4 avril 2014

à Collioure, au domaine de la Tour Vieille, Christine CAMPADIEU & Vincent CANTIE : jeunesse perpétuelle.

by Patrick Maclart

Christine CAMPADIEU et Vincent CANTIE, la cinquantaine épanouie, sont les propriétaires du domaine. Vincent récupère le domaine en 1982 de ses parents. La tradition de la famille CANTIE étant le vin et la salaison d’anchois.

Il fallait que ces deux là se rencontrent ! Christine CAMPADIEU, gestionnaire mais romantique, Vincent CANTIE, bosseur mais idéaliste. Ils sont la force de leur faiblesse et la faiblesse de leur force. Les deux font la paire.

Vincent et quelques habitants de Collioure voient avec regret que la région se tourne vers le tourisme de masse. Ingénieur de formation, ils veulent tout faire pour conserver le vin dans la tradition du pays, et ne pas voir la vigne disparaître. Bref, s’installer durablement, pour l’exemple. Vincent va donc louer alors des vignes, replante, et a la ferme volonté d’élaborer des vins doux naturels… « Je bossais tellement à la vigne que j’étais totalement désorganisé pour le reste, les factures étaient envoyées 3 mois après l’enlèvement du vin ! » se souvient Vincent.

la visite a eu lieu par ciel tourmenté, fouetté par une tramontane du diable, et une mer aux creux impressionnants. La mer et la montagne peuvent donner au pays des conditions bien rudes, qui changent de l’image d’été constant qu’on voit trop souvent.

Christine elle arrive en 1989, travaillant pour l’interprofession, en public relation. Fille de vignerons depuis de nombreuses générations, elle en avait assez de ces représentations permanentes… « J’avais besoin de respirer à nouveau les terroirs, et j’ai racheté une vigne en 1989 sans savoir comment elle allait être travaillée ! C’était viscéral cet attachement à la vigne, c’était du romantisme total » précise Christine, certes pragmatique mais à la sensibilité passionnée… Etant proche d’un groupe de vignerons où était entre autres Marc PARCE, Christine tombe amoureuse de Vincent, « On a vécu dans la construction permanente » ajoute Christine la romantique… Entretemps, le père de Christine cède ses vignes qui seront intégrées à la Tour Vieille. Et Christine met l’accent sur l’export et avait une vision des choses à faire et appuyer la communication du savoir-faire. C’est ainsi que les vins seront distribués par Kermit Lynch en Californie.

ici, le schiste est omniprésent. Ce matériau sert même à fabriquer les piquets (quand il en faut, la grande majorité des vignes étant conduites en gobelet) comme dans le Douro.

A la vigne, la culture est raisonnée. A part le mildiou de printemps qui n’est jamais monstrueux; la tramontane aidant bien la lutte des insectes et autres maladies, le travail des sols dans les zones s’effectue dans les zones plus plates car les autres très pentues sont soumises à forte érosion.

Au chai, les vendanges sont exclusivement manuelles, en petites caisses de 20 kilos. Pressoir à chaîne, les levures sont indigènes, mais il peut y avoir des exceptions. Le rosé est de saignée. Les élevages dureront entre 11 et 18 mois sans jamais de bois, et Christine a des projets, mais chut…

dans les chais, bien des vieux foudres, dont certains destinés à l’élevage en « solera », soit empiler différentes récoltes durant de nombreuses années, afin d’avoir une homogénéité d’âge. Les fûts sont remplis à chaque soutirage.

Le domaine s’étend désormais sur 14 hectares pour produire 60.000 bouteilles. Le domaine s’est recentré sur les vins rouges « classiques » et les rosés pour 70 % de la production, le solde étant du vin doux naturel. Le prochain challenge ? La transmission. « On n’a pas envie de revenir au point de départ, me dit Christine. Le mot « tradition » doit être manipulé avec précaution. Des traditions, il faut garder les braises et non les cendres, disait Jaurès. Nous restons dans cet esprit ! ». L’accent catalan permet de marteler ses propos fermes mais ô combien justes.

