15 avril 2014

Anteprima Toscane 2014 : Bourgogne Wineblog déguste l’intégralité des Bolgheri !!

by Patrick Maclart

C’est lors de la présentation des vins aux primeurs de Toscane, appelés ici « Anteprima » que j’ai dégusté les vins de la DOC Bolgheri. Contrairement à nos amis bordelais, les primeurs en Toscane ne sont pas que les vins en cours d’élevage. Très souvent les appellations présentent des vins ayant plusieurs années de bouteille. C’est une tradition bien italienne.

PORTRAIT ANTEPRIMA 2014

J’aime bien aller en Toscane. Ici, j’ai l’impression de prendre le pouls de la production de vins en Italie. Région emblématique, pleine de raisons et de bon sens, la Toscane est un modèle de discernement et d’intelligence en matière de production de vins. De belles appellations, de bons vignerons, bref tout ce qu’il faut pour passer un bon moment. Je tiens à remercier Franco IGNESTI, directeur de l’interprofession des vins de Toscane, pour son soutien et ses diverses interventions auprès de l’organisation, ainsi que Karin MERIOT de la société ARGOS pour ses actions bénéfiques.

BOLGHERI EN QUELQUES MOTS

C’est une petite appellation à l’ouest de la Toscane, tout près de la mer Méditerranée. 850 hectares de vignes seulement, pour une trentaine de producteurs indépendants. Le nom de Bolgheri vient du village voisin éponyme. DOC (Denominazione di Origine Controllata, l’équivalent de notre AOC) depuis 1994, les vins étaient auparavant vendus sous le nom de vin de table, soit avec une IGT (indication géographique tipique) Toscane.

La genèse de l’appellation sera dans les années 1940, quand le marquis Incisa della Rochetta, propriétaire de cette région inconnue et grand amateur de vins français, rend visite à son ami Elie de Rotschild. De leur amitié naitra l’un des vins les plus fameux d’Italie, le Sassicaia. En effet, notre marquis prendra à Laffite des pieds de vigne qu’il plantera dans sa propriété des cépages bordelais : cabernet sauvignon, merlot ou cabernet franc. L’histoire qui en suit est bien connue : lors d’une dégustation à l’aveugle des grands crus de Bordeaux, Sassicaia y est mis comme bouteille piège et sort dans les meilleures bouteilles, à la grande surprise des journalistes présents. La région s’en va donc planter ces cépages bordelais, pour élaborer un vin qui aujourd’hui en a un peu le profil, mais montre plus de rondeur, un côté crémeux et de fruits noirs très marqué qui en font leur succès. Succès qui par ailleurs a fait grimper les prix en flèche.

carte vignoble

Même si elle est peu étendue, la région présente une grande complexité de sous-sols. Essentiellement alluvionnaire, soit des sables avec des galets roulés venant des montagnes mettalifères à l’est, les différents mouvements de sols donnent aussi des poches argileuses mêlées à des limons et des roches volcaniques. Le terroir de Sassicaia quant à lui est une zone argileuse très marquée par les oxydes de fer. Le caractère unique que certains confèrent à ce vin vient peut-être de cette particularité.

Le climat est méditerrannéen, mais fortement marqué par la mer. La fraîcheur nocturne alliée aux chaleurs de la journée donnent une bonne balance entre la maturité et l’acidité. Les températures estivales se situent en moyenne à l’entour des 24°.

c'est dans la forteresse "da Basso", haut lieu militaire de Florence et encore plus inquiétante par temps gris que la dégustation avait lieu.

c’est dans la forteresse « da Basso », haut lieu militaire de Florence et encore plus inquiétante par temps gris que la dégustation avait lieu.

L’encépagement est le suivant : pour les rouges et les rosés, le cabernet sauvignon doit être compris entre 10 et 80 %, le sangiovese ne peut dépasser 70 % de l’assemblage, le merlot peut atteindre 80 %. Les autres variétés (cabernet franc, syrah, petit verdot) peuvent intervenir jusque 30 %. Pour les blancs, les variétés viognier, vermentino et sauvignon blanc sont les plus plantées. Pour les rosés vin santo et Occhio di Pernice (oeil de perdrix), les variétés malvoisie noire et le sangiovese sont utilisés entre 50 et 70 %, le solde en variétés locales. Pour la sous-zone de Sassicaia, l’assemblage doit être de 85 % de cabernet sauvignon et de 15 % de cabernet franc. La densité de plantation doit être entre 5.500 et 6.000 pieds à l’hectare, bien que de nombreux vignoble soient passés à 10.000.

