18 janvier 2019

Bourgogne Wineblog déguste les vins « nature » de Toscane à Paris !!

by Patrick Maclart

Il y a quelques temps, j’ai été convié à une bien jolie dégustation de vins « nature » italiens. Il est indispensable de remercier ici Florence ANDRIEU de l’agence BALPOP, ainsi que toute son équipe, pour la qualité de l’organisation et de l’accueil. Tout a été fait en toute simplicité et convivialité.

BON, UN NATURE, C’EST QUOI ?

Il y a quelques années, c’était avant tout un sujet de polémiques sur les réseaux sociaux. Quand les vins nature sont apparus, une flopée de défenseurs invétérés sont montés au créneau, créant à foison des blogs spécialisés en la matière, mais aussi autant de détracteurs hélas. Malheur à celui qui les critiquait, il risquait dans le meilleur de perdre plein « d’amis », et dans le pire des cas l’écartèlement sur place publique. J’exagère un tantinet, mais on n’en était pas loin. J’en ai fait l’amère expérience en « osant » critiquer une dégustation de vins nature du Beaujolais, estimant que les vins n’étaient pas au top. Un commentaire cinglant d’une blogueuse avait été assez net en écrivant, je cite : « si c’est comme ça, tu n’as rien à faire dans le Beaujolais, rentre chez toi ». Avouez que c’est bien épicé !

Aujourd’hui, je me pose des questions sur ce qu’est vraiment un vin nature. Dans les dégustations réservées à ce type de vins, on y voit de tout : vignerons bio, biodynamistes, des zéro soufre, des illuminés aussi, et depuis peu des sacrés opportunistes profitant de cet effet de mode pour accrocher les wagons et tenter de vendre un tantinet de bouteilles. Exécrable, dégoûtant, il serait bon que le ménage se fasse désormais dans ce sens. Ces opportunistes sont aussi « natures » que moi pilote d’Airbus. Il suffit d’être jeune et jolie, d’être accorte comme un violoncelle, ou avoir certaines opinions politiques ou philosophies, pour être dans ces salons. Basta.

le temps des vins « nature » qui « saucisonnent », avec ce parfum étonnant de peau de saucisson sec, est révolu. Aujourd’hui, place aux fruits nets, propres et opulents. Il reste toutefois encore et toujours des exceptions, comme dans toutes les catégories de vins. Photo source : valanciennes.alerteapero.com

Je n’ai pas d’avis tranché sur la chose. Pour moi, le vigneron se doit de faire son vin comme il le sent, et au consommateur de prendre ce qui l’intéresse. Je trouve personnellement que lors d’une dégustation à l’aveugle, les vins « bio » ou « biodynamiques » (cherchez sur Google !) sortent souvent du lot, mais ce n’est pas une règle absolue. Il y a aussi de mauvais vins de ce type. Quant au « zéro soufre », ils ont fait d’énormes progrès ces dernières années, avec des cuvées bien convaincantes. Si en blanc les choses me semblent plus délicates, les rouges présentent des fruits de plus en plus opulents, riches, avec des bouteilles stables. Ce qui m’amuse aussi dans ce type de vins, c’est la décontraction, la décomplexion. Les étiquettes sont modernes, fun, pertinentes ; les noms des cuvées très drôles, très recherchées.

Il est sûr que ces vins m’intéressent de plus en plus. Ils méritent toute notre attention. Respecter les grands terroirs, c’est forcément un gage d’avenir. Bien sûr je m’amuse tout le temps de ceux qui recherchent des vins bio, biodynamiques ou natures, et qui repartent de chez le caviste en Porsche Cayenne. Il y a ceux qui oublient aussi que les sulfites ont envahi tous nos aliments, mais c’est à chacun d’entre nous de faire ses choix, et les meilleurs possibles. Comme à la quête à l’église, on y met en fonction de ses moyens et de sa dévotion.

Enfin, pour conclure, j’estime que ces vins ne doivent pas être considérés comme « marginaux », mais comme n’importe quel vin, avec ses différences. Pour ceux qui se bombardent « spécialistes des vins nature », je répondrai par la phrase intelligente de Claude Debussy qui disait : « pour moi, se spécialiser, c’est rétrécir d’autant son univers ». Tout est ainsi dit.