Christine et Vincent, c’était la rencontre qui a permis à la Tour Vieille de ne pas être si vieille que ça… Une éternelle jeunesse, une création dans la tradition. Prions pour que le relais passe.

domaine de la Tour Vieille
Christine CAMPADIEU & Vincent CANTIE

12 route de Madeloc
F-66190 COLLIOURE

tél. +33 (0)4 68 82 44 82
site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci Christine et Vincent pour le temps que vous m’avez consacré, et pour tous ces rires.

Collioure blanc « les Canadeïs » 2012
brut de cuve. Grenache blanc, gris et macabeu, roussanne et vermentino. Beau nez de pêche, notes iodées, fond zesté. Bouche de belle tenue, avec un joli fruit et une impression d’alise blanche.

Collioure rosé « rosé des Roches » 2010
grenache et syrah. Mise en bouteilles récente. Nez net, propre, grenade fraîche. Bonne tenue en bouche.

une gamme de vins classiques bien vinifiés, sapide, et marquée par le terroir d’où est issu chaque vin.

Collioure rouge « la Pinède » 2011
60 % grenache, le solde en carignan et mourvèdre. Nez rond, profond, terrien, noyau, le fruité est au fond de l’olfactif. La bouche est ronde, soyeuse, dotée d’une belle présence et d’un cadre de tanins qui arrive en finale. Un léger creux en fond de palais qui devrait se compenser dans le temps.

Collioure rouge « Puig Auriol » 2010
grenache et syrah à parts égales. Nez plus parfumé, petits fruits rouges, syrah marquée. Belle bouche harmonieuse, très sapide, avec de jolies notes épicées. Long et ample, l’ensemble gustatif est bien balancé. Beau tanin.

Collioure rouge « Puig Ambeille » 2011
80 % mourvèdre, le solde en grenache. Nez profond, terrien, prune, fond complexe avec des notes florales. Superbe bouche aux notes fumées, prune bleue, avec de magnifiques amers qui encadrent bien le vin, avec un tanin carré mais discipliné et en place. Très long, vraiment une belle bouteille.

un mourvèdre taillé comme un troisième ligne, soit longiligne, élégant, et qui vous plaquera de sa détente ! Un vin que j’ai adoré, aux épaules bien carrées, taillé pour une belle garde. Intense.

Banyuls blanc doux 2011
nez discret, miel, fruit jaune. Bouche plus intéressante, ronde, suave, à la belle expression fruitée.

Banyuls rimage 2011
quasiment 100 % grenache. Nez opulent de cerise, charnu, joliment épicé. C’est plein et intense. La bouche est spontanée et gourmande.

Banyuls « rimage – mise tardive » 2009
nez plus complexe, fruit confituré, moka, plus en profondeur. La bouche est plus convaincante, juteuse, avec un tanin de beau grain. Bonne longueur.

Juteux, complexe et très long, ce Banyuls reserva sera enchanter les amateurs avertis. Les prix sont toujours incroyablement faible par rapport à la force qu’ils apportent.

Banyuls « réserve » 2009
très beau nez de cerise, prune fraîche, belles épices, plus intense que complexe. La bouche est vibrante, le boisé est un peu présent, de la rondeur, de la chair et de belles épaules. Très beau.

vin de table « Mémoire d’Automnes » non millésimé
Grenache gris et blanc « oubliés » 4 à 5 ans en fûts, à l’extérieur, rancio sec. Couleur vieil or. Nez de noix, épices, le rancio est bien marqué. Long.

vdp côte Vermeille « Cap de Creus » non millésimé
grenache et carignan ceuillis à forte maturité vinifiés en macération et pressurage direct, en méthode « solera », commencé en 1968 et est perpétuellement rechargé. Nez sur la noix, fumée, épices, noix de muscade fraîche, le rancio est d’une maîtrise incroyable. La bouche est hors norme, à la noix marquée, long, inclassifiable, vin de génie.

un vin de génie, travaillé en solera, inclassable, inclassifiable. Les mots sont superflus.

