5 juillet 2014

ANTEPRIMA 2014 Toscane : dégustation des syrahs de Cortona !!

by Patrick Maclart

C’est lors des Anteprima 2014 en Toscane qu’il m’a été donné l’occasion de déguster la production des syrahs de Cortona. Ces « Anteprime », signifiant « primeur », ne constituent pas comme à Bordeaux la dégustation du millésime à peine en cours, mais des millésimes plus anciens, tradition bien italienne.

PORTRAIT ANTEPRIMA 2014

J’aime bien aller en Toscane. Ici, j’ai l’impression de prendre le pouls de la production de vins en Italie. Région emblématique, pleine de raisons et de bon sens, la Toscane est un modèle de discernement et d’intelligence en matière de production de vins. De belles appellations, de bons vignerons, bref tout ce qu’il faut pour passer un bon moment. Je tiens à remercier Franco IGNESTI, directeur de l’interprofession des vins de Toscane, pour son soutien et ses diverses interventions auprès de l’organisation, ainsi que Karin MERIOT de la société ARGOS pour ses actions bénéfiques.

LA SYRAH DE CORTONA EN QUELQUES MOTS

Les origines de Cortona sont anciennes. On retrouve des traces de la présence de la viticulture dès le VIIIème siècle avant JC. Les Etrusques installés dans le coin appréciaient ces terres fertiles entourées de collines douces où la vue est merveilleuse, et qui pouvaient aussi servir de points de guets. Pline le jeune relate cette ville dans ses récits, et plus tard le pape Paul III aimait stocker abondamment le vin de la « ville silencieuse ».

logo cortona

source Consorzio Vini Cortona.

Plusieurs cépages sont autorisés sur la DOC Cortona, dont le local « Grechetto ». Mais cet article ne reprendra que les vins issus du cépage syrah. Les infos concernant la nature du sol n’est pas communiquée par le syndicat, comme souvent en Italie. Mes visites dans la région m’ont faits constater des argiles sablonneuses assez lourdes, avec des graviers légers. Selon les textes en vigueur, la densité de plantation doit être de minimum 3.300 pieds à l’hectare, la conduite n’est pas précisée. La syrah doit entrer dans minimum 85 % dans l’ensemble du vin, le solde uniquement de raisins de même couleur, et non-aromatiques. Le degré minimal d’alcool doit être de 12° et de 12,5° pour les riserva. Dans les années exceptionnelles, un plafond supplémentaire de 20 % sera autorisé. Le syndicat de défense de l’appellation a été créé en 2000 et regroupe 22 domaines.

carte du vignoble de la DOC Cortona, qui comprend aussi tous les autres cépages permis sur cette DOC. (crédit photo Consorzio vini Cortona)

carte du vignoble de la DOC Cortona, qui comprend aussi tous les autres cépages permis sur cette DOC. (crédit photo Consorzio vini Cortona)

MON RESSENTI

une déception. Les vins souvent vantés par une certaine presse étrangère ou autochtone m’ont laissés sur ma soif. En comparant les prix avec la production des Crozes ou Saint-Joseph, il y a similitude. Par contre, en terme de profondeur, authenticité, concentration et qualité générale, il n’y a pas photo. La production de ces derniers est à mon palais largement supérieur. Sur l’ensemble des vins dégustés, j’ai trouvé des vins creux en bouche, des saveurs banales, et seul un vin m’a séduit sur la vingtaine présentée. C’est insuffisant. Même s’il ne faut pas comparer ce qui n’est pas comparable, je suis pragmatique et souhaite quand même en avoir pour mon argent, ne serait-ce qu’en terme de plaisir. Mais je prendrai le temps de les déguster à nouveau dès que l’occasion se présentera afin de me faire une opinion plus probante.

ils sont venus, je les ai vus, mais ils ne m'ont pas convaincus.

ils sont venus, je les ai vus, mais ils ne m’ont pas convaincus.

DEGUSTATION

Elle s’est déroulée dans d’excellentes conditions, dans un fort militaire ancien à Florence.La lumière était excellente, les verres d’excellente qualité. Crachoirs et eau fraîche bien disponibles. Merci à l’interprofession de Cortona pour la qualité de son organisation. Je déplore toutefois des informations manquantes telles la superficie totale de l’appellation, la conduite de la vigne, la nature des sols. Les données « de chai » sont par contre complètes. Les prix signalés ont été repris du guide italien « Slow Wine Guide » et sont donnés à titre informatif.

cet ancien fort militaire dans le centre de Florence, reconverti en centre de congrès, était un lieu aussi curieux qu'efficace pour la dégustation. Merci à l'interprofession pour ces déploiements d'énergie.

cet ancien fort militaire dans le centre de Florence, reconverti en centre de congrès, était un lieu aussi curieux qu’efficace pour la dégustation. Merci à l’interprofession pour ces déploiements d’énergie.

ATTENTION : n’oublions jamais qu’une dégustation est un instantané du vin à un moment déterminé. Jamais une note ne doit être considérée comme un jugement définitif mais plutôt comme une impression qui tente à projeter le vin dans un futur.

