1 novembre 2011

à Barolo, Giuseppe RINALDI, le Paolo Conte de la vigne.

by Patrick Maclart

Giuseppe RINALDI (Beppe pour les intimes) a fêté ses 63 ans cette année. Il représente la 5ème génération d’un domaine très traditionnaliste. J’ai l’intime conviction que le temps n’a pas le même impact sur lui. Ses filles Marta et Carlotta, encore bien jeunes, se préparent toutefois à une relève qui sera tout, sauf simple. En effet, Beppe est exigeant, et ne pense pas que facile soit le chemin à suivre, malgré l’image de dilettante qu’il essaie de se donner. Sa passion des Lambretta avec leur mécanique complexe et capricieuse (c’est pour ça qu’il les préfère aux Vespa) en est la preuve… mécanique.

Sa voix rocailleuse, son discours toujours intéressant, sa profonde richesse humaine… Beppe fait partie des plus belles rencontres oenologiques de ma vie.

Son parcours démarre d’une manière totalement improbable pour un vigneron. Passionné de la vie et de ce qu’elle donne, il s’engage dans des études de vétérinaire, « par passion de l’élevage » me déclare sobrement cette espèce de Paolo Conte des vignes. 16 ans en tant que consultant des élevages pour l’état, il revient à la vigne… Par passion bien sûr. « On a toujours un moment dans la vie la nausée, et de tout : la vie, le travail, les femmes… Et changer pour le travail dilletante… Mais c’est difficile. Quand mon père était vivant, je faisais les deux boulots. Il est décédé en 1992 et j’ai donc continué le vin. C’est bien, car vétérinaire m’ennuyait à cause des nombreuses réformes agricoles qui ont tué la passion de ce métier. Et maintenant, c’est la paperasse qui envahit le vin ! » me parle Beppe avec calme et justesse.

Le domaine s’étend sur 10 hectares dont 6.5 plantés en vignes. Le reste, c’est de la noisette ou des bois (la monoculture, c’est très dangereux affirme Beppe). La production totale est de 35.000 bouteilles « quand tout va bien ». La moitié en Barolo, le reste en dolcetto, barbera, freisa et un petit bout de ruchè, par provocation car ce cépage n’est pas autorisé dans l’aire d’appellation.

Le travail à la vigne ? « Je la travaille comme son grand-père. Je crois en la science mais la science ne doit pas tirer l’expérience. ». Les traitements ? Uniquement cuivre et soufre… Mais c’est donc du bio ! « Non, je ne veux pas être bio, m’assène Beppe. Je ne veux suivre aucun gourou. Je ne crois pas à la corne qui met en contact le cul du diable et le cul de Dieu ! (sic) » me dit-il en souriant, joignant le geste en montrant le ciel et la terre, se référant probablement à la biodynamie extrême.

La magnifique parcelle nommée « le Coste ». On constatera la présence de bois que Beppe ne veut pas arracher au profit de la vigne, et donc de son profit. Respecter la biodiversité naturelle est très rare en Barolo.

« Je suis certain de vivre dans une région privilégiée où je peux vendre mes vins à bon prix. Du coup, je peux travailler avec de la merde de vache (sic) ». Les sols sont décompactés et l’herbe tondue.

Au chai, les vendanges sont manuelles, et uniquement des gens du coin, des habitués. Les raisins sont égrappés, foulés et fermentés en cuves bois pour les nebbiolo, en cuve inox pour les autres. Une semaine pour les dolcetto, un peu plus pour la barbera, et de trois semaines à un mois pour le nebbiolo. Transfert en cuves inox pour clarifier le vin par système de sédimentation, puis passage en foudres jusque 3 ans et demi pour les Barolo ! 8 mois pour la barbera, 1 an et demi pour le nebbiolo Langhe. Les vins seront bien sûr ni collés, ni filtrés.

Le résultat ? Des vins vibrants, vivants, rudes mais souriants, d’un sourire sincère et vrai, comme Paolo Conte, comme Beppe… Et avec sa passion des Lambretta, c’est certain, chez les RINALDI, tutti e moto bene !

