de cette bouteille fruitée, gourmande, nette, spontanée… Bref, le portrait de sa conceptrice.

drôle, gourmande de vie et de bonnes choses, Marion PLA met toute sa volonté, tout son crédo au service de son domaine viticole. C’est réussi, on sent la vie dans ses vins.

Marion PLA, 25 ans, est la troisième génération sur le domaine. Son grand-père arrivé d’Espagne s’acheta un lopin pour arrondir les fins de mois d’un travail à la tuilerie qui payait ce qu’on donnait à cette main d’oeuvre émigrée d’alors. Mais c’est Jean-Pierre, le père de Marion qui développera le domaine. C’était le dernier rejeton d’une famille de 3 enfants. Il sera coopérateur comme bien des vignerons de sa génération, mais à la cave, on le prenait pour un fou ! Sans irrigation, avec de l’épamprage, de la vendange en vert… Il se peut qu’au fond de lui-même, il voulait déjà créer son domaine, son identité.

Alors que la cave coopérative vivotait, voire périclitait, Marion qui alors était en Nouvelle-Zélande en stage de vinification, telle une petite Jeanne d’Arc dont le physique la rappelle avec tendresse, entendit la voix de son père lui dire : « rentre, on va créer notre affaire. ». Il ne fallut pas lui répéter, et aujourd’hui, Marion est fièrement aux manettes de l’affaire familiale.

Les débuts sont très durs, Marion se rappelle à sa petite Peugeot 106 pour livrer ses clients restaurateurs et cavistes, mais on ne se plaint pas, on vit sa vie et on sait qu’elle n’est pas toujours facile… Désormais, ce sont 22 hectares en propriété qui génèrent 30.000 bouteilles environ. Encore bien de la vente au négoce, mais on élabore ce qu’on est capable de vendre.

Marion est à la genèse de grands vins. Le style est encore un tantinet hésitant entre gourmandise et structure, mais je suis certain que quelques fées se pencheront sur son cas. Et demain ? Le domaine est en première année de conversion d’agriculture biologique, et c’est un avenir aussi pur que radieux que je souhaite à cette belle Languedocienne.

Venez la rencontrer, vous passerez un grand moment de sincérité, de gourmandise et de vie. Et vu le prix des vins, votre banquier, à la place de froncer les sourcils, vous demandera peut-être de lui apporter quelques cartons…

domaine Marion PLA

15  rue de la Savonnerie
F-34460 CESSENON-SUR-ORB

tél. +33 (0)4 67 89 54 56
site internet : cliquez ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu au château des Carrasses à Quarante, lors de la manifestation « Millésimes en Languedoc ». Merci Marion pour ta spontanéité, ta sincérité, somme toute cette forme de pureté qui fait les vrais gens du terroir.

Saint-Chinian rosé « le Petit Bonheur » 2011
50 % de cinsault, le solde à parts égales de syrah et grenache, le tout en pressurage direct s’il vous plait ! Un élevage de 6 mois en cuves acier émaillé. D’une couleur rose franc, le nez part sur les fruits rouges, la fraise des bois, la fraîcheur du framboisier. La bouche a une attaque vive, un joli fruit, une vinosité naturelle, de la moelle et de la longueur. C’est très bon.

un rosé de cinsault, syrah et grenache en pressurage direct ! Ca assure la finesse, mais ça n’enlève pas la gourmandise et le plaisir. Les parfums sont d’une propreté, et la longueur plus que convenable, alléluia !

Saint-Chinian rouge « Conviction Intime » 2009
grenache et syrah à parts égales, vendangés à la main, et élevés deux ans en cuves béton. Le nez est gourmand, du fruit rouge et noir à profusion, de la mûre, du floral, de la complexité mêlée à de la gourmandise, des épices douces. La bouche est ronde, gourmande, un tanin soyeux et souple, une belle trame acide, c’est rond mais avec des angles là où il faut ! bonne longueur, du bonheur en-dessous de 9 € !

un Saint-Chinian avec une belle moelle, avec de la richesse sans excès, ça sent l’élevage long et c’est réussi. Quand on a de beaux raisins dans le sud, l’élevage sur cuves va arrondir le vin sans le priver de nourriture. Du bonheur pour moins de 9 €, mais qu’attendez-vous donc ? Viendez !

8 Responses to “découverte en Saint-Chinian : Marion PLA : de la gourmandise et de la volonté !”

  • Merci pour vos propos ! Marion Pla est douée. J´ai decouvert ses vins à Vinisud (j´avais goûté systématiquement presque tous les rosés exposés) et voilà : je l´importe en Allemagne… P.

