18 février 2013

bulletin d’humeur : « où sont les hommes ? » ou l’audace de Madiran…

by Patrick Maclart

« où sont les hommes ? » Ainsi eût pu chanter notre ami Patrick Juvet aujourd’hui tellement la question se pose… Sachant que si nous eussions connu ses goûts plus tôt, cette mélopée dans la bouche de notre trouvère (oups…) helvète ne nous aurait pas surpris non plus.

Cette société d’aujourd’hui me crée autant des exaspérations que des interrogations. Elle s’hyper-féminise, et cela en devient agaçant. Que ce soit dans le domaine des chiffons, des bagnoles, de la mode, de la coiffure, de la politique, de la réintégration du loup dans les Cévennes, cela m’atteindrait peu. Mais dans les vins…

Soyons clairs. Je ne suis ni anti-féministe, ni macho ou phallocrate. Je trouve au contraire que la femme dispose non seulement d’un esprit hors pair (si je puis dire…), mais aussi de rondeurs qui ne me laissent pas indifférent, rondeurs que je retrouve au demeurant dans certains flacons dont certains, tels les Chambolle-Musigny, sont dotés d’un velouté qui n’est pas sans rappeler à certaines rencontres épidermiques… Certaines de leurs rotondités rendent palpables (si je puis dire) l’existence de Dieu.

« …. et ses hanches de guitare en font un instrument accorte, au lit comme à la place. » – Pierre Desproges.

Mais il suffit, pas un jour où un nectar n’est dédié au palais de la gent féminine, pas un jour où on tente de nous faire croire que parce qu’elles mettent du parfum, elles sont meilleures dégustatrices, et de nous sortir les statistiques comme quoi elles sont plus et mieux diplômées que nous, et gnagnagnagnagna… Et de nous montrer que oui, elles peuvent être oenologues, oui, elles peuvent être vigneronnes, oui, elles peuvent être sommelières… Mais qui en doutait donc ? Ceux qui le disent par médias interposés, dans des émissions mièvres comme des tortues, ou ceux à qui on essaie de faire ingurgiter cette bouillie médiatico-populo-moraliste ?

Tout homme qui a du bon sens sait que la femme a plus que sa place dans la société, elle l’a toujours eue. Il est vrai que durant des années, elle fut rencardée à des rôles peu glorieux. Mais les choses ont changé, et il serait temps que chacun s’en rende compte, dans une vie où de toute façon, l’un est indispensable à l’autre, ne serait-ce que pour la procréation. Bref, une société harmonieuse et pacifique, mais qui ferait bien chier les politiques qui reprennent ce fameux adage « diviser pour mieux régner », et que rien de plus facile de commencer par le commencement : la création et les genres. Et les médias s’en donnent à coeur joie, ayant perdu tout sens du profond, de la réflexion, au profit de sujet qui plaisent et qui de surcroît ne coûtent pas cher, quitte à devoir monter dans des grues, car « tu vois toto, y’a l’audimat… ». De la déontologie certes, de la morale, à voir… Dépité suis-je. Je vous invite à cet effet à prendre connaissance d’un livre extrêmement intéressant, qui est une espèce de bible anti-bouillie sociétale, à savoir « Armes silencieuses pour guerres tranquilles » de Noam Chomsky, que certains qualifient de « conspirationniste »… On aura tout lu.

Brèfle, ce coup de gueule que je pousse régulièrement, mais pas sur mon blog. Si certains estiment qu’un blog est une vitrine d’eux-mêmes, et j’avoue que ce débat a partagé mon opinion (c’est bête, je me retrouve maintenant avec une demi-opinion), j’ai toujours pensé que le blog s’adressait plus aux lecteurs qu’à l’écrivain. Bonne ou mauvaise appréciation, peu importe, c’est la mienne. Mais là, j’avais envie de porter à votre connaissance un phénomène qui là me fait sortir de mes gonds.

