14 novembre 2016

BULLETIN D’HUMEUR : à la ville comme aux champs, le vin se vend, mais comment ??

by Patrick Maclart

Après l’ardeur des textes vus et lus ça ou là concernant les foires aux vins en grandes surfaces, avec les pros, dont certains se fourvoient en quête de quelque pitance pour nourrir sa famille (et c’est bien légitime, j’ai moi-même donné dans le sujet car il faut bien manger), et les antis qui considèrent que la GD tue le commerce du vin. Il me semblait utile d’avoir une réflexion sur la chose, en toute quiétude, et après ce tsunami qui dans certains cas frôlait l’aveuglement, voire un fanatisme déplacé. Ce n’est que du vin, au fond.

coup de gueule

Tout d’abord, un constat réel : environ 80 % des Français achètent leurs vins en grande surface. 80 % de cons ? Non, il faut respecter. C’est une majorité que bien des politiques aimeraient avoir dans leur poche. Ils n’ont qu’à parler de vins, après tout… Mais on ne peut fermer les yeux face à cette masse. Et quand on parle de masse, voyons aussi la production sortant de grosses caves coopératives ou de négociants, où on parle en millions de bouteilles, et qui doivent bien trouver des débouchés. La GD est pour eux une bénédiction. Car pour les marchés export, c’est plus compliqué.

En effet, on pense en France qu’être le moins cher, c’est être le plus compétitif. Foutaise ! Tout d’abord, la France peut être parfois moins chère que certains producteurs d’autres pays. Il y a là après mes années d’expérience dans le monde du vin deux constats à faire : nous avons d’abord un système d’appellations compliqué. Tout le monde veut défendre la soi-disant exception de son terroir, et on en arrive à des AOC à ne savoir qu’en foutre. Rien qu’en Touraine : sauvignon de Touraine, Touraine (tout court), Touraine-Amboise, Touraine-Azay-le-Rideau, Touraine-Chenonceaux, Touraine-Mesland, Touraine-Noble-Joué, et last but not least Touraine-Oisly, et ça se joue à quelques dizaines d’hectares. Allez faire comprendre à un Japonais, un Allemand ou un Américain la pertinence de la division de cette appellation qui a déjà peine à briller ! Alors que pendant ce temps nos amis du Nouveau-Monde indiquent une zone géographique parfois aussi grande qu’une région administrative française entière, en indiquant le nom du cépage, compréhensible pour tous.

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voilà ce qui est pour moi le mal français. Créer des appellations compliquées ou incompréhensibles. « coteaux Bourguignons », une AOC que je combats. Tout d’abord parce que les vins sont issus d’où on veut, mais pas des coteaux, en tout cas pas des plus beaux de Burgondie. D’autre part, parce que l’on peut y mettre du gamay, qui n’a pas grand chose à voir avec l’adjectif « bourguignon ». Enfin, car il est une porte d’entrée avec le mot magique « Bourgogne » pour des pinardiers du Beaujolais. Les victimes sont les petits vignerons de cette AOC fourre-tout, et qui se retrouvent à trôner malheureusement dans une foire aux vins, à un prix où on arrive à peine à payer la bouteille, l’étiquette et le bouchon.

L’autre raison est qu’en France on a le savoir-faire, mais pas le faire-savoir. Dieu qu’on est mauvais en communication comme en commerce ! Déjà combien de négociants ou de responsables commerciaux maîtrisent l’anglais comme il faut ? J’ai parfois eu de franches rigolades, alors que mon anglais est loin d’être oxfordien. Il suffit de se balader dans un salon tel Vinisud ou Vinexpo pour voir l’attitude des commerciaux de notre pays face à ceux du Chili ou d’Argentine par exemple. Certains ont oublié de cultiver l’humilité, croient que le pavillon français fait vendre facilement les vins, et se qualifient eux-mêmes de « killers », mort de rire ! Tenons compte aussi par exemple que nos amis d’Outre-Manche ne se privent pas, bien qu’encore récemment « Européens », de faciliter la commercialisation des vins du Commonwealth, ce qui rend la tâche de nos vignerons ardue. Dans les 10 vins les plus vendus en Grande-Bretagne, un seul est français, alors que nous sommes les premiers producteurs mondiaux ! La France est 5ème exportateur sur ce marché, derrière entre autres l’Afrique du Sud, l’Australie ou la Californie… On reste entre copains Anglo-Saxons. Une des raisons pour lesquelles je n’ai pas pleuré le Brexit…

Mais revenons à nos moutons. Le fait que la GD soit aussi présente et permette d’écouler ces vins « de masse » (bien que je n’aime pas trop ce terme que j’utilise à défaut d’autre), on voit fleurir des produits « premium » en rayons. Tant en vins qu’en alcools par ailleurs, car là aussi il y a matière à discussion.

Durant les foires aux vins, on constate la présence de vins « premium », de certaines jolies étiquettes, de grands crus, et depuis peu de « vins nature ». Là encore la GD veut séduire une clientèle et la faire venir dans ses rayons. Il y a donc une volonté claire de s’installer d’une manière large dans le commerce du vin. La question est de se demander : « pourquoi ? ». Vu les marges dégagées et les prix très faibles, on ne peut pas vraiment dire que sur les produits « autres » que ceux de masse, le profit à tout prix soit recherché.

un producteur d'une belle AOC de Loire, se vantant auprès de sa clientèle d'élaborer des produits "premium", qu'il leur vend à vil prix, tout en vendant en promotion en foire aux vins d'une grande surface. Correct ça ?

un producteur d’une belle AOC de Loire, se vantant auprès de sa clientèle d’élaborer des produits « premium », qu’il leur vend à vil prix, tout en vendant en promotion en foire aux vins d’une grande surface. Correct ça ?

et voilà le travail. Bien habillé, mais bien défendu ?

et voilà le travail. Bien habillé, mais bien défendu ?