**(*) Fabrizio DIONISIO « Castagnino » 2012 – 12 €
nez discret, élégant et frais, fruits rouges, assez simple. La bouche est fluide et facile, la finale plus intéressante. Finale convenable.

***(*) tenuta MONTECCHIESI DAL CERO « Selverello » 2012 – 8 €
joli nez parfumé, complexe, petites notes de poivre de Sichuan, fruits de buisson. La bouche est bien constituée, c’est juteux, genre jus de cerises turc. Belle longueur, sapide et gourmande.

*** BARACCHI « Smeriglio » 2012
nez simple, frais, très raisin, simple mais sincère. La bouche est très fraîche, juteuse, élancée et florale. Ca finit bien sur la fraîcheur. Longueur convenable.

LA BOUTEILLE DE LA DEGUSTATION

il n’a pas été difficile de la déterminer. Dans cette dégustation morne, cette bouteille s’est avérée au-dessus du panier. De belle tenue, d’un fruité juteux et de bonne vinosité, elle aurait dû représenter bien plus que l’exception. C’est ainsi.
 
un vin qui a tout ce qu'il faut là où il faut. Les éléments sont bien liés. J'aurai juste aimé que cette bouteille ne soit pas l'exception.

un vin qui a tout ce qu’il faut là où il faut. Les éléments sont bien liés. J’aurai juste aimé que cette bouteille ne soit pas l’exception.

**** BARACCHI « Smeriglio » 2011
nez de fruits rouges et noirs, impression tellurique. Je ne retrouve pas la parenté avec le 2012. La bouche est bien faite, concentrée, goûteuse, juteuse, belles vinosité et longueur.

** BARACCHI « Smeriglio riserva » 2011
robe sombre. Nez intense et mûr, boisé perceptible. La bouche est mûre, fruits rouges, banane, le boisé est entêtant, un peu vulgaire. Ca finit long. Pour cuisine texane.

**(*) tenuta MONTECCHIESI DAL CERO « Klanis » 2011 – 25 €
nez discret, pointe épicée, plutôt fermé. La bouche est coulante, peu sapide, moyenne, tout comme la finale.

*** Luigi d’ALESSANDRO « Borgo Syrah » 2011
nez discret, pointe vineuse, fruit en fond de nez. La bouche est plus intéressante, mais la structure a peine à se marier avec un fruit peu présent. Finale assez corsée, ça manque de liant.

***(*) LA BRACCESCA « Achelo » 2011
nez discret, effacé, pointe minérale genre graphite. La bouche est fluide, il y a de belles choses mais la finale est plus intéressante, longue, tendue, et dotée d’une belle expression. A revoir, il ya des promesses ici qui seront tenues.

*** Luigi d’ALESSANDRO « Borgo Vecchievigne » 2010
nez profond, intéressant, mais réservé, pointe de mûre. La bouche est raide, le tanin est vif et puissant, là encore ça manque de liant, malgré une finale spectaculaire. Dommage.

la syrah, cépage magnifique, ne m'a pas ébloui en Cortona. Des résultats me semblent plus probants dans d'autres régions, dont son originelle, les côtes-du-Rhône nord. Crédit photo Conzorzio Vini Cortona.

la syrah, cépage magnifique, ne m’a pas ébloui en Cortona. Des résultats me semblent plus probants dans d’autres régions, dont son originelle, les côtes-du-Rhône nord. (crédit photo Conzorzio Vini Cortona)

** ISIS A. Vegni 2010
nez réduit, vinosité. La bouche est d’un style puissant et bancal. C’est sec et court.

**(*) I VICINI « Laudario » 2010
nez intéressant, fruits, complexe. La bouche est parfumée, fluide, épicée. Intensité mais la longueur pêche par son absence.

**(*) BALDETTI « Crano » 2010
nez curieux, peu agréable, floral sur un fruit très mûr. La bouche est fluide, facile, pas très long en finale.

** Giannoni FABBRI « Amato » 2010
nez intéressant, joli fruit rouge type cerise. La bouche déçoit, pointe de volatile. Assez sec en finale.

**(*) LA CALONICA « Arnth » 2010
nez intéressant, vineux, floral, épicé. La bouche est fluide et courte.

*** Luigi d’ALESSANDRO « il Bosco » 2009
nez peu bavard, impression de volatile. La bouche est plus concentrée, vineuse, la finale moyenne. Le volume de tanin et la rétro interpellent. Avis réservé.

paysage typique du vignoble de Cortona (crédit photo Consorzio Vini Cortona)

paysage typique du vignoble de Cortona (crédit photo Consorzio Vini Cortona)

***(*) Luigi d’ALESSANDRO « Migliara » 2009
nez de fruits frais, fougère, certaine complexité. La bouche est bien faite, malgré un tanin un poil vif et asséchant. C’est long (enfin !) et dense en bouche (enfin !).