    • salut Pascal,

      Tu as eu le nez creux. Ce qui est bien, c’est que Marion va encore progresser en précision, surtout sur les rouges. Une vigne blanche a été récemment plantée, on verra ce que ça donnera dans le temps.
      Merci de suivre mon blog et j’espère que tu y trouves toutes les infos utiles et nécessaires.
      Gourmandes salutations.

      Patrick.

  • Davy

    Merci beaucoup pour ce compte-rendu ! J’ai un peu l’impression qu’il y a à boire et à manger sur l’appellation Saint-Chinian, alors ce genre d’information est toujours précieux…

    Petite question : ils n’utilisent pas du tout d’élevage en bois, à ce que je vois ? Et tout est vendangé à la main, ou seulement pour le rouge ?

    • Salut Davy,

      Merci de ta fidélité au blog, ça me touche vraiment.

      Décidément, tes propos sont toujours pertinents ! En effet, pas de bois utilisé, et peut-être aussi pour raisons économiques. Et effectivement, les rouges sont vendangés à la main, mais il y a quelques parcelles vendangées à la machine pour les rosés. Comme il s’agit de rosés de pressurage, cela a moins d’importance.

      Pour l’appellation Saint-chinian, dont le compte-rendu arrivera bientôt, le millésime 2009 est dans la plupart des cas bien ennuyeux… Des vins linéaires, ronds, sans relief particulier. Les 2010 m’ont bien plus séduits. Vifs, frais, parfois un peu tranchants, ils s’expriment avec personnalité.

      Au plaisir de te relire l’ami. Gourmandes salutations.
      Patrick.

  • Davy

    Ça c’est de la réponse rapide ! 🙂

    Il est vrai que j’ai une certaine méfiance (peut-être exagérée) du bois, que j’associe souvent à une volonté de masquer le goût du raisin. Le vin, c’est quand même du jus de raisin, pas de l’infusion de parquet…

    J’ai encore une question technique, du coup : peux-tu m’expliquer ce qui différencie un rosé de pressurage d’un autre rosé ?

    • Davy,

      Il y a en gros deux techniques pour élaborer le rosé. La première est appellée « rosé de saignée » consiste à prélever une partie du jus d’un vin dont la vinification commence comme un vin rouge, soit jus et peaux dans une cuve (ou fût). Après quelques heures, lorsque la couleur convient au concepteur, on prélève ce jus qui fera un rosé. Le reste du jus reste en cuve et fera du vin rouge. L’avantage est qu’il y aura moins de jus par rapport aux peaux et pépins. Le vin résultant sera donc plus concentré.

      Pour le rosé de pressurage, on mettra le raisin noir dans le pressoir. Le contact direct entre les peaux et le jus en fera un « rosé de saignée ». En général, ces rosés sont plus fins d’arômes.

      Voilà, j’espère avoir répondu à ta question. Pour le bois, le tout est de ne pas le considérer comme un arôme.

      Merci de ta fidélité et ta réactivité !
      Patrick.

  • Salut Patrick,
    Tu le sais maintenant, St Chinian est une appellation que j’affectionne particulièrement, grâce à Yves Falmet, personnage passionnant et attachant au demeurant, dont tu es amateur également.
    Comment évalues tu les vins de Marion Pla en comparaison de ceux d’Yves ? en terme de style ? de vinif ?
    Toujours autant de plaisir à de te lire.
    Amicalement,
    Loïc

    • mon bon Loïc,

      Heureux de lire tes commentaires pertinents, une fois de plus. Là, tu me demandes de qualifier Vivaldi et Schumann… Pas facile.

      J’ai un attachement racinaire pour Yves FALMET. Il est pour moi l’un des tous meilleurs vignerons de tout le Languedoc. La parcelle de 19 hectares d’un seul tenant, qu’il a désherbé à la pioche pour ne pas salir le sol, est déjà un exploit en soi. Ce type, c’est du viscéral. Ses vins sont sur la finesse, les parfums, les arômes, et une belle complexité. Ses vins de pays sont soignés au possible, et représentent probablement les meilleurs rapports qualité-prix-grandeur de tout le Languedoc.

      Marion, c’est une nouvelle venue, mais aussi un talent fou. Des vins gourmands, un matériel végétal hors pair. Je qualifierai ses vins de plus gourmands, plus ronds, plus riches et peut-être plus complets que ceux d’Yves. Ils seront toutefois plus spontanés, plus lisibles, mais surtout moins complexes que ceux d’Yves. Il n’empêche que j’aime autant les deux styles que les deux vignerons.

      J’espère te voir un de ces quatre, et j’ai pensé à toi en dégustant une huile d’olives bio lors du Mondial de Bruxelles à Guimaraes, dotée d’une superbe ardence.

      Amitiés, gourmandes salutations.
      Patrick.

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