MON RESSENTI

Une dégustation au sommet ! Quel niveau ! Des vins charmeurs, gorgés de fruit, de la complexité, avouez que c’est rare que j’encense des vins de cabernet sauvignon ! (pour preuve, le nombre de points d’exclamation). Les prix sont en rapport, et le succès en place des Bolgheri ne s’est pas fait au hasard ou par le marketing. Certes Sassicaia a été une bonne locomotive, mais les wagons qui s’y sont accrochés ont joué la carte de la qualité, bravo.

une dégustation de haut niveau, avec des vins d'un plaisir gourmand et intense. Bravo !

une dégustation de haut niveau, avec des vins d’un plaisir gourmand et intense. Bravo !

La production a été de haut vol, et les vins donnent vraiment l’impression de bien tenir dans le temps. Les Bolgheri rosso sont une alternative bon marché, et certains méritent une attention pointue.

CONDITIONS DE DEGUSTATION

Excellentes. Une grande table, les bouteilles étaient en libre-service (chose rare en Italie, les vins étant très souvent servis par un sommelier mettant tout le cérémonial pour remplir votre verre, avec le temps que cela implique). Les responsables syndicaux étaient sur place et distillaient leurs conseils et informations. Je remercie par ailleurs Ricardo BINDA du consortium de Bolgheri pour la transmission des informations. La lumière était bonne, et la température des vins idéales. Les vins sont retranscrits dans l’ordre de ma dégustation. Les prix retranscrits sont à titre indicatif, particulier départ cave, et relevés dans le guide Slow Wine 2014.

ATTENTION : n’oublions jamais qu’une dégustation est un instantané du vin à un moment déterminé. Jamais une note ne doit être considérée comme un jugement définitif mais plutôt comme une impression qui tente à projeter le vin dans un futur.

****(*) Meletti Cavallari « Bolgeri » – Bolgheri rosso 2011
très beau nez mûr et charnu, droit, certaine fraîcheur. La bouche est harmonieuse, fraîche, et dotée d’une très belle trame acide. Long et frais, tanins parfaits, j’achète.

**** le Macchiole – Bolgheri rosso 2012 – 19 €
nez discret mais élégant et rond. La bouche est assez puissante, harmonieuse, fraîche, sur la prune et les épices. Très long, ça trace.

les quatre premières bouteilles dégustées étaient de tout haut vol... Inutile de faire des photos individuelles, j'ai pris le groupe. Magnifique.

les quatre premières bouteilles dégustées étaient de tout haut vol… Inutile de faire des photos individuelles, j’ai pris le groupe. Magnifique.

****(*) Guado al Tasso « il Bruciato » – Bolgheri rosso 2012 – 19 €
nez terrien, notes minérales, fruits noirs, quetsche. La bouche est expressive, joli tanin puissant sans excès, c’est long et charnu. Très beau style, grande longueur.

**** Di Vaira « Caccia al Palazzo » – Bolgheri rosso 2012
très beau nez vineux, pointe minérale, fruit noir, prune, notes épicées, c’est complexe. La bouche est équilibrée, belle trame acide, fraîcheur tout en étant puissant, ça finit ample et frais.

***(*) Tringali Casanuova « 1698 » – Bolgheri rosso 2011
nez frais, un côté garrigue, notes épicées. La bouche est fine, fraîche, belle expression, la finale est intense. Beau.

*** I Greppi « Greppicante » – Bolgheri Superiore 2010
nez réservé, pointe minér ale. La bouche est retenue, fine, la finale est assez simple.

*** Giovanni Chiappini « Felciaino » – Bolgheri rosso 2011
couleur très sombre. Nez assez puissant, notes viandées, minéral et terrien. La bouche est très mûre, excessive, le côté tellurique rue dans les brancards et ça assèche en fin de bouche.

