26 octobre 2011

en Pessac-Léognan, au Domaine de Chevalier, avec Rémi EDANGE

by Patrick Maclart

Rémi EDANGE est le directeur adjoint du domaine de Chevalier, grand cru classé en Pessac-Léognan, propriété de la famille Bernard dont Olivier est le meilleur représentant. Ce grand cru de 45 hectares élabore environ 250.000 cols par an qui se répartissent de la façon suivante : 45 % de grand vin, 40 % d’Esprit (le second vin). Les 15 % restants iront sous une étiquette « Pessac Léognan ».

Elegant, intelligent et plein de crédo, la rencontre avec Rémi EDANGE laisse indubitablement un parfum de compétences.

Le domaine est aussi le fermier du domaine de la Solitude, dans la même appellation, et qui appartient à un ordre religieux.

« La vigne, c’est l’esprit, me dit Rémi avec volonté. Il y a tellement de vins, ça ne doit plus être une recette automatique. Ici, on a la chance d’élaborer des vins de création, d’artiste, ce n’est pas comme une case en bas à droite. ». Sur les 45 hectares, 40 sont consacrés au vin rouge. 63 % de cabernet sauvignon, 30 % de merlot, 5 % de petit verdot et 2 % de cabernet franc.

Le terroir de Pessac et de Léognan font partie des plus beaux du Bordelais pour moi. Ici, la vigne que j’ai visitée était vigoureuse, et le labour intercep effectué.

Les terroirs sont graveleux et siliceux, avec des argiles en sous-sol, certaines sont légères et drainantes, mais d’autres sont de véritables pièges, et il a fallu drainer ces sols. La pente est peu accentuée.

Et le bio dans tout ça ? « On a déjà essayé, mais la poussée du mildiou est ici trop forte. On travaille au maximum dans un esprit bio, avec des composts naturels. Il faut être raisonnable et s’adapter à son terroir, sa climatologie. » me dit Rémi avec sincérité. Et la biodynamie ? « Il y a une influence, mais pour moi ce n’est qu’une étape au naturel. On applique déjà depuis un certain temps des actions de la biodynamie. »

A la vigne, les tailles se font très tard, et il y a des traitements contre le mildiou, car les pressions sont fortes. Pour le travail du sol, les vignes sont buttées en hiver, et les sols labourés, y compris l’intercep, afin de limiter ou d’éliminer le désherbant. Le décompactage a lieu en juillet. Après véraison, élimination des grappes en retard de maturité.

La demeure est modeste, et dans un style bien girondin.

Aux vendanges, la récolte sera triée sur tapis. Puis égrappage, et encore un tri sur les baies. Léger foulage, et encuvage par gravité. Quelques remontages et pigeages durant la fermentation. Tous les rouges s’élèvent sur lies, avec un soutirage au bout de 4 à 5 mois. 3 soutirages seront exécutés durant tout l’élevage dont la durée sera variable selon les vins. Pour le grand vin, 18 mois, 14 pour Esprit. Les vendanges sont exclusivement manuelles, par parcelle (il y en a environ 90) et par cépage.

dans le calme du chai à barriques du château…

Pour les blancs, même règle. Ils sont toujours vendangés le matin, pour éviter le risque d’oxydation et de diminution du potentiel aromatique. Il n’y a aucune intervention œnologique. Ils seront pressés lentement, durant 3 heures. Après un PH de 3.75, le débourbage aura lieu en barriques, avec les malos bloqués par sulfitage. L’élevage durera 18 mois en barriques dont 1/3 de neuves, puis 3 mois en cuve pour décantation et mise en masse. Collage et filtration lenticulaire.

Chevalier fait partie avec Haut-Brion des meilleurs blancs de la Gironde.

Au final, des vins que je trouve conformes à de grands Bordeaux. En effet, les vins sont riches, concentrés, de caractère, avec des notions de terroir, sans ce goût de planche qui est hélas trop souvent le cas dans les vins girondins, ni ce côté surmûri, insupportable, qui évoque la banane mûre écrasée. En plus, Chevalier a un très bon potentiel de garde. Les blancs ont moins ma faveur; mon palais burgonde a peine à s’extasier devant ces assemblages à base de sauvignon, mais Chevalier blanc est un bon canon, que je préfère consommer jeune. N’oublions pas l’esprit, qui est aussi le nom du second vin du domaine, et qui ici n’est pas un v(a)in mot. Les propriétaires et Rémi y mettent le leur au profit du grand cru qui est le leur.

Si tout comme moi vous êtes plus sensibles à la générosité, l’authenticité, vous serez sensibles au domaine de Chevalier.

L’enseigne du château.

Domaine de Chevalier

102  chemin de Mignoy
F-33850  LEOGNAN

tél. +33 (0)5 56 64 16 16
site internet : cliquez ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci Rémi pour ce moment élégant passé en votre compagnie..

Domaine de Chevalier rouge Pessac-Léognan Grand Cru 2009 (brut de fût)
constitué à 65 % de cabernet sauvignon, 27 % de merlot et 8 % de petit verdot. Nez sur la chair de cerise, fruit noir, tabac brun, sanguin. Bouche au fruité net, propre, éclatant, sans déformation la barrique qui ici soutient plus qu’elle ne domine. Rondeur et puissance vont de concert, sur du fruit mûr et noir. Finale gourmande, très classe et élégante, immense.

Domaine de Chevalier rouge Pessac-Léognan Grand Cru 2005
constitué à 55 % de cabernet sauvignon, 35 % de merlot, 6 % de petit verdot et 4 % de cabernet franc. Un côté cuir au nez, fruit noir (mûre), épice douce, presque sexy. Bouche terrienne (j’adore !), fruits rouges et noirs, fraîcheur, saveurs multidimensionnelles tout en étant et restant fin. Finale très longue, rétro qui finit sur une chair de fruit velouté.

Chevalier rouge a toujours un bon potentiel de garde, tout en restant toujours fin.

Domaine de Chevalier blanc Pessac-Léognan blanc Grand Cru 2009 (brut de fût)
85 % sauvignon et 15 % sémillon. Nez vanillé, sauvignon mûr, prune jaune, petit côté praliné. Bouche à l’attaque ronde, souple, facile, mais l’évolution est plus intéressante, sur la chair de prune, la poire, et des notes de sauvignon. La fin de bouche part en queue de paon, avec une très belle rétro sur des notes exotiques.

Domaine de Chevalier blanc Pessac-Léognan blanc Grand Cru 2005
nez évolué, un peu légumineux, réservé, retenu, notes de noisette. Bouche à l’attaque ronde, facile, mais l’évolution remet tout de suite les pendules à l’heure, avec un côté tellurique, fruits jaunes, herbes fraîches, noisette. Bonne finale ample, généreuse, finale complexe et concentrée. Difficile de supputer une durée de garde, mais semble être sur l’évolution.

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