12 janvier 2011

MILLESIME 2009 : au château Pape-Clément – Pessac-Léognan

by Patrick Maclart

Le château Pape-Clément est un bâtiment de haute allure, qui a été la dernière demeure du dernier pape français, Clément V.

L’accueil fut assuré par Jean-Charles FOURNIE, maître de chai du château Pape-Clément, dont le propriétaire est le bouillonnant Bernard MAGREZ. Patrice HATEAU, l’excellent directeur du domaine, ne pouvait être là. Jean-Charles a assuré, de manière très technique ce moment rare.

L’élevage soutient vraiment les vins de Bordeaux. C’est pourquoi la dégustation à laquelle j’ai été conviée a été vraiment intéressante.

Le château Pape-Clément isole des parcelles afin d’en obtenir une palette qui donnera à l’assemblage final un vin riche, complexe, et doté d’une rondeur certaine, très terrienne.

Jean-Charles FOURNIE a assuré avec grande compétence la dégustation à laquelle j’ai été convié.

DEGUSTATION IN SITU

PAPE-CLEMENT ROUGE

Parcelle «Chêne» – merlot d’argiles, situé en bas des vignes du château.

Sur barrique Sylvain
nez très subtil : framboise, chair de fruit, épicé, opulent. Beau tanin qui structure admirablement le vin. Très belle longueur épicée.

Sur barrique Seguin-Moreau
nez de pain grillé, toujours framboises, le boisé domine mais la finesse curieusement est plus présente en bouche. Plus tendu en finale.

Sur barrique «Artizaner in fine»
expression plus simple, vin plus volumineux en bouche, notes de caramel. Belle structure, mais arômes flous.

Sur barrique Remond
nez fin, complexe, tabac, vanille, profond. Beau en bouche, profond, fruit tendu. Très belle rétro.

Sur barrique Radoux «X blend»
nez vanillé, impression «tourbée», fruits noirs. Bouche un peu rugueuse et asséchante, mais va s’affiner. Belle matière en finale. Très long.

Sur barrique Alain Fouquet
Crémeux, vanillé, opulent, très merlot. Bouche charmeuse, aromatique et excitante à ce stade. Très charmeur.

Le chai de vinification des rouges, et ses cuves bois tronconiques. Une impression de cathédrale. L’aménagement théatralise bien le vin.

Parcelle «Lande» haut et bas gauche – cabernet sauvignon sur argiles et graves

sur barrique Sylvain
nez de cassis, végétal, terre humide. Bouche structurée, tannique, carrée, immense longueur.

Sur barrique Seguin-Moreau
Fumé, minéral, cassis, truffe. Bouche «crème de cassis», toujours truffée et minérale. Plus charmant que le précédent.

Un clin d’oeil pour l’ami Patrice. Sans le « C », il devient le pilote du vin !

Parcelle «Forestier» – cabernet sauvignon sur graves pessacaises

Sur barrique Demptos
Fruits noirs doux, fumée, discret et élégant. Bouche tendue mais avec un moelle. Finale aromatique mais tendue.

Sur barrique Taransaud
Nez plus discret, plus tendu. Bouche discrète, aromatique, un peu réglissée en finale.

Sur barrique Saury
nez terrien, truffé, fumé, proche du style Seguin-Moreau. Bouche à la sucrosité marquée, boisé un peu «tarte chaude». Devrait se bonifier et se faire.

Sur barrique Remond «TGS» (Tronçais grain serré)
bouche hyper-complexe, cerise amarena, chair de fruit, le tout encadré par des tanins «grandes orgues». Coureur de fond.

ECHANTILLON FINAL
Fruits rouges et noirs, fumée, motte de terre, petites notes d’herbes fraîches (aneth, fenouil). Bouche sur un fruit propre, net, charnu, qui développe sur des arômes moins marqués qu’au nez. Les tanins se constituent, et le vin s’encadre. Moelle et structure impeccables. Grand vin en devenir.

le résultat final d’un Pape Clément est souvent un vin riche, opulent, plein, qui prend de jolies notes épicées et terriennes au vieillissement.

PAPE-CLEMENT BLANC

Un rare privilège qui m’est accordé, que de déguster le Pape blanc dans le chai de vinification peu connu même de certains. Merci Patrice et Jean-Charles pour ce privilège.

