28 février 2011

La première station de lavage viticole collective ET autonome est à… Volnay !

by Patrick Maclart

On ne s’en rend pas toujours compte, mais produire du vin, ça pollue. En effet, une fois qu’on a effectué ses traitements sanitaires, il faut rincer son matériel et laver son tracteur, idem pour tous les travaux nécessitant lavage et rinçage. Et l’eau utilisée pour remplir ses cuves de traitement viennent comme l’eau de lavage du réseau de distribution; là où se terminent par ailleurs les eaux de lavage et rinçage, justement.

Volnay a toujours été un des pionniers de la côte en matière de préservation de son environnement. Là, ce village vient de franchir un pas de géant, et encore, quel euphémisme. La première station de lavage viticole collective ET autonome a été inaugurée ce matin. Mais qu’entend-on par ces deux adjectifs ? Eclaircissement avec Thiébault HUBER, du domaine HUBER-VERDERERAU, celui qui en a eu l’idée et surtout le courage d’être l’un de ses géniteurs.

Thiébault HUBER est le géniteur de ce projet. Biodynamiste, il est avant tout bio. Et je trouve que son projet s’inscrit dans le vrai progrès, bravo.

Bourgogne Wineblog : Thiébault, tu as eu l’idée de cette station de lavage que tu qualifies de collective ET autonome, qu’entends-tu par ces deux adjectifs ?

Thiébault HUBER : il faut savoir que pour élaborer des vins irréprochables, l’hygiène du matériel est indispensable. Jusque là, nous rinçions nos tracteurs et pulvérisateurs avec l’eau du réseau. Et moi qui suis en bio, ça n’arrange rien, les produits ne sont pas plus propres. Non seulement on utilise de l’eau potable, mais en plus les eaux de rinçage se retrouvent dans les égoûts. Rien de valable à tout cela. J’entends par collectif le fait qu’il fédère tous les vignerons à l’entour, et autonome car il ne nécessite pas l’eau du réseau de distribution.

BWB : alors, quelle a été ton idée et comment a-t-elle été concrétisée ?

TH : l’idée était de récupérer les eaux de pluie afin de les utiliser pour ces tâches. Et après, créer un moyen de les récupérer afin de les recycler. Le double avantage est de ne pas polluer le circuit, mais aussi de ne pas utiliser d’eau potable. J’ai eu cette idée il y a quelques années déjà, mais il fallait la concrétiser. Les différents présidents de notre syndicat (Christophe VAUDOISEY et aujourd’hui Didier DELAGRANGE ndlr) ont cru à ce projet.

BWB : aujourd’hui qu’il existe, comment fonctionne-t-il ?

TH : nous avons au niveau des hangars communs, en haut du village, 4000 m2 de toitures. L’eau qui s’en écoule est récupérée dans une poche souple de 300 mètres-cube, par gravité. Elle sera filtrée par des filtres à charbon. Et elle pourra prendre deux circuits : soit celui du remplissage des cuves de traitement, soit celui du lavage et rinçage. Pour ce dernier, 3 cuves de 60 mètres cube ont été installées. Elles récupèrent les eaux usées et les filtrent, les nettoient. L’une est toujours pleine d’eau « propre », l’autre d’eau sale qui doit être traîtée, et la troisième sert de tampon.

L’énorme poche souple doit bien faire ses 15 mètres de long. Pleine, elle atteindra 1,5 mètre de haut… Vraiment impressionnant.

Les cuves sont réservées pour le le lavage et le rinçage. Le circuit est fermé, et l’eau recyclée.

BWB : ce projet unique et pharaonique à l’échelle de notre viticulture a un coût, je suppose ?

TH : oui, 450 mille euros. Mais 80 % vient de subsides publics. 35 % de l’agence de l’Eau, 25 % du département, 10 % de la région et 10 % du Pays Beaunois. Les politiques nous ont bien aidé dans ce dossier, et ils ont compris l’impact durable sur notre environnement. J’insiste pour dire que c’est un projet collectif. Tous les vignerons de Volnay étaient pour, et Pommard, Meloisey et Nantoux nous ont suivi. Maintenant, ce sont une soixantaine d’adhérents qui paient pour accéder à cette station, et le projet sera amorti en une dizaine d’années.

Président de région, Président du Conseil Général, Conseiller Général de la Côte d’Or, Député-Maire de Beaune et président de l’agglomération du pays Beaunois, représentant de la Chambre d’Agriculture. Tout le gratin était là…

BWB : mais il me semble qu’une station collective de lavage existe à Meursault, non ?

TH : effectivement, mais elle n’est pas autonome. Elle est branchée sur le réseau de distribution, et il faut rincer en partie son tracteur avant d’y aller. Le faire dans la rue est strictement interdit. Ce que nous avons fait, c’est simplement nous mettre aux normes. Il faut savoir que si chaque exploitation devait respecter aujourd’hui les normes en vigueur, ça implique un investissement individuel que je situe entre 18 et 20.000 €. Là, avec ce projet enfin vivant, ce ne sera que 7.000 € à investir.

