20 novembre 2013

à Châteauneuf-du-Pape, le domaine BENEDETTI, Christian BENEDETTI : un certain bio-rythme…

by Patrick Maclart

Lors d’un de mes nombreux périples en terre châteauneuvoise, l’adresse de ce vigneron m’avait été chuchotée, me parlant d’un vigneron simple aux vins de haut niveau. Ma rencontre avec Christian m’étonnera longtemps, avec cet homme à l’esprit vif, mais capable lorsqu’il se retrouve dans son vignoble de parler à ses vignes, à ses vins, et où le silence semble tellement plus important que les paroles.

Christian BENEDETTI, 56 ans, est installé au domaine depuis 1998. Auparavant, il était licencié en droit, chef comptable, et c’est son père qui travaillait les vignes et vendait les raisins à la coopérative.

bien qu'excellent gestionnaire par sa formation, Christian BENEDETTI est aussi un paysan, bien dans sa vigne, où il écoute le vent parler...

bien qu’excellent gestionnaire par sa formation, Christian BENEDETTI est aussi un paysan, bien dans sa vigne, où il écoute le vent parler…

Mais les origines des vignes viennent du grand-père de Christian, venu d’Italie et marié à une fille Petit. Bien que travaillant à l’usine, les conduisait en même temps jusque 10 hectares ! Le courage est, je l’ai ressenti lors de ma visite au domaine, une marque de fabrique de la famille.

La saga familiale continue. A la mort du grand-père, les vignes sont réparties entre les 3 enfants, dont le père de Christian. Ce dernier transmettra à son fils 1 hectare de Châteauneuf et 1,4 hectare de côtes-du-Rhône. L’essentiel des vignes de Châteauneuf se situe sur le terroir du plateau de la Crau, galets roulés au sud-est de l’appellation. Le reste dans le quartier de Saint-Georges et de Cabrières.

Lorsque Christian s’installera, il prendra des décisions importantes, avec une vision droite, à long terme. Tout d’abord sortir de la coopération, puis passer son domaine en culture biologique. La première étape est atteinte en 1997, la seconde en 2000. Il va aussi acquérir pas mal de vignes qui vont venir étoffer la production du domaine.

Mais pourquoi le bio ? « je n’ai pas de réponse, ça ne se justifie pas. Mais c’était une envie personnelle. J’aime jardiner, j’aime la vie, ça coule de bon sens. ». Le silence qui s’en suivit était très parlant… En effet, à la vigne, le travail est désormais intégralement bio, en charte AB. Les vins sont labellisés depuis 2003; « 13 ans de viticulture, 10 ans de bio, c’est pas mal comme pourcentage non ? ». Dans son bon sens, Christian ne manque pas d’humour. Les vignes sont amendées au fumier de cheval. Travail des sols ou enherbement, ça dépend. Le vignoble est âgé.

sur le terroir de Beaurenard, les vignes sont travaillées de manière impeccable, comme par ailleurs sur toutes les autres parcelles.

sur le terroir de Beaurenard, les vignes sont travaillées de manière impeccable, comme par ailleurs sur toutes les autres parcelles.

Au chai, les vendanges manuelles en conquêts de 400 kilos sont mis sur un camion pour rentrer très vite. Egrappage total, pas de foulage. Fermentation alcoolique en cuves béton; « les malos ne partent pas juste après les fermentations alcooliques. Il y a une pause jusque mai. Du coup, je mets moins de SO2 » précise Christian. L’élevage dure un an. Assemblage en cuve avec les autres vins élevés sur bois pour homogénéisation et décantation, car le Christian ne colle ni ne filtre. La cuvée « Larmes Papales » aura comme différence un élevage en fûts de 500 litres sans le moindre pompage, et les raisins étaient passerillés par le passé. Aujourd’hui, on parlera plutôt de légère surmaturité. Tous les cépages sont vinifiés séparément.

