6 juillet 2017

Bourgogne Wineblog déguste les vins « nature » du Piémont à Paris !

by Patrick Maclart

Il y a quelques temps, j’ai été convié à une bien jolie dégustation de vins « nature » italiens. Il est indispensable de remercier ici Florence ANDRIEU de l’agence BALPOP, ainsi que toute son équipe, pour la qualité de l’organisation et de l’accueil. Tout a été fait en toute simplicité et convivialité.

BON, UN NATURE, C’EST QUOI ?

Il y a quelques années, c’était avant tout un sujet de polémiques sur les réseaux sociaux. Quand les vins nature sont apparus, une flopée de défenseurs invétérés sont montés au créneau, créant à foison des blogs spécialisés en la matière, mais aussi autant de détracteurs hélas. Malheur à celui qui les critiquait, il risquait dans le meilleur de perdre plein « d’amis », et dans le pire des cas l’écartèlement sur place publique. J’exagère un tantinet, mais on n’en était pas loin. J’en ai fait l’amère expérience en « osant » critiquer une dégustation de vins nature du Beaujolais, estimant que les vins n’étaient pas au top. Un commentaire cinglant d’une blogueuse avait été assez net en écrivant, je cite : « si c’est comme ça, tu n’as rien à faire dans le Beaujolais, rentre chez toi ». Avouez que c’est bien épicé !

Aujourd’hui, je me pose des questions sur ce qu’est vraiment un vin nature. Dans les dégustations réservées à ce type de vins, on y voit de tout : vignerons bio, biodynamistes, des zéro soufre, des illuminés aussi, et depuis peu des sacrés opportunistes profitant de cet effet de mode pour accrocher les wagons et tenter de vendre un tantinet de bouteilles. Exécrable, dégoûtant, il serait bon que le ménage se fasse désormais dans ce sens. Ces opportunistes sont aussi « natures » que moi pilote d’Airbus. Il suffit d’être jeune et jolie, d’être accorte comme un violoncelle, ou avoir certaines opinions, pour être dans ces salons. Basta.

le temps des vins « nature » qui « saucissonnent », avec ce parfum étonnant de peau de saucisson sec, est révolu. Aujourd’hui, place aux fruits nets, propres et opulents. Il reste toutefois encore et toujours des exceptions, comme dans toutes les catégories de vins. Photo source : valenciennes.alerteapero.com

Je n’ai pas d’avis tranché sur la chose. Pour moi, le vigneron se doit de faire son vin comme il le sent, et au consommateur de prendre ce qui l’intéresse. Je trouve personnellement que lors d’une dégustation à l’aveugle, les vins « bio » ou « biodynamiques » (cherchez sur Google !) sortent souvent du lot, mais ce n’est pas une règle absolue. Il y a aussi de mauvais vins de ce type. Quant au « zéro soufre », ils ont fait d’énormes progrès ces dernières années, avec des cuvées bien convaincantes. Si en blanc les choses me semblent plus délicates, les rouges présentent des fruits de plus en plus opulents, riches, avec des bouteilles stables. Ce qui m’amuse aussi dans ce type de vins, c’est la décontraction, la décomplexion. Les étiquettes sont modernes, drôles, pertinentes ; les noms des cuvées très drôles, très recherchées.

Il est sûr que ces vins m’intéressent de plus en plus. Ils méritent toute notre attention. Respecter les grands terroirs, c’est forcément un gage d’avenir. Bien sûr je m’amuse tout le temps de ceux qui recherchent des vins bio, biodynamiques ou natures, et qui repartent de chez le caviste en Porsche Cayenne. Il y a ceux qui oublient aussi que les sulfites ont envahi tous nos aliments, mais c’est à chacun d’entre nous de faire ses choix, et les meilleurs possibles. Comme à la quête à l’église, on y met en fonction de ses moyens et de sa dévotion.

Enfin, pour conclure, j’estime que ces vins ne doivent pas être considérés comme « marginaux », mais comme n’importe quel vin, avec ses différences. Pour ceux qui se bombardent « spécialistes des vins nature », je répondrai par la phrase intelligente de Claude Debussy qui disait : « pour moi, se spécialiser, c’est rétrécir d’autant son univers ». Tout est ainsi dit.