En Bourgogne, tout se termine par un bon canon (minimum !). Ici, pour les amateurs d’étiquettes rares : une que vous ne verrez probablement jamais : celle du Comité d’Accueil et de Promotion de Volnay (pour leurs petites sauteries !)

Merci Thiébault de tes réponses et de tes rêves, qui font avancer la viticulture dans un environnement durable, et c’est ce qui fait toute la différence entre le modernisme et le progrès. Ce projet s’inscrit clairement dans la deuxième optique.

14 Responses to “La première station de lavage viticole collective ET autonome est à… Volnay !”

  • Tib

    Merci Pat pour ce bel article !

    Tu parles un peu trop de moi mais bon l’esprit collectif, fédérateur et ecologique de cette réalisation y est fort !

    Merci
    Tib

    • Salut mon Thib,
      Certes je parle de toi parce que c’est toi qui parles ! Rien de plus. J’ai bien insisté sur le côté collectif car, soyons lucides, un projet comme celui-là ne pourrait avoir vu jour avec toi tout seul.

      Mais une fois de plus, je suis fier des Volnaysiens qui ont fait un pas de géant dans le développement durable. Bravo.

      Au plaisir de nous revoir.

      Patrick MACLART.

  • Thibault et les autres, félicitations ! Déjà, lors de ma visite au Domaine Huber-Verdereau, j’avais été surprise par les vins et par l’implication dans la biodynamie. C’est un plaisir de voir que des solutions peuvent -être apportées à des problématiques complexes comme celle de la gestion de l’eau. La solution est collective et je suis sûre que cet article donnera des idées pour fédérer des vignerons autour de cet enjeu « progressiste ». Merci Patrick,pour cet article.
    Hélène LOMBARDO

    • merci Hélène de ton intervention.
      N’oublions pas toutefois que ce projet est collectif, et a impliqué fortement les autorités politiques. La région, l’agglomération du Pays Beaunois, l’agence de l’Eau… C’est un projet vraiment commun. C’est en plus ça que je trouve génial, c’est que les politiques ont suivi, non pas parce qu’ils sont en campagne ou pour leur image, mais parce qu’ils y croyaient.

      Félicitons tous les gens qui ont travaillé à ce projet, et félicitons aussi les vignerons de Pommard, Nantoux, Meloisey, qui ont adhéré à cette idée devenue réalité.

      Bravo à tous. Merci de ta réaction Hélène.

      Patrick MACLART.

  • Philippe Joukes

    Merci, Patrick, pour cet article.
    A force de conserver l’eau, de limiter le gaspillage et de protéger notre environnement, nous préservons cette merveilleuse terre qu’est Volnay (et ces environs) pour nos enfants et petit-enfants.
    Et je n’ai aucun doute qu’en finale, notre vin sera meilleur. Parce que l’eau sert à garder propre. Et que sans propreté, il n’y a pas de bon vin.
    Le respect de la nature, du vignoble, de la viticulture, ne s’arrête pas à la frontière du domaine. Tout le terroir est concerné. Merci à nos amis de Volnay, Thiébault Huber en premier lieu, qui ont pris cette excellente initiative.
    En plus, cette merveilleuse poche souple, pourquoi ne nous servirait-elle pas de lit d’eau pour nous reposer d’un apéro trop apprécié?
    Phil

    • salut Philippe,

      Merci de ta fidélité à mon blog. Certes Thiébault est celui qui a rêvé, mais n’oublions pas ceux qui ont construit ce rêve : les présidents de syndicat qui l’ont suivi, les politiques qui ont concrétisé financièrement (et Dieu sait si c’est important) cette station, les vignerons qu’on dit trop souvent « obtus » et qui là ont tous signé à deux mains… Les villages d’à côté qui ont suivi… Je suis admiratif, vraiment.
      Et là, on peut entonner le célèbre refrain : « et je suis fieeeer, et je suis fieeeer, et je suis fier d’être Bourguignon » !

      A bientôt.

      Patrick MACLART.

  • Carel

    Bravo à Volnay !
    Un bel exemple de ce qu’un peu d’intelligence et d’esprit d’équipe peuvent faire pour la planète, avec des moyens financiers finalement tout à fait raisonnables !
    Carel

    • bonjour Carel,

      Tout d’abord je suis fier de te compter parmi mes lecteurs. Sachant l’admiration que je porte à ton travail, je suis honoré de ta visite et de ton commentaire.
      L’esprit d’équipe n’a peut-être pas été assez mis en exergue dans mon article, mais il fallait un tout pour réaliser ce magnifique projet.
      Les politiques qui étaient là ont murmuré la création d’un projet similaire plus au nord, vers Savigny-les-Beaune… D’autres communes accrochent le train. Bravo les vignerons. Comme le dit Philippe, notre vin sera meilleur car notre esprit l’aimera encore plus.
      Merci de ta lecture.

      Patrick MACLART.

