31 octobre 2012

à Fitou, le domaine des Enfants Sauvages : « I’m the Lizzard King ! »

by Patrick Maclart

… and I can do anything ! Cette phrase surréaliste prononcée par Jim Morrison peut introduire un couple extraordinaire : Nikolaus et Carolin BANTLIN. Ils sont vraiment hors norme. Originaires de Stuttgart, ils ont une trajectoire que seuls ceux qui croient en leur parcours de vie peuvent comprendre. Elle architecte, lui dirigeant d’une petite entreprise de cuirs industriels, c’est tout un cheminement qui les amènera à plus de mille kilomètres de leur ancienne vie.

Nikolaus et Carolin BANTLIN sont vraiment sur leur trajectoire de vie… Dans leur ancienne vie, elle architecte, lui chef d’entreprise… Et aujourd’hui au plus vrai de la nature. Hors norme vous dis-je…

Ils sont tous les deux fanas de varappe, « je n’avais que la montagne en tête, grimper l’Himalaya, le Pérou… Mon rêve était de travailler dehors, m’aérer, ne plus être en face de cet ordinateur, dans ce bureau ! » me lance Nikolaus comme une évidence. Ils passent leurs vacances en France, tout le temps. Le projet de quitter l’Allemagne et cette ville hyper-industrialisée les démange de plus en plus, le projet de s’installer en France s’étoffe : acheter une petite maison au soleil, et pourquoi pas amener la production de l’entreprise… « La vie à Stuttgart nous ennuyait, c’est très industrialisé, les gens ne vivent pas, la compétitivité est le maître-mot » me dit Nikolaus avec conviction.

Ils passent alors des vacances dans les Corbières et les parents de Carolin viennent les rejoindre pour faire une halte avant de rallier l’Espagne. Ils mangent à Fitou, au restaurant « la cave d’Agnès ». L’ambiance, le village, la vigne, tout cela va les mordre; on est en 1997. Ils vont commencer à visiter des maisons, mais c’était un peu cher pour leur budget. Ils trouveront l’année suivante. La patronne du restaurant signale une bergerie à vendre, avec de la terre. En allant visiter, ils se rendent compte que « la terre », c’étaient 7 hectares de vieilles vignes ! C’est le coup de foudre; « Notre première émotion ! Travailler là, mon premier travail avec le tracteur était tout une aventure ! » me déclame Nikolaus.

le domaine de 7 hectares est divisé en deux parties distinctes, séparées par une colline de pierre grise…Au fond de la photo, on peut voir le travail titanesque pour réaliser un sol en terrasse où Nikolaus et Carolin ont planté… du chenin ! Rendez-vous dans quelques années, pour encore être surpris.

Comme ils ne peuvent pas quitter l’Allemagne immédiatement, ils allouent leurs vignes en fermage durant 2 ans. La formation sera autodidactique. Jean-Louis FABRE du domaine de la Rochelierre les aidera beaucoup, et le fils de ce dernier, Jean-Marie, prendra le relais. Il leur montrera tout. Ils démarrent donc les deux première années en coopérateurs; Carolin suivra le CFPPA à Rivesaltes, et un stage chez Olivier PITHON à Calce.

En 2003, ils se lancent enfin. Olivier va lui aussi les aider, prêtera le matériel et l’espace le temps d’une vinification. Ils apprennent les travaux basiques « in situ ». Le premier millésime qui sera produit par notre couple sera 2004. L’agrément bio est déjà en cours depuis 3 ans; ce millésime sera donc labellisé. La certification DEMETER est trop compliquée et Carolin s’étonne du peu de savoir de certains contrôleurs. Nikolaus était un élève de l’école STEINER, il sait ce qu’il doit faire.

Vu que les vignes sont dans les Pyrénées-Orientales mais à 3 kilomètres de Fitou et que les raisins sont vinifiés dans ce dernier village, ils ne pourront avoir d’AOC. Ils sont donc appelés « vin de pays des côtes Catalanes »… L’administration ne récompense pas toujours les bons travailleurs. Aujourd’hui, le domaine s’étend sur 9 hectares pour produire 20.000 bouteilles environ.

quand on vous dit « vieux carignans », c’est vieux carignans ! Ceux-ci ont environ 80 ans, et entrent dans la cuvée « Roi des Lézards ».

