20 mai 2011

dégustation Saumur-Champigny 2008 : hétéroclite.

by Patrick Maclart

Une grande dégustation de cette belle appellation du Val de Loire. Une cinquantaine d’échantillons, tous millésimés 2008, ont été soumis à la sagacité de mon palais. Les notes vont de 0 à 5 étoiles, et uniquement les vins notés à partir de ** sont repris.

Tous les vins étaient ouverts et servis à température identique et idéale. Les notes sont retranscrites dans l’ordre des vins dégustés, prélevés aléatoirement dans les bouteilles présentes. Bien que les vins n’aient été dégustés à l’aveugle, je n’ai pas tenu compte de la réputation du domaine, tentant de respecter au plus juste, comme une dégustation à l’aveugle.

Je remercie encore le syndicat des producteurs de Saumur Champigny pour cette dégustation et pour leur disponibilité face à mes différentes questions.

LE MILLESIME 2008 EN QUELQUES MOTS

Fort ressemblant au 2007, 2008 est une vraie année de vigneron. Une fleur tardive, de fortes pluies au printemps qui se sont fort heureusement estompées à l’arrivée de l’été. La véraison s’est elle aussi bien passée malgré des températures fraîches. C’est la toute fin de saison qui a permis d’obtenir des résultats satisfaisants. Toutefois, la poussée de mildiou a dû obliger certains à rester près de leurs vignes. C’est là que toute la différence s’est faite. Ceux qui ont été attentifs et instinctifs auront mieux réussi que les autres.

C’est toujours agréable de retrouver le cabernet, surtout quand il est bien franc.

ATTENTION : n’oublions jamais qu’une dégustation est un instantané du vin à un moment déterminé. Jamais une note ne doit être considérée comme un jugement définitif mais plutôt comme une impression qui tente à projeter le vin dans un futur.

*** Domaine du Vieux Bourg «vieilles vignes» – Varrains
nez intéressant : framboise, mais encore fermé. Bouche bien faite, agréable et souple. Joli petit terroir en finale.

** clos des Cordeliers – Champigny
nez partant sur le poivron, végétal. Bouche sur le variétal, l’ensemble ne me semble pas très mûr. Finale un peu courte.

**** château de Villeneuve – Souzay-Champigny
très beau nez profond, minéral, terrien, fruits noirs, encore fermé. Bouche très bien construite, belle balance entre puissance et finesse. Très belle longueur, et finit sur des fruits noirs et des notes réglissées.

***(*) Domaine des Champs Fleuris «vieilles vignes» – Turquant
Joli nez de fruits rouges (fraises), petite note végétale. Bonne bouche plaisante, sur des notes poivrées. Finale encore un peu muette, à revoir.

*** Domaine des Clos Maurice «vieilles vignes» – Varrains
nez fermé à double tour. Robe sombre. Bouche tendue, acidité marquée, sur le poivron et le tanin. A revoir, car les éléments sont bien en place.

** Château de Chaintres – Dampierre-sur-Loire
Nez floral, zeste d’orange, petites notes de fruits blets. Bouche souple, facile, sans grande concentration ni caractère. Court.

**** Domaine de Nerleux «les Loups Noirs» – Saint-Cyr en Bourg
robe sombre. Nez profond mais encore discret : terre humide, floral, framboises. Bouche puissante, encore bousculée mais prometteuse, encore sur le tanin et la structure. Attendre. Finale réglissée.

**** Domaine de la Guilloterie – Saint-Cyr en Bourg
nez standard, sans défaut à défaut d’être excitant. Bouche bien construite, sur le petit fruit (framboise). Finale minérale, et du fruit. Beau caractère d’ensemble, bien fait.

Dans la catégorie des poids plume (et encore), j’ai aimé le château de Villeneuve (plutôt dans la catégorie des poids coq !) pour sa profondeur, le domaine de la Guilloterie pour son harmonie, et le domaine Lavigne « les Aïeules » pour la maîtrise de la puissance de ses tanins.