CONDITIONS DE DEGUSTATION

Elles étaient très bonnes. Le verre fourni était de qualité et de bonne amplitude. Les vignerons étaient pour certains très concentrés, très dissipés pour d’autres ; une dégustation quoi. On y voyait aussi la foule habituelle des salons parisiens, fagotés soit en gavroches, soit en dandys élégants, soit en bergers citadins. Bref une faune amusante et réjouissante. La lumière était elle aussi très bonne, tout comme la température de la salle. Là encore remercions l’organisation pour le judicieux choix de l’endroit.

une foule amusante et bigarrée… Certains commentaires méritent le déplacement en la capitale !

NOTES DE DEGUSTATION

Elles vont de « ** » (acceptable) à « ***** » (exceptionnel). Une fois de plus, en dégustation pas d’ami ni ennemi. Le tout a été fait avec mon ressenti. Certains vins en bas de l’article n’ont pas été retenus, soit pour leur facture, soit parce qu’ils se dégustaient mal. Il faut être humble face au vin.

ATTENTION : n’oublions jamais qu’une dégustation est un instantané du vin à un moment déterminé. Jamais une note ne doit être considérée comme un jugement définitif mais plutôt comme une impression qui tente à projeter le vin dans un futur

Ferdinando PRINCIPIANO

J’avais déjà rendu visite à ce vigneron in situ dans le Piémont. Toujours aussi excellent, toujours aussi présent. Il n’y a que lui qui était absent, mais son épouse a bien rempli son œuvre.

*** « Dosset » 2015
100 % dolcetto, vinifié sur le fruit. Nez discret. La bouche est vraiment fruitée, élégante et florale. Plaisir immédiat, belle maîtrise de ce cépage capricieux dans son expression qu’est le dolcetto.

***** Barolo « Boscaretto » 2010
nez sublime, cerise rouge, pureté, netteté, perfection. La bouche est monumentale, tonique, puissante, et une maîtrise de l’expression du cépage dans cette puissante parfaite. Tout bonnement incroyable. Longueur comme un final de Verdi.

toujours au taquet cette bouteille, qui pourtant est l’entrée de gamme des Barolo de cet excellentissime vigneron. Bravo !

Vittorio BERA & figli

des vins extrêmement convaincants, longs, intenses, parfois un peu difficiles à déchiffrer, mais ils sont tellement jeunes. On leur pardonnera cette maladresse, la grandeur viendra avec le temps.

****(*) barbera d’Asti 2012
nez fin, élégant, un peu fermé mais ça devrait s’ouvrir sans souci. La bouche présente une attaque vive, structurée, tendue, étirée, un fruit qui rappelle sans discourir à la mûre. C’est très long, et ça persiste !

je mise ma tirelire sur ces bouteilles, qui sont difficiles d’accès aujourd’hui, mais qui présagent la grandeur de demain.

***(*) barbera d’Asti 2013
nez très semblable, l’air de famille est là. L’ensemble est plus accessible. La bouche est en effet plus facile comme le laissait supposer le nez, plus élégante, plus lisible. Du coup, on y perd en grandeur, mais c’est bon et bien long quand même.

Azienda TRINCHERO

*** « vigna del Noce » 2010
100 % barbera d’Asti de jeunes vignes. Nez friand, gourmand, expressif, plein de sourires. La bouche dévie un tantinet (réduction) mais se rattrape bien. Il faudra lui donner une grosse bouffée d’air à la dégustation. Bonne longueur.

**** « Nobius » 2010 vino rosso
100 % nebbiolo. Nez typique du cépage, fruits noirs, fumée, intéressant. Elégant pour un nebbiolo. Là encore la bouche fait un pas de côté à l’attaque, mais ça se rattrape bien. Très long et intense. Qualité de tanins rare.

un vin à la qualité de tanins époustouflante. Trouver des tanins racés sur le nebbiolo n’est pas toujours chose aisée. Grand vin.

LE DOMAINE DE LA DEGUSTATION

Cascina ZERBETTA

époustouflé, pas d’autre mot, par ce domaine. Hélas le propriétaire était parti à la conférence. Il est clair que dès que je me trouverai in situ, j’irai le voir pour retrouver ses magnifiques obus in situ. Grand moment, grand domaine.

