18 novembre 2010

en Alsace, à Westhalten : Agathe BURSIN, une jolie fleur dans une peau de vigneronne.

by Patrick Maclart

Agathe BURSIN fait partie des rencontres qu’on n’oublie pas. La dégustation richement commentée restera longtemps gravée dans ma mémoire, et ce pour deux raisons.

Agathe BURSIN, joli brin de femme qui élabore des vins profondément émouvants. Quand je vous dis que la femme est le sexe fort !

La première est pour l’engagement et le parcours. Formée au lycée viticole de Davayé, elle apprend, et ce contre l’avis de ses parents, le métier de vigneronne. Pour parfaire sa soif de savoir, elle continue son cheminement par un DNO à Dijon. Avant même que le métier vienne la chatouiller, elle avait déjà, j’en suis sûr, une idée des vins qu’elle allait élaborer. Respect du terroir, respect de la plante, respect de la nature, et respect de ses idées. Son premier millésime date de 2000.

Elle s’intéresse tant à la biodynamie, au bio et à la lutte raisonnée. Pragmatique, elle est certaine que chacune de ces techniques (ou philosophies selon comme on se place) a de bons et de moins bons points. Elle prend ce qu’elle trouve être le meilleur et l’applique à sa vigne, quitte à se fâcher avec ses collègues masculins les plus intégristes dans leur crédo. Le domaine atteint désormais 4 hectares et produit 20.000 bouteilles. Le seigneur de la gamme est le grand cru « Zinnkoepfle », au sol calcaire et gréseux, dont l’altitude de plus de 400 mètres permet de vite le repérer dans le secteur.

les balades en Alsace font partie des plus belles de France, il fait bon s'y égarer. Ici dans le grand Cru Zinnkoepfle. (crédit photo CIVA)

les balades en Alsace font partie des plus belles de France, il fait bon s’y égarer. Ici dans le grand Cru Zinnkoepfle. (crédit photo CIVA)

La deuxième raison pour laquelle cette dégustation restera gravée dans ma mémoire est pour le personnage. Un mélange détonnant d’une fille primesautière à la distraction amusante, surréaliste, spontanée et souriante. Elle accepte la critique de ses visiteurs, accepte le goût de chacun, n’hésite pas à parler de ses erreurs. Bref, le profil de l’anti-star. C’est toujours son âme et non son esprit qui communique le sens de ses vins lors d’une dégustation.

Je ne connais que quelques personnes me donnant autant l’impression d’être totalement à leur place. C’est le cas d’Agathe. C’est aussi l’une des seules fois où je déguste le vin par terroir, par nature de sol, avec une véritable explication qui ne se veut jamais fermée. Agathe ne joue pas l’institutrice. Sa démarche ne s’inscrit pas dans l’évangélisation, mais dans le simple exposé de la vision de ses vins.

Agathe BURSIN

11 rue de Soulzmatt
F-68250 WESTHALTEN

tél. +33 (0)3 89 47 04 15

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. L’ensemble a été dégusté à parfaite température. Les prix indiqués sont TTC, départ cave.

Une gamme sobrement habillée. Agathe estime que c’est le terroir, et non son patronyme ou l’étiquette, qui doit dominer le sens de ses vins.

***(*) riesling « Dirstelberg » 2008 – 8 €
robe jaune-gris, finesse, végétal, notes florales, discret. Bouche bien faite, attaque sur le citron, les fruits (attaque complexe). Beau développement, finale extraordinaire (agrumes confits, pamplemousse, cédrat), belle entrée en matière.

****(*) riesling grand cru « Zinnkoepfle » 2008 – 14.50 €
Nez fin, discret, minéral. Attaque plus puissante, part sur l’acidité; une trame qui partira de l’attaque jusqu’à la finale. La minéralité joue les seconds violons. Longueur, vin de caractère, au potentiel indéniable.

****(*) sylvaner « Lutzeltal » 2008 – 6.70 €
J’adore ce style de vin. Nez de fruits confits, angélique, petites notes fumées. Bonne bouche, spontanée, mûre, alcool présent mais pas gênant. Bouche complète, riche, longue, gastronomique. Excellentissime rapport qualité-prix-plaisir.