** domaine des Bonneveaux «vieilles vignes» – Varrains
nez classique, pointe de fruit très mûr en fond de nez, fumée. Bouche fine, sur la finesse et la légèreté, framboises et poivron. Longueur correcte.

** Antoine Sanzay – Varrains
robe très sombre. Nez médicamenteux, foin. Bouche curieuse, sur une acidité difficile à définir. Longueur moyenne.

**** Domaine des Varinelles – Varrains
nez encore fermé, mais semble disposer d’une certaine profondeur. Bouche fine, agréable, légère, dans un style gouleyant réussi. Finale sur le fruit. Bien dans son style.

*** Domaine du Val Brun «Bay rouge» – Parnay
joli nez : framboises, floral, agréable. Bouche fine, gouleyante, agréable. A boire dès maintenant.

**** Domaine Lavigne «les. Aïeules» – Varrains
joli nez floral, petits fruits rouges. Bouche bien faite, avec une jolie balance entre puissance et finesse. Tanin fin mais présent. Jolie finale.

Dans la catégorie des poids lourds (tout relatif), j’ai préféré le domaine de Nerleux « les Loups Noirs » pour sa structure profonde en devenir. Le domaine des Varinelles est lui dans la catégorie poids plume aussi, avec son côté gouleyant et parfumé très agréable.

** Domaine des Sanzay «les Poyeux» – Varrains
robe sombre. Nez épicé, girofle, terre. Bouche très marquée par le côté épicé, qui avec son tanin un peu grossier lui donne quasiment une gueule de vin du Douro. Pour amateurs de blockbusters.

** Château de Targé – Parnay
nez fin, délicat et discret. Bouche capiteuse, qui brouille les arômes. Finit court.

? Dominique Joseph «le Petit Saint-Vincent» – Champigny
nez discret, floral, fin et élégant. Bouche bousculée, fruits noirs, acidité et tanin en contradiction. Je me réserve, de bons éléments mais très bousculé.

*** domaine de la Cune «Charl’Anne» – Dampierre-sur-Loire
nez amusant, floral, beaucoup de fraîcheur. Bouche tout autant dans la finesse, très féminin, style personnel.

** Hospices de Saumur «clos Cristal» – Saumur
nez discret, fond de fruit blet. Bouche concentrée, boisée, mais peu aromatique. Longueur moyenne.

*** Domaine des Roches Neuves «Franc de Pied» – Varrains
nez bien boisé, avec toutefois du fruit rouge, vanille et épices en fond de nez. Bouche concentrée, corsée, au boisé mieux exprimé qu’au nez. Très belle longueur. Style international.

**(*) Domaine des Menais «Arpège des Menais» – Varrains
nez un peu marqué par le bois., notes curieuses de pomme. Bouche sur le bois, le chocolat, plus dans l’épate que dans l’authentique.

***(*) Domaine. Joulin «vieilles vignes» – Chacé
Joli nez, dans le classique, avec des petites notes viandées. Bouche bien faite, beaux tanins, du caractère. Belle expression, long, mais pas d’une grande complexité.

*** Domaine du Ruault «la Source du Ruault» – Varrains
robe sombre, nez discret mais prometteur : framboise, minéral, petites notes de beurre. Bonne bouche souple, hélas trop légère dans son évolution. Finale moyenne. Dommage, le nez promettait beaucoup. A boire vite.

***(*) Château du Hureau «Tuffe» – Dampierre-sur-Loire
nez encore discret, mais profond : violette, minéral, fruits noirs. Bouche coulante, équilibrée, plaisante, et de bonne longueur.

*** Domaine Filliatreau – Dampierre-sur-Loire
nez léger, sur le fruit et la fleur de printemps. Bouche agréable, souple, gouleyante. Belle longueur néanmoins.

8 Responses to “dégustation Saumur-Champigny 2008 : hétéroclite.”

  • gérard

    Pas de Clos Rougeard lors de cette dégustation ? Ne pensez-vous pas que, pour cette appelation tellement galvaudée par les Saumur-Champigny qu’on trouve en grandes surfaces, il y a les vins de Foucault, tout en haut, et les autres ?