***** barbera del Monterrato 2014
nez très fruité, hyper-expressif, cerise au noyau, impressionnant. La bouche est une gourmandise, ample, large, généreuse et riche. Du bonheur, pas d’autre mot.

tellement époustouflé par ce domaine que j’en ai oublié les photos. Cette bouteille juteuse, immense, trouverait bien sa place dans ma cave. Sans nul doute l’un des plus grands vins, si ce n’est le plus grand, de la dégustation.

***** barbera del Monterrato 2015
nez plus profond, toujours les mêmes parfums, le coup de patte est perceptible. La bouche est sublime, superbe, tanins exacts, équilibre parfait.

Azienda CASCINA DEGLI ULIVI

** « Nibiô » 2009
ancienne variété du dolcetto, mis n’a pas droit à l’appellation. Nez titillant du dolcetto, cet éternel adolescent, mûre, pointe végétale. La bouche dévie, pointe oxydative assez marquée. Long quand même.

** « Etoile du Raisin » 2007
100 % barbera, quasiment. Nez déviant, notes oxydatives, mais le fruit en milieu, hélas un peu compoté. La bouche est souple, vineuse. Finale curieuse.

Azienda Fabio GEA

les théories de ce vigneron sur les élevages en grès m’ont laissé de marbre. Si certains peuvent s’ébaubir devant ce type de vins, je pense qu’ils doivent être dégustés dans des conditions « particulières », en tout grand silence. Le tout est aussi de pouvoir les comparer avec les autres en toute intelligence. le bon sens doit dominer le snobisme.

**(*) « Culotte » vino rosso 2015
nebbiolo élevé en grès. Nez fruité, net, droit et très frais. La bouche est fine, élégante, équilibrée, mais manquant de densité.

*** Barbaresco riserva 2009
nez discret, élégant, plus floral que fruité. La bouche est fruitée, intéressante, gourmande. Long.

Azienda CARUSSIN

**(*) Barbera « Lia Vè » 2014
nez discret, notes fumées. La bouche est bien faite, réservée, mais ça va s’ouvrir. Bonne finale fruitée.

***(*) nebbiolo « Felice » vino rosso 2014
le nez est très réservé, fermé à double tour, mais la bouche promet. Tanin présent et bien puissant. Finale tonique. Vin de patience.

Soc. Coop. VALLI UNITE

** « Ottavio Rube » vino rosso
millésime non-retranscrit, hélas. Assemblage dolcetto-barbera. Nez discret, droit, réservé, petites notes de noyau. La bouche est nerveuse, tendue ; l’acidité trace bien. Bonne longueur.

*** « Bardigà » Colli Tortonese 2010
barbera, moretto et croatina. Nez réservé, fermé. La bouche est tonique, là encore la trame acide est bien présente. Très long, ça manque un peu de finesse et de charme.

Azienda SAN FEREOLO

**** dolcetto 2009
très beau nez élégant, bien lisible pour un dolcetto, joli fruit acidulé, encore du rouge aux joues ! La bouche est très jolie, équilibrée, sapide, avec du caractère juste comme il faut. Bonne longueur pour un dolcetto. Vinification instinctive.

le dolcetto, cet éternel adolescent révolté… Il faut du feeling, de l’instinct pour bien vinifier ce cépage qui est et reste capricieux. Là c’est une immense réussite. Chapeau.

***(*) barbera Langhe 2009
très beau nez expressif et profond, prunelle, complexe. La bouche est ronde, fluide, expressive, assez dans la buvabilité tonique. Bonne longueur.

Azienda ROCCO DI CARPENETO

ici encore un grand domaine. Des grands vins de garde, c’est rassurant quand un vin du Piémont tire un peu la tronche dans sa jeunesse. Ca reste toujours parmi les vins les plus difficiles à déguster, mais une fois qu’on a le truc, la chose est aisée. Remarquons le magnifique habillage.

**** dolcetto « Steira » 2014
nez discret, réservé, mais il y a du fond, notes florales. La bouche est ronde, mais la trame acide un poil mordant rigidifie le vin, et c’est bien. Ça doit encore se fondre, mais l’ensemble est très prometteur. Très long.

tir groupé pour ces deux vins élaborés avec intelligence et précision. De plus, ils sont élégamment habillés.

**** barbera del Monferrato sup. « Rapp » 2013
nez réservé, fermé à double tour. La bouche est sapide, là encore l’acidité doit se fondre dans l’ensemble. L’ensemble est très beau, très long. Persistance fabuleuse.