Je reçois chaque jour des mails d’agences de communication pour vanter que, bien sûr, la boutique qu’ils défendent est vraiment géniale. Pour preuve, elle vient d’inventer la bouteille de 2 litres avec capsule à boulon… Mon ami Emmanul DELMAS, sommelier parisien et blogueur de talent, avait il y a quelques mois dénoncé (je n’aime pas les délateurs, mais là j’ai applaudi, c’était d’utilité publique, et puis j’ai bien ri !) la campagne calamiteuse de Chinon avec des vidéos d’improvisation écrite (pléonasme pas évident, je le concède) qui s’apparentait à la fête de patronnage d’un sombre village du Bas-Quercy… Et c’est là qu’on remarque que bien des syndicats se font enfumer par des gens blindés de théories sur la communication du vin. Enfin, des trucs de ce genre quoi. Mais là, sur ce sujet qui m’a fait bondir tel le pétrogale dans la cordillière australienne, la réalité dépasse l’affliction.

Le mail s’intitule « Madiran dans le vent »… C’est vrai qu’au pays du cassoulet, rien de tel que pour déjeuner en paix. Soit. J’aime Madiran, ses douces collines mamelues et hanchues, ses vignerons authentiques, au torrent de cailloux qui roule dans leur accent (merci le Claude) et ses vins foncés, comme le trois-quart vers la ligne d’en-but, rugueux et terroiteux comme les talonneurs hargneux… Je me dis « tiens, y’a le sud-ouest qui cause »… Mais la suite des évènements va tout d’abord me faire tomber dans une torpeur bleue, puis me faire bondir… Vous savez, comme plus haut.

L’attachée de fesses parle d’un plan audacieux, et invite à une recontre au bas des pistes des stations de ski des Pyrénées, là où il est tombé des mètres et des mètres de neige ces derniers jours (ça donne envie !). Bref, moi au coeur de la Bourgogne, il va me falloir, si je veux rencontrer les géniteurs des tannats, envisager un long périple, et l’achat de matériel adapté. Mais ce n’est pas tout.

Je vous relate la suite in extenso : « ainsi que des partenariats avec différents sites de cuisine et sites féminins ayant pour but de sensibiliser les internautes gastronomes à des combinaisons culinaires inattendues autour des vins de Madiran. ». Sic… Déplorable.

Mesdames et Messieurs du Madiran, vous n’êtes jamais venus dans ma cuisine. Dans ma cuisine, il y a des trucs qui mijotent, avec de bons légumes, de bonnes bidoches de France, du thym et du laurier de mon jardin, et ça mijote, et les copains salivent… Et pourtant, je ne suis pas une femme. Mon site n’est pas féminin, ni masculin par ailleurs, parce qu’il s’adresse à tous. Le vin c’est comme la connerie, ça n’a ni sexe ni drapeau. Et pourtant, j’en bois du Madiran et du Pacherenc, notamment celui de mon pote Guy CAPMARTIN qui m’éblouit par ses « cuvées du Couvent ». Je me demande ce que mon camarade à bacchantes et ses collègues sont partis faire dans ce birème à skis.

« coq au vin version Maclart », avant de mettre la dernière rasade de vin et le couvercle. Apprécié par mes amis Giorgio & Stefano du blog suisse en langue italienne « Nonsolodivino »… Je sais recevoir, et je ne suis pourtant pas féminin… Et la bonne chère n’a pas de frontière.

Brèfle, je maugrée. En discutant avec Sandrine LANAUD, tenant de superbes chambres d’hôtes à Gilly-les-Citeaux et originaire de ce pays, elle m’avait donné envie d’y aller, en Madiran. Ca pouvait se faire, mais non, je vais appliquer le dernier droit qu’il reste aux petits citoyens que nous sommes devenus, anihilés de toute révolte : le boycott. Parce que je refuse ces plans de comm à la con. A quand les vins de goitreux, d’hémorroïques, de nains, d’hydrocéphales, de natifs du gémeaux, et quelle connerie encore ?

