26 avril 2013

à Châteauneuf-du-Pape, au domaine Pierre ANDRE, Jacqueline ANDRE : good vibrations !

by Patrick Maclart

« ce n’est pas une question de courage mais de conscience. En effet, faut du courage pour être vigneron, il faut être constamment présent dans sa vigne, sans tenir compte du jour ou de l’heure. Mais à la base, il faut être courageux pour être vigneron ». C’est en ces termes tant paradoxaux dans la forme que si justes dans le fond que Jacqueline ANDRE du domaine éponyme à Châteauneuf-du-Pape entame la discussion. Sa famille a toujours été ici, mais c’est son père qui a été celui qui aura développé le domaine.

Jacqueline ANDRE a la gentillesse génétique, inscrite en elle. Elle l’est avec sa vigne, et ses vins ont une vibration qui n’appartient qu’à eux.

Son arrière grand-père était maréchal-ferrant, et avait quelques lopins de vignes ; à cette époque bien des vignerons avaient une activité principale plus rémunératrice. Mais chez les André, on transmet toujours son savoir, si bien que chaque génération s’en trouve toujours plus forte. « Mon père a réussi à faire croître le domaine en respectant le patrimoine, sans arracher de vieilles vignes, même celles qui étaient mal plantées. Elles n’ont jamais été désherbées chimiquement, et j’ai aujourd’hui un patrimoine hors du commun. Je le remercie au quotidien » me dit Jacqueline avec une telle sincérité. A 55 ans, elle n’a pratiqué que l’école de la vigne, et des apprentissages, plus quelques stages en biodynamie.

Car le domaine est en biodynamie depuis 1992… « On travaillait déjà avec le calendrier biodynamique. Je ne pensais pas qu’on puisse pas travailler ainsi sur 18 hectares, mais on a réussi ! » me dit-elle avec une fierté totalement mesurée, naturelle. Cependant, le domaine n’a pas demandé sa certification, surtout par manque de temps. Et la propriété élabore pourtant toutes ses préparations : 500, 501, tisanes… Le domaine s’étend aujourd’hui sur 18 hectares et produit entre 25 et 30.000 bouteilles. Une partie est toujours vendue au négoce.

les cuves ciment font leur grand retour dans les chais; leur inertie thermique est très appréciée. Toutefois, chez Pierre André, elles n’ont jamais bougé.

A la vigne, tout se fait en biodynamie : cavaillonnages, vrais labours intercep… « mais c’est vraiment très difficile avec nos vieux pieds de vigne tout tordus. Ca demande un travail de fou ! » appuie Jacqueline.

Au chai, les raisins sont vendangés à la main, comme l’impose le décret d’appellation. Ils seront ensuite foulés mais jamais égrappés. Vinifications en cuves ciment. Soutirage toujours en cuves ciment ou en foudres, mais il n’y a pas de règle absolue en la matière. Un élevage de deux ans (!) en rotation sur foudres et cuves. Mise en bouteilles avec collage aux blancs d’oeuf frais bio, mais pas une règle absolue. Aucune filtration.

Pour les blancs, pressurage d’une heure et demi en pressoir vertical, puis vinification en cuves inox; le moût sera levuré, mais pas enzymé. Les malos seront bloquées, et un élevage de 6 mois environ.

L’export représente 80 % de la production, avec pour marchés principaux l’Europe, les USA, le Canada et le Japon.

Pierre André, ce sont des Châteauneuf pas tout à fait comme les autres. Chacune des vibrations de la terre viendra un jour ou l’autre épouser votre palais, et ce sera forcément pour le meilleur… Et le meilleur.

Domaine Pierre André
Jacqueline André

30, rue faubourg Saint Georges
F-84350 Courthezon

tél. +33 (0)4 90 70 81 14
page internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ, au domaine. Merci Jacqueline pour ta disponibilité, ta gentillesse génétique et tes explications précises.

Châteauneuf-du-Pape rouge 2010
Brut de cuve. 80 % de grenache, 10 % syrah, 8 % mourvèdre, le solde en cinsault, counoise, vaccarèse et autres. Superbe nez de prune, d’épices, c’est d’une fraîcheur… Fruit charnu, très raisin aussi. Très belle attaque vive, sans lourdeur, la trame acide est parfaite elle aussi, les tanins distingués. La finale est séveuse, fraîche, un tanin vif mais tellement beau. La rétro est d’une profondeur à faire pâlir la fosse des Mariannes…

Le millésime 2010 s’avère prometteur, avec une belle balance entre finesse et puissance. Et de la longueur…

Châteauneuf-du-Pape rouge 2009
nez de fruits noirs, terrien, profond, plus réservé. Bouche serrée, toujours séveuse, retenue en finale pour libérer des tanins gourmands. Rétro épicée et soyeuse.

Châteauneuf-du-Pape rouge 2007
nez de fruits rouges, épices, grande complexité. Attaque d’une belle virilité swingante, le milieu de bouche est tout bonnement somptueux, avec une richesse vineuse, toujours sans lourdeur. Des notes évoquant la réglisse et le café. Finale corsée sans excès, avec toujours de la vinosité. Grnd vin, grande garde.

Quelle fusée atomique ! Un vrai millésime de garde, racinaire, profond, immense, dont on reparlera dans quelques décennies.

Châteauneuf-du-Pape rouge 2006
joli nez de fruits rouges, intense, épicé, solaire. Fond terrien. Attaque ronde, souple, le milieu de bouche est charnu, épicé, baroque. C’est rond, un peu excessif, mais des excès qu’on pardonne, c’est sa nature, son profil. Finale charnue aux tanins présents, ronds et concentrés.

Châteauneuf-du-Pape rouge 2005
nez puissant, terrien, profond, propre, racinaire. Bouche tonique, corsée, concentrée, au fruit imposant. Finale concentrée. Le potentiel n’est pas atteint, il est immense. Grand vin wagnérien.

un seul Châteauneuf à la gamme, mais il suffit amplement. Quelle gamme.

Châteauneuf-du-Pape rouge 2004
nez délicat, fruit, muscade, discret, pointe viandée en fond de nez. Attaque fruitée sur un tanin présent et bien intégré, le développement est très beau, d’une grande complexité, avec un tanin toujours présent qui encadre bien la bouche, mais sans brutalité. La finale est intense, complexe, parfumée, avec du fruit toujours frais. Un grand moment en rétro incommensurable. Grand.

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