Autre point sur lequel il faut être lucide : ceux qui vendent du vin ne mettent pas un pistolet sur la tempe des acheteurs des grosses enseignes pour vendre leurs vins. Alors ? Qui est responsable ? L’acheteur qui prend le vin qu’on lui propose, ou le vigneron, ou l’agent commercial, qui vient lui faire la danse du ventre ?

Personnellement, je ne suis pas opposé à la vente de vins en grandes surfaces. Il faut juste que les produits y soient adaptés. Je me demande comment certaines étiquettes puissent être là, dans des rayonnages impersonnels, éclairés par de sordides néons, et sans personne pour conseiller l’achat, pour séduire, pour faire rêver. Car n’oublions pas, même si je n’ai jamais considéré le vin comme un produit sacré, car j’ai toujours voulu désacraliser le vin, il n’en est pas moins un produit de passion. Bien que pour certains, il ne représente qu’un simple aliment, qu’une bouteille au-delà des 5 €, c’est bien trop cher, et il faut être lucide face à ces gens. Certains se voudraient être gourous, statuant et décrétant ce qui est bon ou pas. Le goût est affaire personnelle, et comme le dit Charles Aznavour : « le public a toujours raison ».

Là où je m’interroge, c’est la présence de produits « premium » en GD. Quelle en est la raison ? Attirer la clientèle des cavistes vers leurs enseignes ? Vendre des produits à forte marge en utilisant les vins et alcools comme « chevaux de bataille » ? Très probablement. Mais qui est à blâmer ? La GD trouvant offre à sa demande, ou les vignerons et fabricants d’alcool répondant à leurs demandes ? Et sur le banc des accusés, ne pourrait-on pas mettre aussi certains cavistes ?

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comment peut-on avoir encore une marque crédible avec de tels prix ? Comment défendre le prestige de son nom, quand on voit qu’on peut acheter un rhum de 12 ans, peu importe sa qualité, au prix d’un rhum paille ou d’un très bon rhum blanc. Le fabricant est-il seulement au courant de telles pratiques ? Qui ici est à blâmer ?

Car dans le monde du commerce du vin traditionnel, il y a à boire et à manger. Certes il y a ceux qui vendent du vin sur internet avec de très bon sites, des cavistes « puristes », parfaits tels Marie-Dominique LENA-BRADFORD à Paris, Nicolas LAURIER dans le sud-ouest, Guillaume IBANEZ en Provence, ou la cave Saint-Maurice à Lille, et j’en oublie tout un paquet et une flopée. Ceux qui vont sur le terrain, acheter leurs produits aux vignerons dont ils connaissent autant leurs méthodes de travail que leur philosophie, qui connaissent les terroirs, les cépages, les surprises, les bonnes affaires comme la poudre aux yeux. Mais il y a aussi les fainéants. Ceux qui ne bougent jamais de leurs caves, qui achètent leurs vins à des agents commerciaux, et qui ferment une fois par an pour partir en vacances en Bretagne ou ailleurs, pas forcément dans le vignoble. Ma récente visite dans une cave du nord de la France, où je n’ai vu quasiment que des BIBs de la cave de Cairanne, de Vacqueyras, des bouteilles de masse, des rosés de Provence de coopératives, des Alsace de la cave de Machintruc, qu’on devrait pour moi retrouver en GD. Que font-elles là ? Simplement la différence entre un vrai caviste et un pinardier.

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là encore un joli Bourbon qui pourrait faire une entrée de gamme chez un bon caviste. Un prix aussi doux que la structure de ce beau spirit. Eh ben non, là encore, la GD pas assez contente d’avoir Jack Daniel’s et Four Roses dans sa gamme, l’étoffe avec ce joli produit. Et pourtant, on ne peut pas parler de « mode » en ce qui concerne le Bourbon. Alors, quel but ?