CONDITIONS DE DEGUSTATION

Elles étaient très bonnes. Le verre fourni était de qualité et de bonne amplitude. Les vignerons étaient pour certains très concentrés, très dissipés pour d’autres ; une dégustation quoi. On y voyait aussi la foule habituelle des salons parisiens, fagotés soit en gavroches, soit en dandys baroques, soit en bergers citadins. Bref une faune amusante et réjouissante. La lumière était elle aussi très bonne, tout comme la température de la salle. Là encore remercions l’organisation pour le judicieux choix de l’endroit.

une foule amusante et bigarrée… Certains commentaires méritent le déplacement en la capitale !

NOTES DE DEGUSTATION

Elles vont de « ** » (acceptable) à « ***** » (exceptionnel). Une fois de plus, en dégustation pas d’ami ni ennemi. Le tout a été fait avec mon ressenti. Certains vins en bas de l’article n’ont pas été retenus, soit pour leur facture, soit parce qu’ils se dégustaient mal. Il faut être humble face au vin.

ATTENTION : n’oublions jamais qu’une dégustation est un instantané du vin à un moment déterminé. Jamais une note ne doit être considérée comme un jugement définitif mais plutôt comme une impression qui tente à projeter le vin dans un futur

Fabbrica di San Martino

*** « Tosca » 2014 – colli Lucchesi
assemblage sangiovese, colorino, canaiolo. Nez de fruits noirs, fruits des bois. Une fraicheur agréable en fond de nez. La bouche est droite, fluide, joli fruit en milieu. Finale vive et tonique.

***(*) « Rubino » sangiovese 2012 – Toscana IGT
très beau nez fumé, prune, joli végétal mûr. La bouche est fluide, belle trame acide qui rigidifie l’ensemble. Très long, du caractère, j’aime.

si la cuvée « Tosca » manque à mon palais d’un peu de punch, on le retrouve dans cette jolie cuvée « Rubino » du domaine. Un vin qui va progresser avec le temps.

Az. Agricola LA GINESTRA

**** « Habemus » 2014 – Toscana IGT
cabernet franc, sangiovese, colorino et canaiolo à parts égales. Très beau nez, prune sauvage, sauge, terre fraîche, c’est intense. La bouche est superbe, jolie, intense, vibrante. Très long.

deux vins qui partagent la même qualité de facture, des longueurs plus que satisfaisantes, mais dans des expressions différentes. Plus spontanée pour le premier, plus réservée pour le second, tout le monde y trouvera son compte.

**** « Sant’Ellero » 2015 – Toscana IGT
100 % sangiovese. Très beau nez profond, réservé, pointe minérale. La bouche est vive, tonique, joli tanin vif sans être mordant, belle vinification. Très long.

TERRE A MANO – fat. di Bacchereto

***(*) « Carmignano » 2013
100 % sangiovese. Nez très profond, réservé, impression minérale. La bouche est vive, tonique, puissante, mais finit sur de l’élégance. La finale toutefois met un bon punch au palais pour nous rappeler à son potentiel de garde. Beau.

une étiquette rétro chic, et un vin d’un très beau potentiel. Beau sur la table, bon dans le verre.

Azienda Agricola la Busattina

***(*) « Legnotorto » 2012 – IGT Toscana
robe un peu brune. Nez curieux, bouche style « vin nature » mais il y a de belles choses.  Ensemble bousculé mais prometteur. Un vin nature comme les béotiens le vivent.

*** « Terre Eteree » 2014 – IGT Toscana
85 % sangiovese, 15 % ciliegiolo. Robe un peu brune. Très beau nez parfumé, on s’y noierait. : prune, cerise, petits fruits, petites notes épicées. Petite attaque perlée (ça ne me dérange que rarement) très agréable, belle présence ; le fruit est mûr, belle longueur. Plus séduisant au nez, mais la bouche est plaisante, manquant un peu de « punch ».

LE DOMAINE DE LA DEGUSTATION
CAMPI DI FONTERENZA

Francesca PADOVANI est la propriétaire du domaine avec sa sœur Margherita. Un tout petit domaine en Montalcino, pour élaborer rosso et brunello. Créé ex nihilo en 1997, « j’étais dans la vigne et c’était pour moi une évidence » m’affirme Francesca, une femme réfléchie et passionnée. Elle me dit conduire son domaine en bio depuis toujours, et « en biodynamie non-religieuse » (sic), et que ça marche très bien ainsi. En tout cas, le résultat est dans le verre, c’est l’essentiel. L’un des plus grands vins toscans jamais bus dans ma vie.

