9 septembre 2013

Bourgogne Wineblog déguste les vins des Abruzzes au Slow Wine de Turin !!

by Patrick Maclart

 

Il y a quelques mois, grâce à l’intervention de la FISAR, je réussis  à décrocher une invitation pour la grande dégustation annuelle du guide SLOW WINE à Turin. Ce guide, un peu l’équivalent du guide Hachette, mais avec une certaine philosophie pas toujours évidente, peut être considéré aujourd’hui comme l’un des guides d’achat majeurs de la production transalpine. Je profite aussi pour remercier mon ami journaliste Roberto RABACHINO pour son intervention aussi efficace que rusée…

le guide Slow Wine a été développé sur la base de la philosophie de Slow Food, qui se veut respectueux du respect des traditions. Soyons attentifs au respect de cette philosophie.

le guide Slow Wine a été développé sur la base de la philosophie de Slow Food, qui se veut respectueux du respect des traditions. Soyons attentifs au respect de cette philosophie.

Ma culture du vin des Abruzzes se limitait à quelques trebbiano, mais surtout quelques Montepulciano qui m’avaient agréablement surpris.  C’était l’occasion rêvée d’aller tater de la production de cette petite province discrète du centre-est de l’Italie.

LES ABRUZZES EN QUELQUES MOTS

Cette province au relief principalement montagneux (une partie de la province est même appelée « le petit Tibet » !)  dont la capitale est L’Aquila élabore des vins depuis l’antiquité. Pline l’Ancien parlait de « vinum tribulanum ».

 ABRUZZO

Cette province au centre-est de l’Italie a été longtemps dominé par les caves coopératives. Celles-ci, ainsi que les différents syndicats d’appellation (notamment ceux de Colonnella, Contraguerra, Corropoli ou Torano), on eu l’intelligence de se regrouper en 1996 afin d’instaurer une appellation commune, dans laquelle on trouvera essentiellement les Trebbiano et les Montepulciano.

477px-Abruzzo_in_Italy_svg

Aujourd’hui on compte 36.000 hectares de vignobles en Abruzzes, dont 1 % se trouve sur des secteurs accidentés. Le principal cépage est le montepulciano pour les rouges. Pour les blancs, le trebbiano, le pecorino, la malvasia, le moscato, et le chardonnay pour des vins effervescents parfois convaincants.

MON RESSENTI

Plutôt une déception. Peu de vins dignes d’intérêt, quelques gros ratés, et mon cœur ne s’est pas assez enflammé. Les caves coopératives ont encore une marque sur les vinifications qui manquent d’ambition, ou alors des vignerons pas assez habitués à vinifier. Mon envie de reportage in situ s’est refroidie… Je pense que les Abruzzes devraient se focaliser sur des vins de fraîcheur et de plaisir, plutôt que d’aller chercher une ambition qui se doit d’être peaufinée.

Un seul représentant de la région de Molise, au sud des Abruzzes et autrefois rattachée à cette dernière jusqu’en 1963. Un domaine qui s’en est bien sorti et que j’ai distingué par un titre en couleur verte.

DEGUSTATION

Elle a eu lieu dans un cadre vraiment étonnant, à savoir la piste d’essai des anciennes usines Fiat, en présence de la quasi-totalité des vignerons. Les vins dégustés sont ceux qui ont été retenus pour le Slow Wine Guide 2013, par un jury sélectionné. C’est donc ici mes notes personnelles de dégustation.

un decorum unique pour une dégustation unique !

un decorum unique pour une dégustation unique !

Les conditions de dégustation étaient bonnes, malgré une lumière discutable. Pas de dégustation à l’aveugle, mais donc par stand. Les prix des vins ont été ajoutés par la suite, en compulsant le fameux guide. Il s’agit de prix de vente public conseillé. L’ordre de retranscription n’est pas celui de la dégustation.

N’oublions jamais qu’une dégustation est un instantané du vin à un moment défini et dont les notes tentent de projeter le vin dans un avenir. Il ne faut donc jamais considérer une dégustation comme un jugement définitif mais comme une impression sur un instant déterminé.