Les belles enseignes de chaînes de cave ne sont pas en reste. Il a été demandé un jour à un caviste d’une chaîne renommée une bouteille d’ouzo (j’en avais envie)… Réponse du vendeur : « on ne vend pas de ça ici ! ». J’eus demandé un seau de purin que je n’aurai pas eu autre réponse. Quant à ce samedi, alors que je me rendais chez un beau caviste, je lui demande ce qu’il a comme rhums. Il me montre 3 malheureuses bouteilles du même embouteilleur (négociant ? Je vous avoue n’avoir jamais vu cette étiquette), me racontant que le « Jamaïque » est sur des notes d’agrume, le Barbade plus fin, et le « Caraïbes » un assemblage donnant un rhum équilibré. Voyant des bouteilles du rhum ARCANE (dont je ne suis pas fana), je lui signale la marque. Il me répond avec un aplomb rare : « ils ne sont pas encore rentrés ». Du vrai foutage de gueule. Le mec m’a lu la bible, et ne m’a intéressé en aucun moment. Je ne l’ai pas senti « habité » par son produit, à se demander s’il le connaissait seulement, et si moi je le connaissais. Bref, pas d’écoute du prospect, le mec qui déclame son truc. Sans vouloir me vanter, j’en avais dix fois plus que lui sous la pédale. Je lui ai quand même pris une bouteille de Lirac, d’un bon vigneron bio à un prix tout à fait raisonnable. Mais là encore on peut s’interroger sur la qualification de certains cavistes. Là encore il y a matière à discussion, et peut faire tourner une partie des consommateurs vers la GD. Et pourquoi pas une charte « caviste authentique » ? Les règles seraient bien sûr à fixer avec la profession, mais l’ébauche de l’idée mériterait d’être creusée. La modernisation des sites internet là encore devrait être la priorité des cavistes. C’est désormais la vitrine plus que leur façade. Et quand on en voit certains, il y a de quoi rire. Dans l’annuaire des Pages Jaunes, en prenant le département du Nord, 7 pages sont consacrées aux cavistes. Seuls quelques-uns ont signalé la présence de leur site. Pour beaucoup, aucun tarif. Seul Nicolas s’en sort avec un site acceptable. Là encore, matière à réflexion.

Et les vignerons dans tout ça ? Là il y a matière à grogner. Certains élaborent des produits d’exception, en bio, en biodynamie, et après avoir créé leurs vins avec amour et passion, vont les vendre à la grande surface. Qu’elle soit locale afin que les touristes puissent se procurer des bouteilles, ce serait encore compréhensible, mais dans le nord de la France, là y’a questionnement !

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on se demande ce que fait ce magnifique Ladoix, cultivé en biodynamie, dans un rayonnage en grande surface, à un prix inférieur à celui du domaine ? Il y a de quoi hurler !

Relisant mon guide Hachette 2014, je tombe sur le domaine de la Madrague en Provence, et lis le texte d’introduction du domaine que je vous relate ci-après (sic) : « Engagé en agriculture biologique dès son rachat en 2007, le domaine suit dorénavant les directives européennes pour une vinification bio, entrées en vigueur en 2012. La boucle est ainsi bouclée pour Jean-Marie ZODO, ardent défenseur du développement durable. » Ce dernier propos me fait bondir hors de mes gonds. Non seulement le vin dont la photo est reprise ci-dessous est en rayon en grande surface, mais n’est ABSOLUMENT pas labellisée bio. Selon mes renseignements pris, il s’agirait d’un vin de négoce. Pourquoi alors l’estampiller au même nom que le domaine, utilisant le même logo ? Parce que le nom est vendeur ? Il est où le défenseur, il est où ? pourrait chanter l’autre…

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Là on est dans le vrai foutage de gueule. Ce domaine, reconnu soi-disant comme étant un « défenseur de l’environnement », n’hésite pas à utiliser le nom de son domaine pour commercialiser un vin de négoce, disponible « apparemment » que pour la grande surface. Les cuvées « maison » elles affichent un prix entre 11 et 13 €. Pensez-vous réellement que le consommateur va voir la différence ? On peut s’interroger…

Autre point qui m’agace : la présence de grands crus, de Bordeaux, d’ailleurs. Cela fait longtemps que Bordeaux passe par le canal de la GD pour vendre ses vins. Ils sont même la genèse des foires aux vins des grandes surfaces, où on se battait à coups de centimes. Quelques Bourguignons sont hélas entrés dans la danse, fort heureusement de manière fort marginale. Le manque de vins fait qu’une grande surface ne peut proposer le même vin dans tous ses magasins, ça s’appelle « référencement ». Mais voir de grands vins d’autres régions traîner dans les rayons, parfois soldés dans des boîtes comme de vulgaires conserves ou des produits à vente rapide, c’est à mes yeux, à mon âme, à mon esprit de défenseur d’une certaine authenticité et passion, un véritable crève-cœur.

voir ce magnifique cru du Languedoc "bradé" comme du saucisson, des chaussettes ou des crevettes venues à pied de Norvège et dont le bouquet (jeu de mots) n'est plus du bonheur, c'est un vrai crève-coeur, de quoi faire pleurer l'amateur que je suis.

voir ce magnifique cru du Languedoc « bradé » comme du saucisson, des chaussettes ou des crevettes venues à pied de Norvège et dont le bouquet (jeu de mots) n’est plus du bonheur, c’est un vrai crève-coeur, de quoi faire pleurer l’amateur que je suis.

Et les alcools ? Eux aussi ont passé le portail de la GD. Les rhums blancs se battent à coups de centimes dans les rayons. Des marques telles Dillon sont présentes depuis des années. Mais Dieu qu’il est malheureux de trouver des étiquettes telles Bielle ou la Favorite dans les linéaires.

La mode est aux gins ? Et pas que taille basse ! Là encore la GD fait le plein, avec des produits vraiment « premium » qui n’ont à mes yeux que place dans le commerce traditionnel. Mais qui a donc vendu ces bouteilles à la GD ? Là encore je ne pense pas que le vendeur ait menacé l’acheteur de l’enseigne pour lui vendre les produits. Constat plus que décevant.

la GD a-t-elle vraiment besoin de tant de marques de gins ? Il existe London's, Beefeater, bref des produits d'entrée de marque. Pourquoi avoir besoin de produits que j'estime être "pour cavistes" ? Qui est le mauvais élève dans cette présence ?

la GD a-t-elle vraiment besoin de tant de marques de gins ? Il existe London’s, Beefeater, bref des produits d’entrée de marque. Pourquoi avoir besoin de produits que j’estime être « pour cavistes » ? Qui est le mauvais élève dans cette présence ?

