29 avril 2013

à Barolo, Claudio FENOCCHIO : un sourire de la nature.

by Patrick Maclart

Claudio FENOCCHIO représente la cinquième génération d’un domaine purement familial, « Je suis né dans cette maison blanche, là-bas, ma mère et mon frère y vivent encore, la famille c’est important » me dit dit Claudio avec cette simplicité qui qualifie tant les Piémontais. Le domaine se situe dans le quartier de Bussia, à Monforte d’Alba. D’ici, on voit clairement la limite entre Barolo et ses argiles sablonneuses, et Castiglione. Car le terroir de la DOCG est complexe, et on trouvera des marnes bleues dans le cône en bas de Monforte, et des grès décomposés en allant vers Barolo.

Claudio FENOCCHIO est un homme simple, qui ne fait que du vin. Voilà la vision qu’il a de lui, mais ces nectars de nebbiolo mettent un feu mesuré mais ô combien vibrant dans nos palais…

Notre vigneron comme bien des vignerons a commencé à l’école, et a fini à l’école… de la vigne ! Dès 14 ans, il travaille au domaine, et à 18, il y sera à temps plein. Son père décédant prématurément en 1989, il assurera seul son premier millésime. Et depuis, il continue son travail avec passion et cette logique terrienne qu’on ressent partout chez les bons vignerons d’ici. Il a désormais un domaine de 20 hectares dont 14 plantés, en tenant aussi compte de la vigne qui provient de son épouse, le Villero. La production s’élève à 90.000 bouteilles par an.

A la vigne, le domaine n’est ni en bio, ni en biodynamie. Claudio applique ce qu’il appelle « le traitement obligatoire » à la florescence. Mais après, rien du tout ! Un labour assez profond un rang sur deux, et un griffage superficiel quand l’herbe pousse trop haut. Un travail très proche de la nature.

dans le chai, des foudres, des cuves, il ne manque qu’une chose : du bois neuf et de la barrique vanillée. On est ici dans la tradition, le vrai.

Au chai, les vendanges sont exclusivement manuelles. Arrivant en cagettes, les raisins seront égrappés, non-foulés, et mis en cuves de fermentation, avec uniquement les levures du raisin. Les macérations seront classiques pour le dolcetto, un peu plus longues pour la barbera, mais spectaculairement longues pour le Barolo : 35 à 40 jours, et avec des essais jusque 90 jours ! Et essai transformé, car la dégustation ci-dessous donnera raison au talentueux Claudio. Les Barolo resteront 3 ans en foudres, et quelques fûts ça et là, « juste pour le contenant, quand je manque de foudres. Si je dois acheter du bois neuf, j’y mettrai du dolcetto ou de la barbera pendant 5 vins » affirme-t-il. La tradition est respectée. Les Riserva resteront eux 4 ans en foudres. 6 mois en cuves inox pour décantation et mise en bouteilles sans collage ni filtration.

Les pays étrangers s’arrachent la production de Claudio, car la quasi-totalité de la production part à l’export : Suisse, Allemagne, Europe du Nord, USA, Japon, …

Claudio est un homme simple et patient. Ses vins lui ressemblent, ils ont le sourire de la nature. Mais pour comprendre le sens de ce sourire, vous devrez vous aussi être « dans la nature »… Bon voyage.

Giacomo FENOCCHIO
Claudio FENOCCHIO

localitta Bussia 72
I-12065 MONFORTE D’ALBA

tél. +39 0173 78675
site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ, dans les chais et le salon de dégustation de Claudio. Merci encore l’ami pour cette collation prise ensemble. Pour voir la vidéo réalisée avec Claudio, CLIQUEZ ICI.

une gamme de haut vol, entière, qualitative, et de haut vol. Grand moment.

barbera d’Alba 2011
brut de cuve. 10 jours de macération. Nez sublime de droiture : fruits rouges et noirs, graphite, sauge, intense. Bouche de la plus belle vinosité, prune noire, épices. La rudesse polie de la barbera est respectée. Long et intense, finale sur des petites notes de noyau.

Barolo « Bussia » 2011
brut de foudre. 35 jours de macération. Nez encore fermé mais pointe de cranberry, très floral, fruit complexe. Bouche superbe, le tanin est déjà bien en place, tout en largeur sans jamais être massif à un endroit de la bouche. Les arômes doivent encore se trouver, mais c’est très prometteur

idem mais avec une macération de 90 jours !!
le nez est assez semblable, mais avec une impression de végétal frais, prairire, en sus du fruité repris au commentaire ci-dessus. La bouche est beaucoup plus tannique, avec une puissance de tanins incroyable, mais encore curieusement l’expression générale du vin n’est pas altérée. Spectaculaire. A revoir, car je ne suis pas habitué à déguster de tels phénomènes.