A la vigne, le travail est en bio et en biodynamie, sans certification pour cette dernière, « mais c’est certifié par nous ! » martèle Carolin. Pour le reste, semis de végétaux qui fixent l’azote dans le sol. Du coup, le griffage se fera le long du rang, et non au milieu. L’intercep se fera à la pioche ou à la débroussailleuse. Nikolaus et Carolin utilisent la bouillie nantaise, qui contrairement à la bordelaise ne contient pas de cuivre; c’est un assemblage de chaux vive et de soufre. « On n’a pas de problème ainsi, on a très peu de mildiou, les insectes idem car nous sommes dans un secteur très venteux. Notre principal ennemi est le vent marin qui chargé d’humidité apporte de l’oïdium. Il faut juste répondre très vite. De toute façon, on ne traite pas nos vignes de la même façon, l’exposition est importante » m’affirme Nikolaus qui décidément a compris bien des choses.

Au chai, les vendanges sont exclusivement manuelles, en toutes petites caisses. Nikolaus refuse qu’on traine les cagettes sur le sol pour éviter que la terre soit au contact avec les fruits. Il utilise pour empiler les cagettes un chariot de la Poste ! Pour le blanc, le pressurage est direct et pneumatique durant 2 heures. Le jus ira en barriques sans le moindre débourbage. Fermentation alcoolique, et en général pas de malos, « mais c’est le vin qui choisit » me dit Carolin. Elevage en fûts durant 9 mois sur lies fines et depuis cette année utilisation de foudres de 11 hectolitres. Pas de collage, filtration avant la mise.

On assiste au grand retour des foudres dans les chais. Ceux-ci viennent d’Autriche, et sont d’un haut niveau de qualité.

Pour les rouges, égrappage doux, surtout pas de foulage; vinification en grains entiers. Macération courte, pigeage. La cuvée « Enfants Sauvages » sera élevée en cuves béton durant 10 mois. Quant à la cuvée « Roi des Lézards », elle sera élevée en foudres et fûts; une partie en demi-muids, durant un an. Rectification et filtration par gravité.

Les marchés export s’arrachent les vins vu que 70 % de la production quittent nos frontières, et partent principalement en Belgique, au Japon, en Allemagne, en Grande-Bretagne…

Nikolaus et Carolin sont EXACTEMENT sur leur trajectoire de vie. Avec leurs enfants, ils ont réussi à faire de la vie ce qu’elle devrait toujours être : un feu magique.

domaine les Enfants Sauvages
Nikolaus & Carolin BANTLIN

10-12  rue Gilbert Salamo
F-11400  FITOU

tél. +33 (0)4 68 45 69 75
site internet : cliquez ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ, mais aussi dans les vignes superbes. Merci Nikolaus et Carolin pour ce superbe moment de vie. Pour voir la vidéo réalisée avec Nikolaus et Carolin, CLIQUEZ ICI.

les vins eux aussi sont d’une facture hors norme… Mais sur la facture, que des prix raisonnables !

vdp des Côtes Catalanes blanc « Cool Moon » 2011
brut de fût. Assemblage grenache blanc et gris à 50/50. Nez de prune jaune, épices, miel frais, rondeur, belle dimension olfactive. Bouche ronde, fine, l’expression des arômes arrivent au développement mais ça persiste. Fruit jaune, floral, très complexe, c’est long, la finesse revient à la rétro, sur des notes d’acacia et de fruit jaune. Très persistant.

vdp des Côtes Catalanes rouge « Enfants Sauvages » 2011
brut de cuve. Carignan, grenache et un peu de mourvèdre. Très beau nez terrien, une réduction classique des élevage sans manipulation, cerise noire, notes d’olive, c’est réservé. La bouche présente une qualité de tanins incroyable mais l’ensemble est à ce jour réservé. La finale s’exprime sur le tanin; l’ensemble est serré, mais ça causera dans les mois à venir. Aucune inquiétude.

vdp des Côtes Catalanes rouge « Roi des Lézards » 2011
brut de cuve. 100 % carignan de 80 ans. Superbe nez épicé, herbes de garrigue, notes chocolatées, plus que prometteur. La bouche est fantastique, longue, vibrante, chocolatée, le velouté du tanin est extra. C’est long, ça finit sur un côté épicé-végétal sublime. Une quille de compète.

les vins issus du carignan de vieille vigne sont tout bonnement excitants… Telluriques, tellement terriens qu’on a l’impression qu’on pourrait mesurer la longueur des racines de la vigne !

vdp des Côtes Catalanes rouge « Roi des Lézards » 2010
nez envoûtant de fruits noirs, très myrtille et mûre, myrte de Sardaigne… C’est très complexe, petites notes de cuir. La bouche est fine, fraîche, tout en étant dotée d’une belle concentration à l’évolution. Bien que d’une certaine puissance, le vin affiche une maîtrise dans celle-ci, comme un bolide de course… C’est tout aussi vibrant que le 2011. Long, mais achetez !

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