Alors, que penser ? Tous pareils, tous pourris ? Ma conclusion est que le vin est une question personnelle, où déjà le consommateur est et reste l’acteur principal, chose qu’on oublie un peu trop dans notre pays. Que d’autre part la GD devrait se limiter aux produits « de masse », et avoir ça ou là pas plus de quelques étiquettes plus prestigieuses. Que les vrais cavistes qui ont la passion dans les tripes se distinguent des paresseux juste bons à vendre du vin comme d’autres distribuent du carburant à la pompe. C’est un grand et noble métier, et je crois en son avenir. Le caviste, le vrai, est loin d’être mort. Mais le combat sera âpre. Il existera encore et toujours, je le soutiendrai et le défendrai.

Les vignerons eux feraient mieux de bien réfléchir à leur politique commerciale. Qu’on soit issu d’une appellation difficile à vendre, cela peut se comprendre qu’on cède aux sirènes des foires aux vins. Mais que les belles étiquettes restent UNIQUEMENT dans le circuit traditionnel. Les cavistes devraient par ailleurs boycotter tout vigneron qui ne respecterait pas cette règle. Exception faite des magasins en zone touristique où là le viticulteur peut vendre son vin sans être constamment appelé par des touristes venant acheter quelques bouteilles. La taille des exploitations ne permet pas à tous d’avoir une petite boutique et SURTOUT une personne pour les vendre. Mais là encore une réflexion importante sur le commerce, et la formation sur le marché français, est à mes yeux une carence chez nos amis vignerons.

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ici encore un joli nom, bien connu, ça semble être une bonne affaire. Mais un caviste est tout à fait capable de vendre un Menetou à 12 €. Encore faut-il que le vigneron joue le jeu, et là il y a matière à discussion.

Enfin, les agents commerciaux, capables de court-circuiter un marché, de foutre en l’air des années de travail d’un vigneron ou d’un distillateur. Car ceux-ci ne disent pas toujours aux vignerons que leurs vins vont terminer en foire ou en GD. Certains disent même qu’il s’agit d’une boutique dans un centre commercial, dixit un vigneron de la côte de Nuits, furieux d’avoir vu ses références en grande surface. Certes là encore il ne faut pas jeter la pierre sur une profession en particulier . Il en est de bons, mais ce sont aussi des acteurs qui parfois mériteraient qu’on s’intéresse à eux, dans tous les sens du terme. Certains de ces acteurs de l’ombre font que de belles étiquettes finissent en d’anonymes rayonnages.

Bref, soyez intelligents lors de votre achat, et ne voyez pas qu’un prix lors de vos acquisitions, pensez à tous ces hommes et toutes ces femmes derrière le vin. C’est vous, consommateur, et j’espère pas si con que ça, qui avez le pouvoir de faire bouger les choses. Le profit est ce qui tue la passion. Dont acte.

12 Responses to “BULLETIN D’HUMEUR : à la ville comme aux champs, le vin se vend, mais comment ??”

  • RODICQ ALAIN

    Super travail d’analyse Patrick,j’ose espérer que certains vignerons authentiques ne sont pas au courant que leurs vins soient diffusés en GDà un prix inférieur aux cavistes car il y aurait réel probléme.

    • salut Alain,

      Le fait qu’un domaine vende ses vins à la GD, pas de souci à mes yeux. Déjà il a le droit de le faire, nous sommes en démocratie. Ce qui m’embête, c’est la diversification, l’épandage de sa politique commerciale.

      En effet, si on vend un vin 19 € hors taxes à un restaurant pour le retrouver à 25 € TTC en grande surface, avoue qu’il y a un gros souci ! C’est ça qui m’agace. C’est aussi trouver des vins magnifiques qui prennent la poussière. Dernier exemple : le Bonnezeaux du domaine des Petits Quarts 1997. Millésime d’exception, excellent domaine, et les bouteilles qui trainent dans le rayon. Mais qu’est-ce que ça fout là ? Trouver un Montagne St-Emilion à 6.50 € d’un château hanté, peu importe, le connaisseur n’est pas dupe. Mais là… C’est ça qui me fait bondir.

      Et aussi une certaine intelligentsia qui tire à boulets rouges sur la GD, alors qu’on ne leur met pas un fusil sur la tempe pour acheter les bouteilles. Donc, comme tout problème, je préfère chercher la cause que la conséquence.

      Pour le reste, si les cavistes font bien leur boulot, ils gagneront bien leur vie. Le tout est qu’ils soient courageux, perspicaces, à l’écoute de leur clientèle (nombre d’eux font les stars, alors que la star, c’est le client), et qu’ils aient une gamme intelligente et homogène.

      Allez, forza, et merci de ta fidélité au blog.
      Gourmandes salutations.

      Pat

  • Berghmans marie

    Magnifique article Patrick. Je partage tout à fait ton point de vue. Et comme toi cela me fait de la peine de voir des vins du Mas Coris, bradés comme des produits fin de séries.

