27 février 2012

Crozes-Hermitage : le domaine des Bruyères, David REYNAUD : des vins à l’élégance virile.

by Patrick Maclart

Il y a quelques années, lors d’une dégustation chez Alain VOGE à Cornas, ce dernier m’avait conseillé de suivre de très près ce vigneron. Quel vigneron ? David REYNAUD du domaine des Bruyères, en Crozes-Hermitage. Cet homme de 35 ans, au physique de 3ème ligne, semble toujours calme. Mais quand on le connaît, on sent la volonté qui bout dans ses artères, dans son âme.

Ma première rencontre avec David remonte à 2004. Je ne l’ai jamais connu avec le melon. Il préfère se consacrer à son travail plutôt qu’à son image. Il est vigneron depuis 2003, mais viticulteur depuis 2000. Le domaine est familial et existe depuis 4 générations. Toutefois, les vignes étaient sous contrat avec la cave de Tain l’Hermitage.

David devant ses fameuses cuves ovoïdes en ciment, dans lesquelles il élève notamment sa fameuse cuvée "Entre Ciel et Terre".

David devant ses fameuses cuves ovoïdes en ciment, dans lesquelles il élève notamment sa fameuse cuvée « Entre Ciel et Terre ».

« Quand j’étais à l’école, j’aidais ma mère à la vigne. Je constatais sur mon entourage les réactions toxiques des produits phytosanitaires.  Le bio s’imposait. Je l’ai proposé gentiment à ma mère lorsqu’elle a repris les vignes de mon grand-père en 1988 », déclare David. Il étudiera à Richerenches et obtiendra son BTA en 1997. Mais le bio a commencé en 1997 par arrêt total des produits de synthèse et des désherbants. Désormais, utilisation d’engrais organiques, d’algues et de produits adaptés. « A mes débuts, j’ai utilisé des engrais verts, soit de l’orge et de la vesse d’hiver. Ça marchait bien, mais deux années sèches comme 2003 et 2004 ont trop asséché les sols. J’ai arrêté, mais de toute façon je recommencerai », m’annonce David.

Les vignes de David, situées à l’arrière du domaine, sont traitées et gérées en biodynamie.

Le domaine s’étend aujourd’hui sur 18 hectares, et 8 hectares en fermage avec achat de raisins dont le travail est assuré par un cahier des charges hyper-strict. Il y a désormais 2 labels, car en 2005 David est passé en biodynamie sur la totalité du vignoble. Ces certifications couvrent les 100.000 cols produits. Au chai, il n’y a aucune douelle de bois neuf, et les élevages longs (jusque 24 mois pour la cuvée « entre Ciel & Terre ») s’effectuent en demi-muids, fûts de plusieurs vins, quelques cuves dont certaines ovoïdes.

Curieusement pour ce type de domaines, c’est en France que l’essentiel des vins de David REYNAUD sont commercialisés, 70 % environ. Le reste part sur les marchés de Belgique, d’Allemagne, de Scandinavie, GB, USA,…

A force de travail, de détermination, et avec un projet clair que David REYNAUD est devenu un nom en côtes du Rhône nord.

A la dégustation, les vins sont intenses, concentrés, sans ne jamais avoir un gramme en trop… Des vins à l’allure quasi-parfaite, d’une élégance virile. Si, avec les années, les vins de David ont gagné en précision, l’homme reste fidèle à son tempérament :  la détermination.

Domaine des Bruyères
David REYNAUD

12  chemin du Stade
F-26600 BEAUMONT-MONTEUX

tél. + 33 (0)4 75 84 14 06
site internet : cliquez ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci David ce ce très bon temps, ces très bons vins.

VDP Collines Rhodaniennes « viognier » 2010
Nez vineux, floral, un côté fruit mûr et exotique, ananas frais. Bouche ronde, structurée, bien faite; petits amers qui encadrent parfaitement le vin. Finale longue, rapport qualité-prix-plaisir imbattable.

Idem en 2009
Nez droit, net, propre, la douce opulence du viognier cause déjà, un petit côté « noisette » en fond de nez. Bouche florale, muguet, abricot, aubépine, très complexe pour un vin de cette catégorie. Largement à un niveau supérieur à un VDP. Longueur incroyable, précipitez-vous et achetez !

des viogniers en vin de pays, à ce niveau de qualité, pour moins de 10 €, je n’en connais pas beaucoup. Achetez en toute confiance, et buvez.

