27 mars 2013

en Corbières, le château BEAUREGARD-MIROUZE : l’évidence

by Patrick Maclart

Nicolas MIROUZE, 40 ans, est au domaine depuis 1999. Né à Montpellier et vivant dans cette ville, il part étudier à Paris pour devenir ingénieur agronome. Pas forcément dans l’idée de reprendre le domaine familial alors géré par la grand-mère (le père étant médecin), mais parce que la terre l’intéressait déjà. Dans la capitale, il rencontre Karine, Bordelaise de souche et Espagnole d’origine. Rapidement, tout colle entre eux, et notre tout jeune couple s’installe rapidement au domaine, avec au préalable des stages et même une année en Afrique.

la belle rencontre que Nicolas et Karine MIROUZE. Ces deux-là ont commencé à avoir le sens de la terre, puis celui de la vigne, et donc des racines, qu’elles soient humaines ou végétales… Et le sens du partage; quelques missions en Afrique pour aider ceux qui en ont besoin.

La grand-mère de Nicolas est alors à la tête du domaine. Elle souhaitait transmettre le domaine à quelqu’un de la famille, car à 70 ans, le travail se faisait ardu. Et chez nos amoureux l’idée germe. Ils se décident… « on a relevé le défi, on y va ! » dit alors Nicolas. « Il y avait tellement de choses à faire, et ça a été un soulagement pour la grand-mère » ajoute Karine.

La propriété existe depuis 1881. C’est la famille de Nicolas qui achète les terres, mais il n’y avait pas de vignes, ou si peu. La création d’un domaine viticole est quand même la motivation de l’achat. C’était une ferme avec des moutons, et quelques vignes pour la consommation personnelle. La vigne fut immédiatement plantée sur un terroir de schistes et de grès, et le chai construit.

il n’y a pas qu’à Saint-Emilion qu’il y a des cloches sur les étiquettes de vin ! Ici, le campanile date de 1881, et c’est logiquement que celui-ci soit le symbole du domaine.

Nico et Karine s’installent dès 1999; « la volonté immédiate a été d’augmenter la qualité, afin de vendre en bouteilles » me dit Nicolas avec raison. Leur ambition est d’alors d’élaborer des vins qui progressent année par année, et en plus la fierté du travail accompli.

Le domaine est en conversion bio, administrativement depuis 3 ans, mais effectivement depuis 12 ans; « on a arrêté de suite les fertilisants, on est revenus au compost. Il fallait arriver à un système qui s’adapte à la vie de la plante » affirme Nicolas. Une approche à mes yeux logique et vitale. A présent, le domaine s’étend sur 350 hectares, mais seulement 30 plantés; le reste étant de la garrigue pour assurer un biotope parfait, et un écosystème conforme. La production s’élève à 50.000 bouteilles. Une partie des vins est toujours vendue au négoce.

A la vigne, le travail est bio depuis 12 ans. Plus de produit pénétrant, compost maison, bouillie nantaise (soufre et chaux) contre l’oïdium.

une vigne magnifique, protégée par une gangue de garrigues et de bosquets, dont la quiétude n’est troublée que par les incursions des sangliers.

Au chai, les raisins sont récoltés manuellement, sauf les blancs et les rosés. Pour les rouges, le tri étant fait à la vigne de manière drastique, ils arrivent en benne vibrante, égrappés et non-foulés. Vinification en cuves ciment, beaucoup de pigeages et remontages si réductions. Élevage en cuves acier émaillé, et quelques barriques. La durée d’élevage est classique, 12 mois pour certaines cuvées, parfois collées ou filtrées selon les années.

Pour les blancs, pressurage Vaslin d’une bonne heure; levurage pas systématique… « c’est un des projets d’amélioration, mais il est des risques à ne pas prendre. C’est à la vigne que ça se fera » me dit Nicolas avec raison. Pas d’enzymage par contre, débourbage de 18 heures. Transfert en cuves et fûts, les malos ne sont pas systématiquement bloquées. Élevage sans sulfites; un peu en sera néanmoins ajouté avant la mise en bouteilles, et un peu aussi à la mise. « On a l’objectif là aussi de descendre, mais sans prendre de risque insensé. La qualité est vraiment notre objectif. » affirme Karine avec toujours cette conviction qui anime nos deux vignerons. Pour la cuvée classique par contre, ce sera un élevage plus long.

un chai creusé à même le schiste, qui permet de se rendre compte du sous-sol, à même les murs ! A voir impérativement si vous allez dans la région.

Les marchés export ont compris la haute qualité de ces vins, vu que 85 % de la production quitte notre pays à destination des Pays-Bas, de la Belgique, de l’Allemagne, de la Suisse, de la Grande-Bretagne.

