7 février 2019

à Chinon, Wilfrid ROUSSE : des vins bio et bien rabelaisiens

by Patrick Maclart

Wilfrid ROUSSE, 52 ans, a créé son domaine ex-nihilo en 1987, à 22 ans… « Je voulais être vigneron, j’avais travaillé dans une plantation de kiwis. Mes parents ne sont pas de la vigne. » Le grand-père d’un copain lui laisse un hectare et demi… « ma première déclaration de récolte, je m’en souviens comme si c’était hier : 57 hectos ! » me clame-t-il avec amusement, car l’homme est un rabelaisien, et pas que de sol. Il continue amusé « et en plus, je vinifiais dans une grange ! ».

gourmand de vie, de rires, de plaisirs, de joies. Voilà Wilfrid ROUSSE. Et tout cela se ressent dans les vins, sans oublier tout le boulot qu’il préfère occulter, par pudeur.

2 hectares et demi vont se libérer en 1998, le propriétaire ayant envie d’aider un jeune qui démarrait… « c’était de la vieille vigne. Il fallait replanter un hectare, ça faisait partie du deal. Ca donne aujourd’hui ma cuvée Galuches ». Puis il a acheté le bâtiment actuel en 1994, tout en reprenant les vignes de vignerons partant à la retraite, car la plupart d’entre eux appréciaient son boulot.

la magie du temps qui passe sur le vin, où le mélange crée des arômes que seul la patience peut apprécier…

La culture bio, au départ, Wilfrid ne connaissait pas… « au début, ça me faisait peur car il n’y avait pas de vins convaincants, et je n’avais pas la trésorerie pour le matériel, il faut aussi du temps pour bien connaître sa vigne » dit-il avec justesse et raison. Il se lancera en 2004. C’est en goûtant les vins de certains collègues qu’il passera le cap… « il y avait de la profondeur dans les vins, du terroir, et pas ce côté « brûlant » de certains cabernets. Et puis il faut être courageux pour y aller ». L’autre point sur lequel Wilfrid ne transige pas, c’est la maturité du raisin… « ça doit être mur le cabernet. Moi du poivron, j’en veux pas ! » assène-t-il.

du cabernet tout propre, dans une vigne impeccablement effeuillée… Ca doit donner du bon vin ça !

A la vigne, le travail est certifié bio, travail du sol, une hauteur de palissage supérieure à ce qui se fait dans l’appellation, du labour intercep. En visitant la vigne de Wilfrid, j’ai même constaté que les protections des pieds des jeunes vignes étaient lestées d’un petit tas de terre pour éviter « l’effet cheminée » et fatiguer la jeune plante. Un détail qui demande bien du travail.

Au chai, les raisins sont égrappés, encuvage… « j’essaie de rentrer la vendange froide, comme une sorte de prémacération à froid. Ca extrait de plus jolis arômes ». Soutirages, 2 ou 3, pas plus. Entonnage, élevage entre 12 et 24 mois, et puis c’est tout ! Aucune intervention, sauf urgence. Les Galuches quand à elles ne passeront que quelques mois en cuves avant mise.

le chai est une cathédrale. Creusée dans le tuf, les pierres ont servi à la rénovation du château de Fontainebleau. Impressionnant, et frais.

Aujourd’hui, le domaine s’étend sur 20 hectares pour produire 90.000 bouteilles par an. L’export ne représente que 10 % de la production, avec les USA, et un nouveau marché s’ouvrant sur le Canada.

Etonnant ce Wilfrid, croqueur de vie. Tout est bon dans ses vins, comme dans le cochon. Et ce rabelaisien de terre l’est aussi dans l’esprit, dans l’âme, et dans l’idée que ses vins seront bus. Le plaisir pour étendard, en quelque sorte.

Wilfrid ROUSSE
VIGNERON

« la Halbardière » – 19-21 route de Candes
F-37210  SAVIGNY-EN-VERON

Tél. +33 (0)2 47 58 84 02
Site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci Wilfrid pour ce moment de complicité rare, et ta générosité autant que ta simplicité. Bien des vignerons devraient s’inspirer de ta personne. Pour voir la vidéo réalisée avec Wilfrid, CLIQUEZ ICI.

une gamme complète, homogène, de haut vol. Comme dans le cochon, tout y est bon !

Chinon blanc 2015
100 % chenin blanc. Nez frais, poire, floral, élégant. La bouche est fraîche, joyeuse, rieuse, facile. C’est simple, bien fait, belle expression végétale. Long.

le Chinon blanc n’a jamais été ma tasse de thé. Il y a d’autres endroits en Loire pour trouver de beaux chenins. Ici toutefois on tombe sur quelque chose d’honnête et sapide.

Chinon rosé 2015
100 % cabernet franc. Couleur claire, lumineuse. Nez végétal, ortie fraîche, joli fruit en fond de nez. Bouche fraîche, sapide, goûteuse, présente, longue. Superbe rétro.

Chinon « les Galuches » 2015
Sur des terroirs de sable et graviers, vers les bords de Loire. 100 % cabernet franc élevé 6 mois sur cuve. Nez explosif, framboise, simple, mais superbe par sa précision, dans son expression. Bouche superbe, petits tanins bien présents. Bonne finale, on en boirait des seaux !

un vrai Chinon de soif, gourmand, sapide, rond et long, charmeur en diable. Du nanan.

Chinon « les Puy » 2014
Sur des argiles siliceuses. 100 % cabernet franc élevé 12 mois en fûts, mais pas de neufs. Non-filtré. Très beau nez net, plus profond, fruits rouges, épices. La bouche est un rien austère aujourd’hui, mais ça va promettre. Il est jsute timide et réservé pour l’instant.

Chinon « le Bois de Beaumont » 2014
Vignes de 50 ans sur des argiles calcaires. Elevage de 12 mois sur fûts de 4 vins. Très beau nez plein, complet, net. La bouche est tout simplement superbe, pleine, charnue, du bonheur liquide. Il y a tout ce qu’il faut là où il faut. Très long, j’achète !

voyage dans le temps, dans la magie des vieux millésimes… Des moments rares.

Chinon « clos de la Roche » 2011
Vignes de 70 ans sur des argiles et du tuf, tout ça dans un clos. La bouche est corsée, riche, ça me semble pas encore prêt. A attendre, des promesses qui seront probablement tenues.

Idem 2010
Plus ouvert, plus affable. La bouche est plus facile, plus lisible déjà aujourd’hui. Ca se fera encore demain. A suivre.

La dégustation s’est terminée avec un Chinon 1987 et un autre de 1997, qui présentaient une patine, une évolution conformes à leur âge vénérable. Toutefois, le fruit était encore bien présent dans le verre. La qualité de la cave y est pour quelque chose, mais celle du vigneron aussi. Des moments inoubliables…

voyage dans le temps, dans la magie des vieux millésimes… Des moments rares.

2 Responses to “à Chinon, Wilfrid ROUSSE : des vins bio et bien rabelaisiens”

  • Bruno DEPREZ

    Ce bonhomme me donne vraiment envie d’aller le voir. Ses vins ont l’air top, juste espérer que les prix ne soient pas exagérés.

    • bonjour Bruno,

      Tu peux aller chez lui les yeux fermés, bien que tu puisses les laisser ouverts, la cave vaut vraiment le détour ! Les prix restent raisonnables vu le travail fait autour de ces vins.

      Merci pour ton commentaire, belle journée à toi.

      Patrick

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