12 mars 2018

dans le Roussillon, le domaine ARGUTI, Ugo ARGUTI : l’émulation faite vin.

by Patrick Maclart

Ugo ARGUTI, 62 ans, est à la tête du domaine depuis 2004, créé ex nihilo… « Il n’y avait rien. J’étais directeur au château Fombrauge à Saint-Emilion pendant 30 ans. J’y ai fait 30 millésimes. A la fin, je travaillais avec Bernard Magrez. J’ai décidé de partir en pré-retraite à 50 ans, à l’époque c’était intéressant. Mon coup de foudre pour les Fenouillèdes est arrivé alors que je venais faire du repérage de vigne pour lui. J’ai découvert cette région, tout y était possible » me dit notre homme avec cette sincérité qui le caractérise, cet homme qui aime tant les vignes, les vins que les hommes et les femmes qui le font.

Ugo ARGUTI, malgré sa soixantaine, est emprunté d’une émulation qui ferait pâlir bien des trentenaires. Vieux complice de ma vie, un bonhomme qui vit chaque jour comme le premier. L’émulation faite vin.

Il arrive dans les Pyrénées-Orientales, il découvre le terroir et le climat, et comprend très vite qu’on peut élaborer ici de grands vins, tout en se faisant plaisir, sa marotte. Et le rapport financier permettait une certaine prise de risque.

3 hectares et demi étaient à vendre ; « il y avait du rouge et du blanc sur cette parcelle, je n’ai pas trop réfléchi, j’ai acheté. Quand on est du métier, on ne peut pas me prendre pour un Parisien, je ressens très vite l’endroit », pragmatisme classique de l’homme de la terre. Puis il achète ça et là dans les villages de Saint-Paul de Fenouillet ou Maury pour en avoir, et dans l’arrière-pays pour arriver à 7 hectares… « Là c’est bon, je tiens ma superficie de croisière ». L’homme est aussi empli d’humour.

pour ceux qui douteraient encore de la grandeur des terroirs des Fenouillèdes, un extrait du sol des vignes d’Ugo…

Ugo fait partie de ces pionniers exogènes venant de Bordeaux, de Bourgogne, des USA, voire du Mexique ! Ce terroir des Fenouillèdes est l’un des plus grands du monde, et certains l’ont compris plus vite que d’autres… « le but au départ était de faire le meilleur vin possible, on est empruntés par ça. Et j’apprends encore tous les jours. Des nouveaux challenges avec des nouveaux cépages, des nouveaux vins, c’était génial ! » déclare avec cet enthousiasme de jeunot notre vigneron. Et puis glander, tourner en rond, ce n’est pas le genre de la maison… « surtout qu’on n’a pas le temps de réfléchir, sans quoi je n’aurai pas fait toutes ces choses ».

A la vigne, le travail est raisonné. Le sol est travaillé, labouré, griffé, en utilisant le maximum d’intrants naturels.

la vigne d’Ugo, couverte de schistes gris, le terroir des Fenouillèdes, aux rameaux bien bruns, ce qui montre bien un travail propre, tout ça sous l’oeil de la citadelle cathare en arrière-plan.

Au chai, les rouges sont éraflés, triés sur table. Fermentations en petites cuves inox à chapeau flottant pour pouvoir piger. Chaque cuve a sa parcelle. L’assemblage s’effectue à la fin de l’élevage. L’élevage se fait en barriques à 100 % dont maximum 10 % de bois neufs seront utilisés chaque millésime. Filtration sur plaques lâches avant la mise, pour la propreté.

Les blancs sont vendangés mûrs, pour élaborer des vins de garde, à la fraîche, en cagettes de 10 kilos (tout comme les rouges). Fermentation pelliculaire, débourbage statique à froid sans enzymage. Pas de SO2 jusque mai, avec un dosage minimal pour être prudent. Tous comme les rouges, la dose maxi au total ne dépasse pas les 25. Issus exclusivement de grenache gris, Ugo a acheté récemment une parcelle de grenache blanc disponible sur le millésime 2016, et il est fort à parier que les vins évolueront.

au chai, rien de particulier, pas de matériel high tech. Juste une particularité : tous les élevages se font en barriques.

Aujourd’hui, le domaine s’étend sur 7 hectares pour produire 15.000 bouteilles (rendement pléthorique !). L’export représente 60 % de la production avec pour marchés principaux le Québec, la Belgique, le Danemark, la Suisse

10 ans plus tard, Ugo a toujours la même humilité, cette capacité à utiliser ses erreurs plutôt que se morfondre dessus. S’il reçoit toujours d’abord avec silence et une réserve qui est le signe de son humilité, son coeur s’ouvre et Ugo rira aux éclats car c’est un hédoniste bosseur au possible. Bref, c’est l’émulation faite vin. Grand bonhomme.

