5 avril 2012

à Barolo, Lorenzo ACCOMASSO : tempo sospende il tuo volo…

by Patrick Maclart

Parfois, on sent dès le départ qu’un article ne sera pas simple à élaborer, à rédiger, à construire. Ne voyez rien de négatif à mes propos, c’est que quelquefois il est difficile de structurer l’entretien et de lui donner une forme académique. C’est ici le cas avec Lorenzo ACCOMASSO.

Déjà, il faut trouver le domaine. Situé dans la descente de la Morra, dans le quartier d’Annunziata, il se trouve à la sortie d’un virage, et signalé par une pancarte minuscule. On ne fait rien ici pour appâter le touriste. Lorenzo ACCOMASSO, fringant octogénaire, est toujours à la tête de son petit vignoble de 3.5 hectares produisant bon an mal an 7 à 8.000 bouteilles, mais quelles bouteilles mes amis ! Que du Barolo, et du pur, du dur, du vrai.

Lors de l’entretien, Enzo me dit « tu appeleras mon article ‘la biesta rara’ (la bête rare), « , pour après se raviser en me disant : « non, je ne suis quand même pas une bête »… Du Accomasso pur nebbiolo !

Difficile de lui extirper ses recettes magiques pour faire du nebbiolo un liquide certes clair, mais ô combien tellurique, ô combien parlant, ô combien personnel, ô combien viscéral. « Comment travaillez-vous Signore ACCOMASSO ? ». Il répond alors par des phrases brumeuses, mélangées de patois piémontais, et m’entraînant ensuite dans d’autres brumes, celles de sa mémoire des anciens millésimes, pensant que cette balade piémontaise m’égarerait. Nenni, j’ai toujours ramené le débat à son travail, à la technique, mais impossible d’avoir une réponse agencée. Lorenzo garde pour lui ses tours de magie et ses sortilèges viticoles.

Ce qu’il m’a daigné dire, c’est qu’à la vigne, il la travaille comme son père, son grand-père, et tous les anciens qui l’ont travaillée, sans phyto. Il n’y en avait pas. Par contre, si la vigne est malade, il la soignera avec un produit, mais jamais de pénétrant, c’est proscrit chez ACCOMASSO.

Enzo élabore des vrais Barolo de garde, à la robe claire, et qui prendront avec le temps des parfums inimitables, qu’Aldo VAIRA a qualifié (et que je trouve fort juste) de tiroir de grand-mère… Magie.

Pour les vinifications, traditio fidelis ! 40 jours de macération, et plusieurs années d’élevage, et en foudres de chêne… Pour info, son 2005 riserva a été mis en bouteilles en juillet… 2011 !

Son premier millésime date de 1958, ça fait une paie ! Et encore aujourd’hui, il « lâche » les vins quand ils estiment qu’ils sont prêts. C’est donc le millésime 2005 qui est pour l’instant disponible au domaine. Et ce n’est pas à son âge qu’il changera les choses, quoique… Ce jeune homme de vignes a arraché récemment une parcelle dans la « Rocche » à la Morra, pour penser à l’avenir, et aux nouveaux raisins à venir. Et les importateurs pointus ne se sont pas trompés. 30 % de la production part à l’étranger : Allemagne, Japon, Norvège, Danemark, Suisse, Grande-Bretagne…

alors que je regardais la parcelle arrachée par Enzo, ce dernier me dit : « là, je laisse reposer le sol, et je planterai dans 2 ou 3 ans. Je récolterai dans 8 ans environ, on verra la qualité des raisins. ». A 80 ans, ces propos sont étonnants, mais c’est ça, les vrais vignerons.

Renzo dit être entré en résistance contre les vins uniformes du Piémont, élevés en barriques, et vite prêts. Avec Beppe Rinaldi, Mascarello entre autres, il fait partie de ces dinosaures de la tradition. « Mais je n’ai rien contre les « modernes », car le marché demande des vins plus accessibles et rien que pour ça, je n’ai rien contre » rétorque Renzo. Quand vous lui dites que son propos est non seulement intelligent mais paradoxal, et que du fait il vous étonne, vous lui demandez des explications. C’est alors qu’il vous regarde d’un regard bleu pur, comme le ciel piémontais d’avant les vendanges, et sa réponse ne sera qu’un sourire rayonnant de malice. Si vous n’avez pas compris sa réponse, vous aurez beaucoup de difficultés alors à comprendre ses vins. Vous serez à coup sûr perdu pour toujours dans les brumes piémontaises…

Azienda Lorenzo ACCOMASSO

loc. Annunziata – ca’ del Pozzo  32
I – 12064 LA MORRA

tél. +39 0173 50843

DEGUSTATION

Elle a eu lieu « in situ », avec Renzo et sa soeur, dans une ambiance d’un autre âge.

Barolo « Vigneto Rocchete » 2005
robe un peu brunâtre, typique du cépage. Nez discret mais sauvage : prune noire, herbes, noyau, notes minérales, grande profondeur. Bouche fine, souple, parfumée, dotée d’une trame acide superbement placée et expressive. La finale et la rétro sont vraiment impressionnantes, avec des arômes de rose fanée et de griotte, sur un tanin fin mais bien, bien présent. Très traditionnel, pour public averti.

Barolo « Rocche » 2005
nez intense de prune mûre, de tabac, d’épices, notes terriennes, fruits noirs et épine en fond de nez. Sublime. Bouche concentrée, tannique, corsée, tonique, le grain de tanin est sublime avec un côté d’umeshu suppaï (liqueur japonaise de prune acide) en bouche. Finale sur des notes de fruits secs, sublime.

4 Responses to “à Barolo, Lorenzo ACCOMASSO : tempo sospende il tuo volo…”

  • Yannick

    C’est l’un des meilleurs Rocche que j’ai bus jusqu’ici! Une bouteille du millésime 90 m’avait été donnée par Beppe de La Morra (ainsi qu’un Gromis de la même année). Bue en Bourgogne en été 2011. Grand vin.

    Yannick.

    • Salut Yannick,

      Merci de ton commentaire, et de confirmer ainsi mon choix lors de mes voyages. Etant donné que ceux-ci ne sont pas préparés par des agences de comm à la botte de syndicats, et qui vont te balader où EUX veulent, j’ai une liberté totale de me renseigner, et de chiner.

      C’était toutefois un voyage d’un autre âge, et j’ai passé un super moment. Mon prochain grand moment ? Ben partager une bouteille avec toi pardi !

      Gourmandes salutations, au plaisir, merci de ta fidélité au blog.

      Patrick.

  • marc gosselin

    Sympathiques commentaires qui ne font qu’effleurer la personnalité de Lorenzo, un vero piemontese que nous fréquentons depuis plus de 10 ans, et que nous revoyons toujours avec un plaisir renouvellé. Longue vie à lui et à la sorella.

    • bonjour Marc,

      Merci de ton commentaire qui me fait plaisir.

      Je te trouve toutefois bien sévère… « Effleurer »… Cite-moi un journaliste qui va aller de ses propres deniers en Piémont interviewer un vigneron que peu de gens connaissent, et qui ne se livre pas facilement… Je trouve auc contraire que le travail fait « in situ » n’est jamais un effleurement, mais une vraie investigation profonde, racinaire, authentique…

      En plus, il ne livre que ce qu’il veut, ce qui ne simplifie pas les choses.

      Bien à toi, gourmandes salutations.

      Patrick.

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