Az. Agr. Giuseppe RINALDI
Giuseppe RINALDI

Via Monforte, 3
I-12060 Barolo (Cn)

Tel. +39 0173/56156
page internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

elle a eu lieu in situ, dans la cave. La plupart des vins étaient ou en cours d’élevage ou en préparation de mise en bouteilles. Grazie Beppe pour le temps que tu m’as consacré. Pour voir la vidéo (l’une de mes préférées !) tournée avec l’intéressé, cliquez ICI.

dolcetta d’Alba 2010
nez de belle vinosité, mûres, framboises, très frais. Bouche fruitée, mais constituée, joli petit tanin, long et personnel. Superbe rétro.

barbera d’Alba 2010
après avoir bien remué le vin car celui-ci présentait une forte réduction (ce qui à ce stade est tout à fait normal), on retrouve un superbe nez sur le variétal, mûres, noyau, joli petit fruit. Bouche tendue, acide, de caractère, avec ce côté de prune acide japonaise typique du variétal. J’adore la déglutition de ce vin, sur une trame acide. Superbe, et une rétro complexe sur les épices, j’adore !

Langhe freisa 2010
nez terrien, minéral, truffé, complexe, goudron. Bouche corsée, riche, un peu chaud à la dégustation, mais quel caractère, quelle trempe ! Long, vibrant.

« Rosae » Langhe 2010
issu du cépage « ruchè », qui pousse normalement en Monferrato (province d’Asti) et qui ne peut donc avoir d’appellation. Nez très aromatique, fraise des bois, framboise, vin souriant. Bouche au tanin « sur l’avant ». Le milieu de bouche est sur le fruit avec un rappel sur la myrtille. Le tanin revient alors en finale sur un joli grain, avec des notes de myrtilles et d’une pointe acide. Beau et original.

Original et inhabituel en Langhe…

Barolo « la Cotte – Brunate » 2008 (brut de foudre)
superbe nez, viscéral, fruit noir, prune bleue, terrien. Déjà grand, complexe. Toute première impression en bouche de rondeur, mais la bête s’exprime au bout de la deuxième seconde ! C’est immense, émouvant, avec une structure carrée sur des tanins immenses mais jamais agressifs, une trame acide verticale, et des parfums du nez qui viennent enjoliver l’ensemble. Longueur immense, persistance incroyable. Grand, mais alors grand vin !

Je pense que nous avons en France tant à apprendre du Piémont et de ses vins. Cette bouteille est probablement l’un des tous meilleurs Barolo, et semble absent de tous les guides… Allez comprendre, et c’est un questionnement que j’ai pour bien d’autres régions.

Barolo « San Lorenzo – Ravera » 2008
nez plus fin, plus floral, poivre, épices. Bouche plus fine, de caractère, dans la finesse, un côté frais dans l’expression. Un Barolo d’élégance et d’esprit.

5 Responses to “à Barolo, Giuseppe RINALDI, le Paolo Conte de la vigne.”

  • Olivier

    En ce dimanche quelque peu gris ici dans le Nord, une envie de se réchauffer le cœur avec un vin de « Beppe » Rinaldi.
    Il s’agit du Langhe Nebbiolo 2011.
    Superbe nez frais évoquant successivement la rose, les fruits noirs frais type mûre et myrtille puis une touche poivrée.
    Bouche pleine d’élégance avec une très belle acidité et un tanin bien mûr et juteux.
    Long final sur un retour fruité poivré du plus bel effet.
    Bref, j’adore !

    Olivier

    • Tu m’étonnes ! Je l’ai dégusté avec Beppe et sa fille lors de ma dernière visite. Il pestait contre l’administration italienne qui lui avait infligé une amende sur une faute d’étiquettage… Il s’est bien calmé après lorsqu’on a évoqué ses balades à moto en Bourgogne, pays qu’il adore autant que moi.

      Amitiés, et au plaisir de nous rencontrer.
      Pat

  • Olivier

    Comme je le comprends !
    Pays magique aux doux noms qui font rêver tous les amoureux du vin et terreau de grandes émotions !

    Aaaaah … sillonner le vignoble par ses petites routes bucoliques et se dire que l’on a dégusté tel vin issu de cette parcelle ou de telle autre, quel pied !

    Amitiés,

    Olivier

    • En effet, mais n’oublions jamais l’homme qui fait le vin. Il est tout aussi important que la parcelle ou le terroir. Sans l’homme, la vigne ne serait qu’une liane folle…

      Amitiés Olivier.

  • Effectivement, c’est une évidence qu’il faut fort justement rappeler !

    Amitiés,

    Olivier

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