Domaine ARGUTI
Ugo ARGUTI

14  rue du 16 août 1944
F-66220  SAINT-PAUL DE FENOUILLET

tél. +33 (0)6 73 85 17 93
site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci Ugo pour ce moment d’amitié sincère, de partage, de plaisirs, et de rires qui éclatent à chacune de nos entrevues. Chouette moment. Pour voir la vidéo réalisée avec Ugo, CLIQUEZ ICI.

une gamme bien habillée, et aussi belle à l’intérieur qu’à l’extérieur !

grenache blanc 2016 brut de fût
jolies notes florales intenses, très belle vinosité, du caractère. La bouche est confortable, mais intense à l’attaque. Les amers sont superbes en milieu de bouche, agrémentés d’un fruit jaune juteux. La longueur est exceptionnelle, rétro d’une rare complexité.

côtes-du-Roussillon village 2013
grenache 60 %, carignan et syrah à parts égales pour le solde. Très beau nez intense, expressif, très épicé, notes de cacao, fond de nez évoquant la prune. La bouche est ronde, charnue, complexe, un certain confort et beaucoup de plaisir. Ça se tonifie en finale sur des tanins bien aiguisés. Très long.

idem, millésime 2016 brut de fût
nez explosif, mûre, chair de cerise, nez bien net alors que le vin est sur malo. En bouche, ça se sent, avec de la sévérité. Il faut lui laisser du temps, mais le potentiel est indéniable.

idem, millésime 2015, brut de fût
mise prévue en juin. Superbe nez bien balancé, top model ! Complexe, frais, envoûtant, un grand parfum. La bouche est bien faite, présente, un léger creux en milieu de bouche typique des vins en fin d’élevage. Très très long.

bien qu’il ne se présentait pas sous son meilleur jour, le 2015 est plus que prometteur. Avec ses allures de top model, tout est en place. A réserver !

idem, millésime 2014
nez plus frais, plus floral, toujours ces fruits mûrs en fond de nez, un grenache à maturité ! Jolie fraîcheur et complexité d’ensemble. La bouche est plus sérieuse, on sent le vin pour la table. Bonne vinosité d’ensemble, le côté épicé est en retrait, c’est le corps et le fruit qui parlent. Plus compact et riche en finale. Très long.

j’aime quand les vins se rappellent à leur vraie destination : la table. C’est le cas ici avec un vin gourmand, charnu, plein de plaisirs mais aussi de sérieux dans sa facture.

idem, millésime 2010
nez bien présent, très sur la prune bleue, rondeur perceptible, gourmand. La bouche est superbe, fraîche, complexe, multidimensionnelle, avec toujours de l’élégance. La puissance arrive plutôt en finale avec du corps et des tanins bien dosés. Très long.

Maury vin doux naturel 2012 brut de fût
nez immense, énorme, explosif, cerise noire, direct, droit, punchy. Bouche ronde, riche, ça cause, très long. La mise sera prévue quand Ugo l’estimera prêt.

idem millésime 2015
Ugo n’aime pas mettre tous ces Maury en bouteilles en même temps. Celui-ci est donc embouteillé. Nez de cerises aux notes florales d’églantier, cynorhodon. Bouche joyeuse, souriante, fruitée, spontanée, il a tout. Intense.

Ugo s’essaie aux rancios, essai transformé, 7 points. Excellent.

Rivesaltes ambré « Valentina » 2013
nez de miel, notes de muscade, coing, superbe. La bouche est sublime, soyeuse, le rancio ne domine pas, car le fruit prend aujourd’hui le dessus. Vibrant, un essai transformé par Ugo, mordu par les rancios, bien lui fasse !

4 Responses to “dans le Roussillon, le domaine ARGUTI, Ugo ARGUTI : l’émulation faite vin.”

  • Berghmans

    Bel article d’un domaine que je connais pour car j’en ai à la boutique

    Si tu es d’accord j’aimerais partager ton article sur la page FB du magasin.

    Bonne journée

    Des bises

    Marie

  • Pascal MARULA

    Je connais ses vins, j’en ai en cave, ils sont très bons, surtout les blancs. Etonnant la réussite dans un pays considéré comme chaud. J’adore leur fraîcheur et leur richesse.

    Merci pour ce beau portrait

    • bonjour Pascal,

      Merci de ton commentaire. Cela me va droit au coeur. C’est vrai qu’il s’agit d’un travail de longue haleine, mais ô combien excitant.
      Je tâcherai de déguster les rouges dès que possible. Merci de tes encouragements.

      Gourmandes salutations,
      Patrick

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