Au final ? Des vins hédonistes, rabelaisiens, de pur plaisir, bien en chair, juteux, concentrés sans lourdeur, mais qui ne jouent pas les ballerines. Bref, des vins qu’on saisit par le col et qu’on amène à table, pour la bonne chère, pour les amis, les copains, la vie en quelque sorte, le partage. Et la qualité est au rendez-vous, what else ? Profitons du jour…

château BEAUREGARD-MIROUZE
Nicolas & Karine MIROUZE

quartier Beauregard
F-11200  BIZANET

tél. +33 (0)4 68 45 19 35
site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci Nico & Karine pour votre accueil qui vous ressemble tant. L’agneau de plein air sonne encore dans mon palais comme la cloche sur votre fronton… Pour voir la vidéo réalisée avec Nicolas, CLIQUEZ ICI.

vin de pays Oc « viognier » 2012
en cours d’élevage. Il sera assemblé avec la marsanne et la roussanne, ainsi que le vermentino. Nez propre, droit, floral, très abricot, pointe de buis. Léger perlé à l’attaque de bouche, on dispose d’une belle chair en milieu, pas de trou. Une moelle qui reste jusqu’à une finale aux beaux amers enrobés.

Vin de pays Oc blanc « Grangeot » 2012
en cours d’élevage. Il s’agit des trois cépages entrant dans la composition du VDP.  Nez retenu, en phase de travail. Bouche fruitée certes, mais ça doit se mettre en place. Prometteur.

Corbières blanc « Lauzina » 2012
assemblage approximatif car en cours d’élevage. Part olfactivement sur la fleur d’acacia, le vin gagne en allonge, en longueur, en swing, et en persistance. La magie de l’assemblage…

il y a moyen de passer un très bon moment à Beauregard-Mirouze. Karine et Nicolas vous laisseront musarder à l’entour de leurs vignes, et il y a des paysages époustouflants, en plus d’une nature pure et parfumée…

Corbières « tradition » rouge 2010
assemblage syrah et grenache à parts égales. Elevé en cuves durant 10 mois environ, mais ça peut varier selon les millésimes. Nez aromatique, fruits rouges frais, notes poivrées, arbouse. En bouche, la syrah gagne le match des arômes,  mais la rondeur et le confort de dégustation rappellent sans discussion au grenache. Bonne longueur, gourmand et charnu.

Corbières « Lauzina » rouge 2009
assemblage de 70 % de vieilles vignes de syrah, le solde en grenache. Couleur sombre. Nez admirable de fruits rouges et noirs, notes poivrées, complexe et généreux. Bouche à l’attaque expressive, un peu réservée ce jour, sur le fruit, la gourmandise, notes sanguines, peau d’orange, c’est gourmand tout en restant frais. Belle allonge en finale, très belle quille.

en voilà une quille qu’elle est belle ! Gourmande, ample, large, dotée de beaux parfums tout en restant bien frais, ce vin représente l’image des beaux Languedoc que je me fais. Et en plus il est bio, et en plus il n’est pas cher. Franchement, elle est pas belle la vie ?

Corbières « Fiaire » rouge 2008
100 % syrah, quelques grappes de grenache, élevé en fûts. Nez réservé, poivre, réglisse, myrtilles, une grande profondeur, mais ça doit encore se centrer. Bouche bien faite, joli grain de tanin; l’expression globale doit encore trouver son langage. Mais la concentration est là, ça reste fin et frais malgré tout dans un volume charnu et fruité. Très persistant.

Corbières « Lauzina » blanc 2011
marsanne, roussane à 40 % chacun, et vermentino pour le solde. Elevage en partie sur fûts. Nez aromatique, pêche jaune, floral (jasmin), belle expression. Bouche vineuse, ça peut faire bondir mais boudiou il y a du vin là-dedans ! C’est concentré, sans lourdeur. Ça trace jusqu’en finale avec une expression fruitée et de terroir sans égal. L’un des beaux blancs du Languedoc, et en tête dans les Corbières.

le secteur frais de Fontfroide permet l’élaboration de bons vins blancs, mais là ils sont grands. Nicolas et Karine mettent un point d’honneur à les réussir. Un fantasme personnel ? une cuvée 100 % vermentino, pour mon plaisir personnel !

Corbières « Fiaire » blanc 2010
même assemblage que le précédent, mais avec un élevage exclusif de 12 mois en barriques, malos effectuées. Notes de coing, floral (évocation de lavande), impression mentholée. Bouche ronde, riche, concentrée, gastronomique, belle tenue avec des amers superbes. L’élevage marque encore un peu ce jour, avec des notes de noisette qui persistent jusque une finale longue, persistante et de caractère. Encore une jolie bouteille. Un domaine qui conduit bien ses vins blancs.

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