*** LA BRACCESCA « Bramasole » 2008
nez de fruits rouges frais, jolie complexité, arbouse, buisson. La bouche est fluide en milieu, ça manque de chair et de volume, malgré un boisé qui donne le même résultat que certains vins précédents : un manque de liant. C’est assez long, mais boisé.

*** Fabrizio DIONISIO « il Castagno » 2011
nez confus, cerise mûre. La bouche est sympathique, un peu de volume, un côté fruit rouge acidulé, et de beaux tanins qui encadrent l’ensemble harmonieux. Bonne longueur.

6 Responses to “ANTEPRIMA 2014 Toscane : dégustation des syrahs de Cortona !!”

  • La Corse fait de très bon vin, comme le dit. Mais j’ai une préférence pour les vins du terroir purement français, car comme tu le dis on sent une légère pointe d’Italie dans les vins de Corse. En tout cas, merci pour ce beau récit.

    • Salut Arnaud,

      Merci de ton message sur le blog. Juste une précision : les vins de Cortona ne sont pas en Corse mais en Toscane. Ce sont des syrahs plantées dans cette région, et j’y trouve bien plus d’expression à Crozes ou Saint-Joseph. Je pense que cette région voulait sa syrah, elle l’a faite, mais aucun emballement ressenti. Ca m’embête, je n’aime pas casser du bois, mais là quand on goûte une trentaine d’échantillons et qu’un vin ou deux retient ton attention, tu peux te dire qu’il y a souci. Et il faut alors analyser, comprendre.

      Merci en tout cas de ta fidélité au blog, et au plaisir de te lire à nouveau. Amitiés.

      Patrick MACLART.

  • carabeuf

    Bonjour Patrick,

    Ton blog étant inactif depuis l’état dernier, je me suis demandé ce que tu devenais. Puis à l’automne je t’ai vu sur une vidéo sur le blog d’Emmanuel delmas. Depuis, plus aucune nouvelle ?
    Que deviens-tu ?
    Tu m’as fait découvrir de nombreux domaines. je regarde régulièrement ton blog en espérant qu’un nouvel article y soit. Malheureusement mes espoirs ont toujours été déçus. j’espère en tout cas que tu vas bien et que tu réécriras très vite.

    Gaël

    • Salut Gaël,

      Merci de ton intérêt pour le blog, et de me laisser ce petit message. Silence dû à des petits problèmes personnels, et de très gros problèmes techniques sur le blog. Tout est désormais réglé, je pars en vacances, et au retour de bien beaux reportages à venir : Chianti Classico 2011, Vacqueyras 2011, un vigneron du Roussillon, un autre du Barbaresco… Eh ouais, toujours sur les routes du vin !

      Merci de ta fidélité au blog, gourmandes salutations, et au plaisir de te relire.

      Patrick MACLART.

  • delin

    Bonjour,
    Nous revenons de Toscane et je me permet de vous conseillez pour votre prochaine visite dans cette région d’aller à la rencontre d’un tout petit domaine à Sienne. Georgio Michele et sa fille travaille sur 2 hectares de vigne et un d’olivier, en agriculture biologique. Nous avons rencontré Georgio en 2010 au wine show de Turin, endroit où nous serions jamais allés de nous-même mais nous étions invités à Asti pour 4 jours lors d’une rencontre entre différents producteurs européens. Les différents « vignerons où domaines » représentés mettaient tous à leur stand de très belles femmes, très grandes avec des poitrines gonflées à l’hélium, dans ces conditions aucune envie de goûter du vin. Nous avons fini par trouver ce tout petit stand de Georgio. Avec mon Italien très moyen je lui ai demandé de me montrer ses mains car pour moi la vigne c’est avant tout un homme ou une femme, un travail difficile qui forge un corps et laisse des traces et le vin qui en résulte est aussi une part de l’âme de ce producteur. Les mains de Georgio sont des belles mains de vignerons et son vins est à son image. Les domaines en bio se multiplient ces derniers temps où l’éthique passe après le mercantile et il n’ont de bio que le petit logo vert, chez Georgio la philosophie de vie est bio.
    Bien à vous
    Frédéric et Patricia Delin Apiculteur dans le Morvan

    • Patricia et Frédéric,

      heureux de vous lire. J’adore les apiculteurs, et pour votre gouverne, j’ai habité quelques temps aux portes du Morvan, à Couhard, juste au-dessus d’Autun, à l’orée de la forêt de Planoise. J’ai passé une Saint-Patrick (qui est fêtée tous les ans) à Autun mémorable, que de souvenirs !

      Je note ton domaine. J’ai le même tic que toi. Je regarde toujours les mains d’un vigneron. Si elles sont douces et lisses, limite cuir de Jaguar comme les seigneurs burdigalais ou les maîtres burgondes, je passe mon chemin. La vérité est à la vigne, le vigneron doit aller la chercher. Je note ça, car j’y retourne dès que je peux. Si tu as d’autres adresses, n’hésite pas à me les faire connaître. Je garde ton adresse car à l’instar de Winnie l’ourson, je suis gourmand de miel !

      Gourmandes salutations, merci de votre fidélité au blog.

      Patrick MACLART.

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