Muscadelle
nez explosif de poire, d’ananas, de raisin blanc et d’épices. Bouche grasse, concentrée, structurée, très beaux amers qui encadrent à merveille le vin. Long, superbe.

Sauvignon gris
Nez de pêche blanche, poire, pointe minérale. Bouche riche, simple, concentrée, alcool marqué. Gros muscle. Très long.

Sauvignon blanc
nez de poire conférence, un peu bloqué à ce stade. Bouche fine et mûre, très beau végétal. Vinifié intelligemment sur la finesse.

Idem sur seconde trie
Nez plus gras, plus fruit jaune. Bouche fine, structurée, le SO2 est ici présent en bouche et donc cette dernière est bloquée, contrairement au précédent où c’était au nez.

Sémillon (sur fût Remond)
Nez de citron confit, bière blanche, floral, encore un peu bousculé. Bouche typique du cépage, marqué par le coco du fût. Belle chair en finale, très beau fruit en rétro.

Sémillon (sur fût François)
Nez très ressemblant, mais plus tendu. Bouche aux très beaux amers, charnue, pleine. Belle finale.

Pape-Clément a obtenu le prix de l’oenotourisme en 2009. Tout un comité d’accueil assure aux touristes de passage de vivre un bon moment autour du vin.

ECHANTILLON FINAL

Nez axé sur le sauvignon, floral, fumé, très complexe. Bouche encore jeune, fleurs, papaye, un peu bousculée au moment de la dégustation. Mais que d’éléments ! Concentré, long, charnu et riche, le boisé à ce jour domine l’ensemble un peu trop. Longueur incommensurable.

château Pape-Clément 

216 avenue Nancel-Pénard
F-33600 PESSAC

 tél. 00 33 (0)5 57 26 38 38
site internet : CLIQUEZ ICI

14 Responses to “MILLESIME 2009 : au château Pape-Clément – Pessac-Léognan”

  • b.d.g

    Merci pour ces commentaires de dégustations si précis

    • Merci Monsieur BDG, vous avez des initiales amusantes, qui me rappellent à quelqu’un de sympathique.

      • S. GASSIAN

        Patrick, toujours aussi passionné! j’aime votre blog il est tous les jours actualiser et donne envie de vous suivre dans vos aventures.
        Bravo

        • Bonjour Sylvanie,

          Merci de vos compliments, qui me touchent sincèrement. Il n’est pas vraiment actualisé quotidiennement (j’ai en effet un métier !), mais un minimum de 2 articles par semaines sont publiés, pour le plaisir des lecteurs, et donc du vôtre.
          Il me plairait de savoir dans quelle région vous vous trouvez.
          Gourmandes salutations,
          Patrick MACLART.

          • cabirol.o

            Bonjour Patrick, je t’écrit de la région de fronton ou contrairement à la bourgogne on a du mal à exporter nos vins, que faire

          • Salut l’ami (peut-être Olivier ?),

            Fronton est une belle région que j’ai déjà traversée à quelques reprises. Le cépage négrette est très intéressant et apporte des arômes qu’aucun autre cépage. Avec cette particularité, les vins s’exportent mal.

            J’ai envie de dire que c’est le mal français, et il porte un nom : la suffisance. Quand je vois le nombre de Français qui ont appris l’anglais à l’école et si peu qui arrivent à le parler, avec bien souvent un accent d’arrière-cuisine, c’est déjà un mauvais départ pour l’export tout ça.

            Mais c’est surtout dans l’esprit. On se regarde le nombril, on se congratule, et on perd le match car on n’a aucune connaissance des forces en présence. Un peu comme au sport où les journalistes considèrent nos sportifs déjà champions du monde alors qu’ils n’ont pas encore commencé à concourir…

            Exporter demande tout d’abord une étude du marché, puis un plan de stratégie simple, efficace, avec surtout une présence sur le terrain. Et c’est là aussi que le bât blesse, car en France nos petites exploitations ne permettent pas la couverture de ces frais fixes structurés. Enfin, un penchant trop faible pour les règles du commerce en France, un euro fort, et voilà tout de suite les choses qui se compliquent.

