18 septembre 2013

Bourgogne Wineblog à Barbaresco, chez ROAGNA avec Luca ROAGNA : de la famille des sauvages.

by Patrick Maclart

Luca ROAGNA représente à 31 ans la 5ème génération du style traditionnel de Barbaresco, car la famille a toujours été ici. Jeune, enthousiaste, il est réellement passionné par sa vision de la culture de la vigne, qu’il communique à l’envi… « On n’intervient le moins possible, et le paradoxe, c’est qu’on est très occupés ! » me dit Luca dans un sourire doucement rêveur qui ne le quitte presque jamais.

Luca ROAGNA est à 31 ans l’un des plus beaux talents du Piémont. Ses vignes sont probablement les plus étonnantes que je n’ai jamais visitées, car rien, à part la taille, n’est fait dans ce vignoble. Et le sol y est souple… On y trouve variété d’herbes et de végétaux. Tout bonnement incroyable.

Cette contradiction explique pourtant bien la volonté de travail du domaine, amener le vin à son expression pure de terroir, sans le dévier, mais en faisant tout pour l’amener à ce résultat. Son parcours scolaire passe par l’école du vin d’Alba, et il continue encore ses études à l’école oenologique de Turin.

Le travail a la vigne est vraiment hors norme, et m’a bluffé, époustouflé. En fait, rien ne semble fait, les herbes sont hautes, aucune intervention visible… Mais ce n’est qu’une apparence; « Assurer l’équilibre du vignoble, c’est un travail de tous les instants. En plus, chaque plante est personnelle. Nous refusons la sélection clonale. Imagine qu’on multiplie un plant qui paraît bon et vigoureux, mais qu’en fait il est sensible à une maladie, ça devient une épidémie » me dit Luca avec son bon sens. Cette vision relève d’une logique qu’on ne peut plus vigneronne. Il considère d’ailleurs la plante comme un individu « Elles se taillent toutes différemment. Quand je vois mon père tailler sans se tromper, je me dis que j’ai encore plein de choses à apprendre ! ». Notre vigneron sait rester humble.

le travail à la vigne est époustouflant. En fait rien n’y est fait, mais il faut une attention de tous les instants. Insectes, fleurs et herbes en tout genre, et un cauchemar pour bien des chefs de culture !

Tout est en bio sans certification, comme très souvent dans le Piémont. Les herbes poussent librement dans la vigne, quelle qu’en soit la hauteur… « Au village, on nous appelle les sauvages ! » dit notre vigneron avec amusement, mais il n’y a aucune animosité envers les Roagna. Cet enherbement naturel empêche le compactage du sol, l’évaporation de l’eau et permet la vie biologique : vers de terre, insectes, bactéries…

Au chai, les vendanges sont exclusivement manuelles, en cagettes de 10 kilos seulement. Egrappés en grande partie, les raisins vont fermenter en cuves bois tronconiques, et en levures indigènes exclusivement. Des pieds de cuve sont élaborés quelques jours avant les vendanges (un « pied de cuve » consiste à vendanger des raisins quelques jours avant la vendange, laisser partir la fermentation, puis ajouter le vin en cours de fermentation à la cuve pour faire prendre le tout). Les macérations sont très longues, parfois 2 mois, tant à Barolo qu’à Barbaresco, et souvent les malos sont faites après entonnage. Les vins seront alors élevés durant 4 à 5 ans (authentique !), parfois 8 à 10 ans ! Il y aura toutefois quelques soutirages durant l’élevage, afin d’éviter les réductions, et on comprend. Lors de la mise en bouteille, les vins ne seront ni collés ni filtrés.

dans le chai, rien de spécial, mais des bouteilles antédiluviennes, ça et là… Avec du bon dedans.

En 1989, la famille achète un domaine en Barolo. C’était un rêve de famille d’avoir un cru historique; c’était une des parcelles du château qui avait été plantée en 1937 à Castelvieto. Ce sont des Barolo d’élégance « dont nous sommes très fiers » ajoute Luca avec lumière. Aujourd’hui, le domaine s’étend sur 12 hectares pour élaborer 60.000 bouteilles environ. Les marchés export représentent 95 % de la production, avec pour principaux clients les USA, la Scandinavie, la Grande-Bretagne.

