4 décembre 2017

à Montagne Saint-Emilion : château BEAUSEJOUR, Pierre BERNAULT : patience d’un terroir

by Patrick Maclart

Pierre BERNAULT, 58 ans, est à la tête du domaine depuis l’acquisition en 2005… « je suis fils de paysan. Mes parents avaient une ferme dans l’Ariège. J’y travaillais avec plaisir et dès que mes pieds sont parvenus à toucher les pédales du tracteur, j’ai commencé à travailler dessus. Acheter Beauséjour, c’était un retour à la terre. C’était ça qui était essentiel » me raconte Pierre. Travaillant chez Microsoft, le patron Bill Gates bombardait (sic) ses bons éléments d’actions. Quand le cours a été favorable, il a quitté son travail tout d’abord pour élever son enfant, prenant un congé parental, puis pour élever ses vins.

Pierre a su créer la patience de son terroir. Il détient désormais la clé des émotions.

Au bout de deux ans, en pleine réflexion intense, s’interrogeant sur son avenir, il décide de se lancer dans cette aventure… « on allait en vacances à l’océan, pas si loin. La Gironde semblait être une évidence pour m’installer comme vigneron. L’accueil par mes futurs collègues a aussi bien été malveillant qu’à bras ouverts ; là il n’y a rien de particulier. Je pense que c’est toujours comme ça » me dit Pierre avec ce ton de sagesse qui le caractérise, laissant plus transparaître ses émotions que les banalités de la vie.

Il avait déjà effectué un BPREA à Beaune par correspondance durant un an et demi, tout comme son épouse. Il arrive dans ses vignes et rapidement attise la curiosité… « on imaginait le Parisien qui venait user le cuir de sa Mercedes. Mais quand on m’a vu sur le tracteur, habillé en guenilles avec de la poussière et des débris végétaux partout, ça a inspiré confiance je pense ». Car Pierre assure encore et toujours une grande partie du travail du château, même s’il est bien entouré.

Pierre a eu le nez creux en achetant ce vignoble. Non seulement le potentiel y était, mais bon sang qu’elle est belle !

Stéphane DERENONCOURT, fameux œnologue, commence à faire parler de lui à l’époque. Pierre le contacte, il veut bosser avec lui. Après quelques jours de silence, Stéphane le rappelle en lui disant : « vos vignes ressemblent à une pépite. Il y en a de très vieilles, mais il y a du boulot partout ! ça me semble être une très belle aventure. Si vous le souhaitez, nous travaillerons ensemble ». Pierre est on ne peut plus heureux car il sait qu’il sera bien accompagné, mais il craint le coût des prestations. Stéphane fera une proposition que Pierre ne pourra refuser.

Dès le départ, la tâche est immense. Le sol est du béton, le tracteur fait 6 tonnes une fois chargé. Pierre va commencer par concasser le sol car il n’avait pas été travaillé depuis plus de 10 ans. Cet ouvrage titanesque se fera par strates de 5 centimètres, couper le réseau racinaire développé à la surface, et ce jusqu’à une profondeur de 35 centimètres, juste avant la dalle calcaire. Un compost bio sera étalé dans la vigne avec plein de lombrics. La vie revient dans le terroir et depuis, aucun intrant au sol n’a été apporté. Même les insectes présents n’affectent pas le vignoble.

un travail de titan, mais aussi de patient, pour concasser ainsi ce tarmac 5 centimètres par an, jusqu’aux 40 centimètres de la roche-mère… Aujourd’hui, le sol est un vrai matelas, et la vie est revenue !

Le travail à la vigne est très proche du bio. Pour le cuivre, 200 grammes à l’hectare seulement ont été utilisés, en travaillant avec le phosphanate de potassium qui permet de réduire l’utilisation du métal… « je pourrai prétendre à la labellisation bio si je n’utilisais pas ce produit non-reconnu » précise Pierre. Le travail du sol se fait de moins en moins, car ils ne sont pas compactés. Aucun intrant chimique n’a été utilisé depuis l’acquisition.

une bien jolie demeure, de caractère, comme les vins qu’elle abrite. La méditation et la sincérité sont les piliers de ce château.

