24 avril 2012

à Barolo, chez Silvio GRASSO : écoute et adaptabilité.

by Patrick Maclart

Le jeune Silvio GRASSO, 25 ans, représente la 4ème génération du domaine qui porte son nom, bien qu’en fait Silvio porte le même prénom que son grand-père. La propriété a été créée en 1909. Il s’agissait d’une activité multiple, avec des fruits, des noisettes, du bétail et du vin.

En 1982, Alessio Federico, le père de Silvio et actuellement aux manettes, décide avec son frère de séparer les activités. Ce dernier prendra la partie « agricole », Alessio s’occupera lui des vignes.

Alessio Federico & son fils Silvio. Le fils porte le même prénom que le fondateur, le père d’Alessio. J’aime l’Italie et son sens de la famille.

Pour le petit Silvio, la carrière de vigneron semble se profiler, même si comme chez tous les bons vignerons, le père n’a jamais poussé à la charrette. Des études au lycée de Cavour, avec un cursus très large incluant l’agriculture, et enfin un diplôme d’oenologie obtenu à Alba. « Mon frère a commencé ses études d’oenologie, mais ça ne lui plaisait pas. » me raconte Silvio. Il s’est dirigé vers une carrière de chimiste qui lui réussit bien ». L’entente semble très cordiale dans cette fratrie, autant que dans la précédente.

Le domaine s’étend sur 12 hectares pour élaborer environ 100.000 bouteilles. Le travail de la vigne est conventionnel, et c’est Alessio qui prend aujourd’hui toutes les décisions. Oeonologue et agronome en quelque sorte, Alessio a toujours travaillé ainsi, au bonheur de la connaissance de son patrimoine végétal.

Au chai, on peut considérer le travail comme moderne, « mais ce n’est pas pour autant qu’on rejette toute la tradition » affirme Alessio, car si les macérations sont courtes (6 jours), il y a non seulement des foudres en service, mais aussi une cuvée « traditionnelle » de longue cuvaison et de grand élevage. Les barriques sont toutefois légion ici, et les vins y séjournent longtemps.

même si une cuvée suit la tradition du Piémont (macération longue, élevage en cuves), chez Silvio GRASSO on privilégie le fruit et l’accessibilité. Les barriques sont d’usage.

Le résultat ? Des vins fruités, amples, généreux, ronds, avec les tanins typiques des cépages autochtones, mais avec plus d’accessibilité que les vins traditionnels. Les amateurs de ces derniers vins seront grognons, mais les hédonistes et autres gourmands applaudiront des deux mains. Grasso, c’est un style abordable et souriant, et c’est à tout un chacun d’apprécier.

Personnellement, on pourrait me reprocher de m’intéresser à ce domaine que des amateurs éclairés ou bien-pensants blackbouleraient sans problème. Je répondrai par deux fois. La première est que les vins sont bons, sincères, bien faits, sapides et de bonne tenue. Et deuxio, je dispose dans ma cave personnelle de barbera d’Alba 2000 (qui est loin d’être l’année du siècle en Piémont) qui me ravissent par leur allure et leur maintien. Et c’est à la fin du bal qu’on paie les musiciens, in vino veritas…

Azienda Silvio GRASSO
Alessio & Silvio GRASSO

fraz. Annunziata 112
I-12064  LA MORRA

tél. +39 0173 50322
site internet : cliquez ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Je remercie Silvio, Alessio et sa charmante épouse Marilena pour l’excellent accueil, ainsi que ce génial déjeuner qui s’en est suivi. Ces ravioli au beurre et à la sauge étaient un vrai génocide !

barbera d’Alba 2009
Elevé 7 à 8 mois en cuves. Nez très fruité, fruits rouges, notes poivrées et épicées, petites notes animales. Bouche très souple, les arômes ne sont pas encore bien en place, c’est la fin de bouche qui exprime le potentiel de ce vin joli, avec une rétro sur les fruits rouges type framboise. Cette finale est vraiment persistante.

barbera d’Alba « Fontanile » 2006
Elevé 18 mois en barriques de plusieurs vins. Notes poivrées, intenses, chaudes, prune mûre, un petit côté « syrah » qui pourrait en piéger plus d’un ! Bouche corsée, mais sans excès, car le développement après l’attaque se radoucit, s’arrondit pour partir sur une finale confortable, avec de beaux tanins de raisin et une finale de bon aloi. Rétro réservée, va s’ouvrir bientôt.

la gamme des Barbera est constituée de deux bouteilles : la première classique, vinifiée sur le fruit, la seconde, « Fontanile » sera élevée 18 mois en barriques.

Langhe nebbiolo 2007
issu d’une vigne relativement jeune, et vinifiée uniquement en cuve durant 12 mois, parfois un peu plus. Nez de prune, tabac, fumée, grenade. Bouche bien construite, bien équilibrée, dans un style fruité accessible et spontané. Finale ronde, sur les tanins de raisins qui ont été domptés. Bonne finale.