    • salut Marie,

      Merci de ton commentaire sur cet article. Il n’y a aucune envie de nuire à l’excellent domaine qu’est Mas Coris. Mais bon sang, retrouver ses magnifiques vins bradés tels des saucissons, ça me crève le coeur. Comment défendre l’image d’excellence, la volonté de la perfection, en voyant au bout du compte que les vins sont bradés, comme si le public n’en voulait pas, comme un constat d’échec. Le constat d’échec, c’est que ces vins là n’ont rien à faire en GD.

      Et la question cruciale : qui les as vendus ? Là encore je ne pense pas qu’on soit allé faire du chantage à l’acheteur. Il y a bien quelqu’un qui a brouillé les cartes en terme de politique commerciale. Imagine les cavistes qui défendent ce vin. Voilà le problème. Car eux ne peuvent pas se permettre de le brader.

      Continue à faire ton métier de caviste avec passion, et SURTOUT avec justesse. Tu as compris comme les bons cavistes que la star n’est pas le caviste, c’est le client. C’est toujours lui qui aura raison.

      Gourmandes salutations, à bientôt peut-être à Sclessin !! 😉
      Pat

  • MUNIER Eric

    Bonsoir,

    Je viens de lire votre coup de gueule et je suis assez d’accord avec vous. Passionné de vins depuis de longues années, j’ai véhiculé « mes expériences » et « ressentis » auprès de mes amis et de ma famille au sens large du terme. Après 2 carrières professionnelles dans des domaines différents de la viticulture, je me lance aujourd’hui à 53 ans dans une formation pour l’obtention d’un « Certificat de Qualification Professionnel conseil Vendeur Caviste ». En ce point je confirme que les cavistes ne sont pas tous ce qu’ils devraient être : « Des ambassadeurs du vin et des fervents défenseurs des vignerons et de leur savoir-faire ». L’appât du gain justifie-t-il de s’improviser Caviste sans une parfaite connaissance du milieu ? Je n’en suis pas convaincu ! En exemple, ces gens là connaissent-ils DEMETER, l’organisme en charge du contrôle en Biodynamie ?
    Concernant le débat de la GD, je ne développerai pas plus le sujet, je voudrais juste préciser une statistique éloquente. Sur 10 bouteilles vendues en France, 5 le sont par la GD, 3 en Café Hôtel Restaurant, 1 en vente directe (Producteurs, Internet..) et enfin 1 par les cavistes. (10% du marché, il y a de quoi réfléchir). Sachant en plus que le vin est la 3ème source de revenus pour l’état, pas étonnant qu’il puisse exister un certain laisser-aller sur le contrôle des étiquettes farfelues, des appellations bidons et autres publicités alléchantes qui, de fait, engendrent des ventes..
    Enfin, je confirme que le consommateur est le maillon clé lors d’un achat de vin, mais encore faut-il savoir que le prix reste le 1er facteur décisionnel ! 50% des achats concernent l’entrée de gamme, fixée entre 1,50 € et 3,50 € la bouteille.. Mdr. Du vin ? Vous avez dit du vin ? Et que dire de ces rosés clairs comme de l’eau que le consommateur « impose » aux vinificateurs ?
    Pour finir, j’apporterai juste un peu de désillusion à votre article. Car si la France était encore 1er producteur mondial en 2014, elle s’est fait prendre la place par l’Italie en 2015 et se fera vraisemblablement reléguer à la 3ème place par l’Espagne pour 2016.
    Alors amis cavistes, restez plein d’humilité et garder en permanence à l’esprit que le vin vendu … provient d’abord de nos traditions colportées par nos vignerons.
    Merci

    • mon cher Eric,

      Merci de ta précise intervention lors du message que tu m’as laissé via mon blog. Il était important d’effectuer quelques précisions.

      Tout d’abord, loin de moi la désillusion de ne plus être le premier producteur mondial. C’est un chiffre qui a peu d’importance à mes yeux, tant que la qualité est toujours au rendez-vous. Je m’étonne toutefois du recul important de certains vins sur les marchés export, tels les effervescents dont les Cava et autres Prosecco sont en train d’envahir des pays tels la Belgique, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne. Avec des prix plus élevés, mais SURTOUT des habillages trop classiques, certains vins se vendent à l’habillage plus qu’à la qualité. La bulle étant festive, une jolie bouteille bien décorée fera mouche. Les producteurs l’ont-ils compris ? Pour l’Espagne et l’Italie oui, chez nous je ne sais pas. Le plus gros défaut du Français, c’est de trop se regarder le nombril.

      Merci d’avoir un tant soi peu rectifié mes chiffres. Mon pourcentage ne tenait pas compte de la restauration, autre vecteur de vente du vin sur lequel je ne me suis pas étendu. Là encore il y a matière à parler. Comment se fait-il qu’en Sardaigne j’arrivais à avoir une belle bouteille de vin blanc au restaurant pour 12 € ? Et pourtant au domaine, le vin se vend 6.80 € la quille, tu as une explication ? Pourtant, les restos en Italie ne semblent pas tous en faillite, et le personnel semble heureux d’y travailler. Alors, comment font-ils ?