PASSETTI – Francavilla al Mare

***?? Montepulciano d’Abruzzo « Testarossa » 2008 – 18 €
nez de prune japonaise, pointe de fumée, sureau. Bouche intense, corsée, ça semble jeune ou dissocié. La finale est bien centrée sur du fruit noir (mûre).

COLLEFRISIO – Frisa

** Montepulciano d’Abruzzo 2007 – 9 €
nez net de quetsche, chair de pomme, pointe de muscade. Bouche très concentrée, pointe de sucrosité, moelleux, boisé intense. C’est long et compact, mais ce n’est pas mon truc.

**(*) Terre di Chieti bianco 2009 – PNC
nez original, amusant, abricot, citron confit, banane fraîche, mûr et riche. La bouche est ronde, intense, plus spectaculaire que vraiment intéressante. Bonne longueur, rétro sur la corbeille de fruits plus haut énoncée.

LE COUP DE COEUR DE LA DEGUSTATION

TORRE DEI BEATI – Loreto Aprutino

bienheureux Fausto Albanesi, architecte de formation et vigneron de coeur. Avec son épouse Adriana, ils achètent cette propriété de 17 hectares et produisent leur premier millésime en 2000. De suite, la conversion bio est demandée. Sur un terroir argilo-calcaire, ce couple produit un vin d’une intensité rare, une extraction d’une intelligence inouïe et une expression intense, digne des grands crus. Cet homme modeste et souriant a tout compris : le vin est souvent une question d’esprit.

***** Montepulciano d’Abruzzo Cocciapazza 2009 – 18 €
sublime nez marqué certes par l’élevage, mais quelle expression, quelle fraîcheur ! La bouche est tout aussi sublime, bien élevée, parfumée, cassis, élégant et intense. C’est long, d’une expression de vinosité élégante et de finesse. Immense impression, j’achète.

architecte, ça sert parfois pour bien construire ses vins. C'est le cas de Fausto Albanesi. Son domaine, Torre dei Beati, va sans aucun doute s'inscrire à long terme comme l'un des cadors de sa région.

architecte, ça sert parfois pour bien construire ses vins. C’est le cas de Fausto Albanesi. Son domaine, Torre dei Beati, va sans aucun doute s’inscrire à long terme comme l’un des cadors de sa région.

***(*) Pecorino d’Abruzzo « Giocheremo con I fiori » 2011 – 10 €
très beau nez vineux, terrien, joli fruit fin. Bouche fine, amers marqués, agréable et fin, mais pourrait être plus ambitieux. C’est à la portée de ces formidables vignerons.

Italo PIETRANTONI – Vittorito

***(*) trebbiano d’Abruzzo superiore « Cerano » 2011 – 9 €
joli nez floral, aubépine, simple mais bien fait. La bouche est bien faite, équilibrée, harmonieuse et sapide sur une vinosité élégante. Bonne longueur.

* cerasuolo d’Abruzzo « riserva » 2008 – 5 €
nez très mûr, avec même des notes de rhum ! Banane, sureau, … Bouche mûre, excessive, sucrée, mais longue et intense. Vous êtes prévenus !

CITRA – Ortona

**(*) Cerasuolo d’Abruzzo superiore « Omen » 2011 – 10 €
rose franc, fraise. Nez élégant, fraises, joli fruit. Bonne bouche fruitée, un certain confort dû à une sucrosité un poil marquée, mais maîtrisée. Bonne finale.

**(*) Cococciola superiore « Aer » 2011 – 10 €
nez discret, pointe d’acacia. Bouche plus intéressante, belle vinosité, jolis parfums, mais c’est un peu léger. La finale est moyenne.

VALENTINI – Loreto Aprutino

X cerasuolo d’Abruzzo 2011 – 38 €
nez sale. Nez et bouche évoquant le vieux bouillon de poule.

X trebbiano d’Abruzzo 2007 – 44 €
curieux nez de noisette et de légumes. Bouche amère, foin, ortie, oseille, gros amers. Profil aromatique abominable.

