21 décembre 2011

à Sauternes, un entretien au coin du feu avec Xavier PLANTY, au Château GUIRAUD

by Patrick Maclart

Il y a quelques temps, j’ai eu le plaisir de rencontrer Xavier PLANTY, directeur et co-propriétaire du château GUIRAUD, fameux grand cru classé du Sauternais. Un personnage haut en couleurs, qui n’a pas sa langue ni en bois, ni dans sa poche. S’en est suivi une petite dégustation dont vous trouverez les notes ci-dessous.

Château GUIRAUD a été l’un des tous premiers grands crus classés de Bordeaux à se convertir à la culture biologique. Certains puristes ou esprits chagrins souriront gentiment, ironiquement. Je répondrai à ce sourire de la manière suivante : il faut encourager cette démarche, l’étudier, l’accompagner, et en tant que consommateur, y adhérer. Même si à Bordeaux le phénomène bio est encore mineur, il ne peut qu’aller croissant.

De surcroît, Xavier PLANTY est un homme intéressant, charismatique. Son discours est plein de bon sens, sa démarche réfléchie. Lorsqu’un Bordelais de cru vous parle de « genèse » du sol, avec comme discours « Voici la terre, soumettez-la »… Lorsqu’il estime que sa voie est un retour aux fondamentaux, lorsqu’il s’allie avec des propriétaires d’autres châteaux pour créer un conservatoire des cépages afin d’éviter l’uniformité, et pouvoir répondre aux éventuelles maladies locales, j’applaudis des deux mains. Surtout que le discours est suivi de faits.

le conservatoire des vignes en sélection massale n’est pas un vain mot, le voici en photo.

Il n’a pas évité les questions, et a passé l’entretien avec franchise, sincérité et bon sens. Merci de votre lecture.

Patrick MACLART : Xavier PLANTY bonjour, quelle a été votre première réflexion sur la culture biologique ?

Xavier PLANTY : d’abord j’ai une formation de biologiste végétal, passionné par le végétal et l’ornithologie. Un grand passionné pour les choses de la nature, alors que ma famille n’est pas du tout dans l’agricole. C’est certainement dû à mes vacances dans le Lot-et-Garonne, alors que j’étais petit. J’ai repris la propriété en mains en 1982, et était en chimie complète. Il y avait de nombreux épandages, jusque 4 à 5 par an. Le propriétaire de l’époque, anglo-saxon, m’avait marqué. Il m’avait marqué en me montrant une facture de produits phyto qui s’élevait à 24.000 francs ! Ma première mission a consisté à la diviser par deux, non pas pour le respect de la vigne, mais pour faire des économies ! Ma première récolte en 1983 était tellement blindée de chimique que j’avais 0 % de pourriture noble. Même en vendangeant 3 semaines après Yquem !

Un entretien sans faux-semblant, façon « brut de pomme »… On s’est bien trouvés Xavier PLANTY et moi.

PM : à part le propriétaire du moment, qui était heureux de vous voir arriver ?

XP : le chef de culture. Il avait 15 ou 20 ans de plus que moi, « Je suis content que vous arrivez, on va pouvoir bosser à Guiraud » m’avait-il alors dit. Il est mort un mois avant de prendre sa retraite, ça m’avait marqué; ça me marque encore. J’ai alors embauché un chef de culture qui a travaillé chez vous, à la maison Faiveley et la maison Brocard. Il voulait entrer à Bordeaux. Une partie du vignoble de Faiveley était travaillée en bio. Je l’ai appelé à 22 heures, je lui ai soumis mon projet de culture bio et du travail du botrytis, tout en travaillant avec des doses de cuivre les plus faibles. Il a accepté. On a bossé là-dessus, avec des ingénieurs agronomiques. Et ça a confirmé ce que je pensais.

PM : qu’entendez-vous par « travail sur le botrytis » ?