LA BOUTEILLE DE LA DEGUSTATION

c’est embêtant d’encenser une star, mais c’est ainsi. Tout d’abord j’ai dégusté dans des conditions « à l’aveugle » (même si ça ne l’était pas, je ne tiens pas compte de l’étiquette en dégustation), mais ce vin avait une supériorité, une classe, une noblesse qui dominait d’un épi les plus belles bouteilles. Le prix est en rapport avec l’exceptionnelle expression du vin.

***** tenuta dell’Ornellaia « Serre Nuove » – Bolgheri rosso 2010 – 32 €
nez discret, mais impression de richesse et de maturité parfaite, fond de nez sur l’empyreumatique. La bouche est concentrée, tannique. Belle expression en milieu de bouche, vinosité, prune, cassis. Ca finit long sur des notes nobles, j’adore et j’achète.

une bouteille monumentale, phénoménale, stratosphérique.

une bouteille monumentale, phénoménale, stratosphérique.

*** Castello di Bolgheri « Varvara » – Bolgheri rosso 2011 – 17 €
joli nez expressif, fruité et vineux (cassis, fruit noir). La bouche est fluide et ne se lie pas avec la structure. Peut-être lui faut-il un peu de temps. C’est très long, mais ce jour je me réserve autant que lui.

**(*) Giovanni CHIAPPINI « Ferrugini » – Bolghero rosso 2011
nez à la pointe de réduction, viande, fruits noirs. La bouche est corsée, stricte, austère, amers marqués, tanins cassants. Un style, mais pas le mien.

toutes mes notes de dégustation, sans retouche, et in situ s'il vous plait ! Cela permet de bien mieux comprendre les choses.

toutes mes notes de dégustation, sans retouche, et in situ s’il vous plait ! Cela permet de bien mieux comprendre les choses.

*** la Cipriana « Scopaio » – Bolgheri rosso 2010 – 20€
nez fin, frais, délicat, fruits rouges de buisson. La bouche est sympa, un boisé un peu dissocié, une jolie trame acide. Bonne longueur, mais pas sous son meilleur jour.

*** BATZELLA « Pean » – Bolgheri rosso 2010 – 15 €
très beau nez intense, charnu, notes fumées, très intéressant. La bouche est fluide, facile, gouleyante, le tanin nous rappelle au souvenir de l’appellation. Très long.

**** Mulini di Segalari « ai Confini del Bosco » – Bolgheri rosso 2011
nez frais, complexe, mûre, groseille, petites notes évoquant le pin. La bouche est surprenante, très complexe, une vraie personnalité, et la finale est superbe de caractère et de fraîcheur. Long, très beau.

Bordelais dans l'esprit de ses cépages, bourguignon dans sa complexité. Belle bouteille profonde et expressive, qu'il faudra attendre.

Bordelais dans l’esprit de ses cépages, bourguignon dans sa complexité. Belle bouteille profonde et expressive, qu’il faudra attendre.

**** Caccia al Piano « Ruit Hora » – Bolgheri rosso 2010
nez discret, fruits noirs, assez simple dans son expression. La bouche par contre joue les grandes orgues. C’est riche, ample, généreux, au tanin compact et délicatement boisé. Pour amateurs de vins athlétiques, mais c’est vraiment très bien fait.

dans un style ample et athlétique, pour une cuisine généreuse.

dans un style ample et athlétique, pour une cuisine généreuse.

***(*) Michele SATTA « Piastraia » – Bolgheri rosso 2008 – 25 €
robe sombre. Au nez, notes de prune, mûre, viande, petites notes animales. Bouche puissante, tannique, compacte, rude. Difficile à jauger tellement le vin est puissant. Néanmoins, je pense que ça tiendra dans le temps de manière harmonieuse. Attention toutefois à la fraîcheur.

*** Mulini di Segalari – Bolgheri Superiore 2010
nez minéral, impression caillouteuse, graphite, cassis, très cabernet sauvignon. La bouche est nerveuse, très axée sur la trame acide, avec un tanin asséchant. Certes long, mais ça devra s’assagir.