Au chai, les vendanges sont uniquement manuelles, en cagettes de 35 kilos. Table de tri, égrappage total… « surtout pas de rafle ni de millerands ! » insiste Pierre. Encuvage en cuves ciment avec des pompes à membrane, pour ne pas brusquer les fruits. Les malo-lactiques s’effectueront en barriques. La durée de l’élevage durera entre 20 et 22 mois. Pas de collage ni de filtration, les sulfites ne seront utilisés qu’une seule fois, à 20 mg par litre.

Pierre utilise encore ses cuves ciment. Il a raison, l’inertie thermique en est d’autant meilleure. Elles sont immortelles.

L’évangile selon notre Pierre serait : « j’étais à la terre et je retournerai à la terre ». Cet homme a beau avoir des racines aux pieds, il reste et restera libre.

Château BEAUSEJOUR
Pierre BERNAULT

7, lieu-dit « Arrailh »
F-33570 MONTAGNE

Tél. +33 (0)5 57 74 62 10
Site internet : cliquez ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci Pierre pour ta vérité, ta sincérité, ton absence de masque et ta passion contagieuse. Pour voir la vidéo avec Pierre, CLIQUEZ ICI.

une gamme très belle, et où tout est très bon.

« émotion » – Montagne Saint-Emilion 2015
Premier essai d’une cuvée élaborée sans SO2 ajouté. Le nez est serré, mais la bouche est d’un velouté, d’une justesse, d’une intensité et d’une longueur inouïs. Excellent. Photo non-disponible car il s’agit encore d’un projet.

« 1901 » – Montagne Saint-Emilion 2014
Issu de vignes plantées en 1901, dont l’origine reste un peu curieuse. Celles-ci présentent des profils entre des cabernets et des merlots ; certaines ayant même des feuilles de malbec ! Fruits rouges au nez, framboise. Classique, mais le volume olfactif impressionne, la profondeur est incroyable. Un nez dont on a difficulté à s’en défaire. La bouche est veloutée, le tanin intelligemment dosé, intense, vibrant, long, très long, interminable. Du niveau des plus grands.

« 1901 » signifie la date de la plantation des vignes, tellement vieilles qu’elles ont mis un ampélographe dans l’embarras… Un mélange de cabernets et de merlots, d’où pointent ça ou là des feuilles de malbec. Bref, un matériel végétal inouï, et le résultat est là. 2011 et 2014 sont des monuments.

« la Petite Robe Poivrée » Montagne Saint-Emilion 2007
70 % merlot, 30 % cabernet franc, élevé 20 mois en barriques dont aucune neuve. Nez fin, élégant, profond, dans la finesse. Les cépages sont faciles à détecter, avec cerises et fraises en premiers violons. Des notes fraîches de sous-bois sans l’humus sont perceptibles. La bouche est bien constituée, très équilibrée, de bonne expression. Elégant et charmant, bonne longueur.

des 2007 de ce niveau, j’en demande tous les jours ! En plus, l’habillage chic et girly est on ne peut plus joli. Quelle réussite, à tous les niveaux.

Château Beauséjour 2010 – Montagne Saint-Emilion
assemblage et élevage identique au précédent. Superbe nez élégant de mûres et de framboises, notes épicées, potentiel énorme. La bouche est tout bonnement superbe, intense, profonde, soyeuse et anguleuse aux tanins, ce qui à l’aveugle rend facile la reconnaissance du millésime. Longueur infinie, bouteille monument.

immense vin, les mots sont superflus.

« Habit Noir » 2012 – Montagne Saint-Emilion
100 % cabernet franc. Nez intense, framboise à fond, fruité propre. La bouche est parfumée, un tantinet anguleuse, diablement efficace. C’est juste très bon, très long, et ça appelle à toute une série de mets tous meilleurs les uns que les autres.

quand tout est réussi… Habillage, couleur, parfums, saveurs… Bref, là encore et toujours une belle bouteille.

« 1901 » – Montagne Saint-Emilion 2011
70 % merlot, 30 % cabernet franc, élevé 20 mois en barriques. Nez très fruité, avec des notes de fruits noirs et pâte de fruits. Très profond, la bouche est intense, joliment corsée, profonde, terrible. Longueur inouïe. Bref, un vin terrible.

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