Crozes-Hermitage blanc « aux Bêtises » 2010
Sur cuve. Assemblage marsanne-roussanne à 50/50. Très beau nez riche, sans excès, fruits jaunes, prune, fleurs, pointe de miel. Bouche impressionnante, riche, concentrée, encore un peu bousculée, mais ça va se faire. Très long.

VDP Collines Rhodaniennes « syrah » 2010
Sur cuve. Nez de violette, un peu de réduction, cachou. Bouche plus florale, aérienne, que ne laissait présager le nez. Fin, agréable, salivant, belle bouteille.

Crozes-Hermitage rouge « Georges Reynaud » 2010 – sur fûts
Nez de violettes et de réglisse, un peu réservé. Bouche tendue, fraîche, très bien faite, sexy, avec un côté épicé et floral. Long, beau.

idem, sur un autre fût, issu d’une autre parcelle
Le vin se présente plus terrien, de terre plus lourde apparemment, et c’est confirmé par David. La syrah encore derrière. Bouche bien faite, mais doit se peaufiner. Belle ampleur en bouche.

une bonne partie des vins est élevée en demi-muids, un contenant qui retrouve ses lettres de noblesse.

Crozes-Hermitage rouge « les Croix » 2010
Sur fûts. Petite réduction au nez. Syrah épicée, muscade, girofle, pointe mentholée. Bouche concentrée, ronde, beau tanin, superbe. Pas un trou, complet, ample et long. J’achète.

Crozes-Hermitage rouge « entre Ciel et Terre » 2010
Dégusté en cuve « oeuf », sans soufre ajouté. Nez opulent, épicé, complexe, un côté « pâte à pain », étonnant. Bouche bousculée, pas prête (c’est normal), nette, concentrée, avec un tanin distingué. A revoir, très complexe, très long.

Crozes-Hermitage rouge « entre Ciel et Terre » 2009
Toujours en cuve oeuf, et toujours sans soufre. Nez violette, fruit noir, guimauve, très complexe et intense. La bouche est un monstre de concentration, sans lourdeur, sans vulgarité, avec une finesse dans cette puissance difficile à relater. Toujours un côté « cachou » dans les arômes. Long et intense, « terrien pur ». Grande émotion, il faut un permis d’émotion pour le déguster !

Crozes-Hermitage rouge « les Croix » 2009
Nez opulent, superbe, fruit mûr, clou de girofle. Bouche riche, sans le moindre excès, tout en respectant toujours une certaine finesse. Souple, long, avec une fraîcheur rare pour un 2009. Long, j’adore. Ce cru a souvent une fraîcheur qui m’étonnera toujours.

Le vignoble prenant de l’âge, la cuvée « les Croix » s’avère de mieux en mieux aboutie les millésimes récents. Elle s’installe comme un incontournable de l’appellation.

Crozes-Hermitage rouge « entre Ciel et Terre » 2007
Nez très complexe, chair de banane fraîche, vanille chaude, épices douces, cuir. Un côté très mûr en bouche, belle longueur.

4 Responses to “Crozes-Hermitage : le domaine des Bruyères, David REYNAUD : des vins à l’élégance virile.”

  • J’étais ce week end au salon de Tain, et c’était le meilleur des Crozes-Hermitage. Une bombe.

    • Merci de ton commentaire Christian.
      J’ai découvert David alors que j’allais le voir pour raisons professionnelles. Ca a de suite collé entre nous. Sa vision du vin, de la terre, tout ça correspondait un peu à ma vision. Et ça continue, on est restés potes, et je bois régulièrement ses vins.
      Que dire de plus ? Elle est pas belle la vie ?
      A bientôt mon ami.
      Pat.

  • Berghmans Marie

    Très bel article, comme toujours, rien qu’en le lisant on a une irrésistible envie de découvrir ce domaine… Je prévois un séjour en Vallée du Rhône en avril mai, j’ajoute ce domaine à ma liste de domaine à contacter avant de partir.

    J’ai les arômes de syrah qui me viennent… ce soir avec l’entrecôte ce sera un Crozes Hermitage!

    Merci de partager tes découvertes, c’est toujours un plaisir.

    Marie

    • Marie,

      Quelle journée d’émotions ! Apprenant le décès de Maria THUN, c’est lui rendre hommage en publiant l’article d’un biodynamiste convaincu.
      David est plus qu’un vigneron : c’est un homme qui a réussi à embouteiller les étoiles de son âme.
      Bonne visite en avril-mai, je penserai à toi.

      Gourmandes salutations.
      Patrick MACLART.

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