**** i Greppi « Greppicaia » – Bolgheri rosso 2010
nez réservé, pointe de fruit noir, impression harmonieuse. La bouche est fine, harmonieuse, dotée d’une belle acidité. Le tanin est encore anguleux mais on sent que ça va se fondre. Très long, belle bouteille.

la trame acide de cette belle bouteille permettra une projection dans le temps sûre.

la trame acide de cette belle bouteille permettra une projection dans le temps sûre.

*** la Cipriana « San Martino » – Bolgheri Superiore 2010 – 30 €
nez intense, très cassis, fond de grande maturité. La bouche est certes juteuse, mais le boisé aromatique domine l’ensemble, et le tanin vient plus de la douelle que du raisin. Long et ample, style anglo-saxon. L’efficacité plutôt que la séduction.

*** Di Vaira « Bolgherese » – Bolgheri Superiore 2010
nez mûr, notes fumées et viandées, sanguine, herbes aromatiques (sauge). La bouche est fine, élégante, confiture de vieux garçon, prune. Long et ample. Style old school.

***(*) Castello di Bolgheri – Bolgheri Superiore 2010 – 38 €
très beau nez intense et élégant, le fruité est net : cassis, prune. Pas de grande complexité mais c’est sincère. La bouche est harmonieuse, complete, équilibrée, gouteuse, mais ça manque un peu de charme et de personnalité. Un style plaisant. Très belle longueur.

**(*) Poggio al Tesoro « Sondraia » – Bolgheri Superiore 2010 – 25 €
nez étonnant, très cassis, ortie, herbe fraîche. Cette flaveur entêtante reste en bouche, ce côté aromatique dénature le vin, l’envoie dans une seule direction. Malgré la longueur, il faut aimer ça.

**(*) Casanuova Tringali « Renzo » – Bolgheri Superiore 2008
nez de yaourt aux fruits, un côté lacté agréable car c’est sans excès. La bouche est fine, fluide, coulante, agréable, mais c’est court, très court. Ca ne pardonne pas à ce niveau là.

4 Responses to “Anteprima Toscane 2014 : Bourgogne Wineblog déguste l’intégralité des Bolgheri !!”

  • Olivier

    Bonjour Pat,

    J’avoue, sans honte, que je ne suis pas fan en général, du Cabernet Sauvignon, Merlot ou autre Syrah lorsqu’ils sont plantés dans d’autres « terroirs ».
    Mais il n’y a que les i…… qui ne changent pas d’avis.
    Pour le coup, ton reportage me met l’eau, enfin le vin, à la bouche. 🙂
    Les belles bouteilles semblent, au travers de tes commentaires, allier fraîcheur, fruit et équilibre.
    Fichtre, encore une appellation à chiner ! 😉
    Merci en tous cas pour ces beaux reportages qui donnent envie d’aller plus avant dans la découverte !

    Amitiés,

    Olivier

    • salut Olivier,

      Je suis comme toi, le cabernet sauvignon, c’est l’épouse légitime frigide avec laquelle il faut envisager la saillie du samedi soir… 😉 Un cépage qui ne m’éclate pas.
      Mais là, rondeur, maturité, complexité, joies, plaisirs, je me suis éclaté avec ces Bolgheri. Et pourtant, un peu plus tard, je dégustais les syrah de Cortona, et là ça va être le choc thermique au niveau de l’article ! Comme quoi, pas d’ami ni ennemi sur mon blog.

      Va chiner, je ne sais pas où tu habites, mais si tu en trouves, tiens-moi au jus.
      A bientôt, gourmandes salutations.

      Pat

  • Bonjour

    Merci pour votre visite chez nous à Trélou-sur-Marne.
    Super votre blog !
    bonne journée

    Anna

    • Bonjour Anna,

      ça a été un plaisir de rencontrer les Champagne « de betteraves » comme disent certains intellectuels du vin, n’estimant qu’il n’y a qu’une seule zone propice à la culture de la vigne.

      J’ai apprécié ton enthousiasme, tes idées, ta volonté et ta combativité. Je pense sincèrement que l’homme (comme la femme, je viens bien sûr dire l’humain) est au cœur de son vin, et qu’il est une pièce maitresse. C’est votre cas, et je suis je l’avoue fier de votre travail.

      Au plaisir de nous retrouver à Trélou ou ailleurs.
      Gourmandes salutations.

      Patrick.

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