17 décembre 2012

en totale immersion à Fitou, au domaine du Champ des Soeurs, une expérience inoubliable !

by Patrick Maclart

Il y a quelques semaines, Laurent MAYNADIER, vigneron à Fitou au domaine du Champ des Soeurs (voir ARTICLE et VIDEO en cliquant sur les liens) m’a convié à une dégustation étonnante. Cet homme imaginatif, créatif et à l’esprit en constante réflexion, a toujours l’idée de faire progresser les choses. Nous partageons le même état d’esprit qu’on commence à juger quand on arrête de comprendre.

Laurent MAYNADIER, sacré vigneron de Fitou au domaine du Champ des Soeurs, gourmand de vie, et la seule certitude d’être constamment dans le doute…

C’est pourquoi notre gentil trublion de Fitounie s’est amusé, et ce depuis quelques années déjà, à immerger quelques bouteilles en mer. Non pas pour aller chercher une vérité, mais pour constater si différence il y a, et quelles pourraient en être les raisons, les causes. Et si cette immersion pourrait être bénéfique au vin. C’est donc à la Table d’Agnès, excellent restaurant à Fitou que nous nous retrouvons pour un déjeuner ô combien sympathique, et entourés des bouteilles immergées, que nous allons comparer aux mêmes cuvées, qui elles sont restées en cave.

paysage typique de Fitou, un matin d’automne.

Pour des raisons techniques compréhensibles, les bouteilles en mer ont été bouchées à l’aide d’un obturateur synthétique NOMACORC. Le liège en effet avait permis de constater lors des premières immersions quelques perméabilités. Le choix évident d’un bouchon plus ferme s’est donc imposé. Pour ce test, les bouteilles ont été mises à la mer à un kilomètre au large de Gruissan, dans l’Aude, du 23 avril au 15 octobre 2012. Même si ce secteur très venteux est bien connu des voileux, aucune marée ne peut avoir un impact sur les bouteilles, surtout à 25 mètres de profondeur…

Je ne suis ni physicien, ni chimiste, mais force m’a été de constater que des différences importantes étaient à constater sur les deux cuvées proposées, à savoir un Corbières blanc 2011 et un Fitou rouge « la Tina » 2010.

DEGUSTATION

Elle a eu lieu à l’aveugle au restaurant « la Table d’Agnès » à Fitou; Laurent remplissant les verres sans préciser où était telle ou telle cuvée. C’est donc d’une manière autant ludique que curieuse que cette confrontation a eu lieu.

les deux bouteilles immergées de la dégustation, portant encore les stigmates de leur voyage au royaume de Poséïdon.

Sur le Corbières blanc 2011, la version immergée est plus nette au nez, pas forcément plus ouverte, mais plus lisible. On retrouve les mêmes notes de fruits jaunes et un joli floral (chèvrefeuille), des notes maltées et une pointe de cédrat. Toutefois, la version immergée donne une plus belle lisibilité. En bouche, la différence est encore plus flagrante. Si en bouche on retrouve bien les parfums du nez, avec une jolie richesse et une belle présence, la version immergée présente quant à elle des amers un peu plus présents, et une persistance plus importante. Après aération, le vin immergé s’avérait d’une impression plus riche encore.

sur l’entrée, des seiches cuisinées à l’ail doux, la version immergée s’avérait plus nette, aromatiquement mieux centrée et plus apte à bretter contre les saveurs riches du plat.

Sur le Fitou rouge « la Tina » 2010, l’écart est important. La version « classique » est très carignan au nez, prune bleue, épices, pointes minérale et chocolatée, généreuse, variétale, élégante (oui, le carignan est élégant). La bouche reprend bien les parfums du nez, avec en plus l’angélique en troisièmes violons. La finale est sur un fruité aujourd’hui simple. Pour la version « immergée », le nez semble plus aérien et pourrait faire même penser à la syrah à l’aveugle, alors que la cuvée n’en comprend pas une seule grappe ! Evocation de fleurs type violette, de myrte… La bouche est très expressive, avec une impression plus « spontanée », plus « immédiate ». Le côté tellurique du carignan est gommé, et le vin est plus fruité, plus facile. La finale est sur la framboise.

Sur le plat, c’est la version non-immergée qui s’est mieux présentée. D’un fruit plus net mais surtout plus profond et mieux constitué que la version en mer.

CONCLUSION

Il y en a peu à faire. J’ai préféré pour le blanc la version immergée, et la version « terrestre » pour le rouge. La grande conclusion qu’on peut avoir sur cette dégustation, et c’était d’ailleurs celle que nous avions eue avec l’ami Laurent, c’est que tous les éléments qui nous entourent (pression atmosphérique, air, eau, température,…) influent forcément sur l’expression du vin.

C’est là qu’on se rend compte que la qualité d’une cave aura forcément une portée importante sur l’expression du vin. D’où l’intérêt aussi d’être prudent lors de l’acquisition de vieux millésimes. Le vigneron aura toujours une cave d’exception, ce qui ne sera pas votre cas forcément. Idem pour l’achat de vos bouteilles en supermarchés où la lumière au néon aura là encore une incidence négative sur vos flacons. Pensez-y.

2 Responses to “en totale immersion à Fitou, au domaine du Champ des Soeurs, une expérience inoubliable !”

  • Faudrait essayer à l’aveugle avec deux cuvées identiques en laissant penser qu’il y a une différence comme ici entre mer et terre ! Juste pour voir ce que notre cerveau pourrait bien en dire 😉

    • Salut Olivier,

      Heureux de te lire ici. Qu’entends-tu par « deux cuvées identiques » ? Deux vins immergés dégustés à l’aveugle l’un face à l’autre ? Logiquement, ça devrait être le même… Si tu parles des deux cuvées, l’une immergée et l’autre non, c’est exactement ce qui a été fait. Ce que j’aime beaucoup dans ton commentaire, c’est « pour voir ce que notre cerveau pourrait bien en dire »… Plutôt qu’être dans l’analyse froide, être dans l’émotion et la réceptivité, j’adore.

      Porte-toi bien, mais précise ton propos, je ne l’ai pas très bien compris.
      Amitiés, gourmandes salutations.

      Patrick.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*