Banyuls « vin de Méditation » non-millésimé
en méthode « solera » et commencé en 1952 dans un fût perpétuel. Il a donné ses premières bouteilles au début des années 90 et est perpétuellement rechargé. Nez intense  : cire, miel, complexe, notes empyreumatiques. Petites notes boisées. Bouche complète, riche, le sucre est modéré et évoque plus le miel. Intense, riche, oriental, baroque.

8 Responses to “à Collioure, au domaine de la Tour Vieille, Christine CAMPADIEU & Vincent CANTIE : jeunesse perpétuelle.”

  • Laurent

    Bonsoir Patrick,

    Belle palette pour un seul et même domaine. Il est résolument tourné à l’export, présentation du domaine en chinois svp et beurk Parker a mis son nez dedans.

    En plus c’est pas mal car avec la méthode solera, si cela vire pour cause de bactérie, tu sors du « vin aigre ».

    Et puis rancio sec vin de table ? Ce n’est pourtant pas un vin de repas.

    Merci pour le partage, une vidéo eut été un plus avec un tel décor et donné de nouvelles images aux souvenirs.

    Tchin’
    °L°

    • salut mon Lolo,

      En effet, Christine CAMPADIEU se donne un mal fou pour promouvoir son vin à l’export (elle a vite compris vu ses compétences que c’était indispensable), et par la même occasion est une véritable ambassadrice des vins de Roussillon, notamment aux USA dans lesquels elle s’est investie avec intelligence. D’où la raison qui a poussé Parker à s’intéresser à ce vin. Pour ta gouverne, nous avons déguster hier soir avec mes élèves un vin cacabeurque parkérien (ils doivent aussi apprendre ça), avec un joli macaron annonçant avec fierté sur fond doré les 95 points que le gourou a bien voulu leur accorder. Un vin parfait pour accompagner les spare ribs à la bbq sauce généreuse.

      Pour le rancio sec, c’est plutôt un vin de fin de repas, un vin de méditation, ou mieux encore : pour accompagner les cigares un peu austères et rebelles. Tiens, un Partagas serait parfait là-dessus, non ? Et puis bonne nouvelle : les rancios auront leur AOC, génial non ?

      Pour la vidéo, elle a été enregistrée, mais 11 minutes de redondance, où nous avons tous été mauvais dessus, moi le premier. J’ai donc préféré la passer à la trappe. C’est ça être un amateur, c’est être médiocre à certains moments, et j’assume.

      Gourmandes salutations l’ami, à bientôt.

      Pat

      • Lolo

        Salut noble personne,

        On ne l’écrira jamais assez : goûter bon dieu. Le ramage ne se rapporte pas au plumage ! Après j’avoue qu’en vin comme en tout, dans l’océan de choix qui s’offre à nous, parfois de jolies lumières éclairent nos lanternes telles des sirènes (voilà que je me prends pour Lafontaine… tu apprécieras la rime riche, rires).

        Tu as des élèves ?! C’est pas marqué dans ta bio. Pour les inscriptions c’est où et quand ? Bien pour l’AOC, une petite protection pour les consomme-acteurs que nous sommes.

        Partagas ? Pour ma part j’ai jeté l’ancre pour les « Punch ». Et oui la vie est belle avec une telle pensée, comme à celle des anchois du coin sur un bout d’excellents pain et beurre !