  • sylvain dussort Meursault

    BWB : mais il me semble qu’une station collective de lavage existe à Meursault, non ?

    TH : effectivement, mais elle n’est pas autonome. Elle est branchée sur le réseau de distribution, et il faut rincer en partie son tracteur avant d’y aller.

    bonjour,
    Je tenais à donner quelques précisions sur ce qui à été dit au sujet la station de lavage de Meursault , ON NE RINCE PAS SON TRACTEUR CHEZ SOI AVANT D’ALLER A LA STATION !!!! autrement l’intérêt serait limité!! mais on va bien sur le nettoyer dès que l’on à fini son traitement à l’aire de lavage et non plus à son domaine comme on le faisait auparavant avec toutes les conséquences que l’on connait.

    Effectivement, nous lavons à Meursault avec l’eau du réseau communal, et nous récupérons entièrement toutes les eaux de lavages dans des cuves. Ces eaux sont ensuite entièrement retraitées par une entreprise spécialisée.

    Dernière petite précision technique, la station que Volnay à pu faire est parfaite, et vivement que tous les villages viticoles puissent en posséder rapidement; mais pour ce qui concerne la récupération des eaux, c’est une chance car quel village à 4000 m2 de toitures à sa disposition ????

    Sylvain Dussort Syndicat Viticole de Meursault

    • Bonsoir Sylvain,

      Je te remercie tout d’abord de faire partie de mon lectorat; ta présence m’honore et j’ai toujours apprécié le bonhomme, élément qu’on oublie toujours quand on parle de vins.
      Ta précision est exacte, ta réaction pertinente. Le recyclage de l’eau de la station de Meursault ne m’avait pas été porté à connaissance, et c’est surtout l’élément qu’il faut retenir dans ta remarque.
      Il est vrai que 4.000 m2 de toitures, ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval, mais je trouve qu’ils ont sû profiter de leur environnement, pour justement le sauvegarder.
      En tout cas, en aucun moment je n’ai voulu dénigrer le projet de Meursault qui a déjà le mérite de vivre et d’exister. Ce que je veux mettre en exergue, c’est que la Bourgogne montre l’exemple, et par sa viticulture. J’espère que les céréaliers, les éleveurs, suivront dans cette démarche. Car elle est assez facile à mettre en oeuvre, et les pouvoirs publics suivront, en fonction de leurs moyens. Le crédo, ils l’ont. Ca aussi c’est génial.
      Au bonheur de nous retrouver bientôt autour d’une bonne bouteille l’ami.
      Gourmandes salutations,

      Patrick MACLART.

  • sylvain dussort

    bonsoir patrick
    non non rassure toi, je n’ai pas pris ça pour un dénigrement de la station de lavage de meursault!!
    c’était seulement comme je l’ai dit une mise au point mais qui je pense avait son importance.
    à bientôt autour d’un verre !
    sylvain

    • Autour d’un verre ? Faut pas me le dire deux fois !

      Compte sur moi pour venir le boire, ton verre ! Sérieusement, ta précision était importante car je n’avais pas forcément eu les bonnes infos.

      Porte-toi bien mon Sylvain, à bientôt.

      Patrick MACLART.

  • bonjour,

    Je trouve ce projet présenté ici par Patrick très intéressant et particulièrement abouti. En cela, je dis bravo.

    Une chose me chicane toutefois : la part de l’argent public pour la mise en œuvre du projet atteint ici 80 % de la somme totale. Ce qui peut paraître effrayant et démontre que rien ne peut se concrétiser sans les subsides publics (et quand on sait que certains ont toujours la gâchette facile pour dire que les politiques ne servent à rien…).
    Petite question, cet argent sera t-il remboursé par les viticulteurs ? J’imagine que oui, si je fais une règle de trois. Quelqu’un pourrait toutefois confirmer ?

    Laurent

    • Rebonjour Laurent,

      Ce projet est pour moi l’avenir, tout ce qui fait la différence entre l’Airbus et le Concorde. L’un est le progrès, l’autre était du modernisme. Ici le projet est durable.

      Pour le financement, oui, quelque chose est gênant, tu peux le dire. Je ne crois pas que les vignerons rembourseront cet argent. Toutefois, leur part sera amortie en une dizaine d’années. Il serait par contre intéressant de savoir où iront les bénéfices au-delà de l’amortissement. Sache en tout cas que ce projet va se développer sur la côte, avec le projet de Chassagne et celui de Savigny qui paraît-il sont bien avancés.

      Pour ta réaction sur les politiques, je te rejoins. C’est un vrai métier. Mais il ne faut pas confondre ceux qui n’arrêtent pas de pousser pour avoir un bout de l’auréole, et ceux qui sont sur le terrain. Tiens, c’est la même remarque que je me fais sur les dégustateurs, les blogueurs… Amusant, non ?

      Porte-toi bien. La journée (ou les journées) que je passerai en Suisse, on peut se débrouiller pour se voir, malgré ton planning toujours bien chargé.

      Porte-toi bien, à bientôt.

      Patrick MACLART.

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