Barolo « Cannubi » 2009
brut de foudre. Vigne achetée en 1972, sur argile sableuse, et des marnes grises friables. Joli nez de pomme rouge, vineux, simple mais joli. Bouche ronde à l’attaque, le tanin arrive de suite pour nous rappeler à l’appellation, avec un corps fin et suave, élégant, des notes florales. Ca finit sur une belle acidité, des tanins qui s’assagissent et des notes d’arbouse.

avec les vins du Piémont, rien de tel qu’une collation, avec des fromages et de la saucisse, tout est si bon… Là encore, l’intemporalité fait place au temps qui passe….

Barolo « Villero » 2009
brut de foudre. Des vignes de 40 ans plantées sur argiles, limons et marnes bleures. Nez plus intense que le précédent, très Barolo dans son nez, prune sauge, fumée, très classique. La bouche est fine, tendue, le tanin est bien là mais son expression est en retrait aujourd’hui. La finale est sur le tanin et l’acidité. Top model de l’appellation.

Barolo « Bussia » 2009
brut de foudre. Vignes de 40 à 45 ans sur argiles et marnes bleues, à la limite de Castiglione. Nez au fruit intense, chair de prune, très charmeur pour un Barolo. Bouche à l’attaque ronde, charnue, concentrée et assez souple, le tanin arrive assez tard et lui-même est dans la drague version Barolo. Charnu et généreux en finale, avec un tanin lisible. Le millésime 2009 a apporté décidément beaucoup de bonhomie aux vins.

Barolo riserva « Bussia » 2008
brut de foudre !! Nez intense, profond, prune, minéral marqué, ensemble généreux. Bouche concentrée, généreuse elle aussi, pas du tout le style « cassant » de certains vins de cette appellation. Charnu, fruits secs en bouche, le tanin est certes bien présent, mais arrondis par ses 3 ans d’élevage. Finale longue, il doit curieusement encore se faire. Une petite année encore en foudre lui fera du bien.

barbera d’Alba « Superiore » 2010
couleur sombre. Nez fruité, épices et végétal. Bouche fraîche, très fraîche, élégante, jolie présence classieuse, mûre, muscade. La finale est complète et franche. Belle acidité et bien placée dans l’ensemble.

La barbera est une façon de faire ses armes en Piémont; plus abordable tant gustativement que financièrement… Surtout quand ça a la gueule d’un grand vin comme celle-là, que je recommande au plus haut point !

Langhe nebbiolo 2011
nez profond, discret. Bouche fluide, sympathique, bien faite au tanin élégant.

une gamme de Barolo sublimes, dont le terroir est vraiment le fil conducteur.

Barolo « Cannubi » 2008
joli nez de chair de prune, tabac blond, terre, épices, muscade, complexe et généreux. Bouche compacte et généreuse elle aussi, c’est charnu, des épices, du tellurique, tout en profondeur avec une certaine pulpe. La finale et plus retenue, sur l’acidité et le tanin. Ca nous rappelle au très grand millésime de garde qu’est 2008

Barolo « Villero » 2008
nez très nebbiolo, prune, épices, floral, lamelle de champignon en fond de nez, excitant et complexe. Bouche tendue, expressive, fine, élégante et complexe, comme Debussy. La bouche roule sur la route des tous grands Barolo, ça finit complexe, tendu, fin, intemporel, d’une longueur inouïe…

fin, complexe, excitant, vibrant, intemporel… Un vrai Barolo, plutôt dans un terroir féminin. Immense.

Barolo « Bussia » 2008
nez terrien, très tellurique, complet, intense, graphite, noyau, pointe d’arbouse. Bouche concentrée à l’attaque rugueuse comme la voix de Paolo Conte, avec un tanin intense et généreux, un vin qui trace autant en largeur qu’en longueur. La persistance est incroyable, sur une impression de terroir.

Barolo « Bussia » Riserva 2008
nez intense, très concentrée et riche, prune bleue, épices fortes, mais tout ça reste encore sur la réserve. Bouche intense, concentrée mais très réservée elle aussi. C’est par ailleurs une bonne chose. Finale sur des épices, ça doit encore se définir.

Barolo Riserva 1978
couleur brune. Nez terriblement complexe, viandé, incroyablement présent, minéral, impression de viande… Bouche veloutée, moelleuse, champignon, pointe minérale. Pointe truffée. Finale délicate évoquant quelques notes de chocolat amer.

Quel privilège de déguster un vin d’un tel millésime, d’une telle appellation. C’est là qu’on peut comprendre toute la plénitude, la complexité, la réussite d’un grand homme sur un grand terroir… Une machine à voyager tant dans l’émotion que dans le temps. Les mots après sont superflus.

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