PRAESIDIUM – Prezza

**(*) cerasuolo d’Abruzzo superiore 2011 – 13 €
robe claire. Nez très curieux de chair de pomme rouge. Bouche acidulée, qui évoque vraiment la pomme boskoop. Bonne finale, vin curieux.

***?? Montepulciano d’Abruzzo 2007 – 22 €
nez minéral, truffé (vraiment étonnant, évoquant la truffe noire), fond de mûre. Bouche plus convaincante, intéressante, intense, profonde et épicée. Belle longueur. Je réserve mon opinion sur ce vin vu la dissonnance nez-bouche.

Cantine CIPRESSI – San Felice del Molise

**** tintilia del Molise « Macchiarossa » 2010 – 17 €
très beau nez fruité, un peu mûr mais c’est acceptable, cerise, un côté orange sanguine, grenade. La bouche est ronde, fruitée, sympa, souriante et sincère. Jolies longueur et fraîcheur, la rétro donne un joli tanin et un fruit net et agréable. Bravo au seul représentant de la Molise !

le seul représentant de la Molise a tenu la dragée haute à ses grands voisins ! Même si le nez est bien mûr, tout ça est propre et naturel. Beau vin.

le seul représentant de la Molise a tenu la dragée haute à ses grands voisins ! Même si le nez est bien mûr, tout ça est propre et naturel. Beau vin.

MASCIARELLI – San Martino sulla Marrucina

**(*) Montepulciano d’Abruzzo « Marina Cvetic » 2008 – 18 €
joli nez propre de cerise rouge, simple mais beau. L’attaque en bouche est ronde, souple, beaucoup de maturité fruitée, qui évoque la chair de banane, tanins fort présents. Finale mûre et concentrée.

** Montepulciano d’Abruzzo 2010 – 8 €
nez à la réduction dérangeante, ça masque l’expression. La bouche est plus intéressante, mûre, tanins très présents. La finale est longue, mais je n’aime pas l’ensemble du vin.

Feudo ANTICO – Tollo

** doc Tullum bianco 2011 – 12 €
robe trouble. Nez bousculé, insaisissable. Bouche simple, fraîche, sans grand relief. Longueur moyenne.

*** doc Tullum Passito rosso 2009 – 28 €
nez fin, élégant, cerise, épices douces, buisson. Bonne bouche fraîche, l’expression  n’est pas le point fort de ce vin, mais les tanins et l’acidité sont bien en place. Belle harmonie en finale, longueur, finesse et fruité.

FONTEFICO – Vasto

** Montepulciano d’Abruzzo 2009 – 9 €
nez curieux : arbouse, notes anisées, impression de raisin pas mûr. La bouche est sur des notes végétales, et je retrouve cette impression pas mûre. Long quand même.

**(*) IGT Abruzzo « Costetoste » 2009 – 18 €
élaboré avec l’aglianico. Nez plus convaincant mais discret et fermé. Bouche concentrée, mûre, bousculée, tanin bien présent mais sans agressivité. Belle longueur.

***(*) Abruzzo pecorino superiore 2011 – 9 €
nez végétal, zesté, pamplemousse, simple mais bien fait. La bouche est aromatique, bien faite, plaisante et très fraîche. De beau volume, ça finit sur la fraîcheur et de belles notes zestées et pas trop acides. Jolie longueur.

le service des vins était assuré par les sommeliers de la FISAR, fédération italienne des sommeliers. Un service sans la moindre faute.

le service des vins était assuré par les sommeliers de la FISAR, fédération italienne des sommeliers. Un service sans la moindre faute.

COSTANTINI – città sant’Angelo

**(*) Abruzzo pecorino DOC 2011 – 8 €
robe dorée. Joli nez fruité, fruits blancs, pêche. Bouche au léger perlant à l’attaque, qui précède un ensemble de bon aloi et bien équilibré. Finale dans la bonne moyenne.

Cataldi Madonna – Ofena

** Pecorino d’Abbruzo 2010 – 24 €
nez curieux de sorbet au citron, bonbon acidulé. Bouche dans le même esprit. Court.

BARBA – Pineto

*** IGT colli Aprutini « Vignafranca » 2010 – 11 €
nez fin, discret, floral. Bouche fine, élégante, eucalyptus en milieu de bouche. Finale élancée et élégante.

