13 février 2012

à Châteauneuf-du-Pape, Serge GRADASSI au domaine des Pères de l’Eglise : la partie cuve élémentaire.

by Patrick Maclart

Michel BLANC, directeur de l’interprofession des vins de Châteauneuf-du-Pape, m’avait convié lors du dernier Vinexpo à une dégustation à l’aveugle des vins rouges de cette appellation en millésime 2010, qui était en cours d’élevage. Une bouteille m’a plu par son harmonie et sa gourmandise. Un homme à côté, écoutait avec silence et attention les commentaires que je relatais alors. Lorsque je demandais « Qui a donc élaboré ce vin ? », il me répondit par l’affirmative; c’était lui. C’était mon premier contact avec Serge GRADASSI.

Serge GRADASSI, 44 ans et rugbyman à ses heures, est à la tête avec son frère Jean-Paul d’un beau domaine de 20 hectares dont 17 en Châteauneuf-du-Pape (l’essentiel des parcelles sur Coste Froide, le Moulin et Grand Pierre). Ces deux hommes tiennent les rênes depuis l’an 2000.

Serge GRADASSI est non seulement un type bien, mais il élabore avec son frère des vins sincères, gourmands, sapides. Un domaine qu'il faut impérativement connaître si on aime à être rusés dans ses achats de vins...

Pourtant, ce n’est pas forcément la carrière qui s’ouvrait à lui, avec son diplôme de comptabilité (DECF) en poche… « C’est plus une histoire de revenir aux sources, à la terre. Certes le vin me passionne, mais la terre m’attache » déclare avec sincérité ce vigneron avec lequel j’ai de suite adhéré, avec lequel j’ai senti non seulement cette volonté de tirer le meilleur de sa vigne, mais aussi une grande honnêteté dans son rapport à l’autre.

Le domaine existe depuis cinq générations. Mais Roland, le père, est arrivé sur le continent (il est Corse) pour suivre ses études. Sa rencontre avec Paulette JOUFFRON, issue d’une grande famille de la vigne, scellera le sort de la descendance.

Avant 2000, le vin était vendu en vrac au négoce. Jean-Paul est un pur homme de la vigne, pas un commercial. Avec son frère Serge, ils constituent un duo presque parfait. Et depuis, les choses ont changé. Les deux frères ont entamé plusieurs réflexions. La première fut de se lancer dans la mise en bouteille de leur production, et ce dès 2001.

Depuis toujours, Jean-Paul travaillait la vigne. Il la travaille désormais au domaine. « On a tenté l’enherbement naturel, mais on y est revenus. » me dit calmement Serge. Donc, aujourd’hui, à la vigne, c’est du cavaillonnage, du binage, du griffage, du labour intercep, avec un arrêt total des désherbants, et de la confusion sexuelle pour lutter contre les insectes. Bref, du beau boulot.

Au chai, les vendanges sont manuelles telles l’exigent les textes d’appellation. Elles arrivent en remorques, puis transférées dans un conquet en inox qui amènent les raisins sur une table de tri vibrante. Les fruits seront égrappés et et foulés, et envoyés soit au pressoir pour les blancs, soit en cuve pour les rouges par un système d’électrovanne.

Les vinifications des vins rouges se font en cuve béton, puis passage en foudres pour les malos. Pour « Tradition » et « Héritage », un tiers du vin y restera, pendant que le reste sera transféré en fûts et cuves pour appporter fraîcheur à l’ensemble. L’élevage durera entre 12 et 14 mois. Une mise en masse de 2 mois pour homogénéisation et décantation. Pas de collage, une filtration lâche pour la sécurité. La syrah, si elle est belle, sera vinifiée séparément. C’EST CETTE MAITRISE PARFAITE DE L’ELEVAGE EN CUVE qui donne aux vins du domaine cette ampleur, cette gourmandise, et ses tanins maîtrisés. C’est la partie cuve élémentaire.

On constate le retour des cuves ciment dans les chais. Ici, elles sont de rigueur, afin de protéger le fruité des raisins mûrs et sains.

Les blancs quant à eux arrivent au pressoir égrappés et seront pressés entre 2 et 3 heures. Débourbage en 24 heures, élimination systématique des queues de presse. Enzymage pas systématique, levurage. Elevage 6 mois en barriques pour la moitié, le reste en cuves inox thermorégulées. Batonnage des lies fines. Important : le millésime 2009 a été élevé bien plus longtemps; le vin l’exigeait selon Serge.

Au résultat : des vins amples, riches, gourmands, sans pour autant manquer de finesse et de notions de terroir. Mais j’aime la vinosité et la gourmandise dans le vin, et ici on est servis. De plus, les prix sont hyper-sages. Le Domaine des Pères de l’Eglise est désormais l’un de mes fournisseurs officiels ! Alléluia !

L’export représente 90 % du marché de Serge et Jean-Paul, avec pour principaux pays la Suisse, l’Allemagne, la Chine, l’Irlande et le Danemark.