        J’aurai bien maté un bout du décor, cela m’aurait rappelé d’excellents souvenirs de cette belle place qu’est Collioure. Il est vrai que le coup de chapeau s’impose dès que l’on voit l’abnégation qu’il faut pour accompagner la vigne dans de tels endroits. Et puis en extérieur, tu as dû avoir du vent non ? Donc la prise son…

        A bientôt pour une nouvelle découverte, ô maitre es générosità,
        °L°

        • salut mon Lolo,

          Noble personne ? Ca me rappelle à mon prénom qui paraît-il signifie « noble », ça vient de patricien. Ben voilà le premier roturier noble, en espérant que ce ne soit pas de la pourriture…

          Pour la vidéo sur Collioure, il y avait en effet une tramontane qui t’envoyait les coccinelles à Berlin en une heure de vol ! Mais c’est surtout le fait de l’avoir mal conduit qui m’a fait la supprimer. Trop long, redondant, c’est ainsi et ça arrivera encore.

          Pour mes élèves, je donne cours dans une école belge en dégustation (je refuse et déteste le terme « cours d’œnologie », c’est un diplôme d’état d’un autre niveau, et qui n’est pas donné par des ploucs en mal de disciples). C’est une classe sympa avec laquelle nous allons à la rencontre du terroir burgonde pas plus tard que ce week end.

          Punch ? C’est sympa ça ! Je n’ai pas d’affinités avec Partagas, loin d’être ma marque préférée, mais sur ce vin dont je parlais, c’était celle qui s’imposait. J’aime la tendresse des Sancho Pança ou mieux encore, les Por Larranaga, une marque peu connue mais qui m’envoie au plafond.

          Portes-toi bien et continue à nous amuser de tes commentaires amusants, boucle bouclée.

          Pat

          • Lolo

            Salut Pat,

            Oui oui c’est bien ça, Patrick en latin c’est noble personne il parait.

            C’est vraiment jouissif (et noble ?) de partager son humble savoir, sa passion, du moins c’est ce que cela me procure lorsque je le fais. Tout autant qu’apprendre avec des passionnés, et ici j’ai vue sur « cours ».

            Je ne connais pas les deux marques de cigares que tu cites. J’ai pendant un moment beaucoup apprécié les short perfecto de Davidoff (les cigares à la forme si particulière pour la coupe à ta convenance et l’allumage). Tendres aussi. Partagas sont plutôt robusta mais à plusieurs reprise l’amertume m’a dérangé (pourtant je déguste du chocolat 100% cacao). Punch est un bon compromis entre les deux: fort et tendre à la fois.

            Continue à nous faire découvrir des domaines et des flacons de derrière les fagots !

            A bientôt,
            °L°

          • Salut mon Lolo,

            As-tu remarqué que le verbe « apprendre » a un double sens génial ? Le professeur apprend à ses élèves, les élèves apprennent du professeur, un verbe magique.

            Je ne me suis jamais éclaté la panse avec Davidoff, un style trop consensuel à mon goût. Pourtant, Cohiba peut-être trop disponible en France donne de si beaux résultats… J’aime aussi Fonseca, une marque équilibrée, un peu puissante, mais pas trop… A déguster l’ami. Je partage ton avis sur les Partagas, loin d’être mon favori.

            A bientôt, gourmandes salutations, et tant que j’ai des sous, je continue !
            pAT

  • Laurent

    Salut pAT,

    Le professeur apprend DE ses élèves aussi.

    Je note pour les cigares (je suis passé aux cigarillos faute de temps).

    Pour les sous, pourquoi ne pas ouvrir une cave dans la mare avec tes découvertes ? Pas assez de bras ?

    A la prochaine découverte,
    L°L°

    • Salut mon Lolo,

      bien noté. Ouvrir une cave, pourquoi pas ? Mais ça veut dire heures d’ouverture, ça veut dire si à la cave pas à la vigne, et ça veut dire aussi des sous pour choper le bâtiment, payer le pas de porte, payer le stock, et tutti frutti, on en revient à la quadrature du cercle…

      Donc on continue !
      Bonne journée à toi, gourmandes salutations.

      Pat

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*