Valle Reale – Popoli

**(*) trebbiano d’Abruzzo « Vigna di Capestrano » 2010 – 20 €
nez élégant, discret, gentiment zesté, petites notes minérales. Bouche ronde, souple, sanas grande personnalité, notes d’amandes. Longueur moyenne.

*** trebbiano d’Abruzzo « Vigna di Popoli » 2010 – 20 €
nez plus citronné que le précédent, pointe de foin et d’amandes. Bouche bien faite, plus personnelle, amers marqués. Bonne longueur.

Cantina FRENTANA – Rocca San Giovanni

**** pecorino Dona Greta 2010 – 6 €
très joli nez élégant, complexe (enfin !). Notes minérales, fruits secs. La bouche est convaincante, concentrée, personnelle avec de la vinosité, de l’élégance et une finale plus qu’intéressante. Long, fin et distingué. Excellent rapport qualité-prix.

un joli pecorino au prix léger et doté d'une belle expression complexe et sapide. Précipitez-vous !

un joli pecorino au prix léger et doté d’une belle expression complexe et sapide. Précipitez-vous !

***(*) cococciola « Costa del Mulino » 2011 – 5 €
nez plus réservé, floral, notes anisées. Bouche bien faite, concentrée, vinosité élégante, mais l’impression que l’ensemble doit encore se mettre en place. A suivre, mais jolie bouteille pour le prix.

6 Responses to “Bourgogne Wineblog déguste les vins des Abruzzes au Slow Wine de Turin !!”

  • A quand la commande groupée de Cocciapazza 2009 ?
    Pas facile a trouver dans le coin…

    • salut Cyril,

      Est-ce à moi que s’adresse ce message ? Je t’avoue ne pas comprendre… Serait-ce un désappointement de caviste ? 😉
      En tout cas, c’est clair que dans les Abruzzes, il y a une viticulture à deux vitesses.
      Merci de ta fidélité au blog, gourmandes salutations !

      Pat

  • Je blaguais en me demandant si tu allais organiser une commande aupres de ce domaine.
    Car ce vin semble plus ou moins introuvable en France non?

    • j’en parlais hier avec une Français expatriée en Italie et dont le concubin est des Abruzzes. La difficulté de trouver ces vins semble en effet très complexe…
      Torre dei Beati devrait retenir ton attention, si tu as l’occasion de le déguster, ton avis m’intéresse.

      Amitiés, gourmandes salutations.

      Pat

  • Armando Castagno

    It will be my pleasure to open you at my place in Rome an old bottle of Italy’s greatest white wine, Valentini’s Trebbiano d’Abruzzo. I agree it is almost unapproachable in its youth and not only for the unprepared, but believe me, once this wine gets older its profile grow towards an impressive and incredibly pure profile, and it is absolutely glorious from the 30th birthday on. I still remember, and forever will, an astonishing 1964 (italian-white-wine) tasted in 2008, liquid gold perfumed like an open field in summer, without the smallest hint of oxydation.
    Cheers and compliments for all the rest, Torre Dei Beati (same village of Valentini’s) really rules; but try asking them who is the benchmark for the AOC.

    • Mio caro amico, Armando,

      Sempre felice di vedere che alcuni sono in grado di aspettare una bottiglia al relativo picco, dove lei darà il meglio di sé. Se prendo l’esempio dei vini di Borgogna, lo so meglio, quante bottiglie sono state sacrificate sull’altare della contesa di bevitori di etichette, nel disperato tentativo di mettere le foto sul loro profilo di social networking scrivendo (tronco rigonfio tutto!): « e ‘ stato delizioso ». Falò delle vanità.

      Dovete capire che in Italia, se quello del vino, gli uomini, sulle sue storia e patrimonio culturale, mi eccita, mi fa vibrare. È un paese enorme che molti francesi sono sconosciuti. Mi rende felice si contano tra i miei lettori.

      Il piacere di ri-leggere voi, saluti gourmandes.

      Patrick.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*