            Les choses ne sont pas simples, mais possibles. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut arrêter de penser que seul le prix joue. Un bon commercial vend un produit ou un concept, pas un prix. Un chien avec un chapeau peut le faire. Bien souvent, les vins du Nouveau-Monde (Argentine, Chili, etc…) sont plus chers que les vins Français, avec une qualité discutable.

            Ce n’est qu’un pan de la réponse, et il y a encore bien des facteurs qui entrent en ligne de compte.

            Bien à vous.

  • olivier

    merci de cette réponse, mais je crois bien que les clients étrangers ont du mal avec la lisibilité de nos vins, non du cépage, cuvée et terroir doivent trouver leur place sur les bouteilles…?

    • Alors là, tu as totalement raison. En France, nous compliquons bien des choses. Moi qui suis en Bourgogne, je ne vais rien dire, notre région monopolise près d’un quart de toutes les AOC de France, mais c’est un vignoble élitiste. Donc, les gens qui veulent découvrir la Bourgogne sont près à ce cheminement.
      Mais quand on voit en Loire : Touraine, Touraine Noble-Joué, Touraine-Amboise, Touraine-Mesland… (liste non-exhaustive), imaginons le Japonais ou le Brésilien devant le rayons vins de son magasin favori… Et aucune information de ces subtilités sont apportées au consommateur, on laisse les interprofessions se dépêtrer.

      Il ne faut pas pour autant perdre notre âme, mais ta remarque est pour moi un formidable départ pour un beau chantier. Et le cépage « Négrette » peut sur les marchés américains avoir une péjoration des plus sensibles… C’est idiot mais c’est ainsi.

      Bon dimanche, et vive le Sud-Ouest !

      Patrick MACLART.

  • yves

    j’aime bien Christian Millau lorsqu’il distille dans son petit opuscule « le petit roman du vin » tous les termes soit-disant « techniques » utilisés par les dégustateurs de vin autoproclamés et s’en moque! il rappelle la mémoire de Jean Baptiste Troisgros père de jean et pierre qui classait les vins en 2 catégories: les bons et ceux à mettre à l’évier, c’était quelqu’un de modeste. Pour mémoire, son fils jean (dcd) qui avait une mémoire du vin phénoménale avait reconnu 48 vins, vignerons et les millésime sur 50 bourgognes dégustés. autres temps, autres moeurs!

    • Bonjour Yves,

      J’espère que vous allez bien. Merci de ces petits moments d’histoire qui font du bien. Et les leçons d’humilité sont toujours bonnes à recevoir. C’est par ailleurs la raison pour laquelle le plaisir est l’axe principal de Bourgogne-Wineblog, et que je ne trouve aucun plaisir à « tartiner » ma science. Je préfère partager mes plaisirs et émotions.
      Il faut toutefois avoir un minimum de vocabulaire qui, ce qui est drôle, est souvent emprunté à d’autres activités, et parlent souvent dans la dimension : longueur, largeur, profondeur…
      Ce vocabulaire permet à chacun de comprendre un tant soi peu l’émotion qui n’est pas toujours évidente à retranscrire.
      Bonne journée et merci de votre fidélité Yves.

      Patrick MACLART.

  • yves

    bonjour,
    Christian Millau raconte (et il en garde le souvenir émerveillé) ce que Jean Claude Berrouet lui a dit juste avant de quitter son poste: « à la fin du fin, voulez vous que je vous dise?: Pétrus……. c’est un vin sympathique…. » ça me fait penser à quelqu’un que je considère comme éminemment prétentieux; mais je ne vous dirai pas qui ni pourquoi!
    bonne journée

    • Vous savez Yves, les grands vignerons ou grands hommes du vin marquent toujours. Il y a quelques semaines, j’étais chez Claude DUGAT qui pour moi est le meilleur facteur de pinot noir au monde. Dans son regard d’intelligence globale, il me dit « ma vigne doit souffrir pour donner ce que je lui demande, je m’arrange donc que son entourage soit rempli de gentillesse ». Quand il vous dit ça, tout est clair.
      Bonne journée Yves.

  • yves

    donc quand il passe dans les vignes on entend le sarment murmurer « Claude, Claude: fais moi mal!!! »

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