La dernière fois que j’ai entendu parler du mot « audace » dans les médias, c’était Philippe NOIRET qui vantait les mérites de Skoda, mouahahahahahah ! Ben non, pour moi l’audace, c’est Serge Blanco, c’est un gars qui est derrière, mais qui va de l’avant, qui zigzague, inattendu, flamboyant, et avec un esprit ni masculin ni féminin, simplement l’esprit d’équipe. Car un vin, c’est une équipe. Le terroir, le vigneron qui le magnifie, et le consommateur qui l’apprécie, sans oublier au centre les cavistes et sommeliers, ouvreurs dans l’âme, qui vont « diriger » avec talent le match du plaisir et du partage. J’espère qu’en terre d’ovalie et de vignes, vous partagez ces valeurs avec moi.

L’audace, est avoir au moins une longueur d’avance, mais surtout être là où on ne vous attend pas.

Non Madiran, je ne viendrai pas.  Les tenues fluo me donnent des allures de gros Stabilo, et puis j’ai sur des skis la grâce du crabe-tambour… Et puis je ne suis pas féminin… J’ai trop de poils… Ou pas assez… Ou trop de couilles… Ou pas assez… Zut, serai-je maintenant moi aussi frappé de confusion sexuelle ? Bon, arrêtons de papillonner et puis Madiran, éteins la lumière en sortant, ça mettra les conneries dans le sombre, là où elles auraient dû rester.

4 Responses to “bulletin d’humeur : « où sont les hommes ? » ou l’audace de Madiran…”

  • Charles Brodeur

    Patrick, c’est peut-être une ruse pour t’attirer à leur événement, te laissant miroiter qu’il y aura des femmes. C’est un appel meme à ta masculinité, comme les pubs de voiture!

    Blague à part, je constate qu’on a les mêmes sujets de discussions de ce côté de l’Atlantique. Certains appellent ça la madamisation de la société. Plus simplement, de mon côté, ça me donne l’impression que plusieurs individus, ou groupes, s’ apercoivent tout juste que la femme existe et ce, en tant qu’entité qui depense.. Bravo pour elle, elle est maintenant considérée!

    Ahhh le Madiran, un vin si masculin. Merci au Laffitte Teston, testostérone!

    • Sacré Charles ! Le laffitte Teston-stérone ! Ca m’a bien fait marrer !

      Ta première idée est mauvaise. Rien à faire des femmes en dégustation. La vérité est dans le vin, et je vais la chercher, rien d’autre. Par contre, savoir que désormais la femme est un facteur important dans le choix des vins est loin d’être idiot. Alors que je travaillais pour un grand cru classé de Bordeaux, Pape Clément pour ne pas le citer, des statistiques avaient été émises disant qu’au Japon 80 % des achats de vins chez les cavistes étaient fait par les femmes… Ton analyse est pertinente.

      Toutefois, si elles commencent à être les seules à pouvoir en parler, à pouvoir le choisir, à pouvoir le boire, eh bien je me dirigerai vers la fondation d’un blog de bière, avec d’autres reportages à venir ! Les problèmes ne restent que des solutions déguisées… 😎

      Amitiés l’ami, à tout bientôt.
      Pat

  • BDG

    Bonsoir, mais qu’est ce que vous avez contre les vins du sud ouest en general ? La communication peut être la même dans d’autres appelations, par exemple la clape où l’on va vous venter la vue sur gruissan et la mer.

    • Ah BDG, ça fait un bail, enfin presque moins, 2 ans… L’art de se cacher et de ressortir quand question se pose…

      Je n’ai rien contre les vins du sud-ouest en général. J’ai par ailleurs fait paraître un article sur Gaillac, que tu as en son temps lu. Mais si Sancerre ou Crozes-Hermitage auraient subi le même sort de mes boulets rouges s’ils avaient eu ce type de communications. Rien contre le sud-ouest; bien au contraire.

      En son temps, Chinon avait sorti une vidéo grotesque que j’avais fustigé avec l’ami Emmanuel DELMAS. Et pourtant Dieu sait si j’aime le Chinon. Donc, ma critique reste objective et non-fixée par mon GPS.

      Atchao.

      Patrick.

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