18 mai 2012

en Toscane, à San Gimignano : STROZZI : une famille riche de vies.

by Patrick Maclart

On ne peut évoquer la Toscane sans évoquer la famille STROZZI. Présente depuis plus d’un millénaire, élaborant des vins depuis le XIIème siècle, cette famille a été durant des siècles la grande rivale des Médicis dont ils étaient les ennemis jurés. Aujourd’hui, fort heureusement, les choses se sont apaisées et c’est la très jolie et souriante Natalia qui représente les vins du domaine.

Natalia STROZZI dispose de bien des qualités pour séduire son auditoire : finesse d’esprit, élégance, noblesse, humour et beauté. Les dieux ont été bien généreux… Ce sont les Médicis qui doivent grommeler…

Le domaine original existe depuis la nuit des temps, depuis 994 précisément (non, il ne manque pas de chiffre !) et l’histoire jalonne le parcours de cette propriété. Philippe Strozzi le Jeune qui s’opposera à l’hégémonie des Médicis, bien que marié à l’une de ses filles, Pierre Strozzi qui sera nommé Maréchal de France, et même une Barbara qui sera compositrice. Machiavel sera secrétaire des Strozzi, il y a même un ministre de l’Agriculture au début du XXème siècle !

Cette famille condamnée à l’exil pourra quand même faire la nique à l’histoire et au sort lorsque Laurent le Magnifique servira le vin des Strozzi au Pape qui le trouvera non seulement délicieux, mais lui trouvera plein de vertus thérapeutiques !

Et pour couronner le tout, Natalia et sa soeur seraient les descendantes directes de Mona Lisa… Toute une histoire, dont le feuilleton a tenu en haleine les spectateurs du journal télévisé de France 2. Natalia qui elle aussi a connu une vie riche en émotions; danseuse aux ballets Noureev, comédienne à ses heures; « et ça me sert bien pour parler de mes vins ! » ajoute Natalia avec malice, et aujourd’hui pour seconder sa soeur qui elle est plus à a gestion. Leur mère est quant à elle est la mémoire du domaine, la conservatrice. Elle récupère tous les objets anciens afin d’en faire un petit musée. Et enfin le père qui le premier imposera le vernaccia aux USA, le faisant apprécier à Ted Kennedy avec lequel il liera une amitié vivace.

le château des STROZZI domine la localité de Cusona, à quelques kilomètres de San Gimignano.

Cette famille à la vie riche de vie élabore des vins dans le respect de la tradition, sans pour autant refuser le progrès. Le domaine travaille d’une manière conventionnelle, mais raisonnée. Le bio n’est pas d’actualité car, si les traitements phyto sont utilisés à discrétion, ce sont les insectes qui posent le plus de problèmes.

Le domaine s’est étendu depuis sur Massa Maritima (Tenuta I massi), Bolgheri (villa le Pavoniere), Scansano (Poggio Moreto), et dernièrement en Pantelleria à la Coste di Kuddi, où tout au sud de l’Italie le Prince Strozzi continue ses expérimentations et ses découvertes sur le moscato d’Allesandria. Comme ce jeune homme qu’il est toujours.

Je vous le disais, chez les Strozzi, la vie est riche de vie… Leurs vins aussi.

GUICCIARDINI STROZZI

loc. Cusona 5
I-53037 SAN GIMIGNANO

tél. +39 0577 950 028
site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci Natalia, j’ai rarement eu aussi souriant et charmant Cicéron en visite. De plus, tes informations étaient précises. Merci pour ce beau moment passé. Pour voir la vidéo réalisée avec Natalia, CLIQUEZ ICI.

vernaccia di San Gimignano « titolaro Strozzi » 2010
nez très complexe, de miel d’acacia, de buisson, de prune et de beurre froid. Bouche bien constituée, à l’attaque sur une jolie trame acidulée, et un fruité-floral complexe. Le développement est discret, mais la finale est sur le raisin, l’ananas acide (comme on utilise dans la cuisine thaï) et de belles notes florales type aubépine; et une amertume typique de ce cépage. Persistant, très long, personnel.

vermentino « Arabesque » IGT Toscana 2010
nez magnifique, caillouteux, fruité, fruit jaune, mais réservé ce jour, l’ensemble olfactif est plus prometteur que démonstratif. Bouche harmonieuse, équilibrée, assez corsée, minérale. La provenance caillouteuse ne peut mentir, et le côté iodé-salin rappelle lui encore à la provenance des côtes toscanes. Là encore, vin personnel.

vernaccia di San Gimignano « Riserva » 2008
nez amusant de bonbon au miel et au citron, très complexe, une petite note oxydative qui est plus une caractéristique qu’un défaut. La bouche est comme le nez, très vineux, sec, salin, très salivant, tranchant. La finale a du caractère, sur des notes de noisette fraîche et d’amandes. Long, persistant.

vernaccia di San Gimignano « Cusona 1933 » 2009
particularité : le vin est en partie en cuve inox et en fûts. Une partie des raisins sera passerillé en cagettes durant une quinzaine de jours. Superbe nez de cédrat, touche tellurique et minérale, du floral, c’est racé. Bouche concentrée, racée, tendue, superbe. Tension acide, volume en bouche, zeste sans le côté citronné primaire, minéral. C’est long, intense, un côté violent dans la noblesse. Du grand art.

Un côté sauvage et gentiment intense dans ce vernaccia… 1933 est un vin certes lisible, mais il a du caractère. Une belle bouteille.