NON-RETENUS

az. Cascina TAVIJN grignolino d’Asti 2015
az. Cascina TAVIJN barbera d’Asti « Bandita » 2014
CASA WALLACE dolcetto di Ovada superiore 2014
CASA WALLACE Monterrato 2014

6 Responses to “Bourgogne Wineblog déguste les vins « nature » du Piémont à Paris !”

  • Benoît BOUCQUEY

    enfin un article sur les vins natures pas sectaire et pas engagé. Ca fait plaisir à lire, merci de votre justesse. Je découvre votre blog avec plaisir. Continuez !

    • Bonjour Benoît,

      Merci de ton intérêt sur mon blog. Ton commentaire fait plaisir et chaud au coeur. En effet, pour moi les vins nature doivent être considérés comme les autres, même s’ils ont des différences. Le consommateur fera toujours la loi, et loin de moi l’idée de donner des ordres à ceux qui boivent le vin. Chacun doit rester le roi dans son palais, et j’espère que c’est ton cas.

      Enfin, je reprendrai la citation de Debussy, pour calmer les velléités des intégristes du vin nature : « se spécialiser, c’est d’autant plus réduire son univers ». Dont acte.

      Merci de ta fidélité au blog, gourmandes salutations.
      Patrick.

  • Pascal MARCHAND

    Je me pose beaucoup de questions sur les vins natures, qu’est-ce qu’ils ont de si différents par rapport aux autres ? Je trouve qu’on en parle beaucoup, mais qu’on en voit peu.
    J’ai acheté en grande surface un vin dit « sans soufre » de Gérard Bertrand, j’ai trouvé ça très mauvais, avec un goût de fruit pourri. Ils sont tous comme ça ?
    Votre blog est très intéressant, je continue à le lire.

    Pascal

    • Bonjour Pascal,

      Merci de ton intérêt au blog.

      Le souci est qu’aujourd’hui on a tendance à tout intégrer dans ce qu’on appelle les « vins nature » : vignerons biologiques, biodynamistes, travaillant sans sulfite, le moins interventionniste possible. Certains dénonçant même clairement d’autres d’utiliser certains produits chimiques. J’ai vu passer en effet un article de Nicolas JOLY, éminent vigneron ligérien, signalant le non-respect des pratiques.

      Bref, une chatte n’y retrouve pas ses petits. Pour moi, un vin nature est un vin où l’intervention de l’homme a été la plus minimaliste qui soit, que ce soit en terme de produits que de manipulations. Je reste toutefois persuadé que certaines manipulations ou produits sont indispensables. Je pense que quelques milligrammes de SO2 volcanique n’ont jamais tué personne. Mais à se demander ce que fait la gomme arabique dans les produits autorisés en production bio, je m’interroge. Donc dans ce labyrinthe de normes, de goûts, de communications, je pense qu’il faut faire appel à ton bon sens et à ton goût, car toi seul dois rester le roi dans ton palais. Le goût est affaire personnelle. Je ne suis pas un gourou, juste un guide dans le meilleur des cas, ou un ménestrel du vin, comme tu veux.

      Merci de ton intérêt au blog, gourmandes salutations.
      Patrick.

  • Sylvie DORMEAU

    Un article intéressant, les notes de dégustation sont bien écrites. Je n’ai pas encore dégusté des vins nature du Piémont, mais votre article donne envie.

    Un bonjour de la capitale, que vous semblez ne pas aimer ! 😉

    • bonjour Sylvie,

      Merci de ton intérêt pour mon blog. Contrairement à ce que tu crois, j’adore notre capitale. La chose que j’aime moins bien, c’est un peu l’esprit « nombriliste » parisien, où on pense que c’est à Paris que tout se fait, tout se produit, tout se comprend. Cette magnifique ville qui comprend 10 % de la population semble être présente à 90 % dans le monde du vin ! Et ça a en effet l’art de m’agacer. Mais étant natif de Pontoise, je ne vais pas non plus cracher sur ma région, le Vexin français, et encore moins sur mon lectorat principal qui est parisien ! 😉

      Merci en tout cas de ton petit clin d’oeil, et je pense retourner à cette magnifique dégustation le premier week end de décembre, lundi compris.

      Gourmandes salutations, à bientôt !

      Patrick.

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