***(*) sylvaner « Eminence » 2008 – 9.60 €
Issu du grand cru « Zinnkoepfle ». Nez discret, notes empyreumatiques, fruits jaunes. Bouche extraordinaire, belle balance entre sucre, structure et acidité. Bonne longueur, manque à mon goût de « punch » en fin de bouche. Je reste persuadé qu’en Bourgogne de tels résultats sont possibles avec l’aligoté, dont la dégustation des deux sylvaners me rappelle un lien familial qui pourtant n’existe pas. Sauf quand on a eu l’occasion de déguster des aligotés de vieilles vignes vers Pernand.

**** AS de B 2008 – 6.30 €
Assemblage de plusieurs cépage, une sorte d’Edelzwicker mais qu’avec de beaux cépages, et non un « passetoutgrains » à l’alsacienne. Le nez est fin, subtil, complexe. Bonne bouche, riche, complexe, et surtout sapide. Belle longueur, pointe de sucrosité parfaitement imbriquée. Parfait pour l’apéritif, ou pourquoi pas sur une salade d’asperges vertes.

? pinot gris grand cru « Zinnkoepfle » 2008 – 14.50 €
Le nez est fin, discret. La bouche est bousculée, peu bavarde. Dommage, c’est mon cépage préféré et je me faisais la fête de le connaître. Lui n’en avait pas envie. Rendez-vous manqué, on se reverra en janvier, voir s’il boude toujours. Vu le reste de la gamme, je n’ai aucune crainte sur la facture de ce vin.

**** gewurztraminer « Lutzeltal » 2008 – 9.10 €
Le nez est net, propre, et très floral, du bonheur. Bouche fine, directe, exotique, sur la fleur. Une netteté d’arômes incroyable, donne vraiment une impression de propreté. Belle longueur.

***** gewurztraminer grand cru « Zinnkoepfle » 2008 – 14.50 €
Nez discret, fin, impressionnant d’expression et d’intelligence. Bouche à l’attaque fine, mais intense. Vin d’esprit, à la fois sur la minéralité et le cépage, tout en déployant une jolie complexité autant florale (rose) que fruitée (exotique). Sans aucune lourdeur. Vin d’émotion. L’un des plus beaux gewurz qu’il m’ait été donnés de déguster, alors que c’est loin d’être mon cépage favori.

Ce gewurz est une bouteille magique. Il faudrait le tester sur ceux en manque d’émotions… Et qui sait, il serait remboursé par la sécu !

**** gewurztraminer grand cru « Zinnkoepfle » vendanges tardives 2007 – 25 €
Nez somptueux, immense : rose, pivoine, épices, miel. Bouche à l’acidité marquée, sans excès. Arômes nets, complexes. Notes de fruits très mûrs, odeur de « fleuriste » (lys). Bonne bouche, plus complexe que riche.

***** muscat 2008 – 11.20 €
Là encore on est dans le géant. Dégusté bien plus tard, ce vin est issu d’un assemblage de 80 % de muscat ottonel et 20 % de petits grains. Le nez est délicat, vraiment sur le cépage, avec malgré tout une jolie vinosité. Bonne bouche, complète, l’un des plus beaux muscats dégustés avec Zind-Humbrecht. Epuisé depuis longtemps, quelques museaux bien avertis ont découvert ce muscat bien avant moi !

2 Responses to “en Alsace, à Westhalten : Agathe BURSIN, une jolie fleur dans une peau de vigneronne.”

  • BIFANTE Didier

    bjr Agathe.nous sommes venus chez toi faire une commande et nous voudrions en faire une autre que nous irions chercher au mois de décembre. pourrais tu m’envoyer par mel
    les vins dispos et les prix approximatifs.

    au plaisir de te revoir en décembre.
    cordialement
    Didier BIFANTE

    • Bonsoir Didier,

      j’ai reçu un message concernant une commande chez Agathe BURSIN, excellente vigneronne d’Alsace. Sache que tu n’as pas écrit sur son site, mais sur mon blog, sur l’article que je lui ai consacré. Donc, si tu veux la contacter, il te faudra retourner sur l’article, trouver ses références et la contacter par les moyens signalés. Tu peux toujours faire une petite balade sur mon blog, ça ne mange pas de pain ! En tout cas, tu as du goût.

      Gourmandes salutations.

      Patrick MACLART.

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