10 mai 2019

en Sardaigne, le domaine CONTINI, Mauro CONTINI : étape par étape

by Patrick Maclart

Mauro CONTINI, 41 ans, est le responsable de production du domaine. Il s’occupe de la partie technique… « c’est une entreprise familiale ici, et les décisions se prennent en famille. Mais je m’occupe de tout ce qui est vin. Chez nous, il y a une parfaite interaction entre le commercial et la production », affirme cet homme humble, qui est la qualité première de toute cette famille, comme si cette valeur était inscrite dans leurs gênes.

Mauro CONTINI est le responsable de la production. Pragmatique, aimable, il cultive tout comme sa famille la vigne, l’humilité et la qualité de l’accueil.

La propriété existe depuis 1898. C’est la plus ancienne propriété de Sardaigne. Salvatore est le fondateur, mais Attilio son fils qui est le grand-père de Mauro, est celui qui a vraiment développé le domaine.

Les grandes décisions ont été prises durant les années 90. Les propriétés du coin produisaient le vernaccia di Oristano, un vin oxydatif vieillissant au moins 10 ans en fûts. Les ventes s’effondraient, et il a fallu s’adapter au marché moderne. Il était nécessaire de produire du vermentino et du cannonau, cépages demandés par la nouvelle vague de buveurs de vins. Mais CONTINI voulait quand même conserver les cépages locaux tels le fameux vernaccia ou le nieddera, raisin noir très sous-estimé par les amateurs de vin.

le vernaccia di Oristano est l’un des vins les plus curieux d’Italie, s’apparentant un peu au vin jaune du Jura. Complexe, compliqué, il ne correspond plus aux canons des saveurs recherchées par la clientèle actuelle. CONTINI a su s’adapter.

S’adapter signifie aussi pouvoir assembler le vernaccia au vermentino pour élaborer un bon vin blanc, élaborer aussi des vins effervescents demandés par cette clientèle. L’intelligence de cette famille a été d’anticiper ce qui allait se passer dans la consommation des vins en Sardaigne, en Italie, et dans le monde. Cette anticipation a assuré la survie, voire la croissance du domaine CONTINI, bravo. Un réflexe très darwinien, somme toute.

dans la partie volcanique du vignoble, là où on élabore la cuvée bio « Mamaioa », on trouve une roche noire extrêmement dure. Les hommes préhistoriques s’en servaient pour la confection d’outils et d’armes.

A la vigne, l’utilisation de produits est très limité, la Sardaigne est très chanceuse avec son climat. Le gros des traitements se fait à la bouillie bordelaise, il n’est pas nécessaire d’en faire plus durant bien des millésimes. Depuis peu, CONTINI s’est lancée dans l’aventure de la culture biologique, poussant au paroxysme avec l’élaboration de vins sans soufre… « mais on a besoin de réflexion et de temps sur une telle surface. On ne peut pas passer le cap ainsi. Mais on fait tout pour nous approcher étape par étape et nous mettons le challenge d’arriver à 50 % de vins biologiques dans quelques années » me répond Mauro. Ici, les étapes sont importantes. Le travail du sol est effectué, et seuls des composts organiques nourrissent les vignes.

une vigne bien entretenue, à la bouillie bordelaise et à l’engrais organique. Ici, la partie « volcanique » du domaine.

Au chai, le travail est multiple vu les vins très différents qui y sont élaborés. Pour les vins blancs, arrivée et contrôle des raisins. Pas de macération pelliculaire, mais Mauro est très attentif au débourbage qui est pour lui l’opération la plus importante. L’élevage se fait essentiellement avec des levures sélectionnées; « les dates de vendanges sont très importantes, stratégiques, me dit Mauro. On vendange le vernaccia en quatre fois, pour l’effervescent, les tranquilles et le vernaccia di Oristano, où on a besoin de 15° d’alcool naturel pour sa réalisation ».

rien de particulier en cuverie, si je n’ai constaté que très peu de pompes. Les soutirages ne sont pas une manie chez les CONTINI, on laisse le temps aux vins de se faire.

20 % de la production est rosée… « il est important pour nous, car il est consommé localement. On n’exporte quasiment rien. On nous demande « le nouveau rosé », tous nos clients sont dans l’attente, c’est incroyable ! On se doit de le réussir. C’est aussi une espèce de compétition entre producteurs. C’est ma fierté de le réussir, avec un degré d’alcool bas et beaucoup de fruits ». Les impératifs financiers font partie de la survie d’un domaine viticole, ne l’oublions pas.

si une grande partie du vignoble est sablonneuse, une autre est volcanique. Ce terroir est unique, exceptionnel, riche, et en plus complètement isolé d’autres cultures.

Pour les rouges, contrôle à l’arrivée des raisins, il est important de ne pas avoir des trop hauts niveaux d’alcool. On recherche le fruit. Les barriques servent à apporter une micro-oxygénation naturelle à certaines cuvées, et non un goût de bois.

Aujourd’hui, le domaine s’étend sur 90 hectares dont une partie conséquente en locations, pour produite 900.000 bouteilles. L’export représente 25 %, ce qui est important pour la Sardaigne. Les principaux marchés sont l’Allemagne, les USA, et quelques pays en Europe.