Chianti colli Senesi « Titolaro Strozzi » 2010
100 % sangiovese, fermenté en cuve ciment et élevé durant 6 mois en cuve inox. Nez de prune, fruit noir, terrien. Bouche souple, fruitée, propre, droite, petites notes de caramel amusantes. Finale souriante.

« Sodole » IGT Toscana 2007
100 % sangiovese, élevé en fûts neufs à 50 % durant 12 mois. Nez opulent, grillé, variétal, muscade, moderne mais joli. Bouche encore bien persistante, sur la structure tannique du raisin, réglisse, goudron. Curieusement, le boisé ne se retrouve ni dans les arômes, ni dans la structure. La qualité des bois de l’Allier y est pour quelque chose. Finale un poil chocolatée, le boisé revient alors.

« Mil’Anni » IGT Toscana 2003
60 % sangiovese, 30 % cabernet sauvignon et le solde en merlot. Elevé en fûts neufs durant un an. Nez très mûr, très épicé, cannelle, cacao lacté. Bouche ronde, charnue, corsée dans sa rondeur; le développement est timide de par une structure acide faible. Finale ronde et sapide, au grain de tanin rond.

Bolgheri superiore « Vignare » 2006
assemblage cabernet sauvignon-cabernet franc-merlot. Nez mûr, rond, prune, cassis mûr, certaine profondeur olfactive. Bouche fine et fraîche, dotée d’une belle trame acide. C’est moins lourd que ça ne le laissait supposer, avec du relief et de l’acidité. Finale curieusement tranchante, aiguisée, là encore personnelle. Superbe travail d’élevage.

Maremma « A Solo » 2006
100 % petit verdot, élevé 18 mois en fûts neufs. Nez très mûr, presque fruits confits, cannelle, lait chaud, cumin. L’attaque est ronde, mûre, le développement se fait sur les tanins ronds et mûrs. Assez monolithique, ça se finit comme ça a commencé. C’est bien construit à défaut d’une complexité manquante.

visiter une cave à vin santo en Toscane est entrer dans le saint du Saint… Comme la tradition le veut, les fûts sont colmatés avec une espèce de ciment. Il y a toujours une lumière magique dans cet endroit de grand repos.

vin Santo 2004
assemblage à base de trebbiano. Nez sublime de noix, de raisin sec, pain d’épices de Dijon, abricots secs, c’est immense. Bouche épicée, à la douceur contrôlée, à la puissance maîtrisée, à la complexité monumentale. Le concepteur de ce vin a TOTALEMENT maîtrisé son oeuvre. Sublime.

4 Responses to “en Toscane, à San Gimignano : STROZZI : une famille riche de vies.”

  • Bonjour, Je regardais à l’instant à la Télé La Route du Vin en Toscane et j’ai pu apercevoir votre domaine magnifique. Etant trop agé aujourd’hui et ne pouvant plus voyager, je ne peux qu’admirer de loin. Cela vous ennuirait-il que je corresponde avec vous par email, car ayant des origines italiennes et ayant peut-être une ascendance lointaine avec Mona Lisa par les femmes et descendant lointain de Gerald de Windsor,lui-même descendant des Gerardini dont le prénom Gerald serait significatif et aussi d’une autre famille italienne , en France connue sous le nom de Bissy (Bichi, Bisio etc, mais passé en France avant la révolution française) eux-même descendants des Botta Adorno et alliés aux Doria. C’est évidemment un passé lointain mais auquel nous tenons beaucoup. Peut-être pourriez-vous m’indiquer comment essayer d’en savoir davantage car étant loin de l’Italie nous ne savons pas grand chose. J’habite à l’Ile Maurice où je suis né et professionnellement j’ai fais partie du corps légal. Aujourd’hui j’habite un tout petit appartement ne pouvant plus résider dans ma maison dont je me suis séparé.
    Pardonnez-moi d’avoir été si long.
    En vous remerciant de tous renseignements que vous pourriez me fournir,
    Veuillez agréer mes sentiments distingués
    Didier de V. Baissac

    • Monsieur,

      Dieu que votre plume est encore bien alerte pour un homme d’âge vénérable. Mais sachez que vous n’écrivez pas à Natalia, mais sur le blog d’un passionné de vins, parlant de vins passionnants, et des personnes tout aussi passionnantes qui l’élaborent.

      Je vous invite à retourner sur l’article de Natalia, de prendre l’adresse mail et de lui écrire. Subtile et artiste comme elle l’est, je suis certain qu’elle vous répondra.

      Respectueuses et gourmandes salutations.

      Patrick MACLART.

  • Bonjour,
    Ce n’est qu’aujourd’hui que par hasard je suis tombé sur votre blog et ai pu enfin prendre connaissance de votre réponse à laquelle je suis très sensible et pour laquelle je vous remercie. Je ne suis pas un connaisseur de grands vins hélas, mais tout de même…quand le vin est tiré, il faut le boire, et j’apprécie beaucoup.Bonum vinum…
    Cordialement
    Didier de Visdelou Baissac

    • Bonjour Didier,

      Depuis que ce blog existe, c’est la première fois qu’une personne s’excuse de ne pas avoir remercié ma réponse ou en accuser réception. Je vous avoue que ça me bluffe !

      En effet, beaucoup d’internautes pensent être sur le site du vigneron et envoient un message, une commande, une demande d’infos. Je réponds toujours qu’ils ne sont pas sur le site du-dit vigneron, mais sur un blog. Je transfère le message au vigneron, mais je n’ai jamais reçu de « merci », ni d’un côté ni d’un autre. Cela me surprend autant que ça me fait chaud au coeur.

      Merci de votre fidélité au blog, gourmandes salutations.

      Patrick.

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