XP : la période la plus cruciale pour l’implantation du botrytis est la floraison, à la chute des étamines. Le botrytis va s’installer et « dormir ». On appelle ça « le botrytis dormant ». Comme le raisin a un métabolisme puissant, il va dominer le travail du botrytis. En 1983, j’ai vendangé le 22 octobre. En 2000, le 15 septembre c’était vendangé. La concentration ne se fait pas que par la maturité des raisins, mais par l’attaque du botrytis qui mange la peau et la digère. Le raisin va réagir à cette attaque pathogène qui va créer un développement aromatique intense. Certains arômes seront multipliés par 1.000 en une semaine.

PM : ceci est possible en culture conventionnelle, non ?

XP : pour avoir du beau botrytis, il faut éviter tout traitement chimique lors de la floraison. Les résultats en pourriture noble sont faits. Plus tard se sont posés les problèmes de l’équilibre de la vigne, l’esca (maladie de la vigne, s’attaquant à la charpente de la souche elle-même), les insecticides, le ver de la grappe, etc… Du coup, on a planté 6 kilomètres de haies. On ne réfléchit pas qu’à la vigne, mais aussi à son environnement spatial. Il faut recréer une biodiversité.

même si à l’échelle de la vigne un passage en bio de quelques années est infinitésimal, il en est au moins le début. Ici, une terre bien travaillée, pas de trace jaune suspecte, tout ça semble bien sain.

PM : comment vos voisins et copains jugent-ils votre travail ?

XP : un voisin m’a envoyé un dossier sur les dangers du cuivre; un autre m’a dit que je traite la nuit. On ne chaptalise pas à Guiraud, et peu le croient. On me voit comme un pionnier aujourd’hui, mais aussi comme un emmerdeur (sic). L’agriculture bio n’est pas une fin en soi, mais juste une étape.

PM : justement, et le cuivre dans tout ça ?

XP : on est à 3,6 kilos par an par hectare. Mais on doit pouvoir descendre. On travaille désormais les tisanes, on s’intéresse à la biodynamie. On réfléchit beaucoup au cuivre, à une réduction drastique des doses, mais n’oublions pas que nous sommes soumis à un climat océanique et de très fortes poussées de mildiou.

Merci de cet entretien Monsieur PLANTY, et j’espère que votre crédo et votre envie seront contagion.

château GUIRAUD

F-33210 SAUTERNES

tél. +33 (0)5 56 76 61 01
site internet : cliquez ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ, en présence de Monsieur PLANTY, au coin de la cheminée… Endroit splendide pour un ballet entre or et feu.

rencontre du feu et de l’or… Moment magique. Une douceur qui nous manque, en Bourgogne.

château Guiraud 2002
robe dorée. Nez de pamplemousse, ananas, épices douces, sucre roux. Bouche concentrée sans excès, belle trame acide, beau développement aromatique avec des notes de mangue fraîche. Finale persistante.

château Guiraud 2007
nez floral et fruité : jasmin, rose sauvage, lychee frais, zeste de pamplemousse, net, frais, propre. Bouche fine et concentrée, avec les arômes du nez en bouche, présence acide incroyable pour un Sauternes… Finale énorme et fraîche, j’adore.

Château Guiraud 2005
le nez est intense, concentré, mais curieusement réservé. Je pense que ce bébé apprécie peu la lumière qu’on lui met dans les yeux. La note dominante est l’ananas mûr, le miel d’acacia, et un bouquet floral frais. La bouche est dotée d’une de ces allonges à faire pâlir Cassius Clay himself. Même si les saveurs doivent se centrer, ça a une longueur incroyable, mémorable… Une quille d’anthologie avec un potentiel incommensurable.

un caviste suisse parle de « vin stratosphérique » quand il parle d’une bouteille exceptionnelle… Eh bien voilà, on y est.

Le « G » de Guiraud 2009
nez qui sauvignonne, végétal frais, buis, impression de légume, fleur blanche. Bouche fine, tendue, florale. Le côté sauvignon est moins marqué en bouche. Belle fraîcheur d’ensemble, harmonieux et fin en finale. Beau.

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