Pour les blancs, arrivée au pressoir où les raisins sont pressés durant 2 heures. Débourbage de 24  ou 36 heures, ça dépend. Pas d’enzymage ni levurage. Fermentation alcoolique en fûts pour la roussanne et le bourboulenc. Les malos ne se font pas. Le grenache blanc lui sera vinifié en cuve.  Les fûts seront ajoutés à la cuve où les tartriques et les sédiments se déposeront. Mise en bouteille au mois de mars, pas collés mais avec une filtration de forme.

les blancs sont une grande réussite du domaine, grâce à un travail à la vigne sans critique possible. Ici, un magnifique bourboulenc.

les blancs sont une grande réussite du domaine, grâce à un travail à la vigne sans critique possible. Ici, un magnifique bourboulenc.

Aujourd’hui, le domaine s’étend sur 4 hectares de Chateauneuf-du-Pape, 10 hectares de côtes-du-Rhône et 2 de vins de pays. Le nombre de bouteilles est variable, vu qu’il y a encore ça et là des ventes au négoce.

Christian BENEDETTI, c’est un bio-rythme, celui de son vin, de sa vigne, de sa vie tranquille avec son esprit, son chien, et ceux qui l’entourent.

ENSEIGNE

domaine BENEDETTI
Christian BENEDETTI

25 chemin de la Roquette
F-84370  BEDARRIDES

tél. +33 (0)6 61 77 24 77
site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci Christian pour ce bon moment passé ensemble.

Châteauneuf-du-Pape blanc 2010
roussanne, bourboulenc et grenache blanc. Nez complexe d’abricot, muguet, floral, charnu, poire. La bouche est bien faite, franchement bien faite, jolis amers, fruits jaunes, beau jus. Finale concentrée mais élégante.

difficile de sortir un vin de la gamme; les trois étant bien faits. Une mention toutefois au CDP blanc, élaboré sans levurage ni enzymage. Un risque que d'aucuns n'osent pas prendre.

difficile de sortir un vin de la gamme; les trois étant bien faits. Une mention toutefois au CDP blanc, élaboré sans levurage ni enzymage. Un risque que d’aucuns n’osent pas prendre.

Chateauneuf-du-Pape 2007
75 % grenache, 15 % syrah,  le solde en cinsault et mourvèdre. Nez élégant, fin, sur la mûre, impression  minérale, noyau. La bouche est harmonieuse, élégante, très belle vinosité qui conduit le vin jusque une finale bien constituée. Concentré mais pas lourd. Belle rétro florale,  élégante, évoquant la chair de pomme.

Chateauneuf-du-Pape « les Larmes Papales » 2007
80 % grenache, 15 % syrah, 5 % mourvèdre. Issu de raisins passerillés, et ça se sent. La bouche est concentrée, parfumée et plus fraîche que ce que le nez laissait supposer. Belle expression des tanins soyeux. C’est long, la rétro donne de belles notes de prune et de violette.

4 Responses to “à Châteauneuf-du-Pape, le domaine BENEDETTI, Christian BENEDETTI : un certain bio-rythme…”

  • Nicolas LAMOTHE

    Bonjour Patrick,

    je m’appelle Nicolas, j’ai 28 ans, j’habite Paris mais je suis né à Dijon.

    Je m’intéresse au vin depuis 3 – 4 ans et je me constitue une petite cave, chez mes parents. Via ce mail, je voulais te remercier et te féliciter pour la qualité de ton blog et des reportages que je suis avec la plus grande attention.

    Compte tenu de la multitude de domaines en France, je ne prends désormais plus le risque de tester à l’improviste.