    Dans les autres il y a aussi de belles choses à ne pas dédaigner, Chateau de Villeneuve (les blancs surtout) et Thierry Germain, pour ne parler que des vins que je connais. J’ai rarement fait de belles découvertes dans cette appelation. Mais les vins du Clos Rougeard ne sont ils pas vraiment hors concours ?

    • Waw Gérard,

      En voilà un message qui m’arrive droit dans la tronche ! Ouf, je reprends un coup de bière et je te réponds.

      Il est vrai que mon texte d’introduction n’est pas précis, et donc je comprends la véhémence de ton propos. Cette dégustation était présentée par le syndicat de Saumur-Champigny qui m’a gentiment invité. J’ai donc relaté ce que j’avais dégusté. Clos Rougeard n’y était pas, pas plus que Germain. Quant aux blancs que tu cites, il s’agit de « Saumur-Champigny », donc que du rouge. Je cite toutefois Villeneuve me semble-t-il dans mes préférés (l’article date un tantinet).

      Je suis d’accord avec toi et ton appréciation. Je ne trouve toutefois pas que l’image de cette appellation soit mise en péril. En tout cas, chez moi et mes lecteurs, elle est estimée. Merci de ta lecture, et j’espère me rattraper sur un autre coup…

      A bientôt l’ami, gourmandes salutations.
      Patrick MACLART.

  • gérard

    Merci Patrick pour cette réponse rapide. Je comprends tout à fait que tu n’as pu déguster que les vins proposés et ceci explique l’absence du Clos Rougeard. Mon propos ne se voulait pas véhément, mais seulement le reflet de mon étonnement devant cette absence. Ceci dit, il est probable que Nady Foucault n’ait pas donné ses vins pour cette dégustation, puisqu’il n’a rien à vendre à celui qui n’a pas la chance d’être allocataire fidèle au Clos Rougeard.
    Merci encore et bravo pour ton blog fort convivial au demeurant.
    A bientôt sans doute.

    • Gérard,

      La véhémence est souvent représentant de notre passion. Une passion fade, ça n’existe pas. Et c’est pourquoi qu’on peut avoir un coup de gueule, monter en régime. C’est normal, mal vu certes dans notre société actuelle à la con où il faut rester dans les clous, mais moi je l’accepte. Et je dirai même que je peux m’engueuler avec un pote tout en buvant un coup. La divergence de pensées ou d’opinions est l’essence de notre démocratie, et ça ne fait en rien des ennemis.

      Le syndicat m’a invité à cette dégustation, et j’ai fait mon boulot. Je trouve que n’ayant pas un palais spécialement formaté au cabernet franc, j’estime m’en être bien sorti. J’ai encore mémoire des vins dégustés et ça passait bien, malgré que dans un de mes coups de coeur il y ait vendanges à la machine; je le déplore.

      Pour le reste, merci de ton compliment qui me touche au plus haut point. J’aime toujours savoir dans quelle région habitent ceux qui me laissent des commentaires, tu me le diras au prochain coup, tant qu’à faire.

      Merci de ta nouvelle fidélité, et gourmandes salutations.
      Patrick MACLART.

      • gérard

        Pour répondre à ta légitime curiosité, j’ai la chance de vivre dans un pays de vignobles où le sauvignon est roi, près de Pouilly sur Loire, Sancerre en ligne d’horizon. Connais-tu nos vins et notre belle région ? Maintenant que j’ai plus de temps, puisque jeune retraité, je parcours les autres vignobles en compagnie d’un ami caviste à La Charité sur Loire, qui me fait profiter de ‘ses entrées chez quelques grands noms, autrement inaccessibles, comme Clos Rougeard à Saumur. Et je m’éclate !
        Bien cordialement.
        Gérard
        P.S. : je suis arrivé sur ton blog via le lien sur celui d’Emmanuel Delmas, que je visite régulièrement depuis un an environ.