Barolo « Pi Vigne » 2007
Elevé 24 mois en fûts. Joli nez épicé, muscade, girofle, un petit côté viandé. Attaque souple, le développement est confortable pour un nebbiolo, avec des tanins modérés qui amènent le vin tranquillement en fin de bouche, dans la moyenne. Vin confortable.

Barolo « Bricco Luciani » 2007
sur le secteur de la Morra, réputé pour sa finesse, et élevé 23 mois en barriques. Nez plus spiritueux que je précédent, plus corsé, notes de Havane, chêne, prune, pointe fumée. Bouche corsée, mais le nebbiolo est arrondi par son élevage, avec des notes pâtissières, prune chaude et vanille. Le tanin arrive en finale, et encadre l’ensemble, qui en définitive reste docile. Belle longueur, belle bouteille.

la gamme des Barolo se décline en quatre cuvées : « Bricco Luciani » est un terroir de la Morra réputé pour sa finesse, « Ciabot Manzoni » issu de vieilles vignes toujours sur la Morra, axé sur la puissance, et « Turnè », la cuvée traditionnelle du domaine, élevée en foudres et d’une macération de 40 jours.

Barolo « Ciabot Manzoni » 2007
sur le secteur de la Morra, d’une vigne d’une cinquantaine d’années. Macération de 6 jours environ, malos et élevages en fûts pour 2 ans et demi environ. Nez plus intense, très prune, notes goudronnées. Bouche réservée, discrète dans ses saveurs, et le tanin s’exprime assez tard sur la langue et les dents. La finale part sur des arômes de raisin de Corinthe et d’épices, à revoir pour le centrage des arômes.

Barolo « Turnè » 2007
C’est la cuvée traditionnelle du domaine. 40 jours de macération, puis un élevage en foudres de chêne de Slavonie durant 24 mois. « Turnè » signifie en patois piémontais « retour », car la vision moderne du domaine se retourne pour élaborer cette cuvée traditionnelle. Le nez est minéral, fumé, goudronné, très excitant et complexe, quetsche avec du floral en fond de nez. La bouche est classique, mais vinifié malgré tout sur le fruit, la générosité et la rondeur. Un style à faire bondir les puristes, mais à réjouir les hédonistes. Bonne longueur, belle chair, que de la qualité.

2 Responses to “à Barolo, chez Silvio GRASSO : écoute et adaptabilité.”

  • Roland DETTORI

    Bonjour Patrick,

    Quel plaisir de voir notre ami Silvio sur votre blog…

    Toujours un accueil parfait chez eux, des vins qui méritent de passer quelques années en bouteilles afin qu’il trouvent leur juste équilibre, mais une fois ceci fait, c’est grand… Merci pour ce reportage vidéo…. Si vous avez quelques commentaires sur les diverse cuvées je suis preneur. Qu’avez vous pensé de Ciabot Mansoni 07?

    Aussi vu avec grand plaisir l’ami Andrea Sottimano en fouillant un peu sur vos pages… Que de belles adresses…. 🙂

    Si vous retournez dans cette région, passez trouver Claudio Alario à Diano d’Alba, des dolcetto à tomber, une Barbera magnifique, un Nebbiolo magique et deux barolos de grand style, un sur Verduno et l’autre de Serralunga…Là-aussi l’acceuil est top… Lors de ma prochaine visite en bourgogne, je me permettrai de vous demander quelques adresses de vignerons talentueux où prendre du plaisir…

    Merci pour votre travail et continuez ainsi, la passion transpire dans vos reportages….

    Cordialement

    Roland, petit amateur passionné de Suisse

    • Salut Roland,

      Tout d’abord mes excuses pour le retard à ton commentaire, mais il y a eu un problème technique avec celui-ci. Voici donc la chose réparée.

      Le vin est avant tout partage et plaisir. C’est donc normal que je transmette cela, non ? Bombarder sa science en allant dans les grands domaines uniquement en bombant du torse pour pouvoir dire « j’y étais ! », trop peu pour moi. Certes, c’est excellent en terme de trafic, mais les vrais amateurs sont plus perspicaces que ça. Pour Preuve, en juillet 2012, Bourgogne Wineblog est le quatrième blog en France en terme de trafic. Relativisons ce chiffre en signalant que deux excellents blogs (le blog du sommelier d’Emmanuel Delmas et Bourgogne Live) se sont désinscrits de ce classement. Toutefois, en moins de deux ans, c’est un excellent résultat. Quant à la passion que tu trouves communicative, sache que comme le blog est bénévole et fonctionne avec mes moyens personnels, fort heureusemnet que la passion est là, sans quoi je serai un fou (qui sait, j’en suis peut-être déjà un !)

      Pour ton passage en Bourgogne, pas de souci. Tu mr’écris. C’est avec plaisir que je te transmettrai ça. Par souci de facilité aussi, j’ai redirigé ton commentaire sur l’article avec notes de dégustations, pour que tu puisses le lire. Normalement, l’article écrit sort dans le mois qui suit la vidéo.

      Amuse-toi bien, gourmandes salutations, et fais donc connaître mon blog en Helvétie !
      Patrick.

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