CONTINI a trouvé la clé du succès, le tout sera de perdurer. A regarder ce tableau, les clés sont encore bien nombreuses…

CONTINI, c’est un nom qui impose le respect en Sardaigne. Une famille soudée comme une mélée de rugby, un vrai esprit d’équipe, une qualité des vins indiscutable, et une volonté de se projeter dans l’avenir. L’avenir de ce domaine est forcément assuré, car la famille avance étape par étape. Que les éléments vous soient favorables.

azienda vinicola CONTINI
famille CONTINI

Via Genova 48-50
I-9072 CABRAS

tél. +39 0783 – 290806
site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci à Mauro et Paolo pour ce chouette moment de partage, et ce repas mémorable, l’un des plus truculents de ma vie. Pour voir la vidéo réalisée avec Mauro, CLIQUEZ ICI.

« Mamaioa » bianco 2015 – IGT isola dei Nuraghi
100 % vermentino en culture biologique, sur sol volcanique pour partie, et sur sol alluvionnaire au nord de la Sardaigne. Elevage en cuves. Nez d’une propreté, d’une droiture, impression saline comme souvent peut donner le vermentino, joli fruit jaune. Bouche superbe, complète, équilibrée, superbes amers en fin de bouche. C’est long, propre, intense, j’achète !

« Karmis » bianco 2015 – IGT Tharros
70 % vernaccia, 30 % vermentino. Elevé en cuves. Le nez est intense, axé sur le raisin blanc, avec une impression muscatée, des notes minérales, voire salines. Le vermentino a envie de causer dans cet ensemble ! La bouche est riche, sapide, étonnante pour un vin de cette catégorie de prix, sur le noyau, les fruits secs et toujours cette petite minéralité. Finale intense. Vin parfait pour accompagner les délicieuses fritures de pêche du restaurant « I Giganti » à Càbras, probablement parmi les meilleures de la Sardaigne !

le genre de vins à vous donner la maladie des autres verres…

« I Giganti » bianco 2014 – IGT Tharros
60 % vernaccia, 40 % vermentino, élevés un an en barriques. Nez intéressant, complexe, fruits jaunes, très poire, notes florales, ensemble olfactif très complexe mais lisible. La bouche est tout bonnement sublime, très sur la poire avec des petites notes boisées. La finale est convaincante, mais encore réservée à ce stade.

un vin de grande ambition, auquel il faut laisser un peu de temps.

nieddera rosato 2015 – IGT Valle del Tirso
nez très prenant de fraise des bois, intense, c’est réussi, plutôt rare un bon rosé en Italie ! La bouche est complète, pleine, équilibrée, longue. Un rosé intelligent qui a tout compris, tout ça pour moins de 5 €. Ca nous change des Provence !

« Mamaioa » rosso 2015 – IGT isola dei Nuraghi
assemblage cannonau, merlot et nieddera en bio et sans SO2. en voilà un vin qui est plaisant ! Le nez est une compotée de cerises noires, de la framboise, une impression de yaourts aux fruits à l’ancienne, avec une petite pointe de guigne en fond de nez, adorable. La bouche est une gourmandise, un bonbon. Du fruit, de la chair, un tanin souple, tout est là, plaisir, fruits, tanins ronds. Belle longueur pour un vin de petit prix. On en boirait des seaux ! Achetez boudiou !

pour quelques euros, vous achetez un missile balistique de pur plaisir, qui vous envoie au septième ciel pour pas cher. Achetez donc cette belle bouteille de plaisir !

nieddera rosso 2015 – IGT Valle del Tirso
couleur assez claire mais limpide et propre. Nez amusant de petites cerises griottes, évoquant un peu le poulsard jurassien, des notes de noyau, impression de buisson. La bouche est fraîche, tendue, aux tanins mesurés et à la grande buvabilité. Jolie longueur pour un vin d’entrée de gamme.

le nieddera est un cépage mal aimé ou mal compris d’une certaine intelligentsia du vin. Pour moi, ce vin est quasiment indispensable sur une table sarde. Sa structure, ses tanins faibles et son acidité, tout est parfait pour un plat aux tomates. Pensez-y !

« Sartiglia » 2015 – cannonau di Sardegna D.O.C.
le cannonau est le grenache de Sardaigne. Elevé 6 mois en barriques. Très beau nez de prunes rouges, tabac blond, rose séchée. La bouche est intense, bel équilibre avec ses tanins. Jolie longueur.

« Inu » 2013 – cannonau di Sardegna D.O.C.
Elevé 12 mois en barriques. Très beau nez, l’impact du bois est parfait. Joli nez de cerises rouges, intense, une jolie puissance dans sa finesse, comme les beaux grenaches. La bouche est bien semblable au nez, de la finesse et du caractère. Le tout reste agréable, d’une bonne buvabilité. Très long, belle bouteille.

toute la maîtrise de l’élevage du grenache sur bois, à la sauce sarde.

vernaccia di Oristano 2005
élevé 10 ans en barriques. Nez éclatant de noix fraîche, d’épices rares : cardamome, notes de coing. Belle bouche équilibrée tout en étant intense et fluide. Des amers doux. C’est long en finale, énorme, le plus beau de Sardaigne.

les vernaccia di Oristano du domaine CONTINI font partie des meilleurs de Sardaigne, si ce ne sont les meilleurs.

vernaccia di Oristano 1991
mis en bouteilles en 2015. Nez réservé mais prédisant la puissance qui arrive, la noix, noisettes sèches, muscade, quelle fusée ! La bouche est puissante, mais contrôlée, car sans la maîtrise, la puissance n’est rien. Intense, traçonate, qui reprend bien les parfums du nez. longueur inouïe. Persistance à faire pâlir l’inventeur des caudalies. Immense vin.

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