      Quand tu parles d’un prix entre 1,50 et 3,50 € la bouteille, tu parles non seulement d’entrée de gamme (il faut être bien précis), mais aussi le prix de gros. Je me répète : si une cave coopérative qui a 3 millions de cols à vendre passe par la GD, pas de souci. Elle a le volume, la GD le débouché, et Tarzan est heureux. Les grands crus de Bordeaux flirtent avec la GD depuis des années. Leurs exploitations sont de plusieurs dizaines d’hectares, les vins n’ont pas besoin d’image pour être vendus, soit… Mais que dire d’un beau Languedoc, d’un magnifique Bonnezeaux ? Qui va vendre ces vins en GD ? Et pourquoi la GD les achète-t-elle ? Là sont les vraies questions.

      Pourtant, vu les marges appliquées, je ne pense pas que la GD achète ces produits pour le lucre, non. Soit c’est un produit d’appel, soit elle a quelque chose d’autre derrière la tête. Mais il faut arrêter de tirer à boulets rouges sur la GD. Ce ne sont pas les seuls « fautifs » de cette dérive, encore faut-il considérer cette dérive comme une faute et non comme un constat.

      Les cavistes sérieux vivent bien. D’autres moins sérieux ont la chance d’habiter des coins prestigieux tels Pauillac ou Chassagne par exemple. Pour eux tout va bien, le client vient à la cave. Mais tirons un coup de chapeau aux cavistes qui sont dans des villes peu évidentes et qui se battent pour exister, et qui y parviennent. Chapeau.

      Pour le reste, je te souhaite plein de succès pour ta nouvelle orientation. De grâce résiste au chant des sirènes du commerce facile, des bibs des caves coops que l’agent commercial vient te livrer à domicile. Certes il en faut un peu, mais si toute la gamme est basée ainsi, le caviste devient pinardier.

      Bien à toi, gourmandes salutations.
      Patrick.

  • Muriel LANGUENET

    Bonsoir Patrick,
    Vous nous avez écrit un très bel article, réfléchi et plein de bon sens. Le monde du vin est mis à mal, et cette situation n’arrive pas par hasard. Chaque acteur, du producteur au consommateur, en passant par le distributeur, est responsable. Comme ces vendeurs de bouteilles incompétents qui ont fait du tort à la profession de caviste. Et ça continue désormais en ligne avec des sites « pinardiers », pour reprendre votre expression, qui mentent honteusement sur la provenance des bouteilles, assurent des prix bas, des « prix domaine » ou « prix propriété » qui n’en sont pas, et ce à l’insu des vignerons qui ne savent même pas où ces sites se fournissent……
    Tout cela,au final, nuit à l’image de marque des vignerons.. Je suis tout autant choquée de voir de si beaux vins comme le domaine d’Ardhuy en GD ou sur des sites internet qui les dévalorisent totalement.
    Lorsqu’en outre, je vois qu’un même vin se retrouve à 20 euros sur un site, bradé à 17 sur un autre, à 12 sur un troisième site, on se demande alors: mais finalement, quel prix vaut vraiment ce vin?
    Donc oui, l’idée d’une distinction entre caviste authentique/indépendant/original/cultivé/ qui fait vraiment son métier pour mettre les vins et les vignerons en avant, et qui achète vraiment son vin auprès des vignerons, ce serait mérité. Car on oublie trop souvent qu’un caviste consciencieux goûte les vins qu’il vend (sinon comment il peut les décrire ou les sélectionner?), et que pour cela il doit, dans 90% des cas, payer les échantillons…des sommes qui peuvent vite grimper quand il s’agit de certaines appellations prestigieuses, et qui sont perdues si le domaine n’est pas retenu !
    Mais j’y crois, et je persévère, car je pense que l’honnêteté et la sincérité finissent par payer.

    • bonjour Muriel,

      Merci de ton commentaire. Si mon article est selon toi réfléchi et plein de bon sens, ta réponse en est tout autant équipée. En effet, voir d’Ardhuy en GD, alors qu’à 20 kilomètres, de l’autre côté de la frontière, ce domaine prend des engagements commerciaux avec un importateur sérieux, il y a de quoi se poser des questions. Surtout qu’à ma connaissance, le domaine ne travaille pas avec des agents commerciaux. Je pense que le perdant dans cette affaire, c’est le domaine, à coup sûr. Son image est entachée de ce contrepied.

      Pour le reste, je n’aime pas parler de responsable, car encore faut-il qu’il y ait eu délit ou accident. Ce que j’ai voulu dresser, c’est un simple constat, comme dans un accident. Car je pense que les acteurs du monde du vin jouent tous une musique, mais avec une partition différente. En quoi serait-il embêtant pour le fameux domaine de la Madrague en Provence de travailler son vin de négoce avec un autre nom de domaine (il semblerait que ce soit du vin de négoce, alors pourquoi travailler avec le nom du domaine ??), mais la Madrague c’est tellement vendeur. Pour un propriétaire décrit selon le guide Hachette comme « défenseur de l’écologie durable », tu comprendras qu’il y a des tartes dans la tronche qui se perdent. Le caviste qui travaille avec ce domaine est pour moi myope ou con.

      Le caviste est pour moi un pion majeur dans le commerce du vin, encore faut-il en trouver de bons. Et ils se font de plus en plus rares. Combien de fois ne vois-je pas des cavistes avec des BIB’s de Camille Cayran, grand vigneron, euh… Non, le nom pris par la cave coopérative de Cairanne, ou d’autres noms ronflants qui ne sont que des coopératives ou des négociants qui avancent masqués. En quoi mettre « cave coopérative » sur l’étiquette serait-il si préjudiciable pour le commerce ? Une image écornée ? Ils l’ont peut-être bien cherché.