Francesca PADOVANI m’a donné l’un des plus grands frissons toscans qu’il m’ait été donnés de vivre.

***** rosso di Montalcino 2013
élevé 20 mois en foudres. Très beau nez expressif, droit, net, fruits des bois. Superbe en bouche, soyeux, limpide, joli fruit en milieu de bouche. Présent, personnel, très beau, long, parfait.

des bouteilles de haut vol, dont le brunello est d’un prix conséquent. C’est la valeur de l’exception.

***** brunello di Montalcino 2010
47 mois d’élevage s’il vous plait, et pas un pet de bois ! Nez énorme, profond, fruits noirs, myrtille, terrien, arbouse. La bouche a un soyeux, elle est d’un sexy, d’une expression, le frisson est garanti, sauf si vous êtes vraiment insensible. Long, long…

LE BONCIE

**** « 5 » 2013 – IGT Toscana
assemblage sangiovese, colorino et mammolo. Nez discret, élégant, belle profondeur. Très belle bouche ronde, gourmande, fruitée, très belle longueur. Pas grand-chose à dire car tout est bon.

ici encre deux grands vins d’exception, profonds, identitaires, tellement excitants. Que la Toscane est belle avec de tels représentants !

****(*) « le Trame » 2013 – Chianti Classico
90 % sangiovese, le solde en mammolo. Très beau nez profond, multidimensionnel, complexe, cerise griotte, épices, prune, toujours complexe. La bouche est fine, présente, la qualité des tanins est inouïe, impressionnante d’équilibre. Très long.

Agricola PACINA

**(*) « il Secondo » 2014 – IGT Toscana
95 % sangiovese, le solde en canaiolo et ciliegiolo. Nez très présent, mais dérangeant et pas net. La bouche est souple, facile, mais un peu astringente dans une structure « à côté ».

*** Chianti colli Senesi 2011
même assemblage mais de vignes plus vieilles. Nez profond, fruits mûrs, la bouche est puissante, le fruit est bien mûr. Long.

Podere CASACCIA

***(*) Canaiolo 2015
en cépage pur, c’est rare. Nez étonnant évoquant l’arbouse, la mûre de platane, joli et étonnant. La bouche est amusante, fruitée, c’est étonnant, élégant et long.

****(*) « Sine Felle » 2009 – Chianti
sangiovese, canaiolo, malvasia nero. Nez discret, mais très profond, il faut vraiment aller le chercher ! Fruits noirs, épices, complexe. La bouche est pleine, le milieu est détonnant, impressionnant. Très long, tonique, fringant pour son âge. Une jeunesse arrogante qui vous toise dans le verre.

c’est à la capitale que je retrouve de vieux complices de dégustation. L’excellent sommelier Bunpei Someya, qui a été durant un temps un de mes voisins et amis (et qui l’est toujours) m’a fait l’honneur de ce petit portrait. La couleur des dents rappelle bien au difficile travail de dégustation… 😉

Podere CONCORI

** Pinot noir 2014 – IGT Toscana
couleur un peu brunâtre et claire de surcroît. Le nez et la bouche sont fuyants, oubliables au possible. Que va faire le pinot noir là-bas ?

** « Vigna Piezza » 2014 – IGT Toscana
100 % syrah sur terrasses sablonneuses. Nez discret, élégant, aucune lourdeur, rare pour la région. La bouche est fluide, coulante, fruitée, mais courte.

**(*) « Melegrano » 2014 – IGT Toscana
100 % syrah sur 4 parcelles plus fraîches. Nez présent, fruité et floral. La bouche est fraiche et agréable. Longueur convenable sans plus.

Stefano AMERIGHI

** syrah 2013 – DOC Cortona
nez confus, bousculé, difficilement compréhensible. La bouche est plus convaincante, vineuse, ronde, avec un profil. Longueur convenable.

*** « A Pice »  2014 – DOC Cortona
nez vineux, fruité, simple, notes de violette et de bonbon. La bouche est variétale (ça semble être de la syrah), très sur la petite fleur, c’est fin. La longueur est élégante, fine, tendue.

DEGUSTES ET NON-RETENUS

Azienda Agricola ALTURA (pour l’ensemble de son œuvre)

NON-DEGUSTES

Azienda Agricola MACCHION DEI LUPI

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