Lorsque vous passerez dans le Vaucluse, mais allez donc rendre visite à ce sympathique domaine tenu par des hommes parmi les plus sincères et les plus authentiques que je connaisse. Et les bouteilles que vous allez acquérir seront des sourires pleins de soleil, là, au fond de votre cave.

domaine des Pères de l’Eglise
Jean-Paul & Serge GRADASSI

2, Avenue Imperiale
F-84230 Châteauneuf du Pape

tél. : +33 (0)4 90 83 71 37
email : peres.de.leglise@wanadoo.fr
site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu en présence de Serge, qui m’a vraiment fait passer un très beau moment de vie, de partage et de plaisir. Serge, on se revoit quand tu veux. Pour voir la vidéo réalisée avec Serge, CLIQUEZ ICI.

Une gamme de beaux vins, au prix doux, tellement doux... Quelques-unes sont dans ma cave.

Châteauneuf-du-Pape « Héritage » 2010
Dégusté en brut de cuve, assemblage approxmitatif fait. 95 % grenache, 5 % de vieilles syrahs. Nez très expressif, prune fraîche, baie de poivre, fruits noirs (mûre). Bouche punchy, tonique, tanins présents mais bien intégrés. Savoureux, sanguin, gourmand.

IDEM, mais prélevé sur un fût d’un vin
nez profond, intense, prune, cerise, épicé. Bouche ronde, mais corsée, superbe expression du tanin, belle moelle en milieu de bouche. Long, intense.

Châteauneuf-du-Pape « Tradition » 2010
Brut de cuve, assemblage approximatif fait. 90 % de grenache, le solde à parts égales de syrah et mourvèdre. Nez parfumé, épicé, herbes aromatiques, cerise juteuse, fond de nez « café ». Bouche excellente, bien équilibrée, concentrée, gourmande. Très sur le fruit et l’épice. La finale possède un grain de tanin magique. Excellent.

IDEM, sur fûts.
nez cacaoté, réglisse, fruits noirs, charnu. Bouche ronde, épicée, réglissée, dotée d’un très beau gras. Très belle longueur.

Châteauneuf-du-Pape « le Calice de Saint-Pierre » 2009
nez de cerise charnue, garrigue, réglisse, du bonheur ! Bouche et ensemble ronds, du gras, du fruit, du fond, du plaisir, j’adore ! Et en plus, les arômes sont nets, dotés d’une belle complexité. Finale concentrée et fraîche, sur du tellurique et des notes épicées. Rétro très ample, j’achète (et d’ailleurs j’ai acheté).

La gamme est cohérente, difficile de sortir un vin plutôt que l'autre. Les blancs sont ambitieux, concentrés et amples, mais à mon avis peuvent encore progresser.

Châteauneuf-du-Pape « Héritage » 2009
nez de cerise fraîche, marasquin, réglisse, myrtille. Bel ensemble olfactif, c’est d’une belle expression. Bouche ample, ronde, intense, concentrée, sans excès. Finale sur un très beau tanin, bonne longueur.

Châteauneuf-du-Pape « Héritage » 2007
nez très complexe : cerise, graphite, cacao, il y avait un peu de réduction à l’ouverture (comme souvent les grandes bouteilles). Bouche concentrée, veloutée, ample, toujours sur le cacao. Une puissance souple, à la Cassius Clay, fruits noirs. Finale confortable, ronde, longue… Chouette moment.

Châteauneuf-du-Pape blanc « le Calice de Saint-Pierre » 2010
composé de grenache blanc, clairette blanche, bourboulenc et roussanne. Nez floral et pomme verte, petite poire, axée sur le fruit; raisin blanc. Bouche ronde, grasse (malos effectuées à 75 %), sympa, coulante. Jolie longueur. Printanier.

Châteauneuf-du-Pape blanc « le Calice de Saint-Pierre » 2009
nez plus mûr, prune jaune, miel, très riche. Bouche concentrée, riche, bel élevage, rondeur, pomme mûre. Belle finale ample.

2 Responses to “à Châteauneuf-du-Pape, Serge GRADASSI au domaine des Pères de l’Eglise : la partie cuve élémentaire.”

  • Lavole

    Bonjour, j ai effectue mon service militaire sur le porte-avion CLEMENCEAU 79/80 a TOULON , je me souviens d un bon camarade GRADASSI, jean Paul dont les parents etaient a l epoque viticulteurs a Chateauneuf du pape, il aimait le rugby et avait des racines corse, on l appelait « doume ». Je me demande simplement s il ne s agit pas de votre Gradassi, Jean paul! SI oui pouvez vous me le faire savoir sinon ce message restera sans objet merci……..

    • Salut Loïc,

      Selon tes propos, l’âge correspond. Mais je ne connais que Serge. Lorsque je le revois (ça arrive assez souvent), je lui en touche un mot. Et « Doumé » est un diminutif corse, dont la famille Gradassi est originaire; ça collerait bien en effet.

      Merci de ta curiosité sur le blog, c’est touchant ce genre de messages.
      Gourmandes salutations.

      Patrick.

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