      Il y a quelques jours sur Facebook, un vigneron de Gaillac déplorait la présence d’un vin de son AOC en grande surface à 1.93 E la bouteille, soit à un prix inférieur au vrac. Je ne pense pas que le vigneron ou le courtier ou l’agent aient mis un pistolet sur la tempe de l’acheteur de la grande surface pour qu’il prenne le vin. Donc tous cons dans l’histoire, y compris le vigneron qui fait le commentaire sur le réseau social. Les vignerons doivent eux aussi faire le ménage dans leurs AOC et écarter les moutons noirs qui ne défendent pas l’appellation (car sur ce coup là c’est manifeste, cette opération commerciale nuit gravement à la santé de l’AOC !). Et dans leurs réunions chiantes comme un dimanche de pluie où on parle plus commérages du coin, et savoir si on va mettre les affiches 4X3 à côté du stade ou à l’entrée de la ville de Saint-Dicas, on ferait mieux d’interroger les vignerons dont les pratiques nuisent à l’image. Si en plus l’AOC est sur l’étiquette, c’est que les pairs l’ont considéré comme valable. Là aussi il y a des questions à se poser… On ne veut faire de mal à son voisin, quitte à mettre en péril un système des AOC certes très complexe, mais qui défend l’intérêt global. Notre société de toute façon est devenue tellement égoïste, et ne pense plus à l’intérêt global. Ainsi va la vie…

      Merci de ton commentaire et de ton intérêt à mon blog, tu es bienvenue pour tout commentaire, suggestion et critiques.
      Gourmandes salutations.

      Patrick.

  • Laurent

    Salut Patrick, long time no read. En vin comme en tout, la maladie française est le désarroi. Comme remède ça tire de partout ou ça laisse faire. De jolis commentaires pour un débat qui n’a pas fini de faire parler de lui. Le caviste pion majeur peut être, je dirai pion nécessaire, comme ton blog, mais l’amateur ou consommateur, pigeon majeur ? Je ferai le parallèle du caviste avec la Hi-Fi où certains sont très bons mais pour se différentier, car il faut bien vivre comme cela a très justement été dit, tombent très vite dans l’ésotérisme et propose du matériel dont le prix pour la qualité obtenue n’a de justification que dans ce qui précède, ou encore pire quand tu peux le trouver ailleurs pour moitié prix. Enfin, je ne pense pas que le vigneron puisse être totalement maître de sa renommée ou du devenir de son produit et qu’il ait intérêt à y passer son énergie, mais plutôt la concentrer à maintenir ses efforts dans la recherche de son idéal de résultat pour son vin, et nous, amateur, s’en délecter. Santé pascale.

    • salut Laurent,

      Ton commentaire était passé dans les spams, mon filtre s’est resserré ! Il y a des choses que je trouve juste dans ton commentaire. Toutefois, un point où je suis en désaccord : le vigneron est tout à fait maître de sa renommée. Il suffit de voir les imposteurs proposer des bouteilles qui ne valent rien, dégustées par un journaleux parisien qui a pour seule expérience ses fréquentations dans les soirées parisiennes genre « lounge-vodka violette » où ils vont se vautrer devant les rédacteurs pour un rayon de lumière qui ne leur sied guère. Si mon blog est utile et rencontre son public, les vignerons n’ont toujours pas compris son utilité pour la plupart, de même que les blogs de qualité en France. Et c’est la raison pour laquelle on n’y voit pas clair dans la blogosphère française (le problème est identique en Italie apparemment). Donc, laissons les vignerons bomber le torse pour une petite phrase dans la Revue du Vin du Monde, alors que ce même vigneron est présent sur mon blog depuis 4 ans sans avoir relayé l’article, sans même peut-être l’avoir vu.

      Il y a une désillusion claire dans mes propos, mais lucide. Donc je me cantonne à ma passion, me disant que mon blog parlent à ceux qui l’ont viscérale comme moi. Pour la comm’, qu’ils continuent à faire les concours de la foire à la saucisse de leur patelin pour être présent dans le « Mal Public » et être le meilleur de leur village, pendant que les conglomérats espagnols, australiens et américains prennent toutes les parts de marché à l’export. Après, ils viendront pleurer et demander des subventions. Heureusement qu’il y a des exceptions dans notre beau pays.

      Belle journée à toi, merci de ton retour, gourmandes salutations.

      Patrick

  • Laurent

    Salut Patrick,

    C’est un débat intéressant. Le vigneron est maître chez lui, mais maîtrise-t-il le tapage en bien ou en mal qu’il est fait de son vin quel que soit le moyen de communication, en a-t-il seulement le temps de s’en préoccuper, et une fois le vin vendu intervient le stockage, si ce n’est nombre d’intermédiaires s’il n’est pas uniquement en direct et les mauvaises surprises peuvent être au rendez-vous. Et puis la notoriété peut être de simple passage, et de façon caricaturale une année il cartonne, j’investis à gogo pour répondre à la demande et voilà que deux ans plus tard le public se lasse et se désintéresse. Voilà pourquoi il me semble que le vigneron n’est pas totalement maître de sa renommée, mais il peut aussi en être victime. Je te rejoins par contre sur le fait qu’il en est acteur principal.