    Voici les domaines que j’ai visité grâce à tes conseils (non exhaustif) :

    – domaine Bouard-Bonnefoy à Chassagne (visité 2 fois sur place), Fabrice Bouard est hyper sympa et ses vins sont d’un très bon rapport qualité-prix, je trouve.
    – domaine Berthet-Bondet dans le Jura : j’ai rencontré la fille du patron cet été, les vins sont dans ma cave pour l’instant mais j’avais trouvé une grande finesse lors de la dégustation.
    – domaine aux Moines à Savennières : quel accueil également ! Les vins sont surprenants de fraicheur vu les années.
    – plus récemment j’ai profité du salon des vignerons indépendants pour goûter les vins du Mas Karolina. La cuvée « L’enverre » va rejoindre ma cave, les Maury vont rester ici pour être bus !

    Dès que mes finances le permettront, je souhaite aller chez Bruno Clair et Philippe Nadeff. Pour Claude Dugat, je me suis fait une raison, impossible d’avoir ses vins directement (hors budget probablement !).

    Pour Noël, j’aimerais me faire offrir une bouteille de Fixin, Clos des Perrières. As-tu eu l’occasion de goûter leur vin ? Il semblerait qu’ils produisent des vins à l’ancienne, qui nécessitent beaucoup de garde.

    J’apprends au fur et à mesure et je m’excuse pour les termes surement inappropriés.

    Je te remercie à nouveau pour ton blog, je précise lors des visites aux producteurs que je viens suite à la lecture de ton blog.

    Bien cordialement,
    Nicolas LAMOTHE

    • Salut Nicolas,

      Que de compliments, n’en jette plus ! Merci en tout cas de prendre BWB comme ton guide d’achats, je t’avoue que c’est un peu la volonté, et c’est super-sympa de le signaler aux vignerons. Toutefois, ces derniers eux ne me disent rien, pas même un merci, qui pourtant ne coûte pas cher.

      Ils ont encore une mentalité du XXème siècle, où le petit canard local aura plus de grâce à leurs yeux qu’un blog qui entraine désormais plus de 30.000 lecteurs par mois. Pour preuve, aucune nouvelle de Berthet-Bondet, excepté son tarif qu’il m’envoie deux fois par an comme n’importe quel pékin. Quant à Fabrice, il ne daigne même plus répondre à mes saluts quand je passe dans la rue, alors que nous habitons à quelques centaines de mètres l’un de l’autre. Pour Mas Karolina fort heureusement, Caroline est souvent en contact avec moi et j’ai plaisir à discuter de son terroir. Les années à venir seront celles de Mas Karolina, j’en suis certain.

      Pour le clos des Perrières, je suppose que tu parles du clos de la Perrière à Fixin. Les Fixin sont en général des vins de garde. Plus acides, plus nerveux et aux tanins plus anguleux, ils ont une bonne tenue dans le temps. Philippe NADDEF en a un bon, un simple village, mais au niveau d’un bon petit premier cru. Bruno Clair, c’est un autre niveau de prix. Claude DUGAT, c’est en effet compliqué…

      Tiens-moi au jus de tes pérégrinations, je suis toujours curieux de savoir comment mes lecteurs sont accueillis.
      Gourmandes salutations, au plaisir.

      Pat

  • Laurent

    Ciao Pat,

    Long time no read !

    Tombé dessus par hasard, en millésime 2010. C’est bon. Le coté épicé est plaisant. Je reste sceptique quant à la finale. Malgré cela, je lui trouve cependant plus de caractère, coté robuste des tanins que le Chateau de la Gardine du même millésime dégusté dans la foulée, qui lui est plus ample en bouche, sur le fruit, sans fausse note sur la finale et des tanins arondis. Ce domaine Benedetti a pour lui l’AB. Je garde tout de même un souvenir indélébile du clos de l’oratoire.

    14°,
    Laurent

    • salut Laurent,

      Merci de toujours partager tes émotions, tes ressentis et tes expériences. C’est dans l’échange qu’on alimente notre curiosité, et qu’on crée l’envie de découvrir.

      C’est toujours un bonheur, et sage que la porte de mon blog t’est ouverte ! Bonnes et belles dégustations, elle est pas belle la vie ?

      Patrick MACLART.

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