        • Salut Gérard,

          Merci de ta lecture. Je connais mal les vins de Loire. Je suis toujours étonné de rencontrer certains journalistes ou blogueurs qui ont leur avis sur tous les vignobles, ayant voix au chapitre et sortant ça et là des grands noms qu’on lit partout. Exercice de facilité dans lequel je me refuse à tomber. La Loire est un vignoble vaste, varié et complexe par ces deux caractéristiques. Je préfère donc faire le canard et ne pas bramer comme un cerf pour faire l’intéressant.

          Pour Sancerre, j’apprécie bien le « Terroir de Maimbray » de chez Reverdy (dont une tragédie familiale a touché il y a quelques années), et ça fait un bail que je n’ai pas revu Thierry PRIEUR de Verdigny qui est un vrai copain. Remets-lui mes amitiés si tu le vois. J’avais aussi apprécié lors d’un passage à Saumur le vin d’un vigneron dont j’ai mangé le nom, mais qui était installé dans un village adjacent… Ca me reviendra.

          Il faut juste que je trouve le temps et l’argent pour financer un voyage en Ligérie… Une Burgondie elle aussi, avec sa douceur que certains commentent de lenteur… Eh oui, on est des campagnards !

          Gourmandes salutations.
          Patrick.

          PS : Manu est un copain est totalement dénué de snobisme. Ce lien m’honore.

          • gérard

            Patrick,
            Bravo pour ton humilité. C’est évident qu’en matière vineuse, nous ne pouvons ni tout connaitre ni tout goûter et n’est pas goûteur de talent qui veut. Je ne suis moi même qu’un amateur passionné qui a la chance d’avoir un ami professionnel (caviste), lequel m’a permis d’approcher quelques grands vignerons lors de moments souvent mémorables, dans lesquels j’apprends et j’écoute beaucoup. Mes opinions ne sont que l’expression de ce que je ressens, sans autre prétention, tant la dégustation est école d’humilité.
            Ainsi j’étais avant hier à Chinon chez Philippe Alliet pour un grand moment très convivial, puis chez François Chidaine (Montlouis, Vouvray), une journée que beaucoup d’amateurs de vins de terroir authentiques envieraient, et je suis conscient de ma chance.
            Pour te répondre sur Sancerre, je connais Reverdy, valeur montante de Sancerre, mais Prieur seulement de nom. Je connais mieux Alphonse Mellot, dont le père est un copain de longue date, et dont les vins sont tout à fait recommandables, mais chers, et aussi Vincent Pinard, Vacheron, Gérard Boulay, François Cotat, Dominique Roger, Vatan, cette liste de vignerons de qualité n’étant pas exhaustive. Si tu viens dans notre belle région un jour, tu pourras utilement te mettre en relation avec mon ami caviste, qui connait tout le meilleur de Sancerre et Pouilly-Fumé (et pas que ça!). A ta disposition.

          • Salut l’ami Gérard,

            Merci pour ta passion du vin avant tout ! L’humilité est une qualité première pour un bon dégustateur, à l’instar de la mémoire et de l’objectivité d’esprit. Pour les vins de Loire, j’ai une expérience modérée. Certes, j’ai participé à de nombreuses éditions du salon des vins de Loire à Angers, mais curieusement, d’un point de vue culturel, la France n’est pas découpée de nord et sud mais d’est et ouest. Curieusement, il nous semble à nous Bourguignons que la Provence est moins loin que la Loire… Va savoir.

            Les noms que tu m’énonces ne me sont pas inconnus. J’ai dans une vie antérieure traîné sur les sols du Sancerrois, et ai encore quelques connaissances. Pourvu que ça dure. Je tenterai un de ces quatre de faire un périple berrichon, surtout que j’adore ce pays. Le tout est toujours question de temps et d’argent, car n’oublie pas que les blogueurs financent tous leurs voyages, et le système D est toujours de rigueur !

            Merci de ta fidélité au blog, gourmandes salutations.

            Patrick MACLART.

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