25 avril 2018

Bourgogne Wineblog à Barbaresco, chez Teobaldo RIVELLA : le temps n’y a aucun impact.

by Patrick Maclart

Teobaldo RIVELLA, 69 ans a une vigueur de jouvenceau, une forme olympique, tant physique qu’intellectuelle. La visite de son vignoble bien pentu et valloné, il l’a faite en tête ! Bien que représentant la cinquième génération, il est le premier de la lignée à mettre sa production en bouteilles.

dans sa vigne, il est chez lui, c’est une évidence. Et pas question d’y introduire des produits douteux ou malfaisants. La vigne est travaillée comme un jardin. Et les kakis poussent entre les fleurs sauvages, le tout couronné du vol des oiseaux qui s’en donnent à cœur joie. On y est bien.

Il travaille sa vigne ainsi depuis des années, et comme travaillait ses anciens… « On a essayé les produits chimiques dans les années 80, comme ça, pour voir. On a mis un désherbant et un produit mystérieux qui n’inspirait pas confiance. On a arrêté de suite » me dit Teobaldo avec ce bon sens terrien qui n’appartient qu’aux hommes de là-bas. On est dans le naturel, l’authentique, le vrai. La visite de son vignoble pentu permet de comprendre directement le travail ô combien terrien de ce terroir d’exception, orienté sud-ouest et sud-est, soit 2 parcelles avec des sarments beaux et vigoureux. Le sol souple et aéré malgré un millésime 2016 délicat et difficile; « le mildiou a été contenu cette année par des traitements au soufre et au cuivre, comme d’habitude. Je ne travaille rien d’autre » dit Teobaldo avec tellement de sincérité.

Une vigne impeccable, sans le moindre traitement, avec l’herbe, les fleurs qui poussent comme elles l’entendent. Après les vendanges, à Barbaresco, il est courant de passer une double griffe pour décompacter le sol; c’est ce qui a été fait ici. Bel ouvrage.

Les vendanges sont bien sûr manuelles, et Teobaldo me dit en me montrant sa femme : « c’est ma machine à vendanger ! ». Rire complice de son épouse, l’autre sourire du domaine. Egrappés mais non-foulés, les vinifications se font en vieux foudres, avec des macérations de 25 jours environ. On sépare le jus des marcs, on presse ces derniers, on assemble et le tout restera en foudre entre 30 et 34 mois selon les millésimes. Pas de collage ni filtration, tout se fait le plus naturellement possible, et de manière ancestrale.

au chai, le temps est figé. Rien de technologique, pas plus que dans les hangars. Des foudres, et c’est tout. Le tout dans une propreté à faire pâlir une clinique.

Le domaine immense (!) s’étend sur 2 hectares pour produire 8.000 bouteilles (et 500 magnums insiste Teobaldo !). La branche export représente quand même 60 % de la production, avec pour destinations principales l’Europe du nord, les USA et le Japon.

Chez RIVELLA, le temps ne s’arrête pas, il n’a pas d’impact sur la vision de cet homme qui ne fait que travailler son terroir comme il le lui demande. C’est l’échange entre eux, et c’est beau à voir, à vivre, à connaître.

 

Serafino RIVELLA
Teobaldo RIVELLA

località Montestefano
I-12050 BARBARESCO

tél. +39 0173 635182

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci Teobaldo pour le temps consacré, malgré les stigmates d’une grippe virulente. Pour voir la vidéo réalisée avec Teobaldo, CLIQUEZ ICI.

la gamme est réduite à sa plus simple expression : un Dolcetto, et un Barbaresco, point barre. Seul le millésime fera la différence.

dolcetto d’Alba 2011
sur sol argileux et de marnes bleues. Le nez est net, propre, droit, très fuité, avec des notes de violette, d’une incroyable élégance pour ce cépage éternellement adolescent. La bouche est fine, élégante, avec un corps élancé, des notes de fruits nets, et toujours la violette qui se rappelle à nos souvenirs. Jolie finale fine, élancée et persistante.

grand terroir, grands vins. Il faut pour cela un grand homme. C’est ici fait.

Barbaresco 2008
nez vineux, minéral, fin et complexe, fruits de buisson, superbe d’expression en fond de nez. Bouche fine, élégante, longue et élancée, avec un tanin bien présent mais lui aussi élégant, qui s’est mis au diapason de l’ensemble. Très long, rétro aujourd’hui simple, mais phénoménal quand ça s’ouvrira, parfaitement.

manger le nebbiolo gorgé de sucre, après les vendanges, quel régal ! Là, son austérité et sa grosse peau est absorbée par les sucres de l’automne… Miam.

Barbaresco 2007
robe rouge bien marquée. Nez très floral, fruit mûr, pointe fumée. L’air de famille avec le 2008 est indéniable, mais l’ensemble est plus fin, plus évolué. La bouche est veloutée, le tanin soyeux et l’acidité nous rappelle au cépage. Les arômes sont bien en place, ce qui confère complexité au palais. Finale soyeuse, longue et distinguée.

2 Responses to “Bourgogne Wineblog à Barbaresco, chez Teobaldo RIVELLA : le temps n’y a aucun impact.”

  • Jean-Pierre RIOU

    ah les vins du Piémont, c’est bien bon, mais les prix commencent vraiment à être chauds… Il n’y a pas que la planète qui se réchauffe ! En tout cas joli reportage, merci de cet instant qui fait intime.

    • bonjour Jean-Pierre,

      Merci de ton commentaire. Le problème des vins du Piémont, si on parle des grandes appellations, c’est comme en Bourgogne : ce n’est pas extensible ! De ce fait, vu la demande de grands vins (alors qu’on parle de crise !), les prix flambent. Le tout est de savoir ce que le vigneron va faire de cette richesse : investir dans son vignoble et son chai, préparer sa succession, ou s’acheter le dernier Mercedes 4X4. Hélas, dans bien des cas, c’est cette dernière option qui est choisie, fort heureusement moins souvent en Piémont où on n’aime pas être ostentatoire.

      Il est clair que tout change, y compris le monde du vin. La Bourgogne que j’ai connue il y a une trentaine d’années n’est pas celle d’aujourd’hui. O tempora o mores.
      Merci de ton commentaire, gourmandes salutations.

      Patrick

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