    Quant à ton blog, s’il ne rencontre pas le succès que tu souhaiterais, un succès que tu espères peut être à la hauteur de l’amour que tu y mets à l’ouvrage par passion débordante, et ce notamment auprès de la profession, celà peut en effet être d’autant plus frustrant et décourageant, mais ce n’était pas là le but premier que tu recherchais il me semble, mais plutôt celui du partage et de la découverte à d’autres. Alors dis toi que pour ce but premier c’est réussi, je m’en suis inspiré et y ai fait de belles découvertes et ai apprécié ce partage, qui plus est gratuit, don de toi. Et je pense ne pas être le seul.

    Alors au prochain coup de coeur ou de gueule comme celui ci (j’aime les gens entiers), et que ça saute ! ;o)

    Salutations,

    Laurent

    • Salut Laurent,

      Merci de ton long commentaire sur mon blog. Il y a plusieurs choses à mettre au point.

      Ce que je veux dire, c’est qu’avant tout, à entendre les vignerons, ils n’ont jamais le temps. En discutant avec un vigneron voici quelques mois, je parlais de mon projet de partir à Marie-Galante. Il me répond : « ouais, c’est pas mal. J’ai fait quasiment toutes les Antilles, et c’est beau, comme la Guadeloupe. J’ai moins aimé la Martinique. Quant à Sainte-Lucie ou la Barbade, c’est pour y passer des vacances à l’américaine. Et Cuba, les gens n’y sont pas très sympas »… Pas le temps ? Pas d’argent ? Et pourtant, ce n’est pas le plus connu du monde ! Combien de temps et de pognon faut-il pour découvrir toutes ces îles ? Ca me fait marrer d’entendre les lamentations des paysans, mais qui planquent bien leurs Audi au fond du garage, pour pas qu’on la voie. Certains souffrent, je te le concède. Mais il y a aussi des boulangers, des peintres, des maçons, des entreprises qui souffrent, et on n’en fait pas tout un foin. Alors pourquoi le vin ?

      Pour revenir sur l’image, en sus du fait qu’il ne la maîtrise pas, le vigneron peut aussi REFLECHIR à la cohérence de son image et celle de ses vins. S’il est capable de choisir une belle étiquette et qui corresponde plus au marché qu’à son goût personnel, il a déjà compris beaucoup de choses. Pour le reste, une image ça se construit. Et c’est souvent la qualité qui la rend pérenne. Comme disait Aznavour : « le plus dur n’est pas d’être au sommet, c’est d’y rester ». Prenons le cas du fameux Olivier B., vigneron dont toute la toile vantait les mérites, lui qui avait bien compris les choses. Lorsque je suis allé le voir, il m’a fait déguster ses vins qui pour moi étaient dans la moyenne, sans plus. Lorsque je l’ai interrogé, il n’a fait que se lamenter de ses problèmes personnels, son divorce, le fait qu’il perdait un hangar suite à un litige. Nous avons tous ce type de problèmes ! Le plombier qui ne vient pas, le dentiste qui a oublié le rendez-vous, le pneu crevé, etc… ! Mais au moment où je lui ai dit que j’allais le photographier, il m’a dit : « avec mon chapeau, uniquement de profil et à contre-jour ». Bref, le mec il avait compris le sens de l’image. Mais il est où aujourd’hui ce fameux Olivier B. ? Dans les tréfonds des oubliettes de la vitesse du net. Par contre, tu dis « Huet », « Ramonet » ou « Zind-Humbrecht », tu ôtes ton chapeau.

      Ce qu’il manque le plus en France, c’est une cohérence commerciale. Tu parlais des intermédiaires, parlons-en. Je l’ai été, j’ai fait mon boulot avec courage, abnégation et volonté. Le résultat ? Des vignerons qui ont mis beaucoup de temps à me régler mes factures, quand elles ont été payées ! J’attends toujours le réglement d’un vigneron de Gevrey et un autre de Meursault. Quant à un autre vigneron, il a pinaillé sur la commission des aligotés, tout en allant voir mes clients dans mon dos. Alors, que dire ? Je réponds que si beaucoup d’agents commerciaux font n’importe quoi pour de l’argent, c’est qu’ils savent que le vigneron ne lui dira jamais merci pour du bon boulot. On a souvent tendance à voir le vin et son business sous un oeil romantique, l’autre côté du miroir, et Dieu sait si je l’ai vécu, est bien sombre et a une odeur de réduit, avec des acteurs du même acabit.

      Enfin, je ne me plains pas de mon lectorat; 36 à 38.000 par mois, peu peuvent en dire autant. C’est juste la perception des interprofessions qui là encore ne comprennent rien à rien pour faire parler de leurs régions. J’ai des dizaines d’exemples à te donner, mais un livre ne suffirait pas à raconter tout ce que j’ai vécu. Juste une anecdote : pendant que j’attendais le tramway qui me ramenait à mon hôtel lors de Vinisud, un copain canadien m’a dit : « on a de la place dans la voiture, viens avec nous ! ». En effet, on avait loué de magnifiques SUV à leur attention. Ils n’étaient que deux dans ce bahut. Et je ne sais pas si les chiffres de l’exportation vers le Québec ont bondi grâce à cette location. A méditer. Mais bon, j’aime bien le tramway et ses bruits.

      Belle journée à toi. Gourmandes salutations.
      Patrick

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