Les Roagna, des sauvages ? Le dictionnaire donne comme synonyme à cet adjectif naturel, spontané… Dans ce cas, sans souci, les Roagna sont bien des sauvages, et les habitants de Barbaresco des pertinents, qu’on se le dise.

ENSEIGNE

ROAGNA – I PAGLIERI
Luca ROAGNA

località Paglieri 9
I-12050 BARBARESCO

tél. +39 0173 635109
site internet : cliquez ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci Luca du temps consacré jusqu’une heure bien tardive… Mais quel moment ! Grazie mille amico. Pour voir la vidéo réalisée avec Luca, CLIQUEZ ICI.

une gamme superbe, où aucun vin ne déçoit, où tout est grand.

Barbaresco « Pajè » 2007
sur terroir argilo-calcaire, avec une grande richesse calcaire. Très joli nez de prune rouge, très épicé, parfum d’herbes aromatiques. Bouche à l’attaque souple, très élégante, aucune agressivité; complexité et élégance, encore et toujours jusqu’en finale. Et pourtant il y a une superbe trame acide imbriquée dans le vin, qui raidit l’ensemble sans nervosité.

Barbaresco « Pajè » vieilles vignes 2007
minéral plus marqué, notes de muscade, l’air de famille est indéniable au nez. La bouche est d’une finesse et d’une complexité incroyables, avec une trame acide bien plus présente, et des tanins certes élégants, et qui doivent s’assagir.

Barbaresco « Asili » 2007
sur un sol moins calcaire, avec quelques marnes grises et bleues, secteur très caillouteux. Nez profond, fruit complexe, épices, jolies notes florales sur une réserve, une pudeur… La bouche est concentrée mais soyeuse, épicée, complexe, hors norme. C’est persistant, encore un peu jeune aujourd’hui. Rétro d’une pureté rare, sur la prune fraîche, un fruit net.

Barbaresco « Montefico » 2007
sol plus marneux (marnes bleues). Nez plus expressif, plus chair de prune, plus spontané et fin, certes moins complexe mais c’est accompagné d’un floral superbe. La bouche est plus nerveuse à la trame acide plus marquée, des tanins plus anguleux qui assèchent un peu en finale, et qui nous rappellent à la jeunesse de ce nebbiolo. Ca finit très fin, élégant, où on va retrouver ici la future complexité du vin après la patine du temps.

« Montefico » est le vrai prototype du coureur de fond. Du tanin profond, une trame acide importante, et une concentration qui assureront à cette bouteille des lustres de garde, tout en conservant un fruit frais. Enorme.

Barolo « la Pira » Monopole 2007
sur un sol argileux, avec marnes bleues et sable. Nez réservé, profond, fruit noir, petites notes de cuir, pointe de fumée, joli après deux mois de bouteille. La bouche est plus corsée, plus serrée, plus Barolo. Sublime élégance immense en finale, persistance inouïe !

un Barolo complet, racinaire, riche et fin à la fois… Immense moment.

Barbaresco « Pajè » 2002
nez complexe, sur le variétal, impression minéral; l’olfactif est encore réservé dans sa force, pointe de grenade. La bouche est au tanin bien présent, mais des tanins bien soyeux. Le milieu de bouche est serré mais la rétro fraîche et complexe (floral, cynorodon) m’extasie. Petite année, grand effet !

Barbaresco « Crichet Pajè » 1988
nez excitant de prune, d’épices, pointe de fraise sauvage, cuir, cèdre. Bouche harmonieuse, une certaine puissance virile en milieu de bouche, mais correcte et pleine de complexité. Long, soyeux, excitant, multidimensionnel.

les couchers de soleil en Piémont peuvent être fantastiques…

Barbaresco « Crichet Pajè » 1982
nez incroyable, complexe, d’une profondeur rare, le fruit est encore frais, c’est exaltant. La bouche est fruitée, fraîche, concentrée, sur du fruit rouge, des épices et un tanin poncé, tellement fin. Long, complexe, un vrai voyage en tapis volant. Magnifique, inoubliable.

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