30 novembre 2012

GEVREY-CHAMBERTIN millésime 2011 : dégustation de l’intégrale des villages !!

by Patrick Maclart

Ce vendredi 16 novembre dernier, le syndicat de Gevrey-Chambertin proposait de découvrir en primeur les vins de son finage, millésime 2011. En effet, le syndicat refuse la pantalonnade des dégustations primeur de printemps, estimant (à raison) que les vins, soit en malos, soit en prise de bois, ne sont pas aptes à donner toute la lisibilité de leur terroir et de leur facture (voir article concernant cette décision en CLIQUANT ICI).

Il va désormais être de tradition que Gevrey-Chambertin présentera son millésime « prêt à la mise » le vendredi précédant la vente des Hospices de Beaune, dans cette même ville. La côte de Nuits à Beaune, ce n’est pas tous les jours, et cette présence me réjouit. En effet, la Bourgogne est unie et fait fi de certains clivages ancestraux.

Je soutiens toujours Gevrey dans sa démarche. D’autres villages devraient suivre, mais ce mois de novembre rend décidément tout le monde bien frileux. Toujours aussi frileux la presse traditionnelle qui ne se bousculait pas à cet évènement que j’estime CAPITAL. En effet, quoi de mieux que de déguster COMPARATIVEMENT TOUS LES CRUS DE GEVREY à pied d’égalité, avec des vins en fin d’élevage et quasiment prêts à la mise en bouteilles ? Donc, une fois de plus, on apprécie la présence de Bill NANSON (Burgundy Report), Jean-François GUYARD du site Vinifera-Mundi (sa première participation apparemment), et votre serviteur. Saluons aussi la présence de Christophe TUPINIER du magazine Bourgogne Aujourd’hui qui, même s’il était opposé à cette présentation à cette date (on peut le comprendre), a dégusté une très grande partie des vins proposés. Chapeau, c’est sport.

 2011 en quelques mots

C’est un millésime délicat. En effet, c’est l’un des six plus précoces connus en Bourgogne, avec une météo totalement inattendue. Il ne fallait pas avoir de technique, du savoir ou d’expérience, mais de l’instinct, de l’écoute, essayer de comprendre comment il fallait piloter ce millésime. C’est probablement l’un des plus compliqués que le vigneron ait dûs vinifier ces 30 ou 40 dernières années. On dira que c’est une année de vigneron, mais surtout de vinificateur empathique et instinctif. Bref, il pourrait paraître présomptueux de le dire, mais une année de vigneron intelligent.

Sur la dégustation, l’ensemble était de bonne facture. Ca et là des vins venant essentiellement des mêmes domaines que l’année passée, avec quelques domaines qui n’ont pas présenté de vins, et d’autres qui ont joué le jeu. Quelques bouteilles décevantes, venant souvent des mêmes domaines que l’année passée, et quelques heureuses surprises. Quelques vins avec des creux en milieu de bouche, mais pour la plupart, ils se feront lors de la fin de l’élevage.

Mon coup de gueule ira vers des vins quelconques, parfois trop simples. Mais dans l’ensemble, soyons justes : les vins sont de belle facture et d’une bonne lisibilité, et la dégustation a été facile.

Mon coup de coeur sera siamois. Il ira vers deux domaines qui ne disposent pas de premiers crus en Gevrey, et qui se défoncent (le mot est faible) pour élaborer de grands vins sous l’étiquette village : Philippe NADDEF et Marc ROY. Pour ce dernier, la charmante Alexandrine a présenté un tiercé de folie, avec certes un « vieilles vignes » en retrait, mais les deux autres cuvées sont stratosphériques. Elle se fait coiffer sur le poteau par la cuvée « en Croisette » du premier, élaboré en vendanges entières, délicat et puissant à la fois. Une brochette de bouteilles d’exception qui ne devraient pas vous ruiner, pensez-y…

Enfin, je termine en félicitant le syndicat de Gevrey pour sa spontanéité, sa gentillesse toute bonhomme, qui n’en fait pas des tonnes, et qui a envie de plein de choses. Il faut dire que sous l’impulsion de son président Jean-Michel GUILLON, les choses avancent. Lors des discussions à la fin de la dégustation, des projets, des envies fusent. J’adore voir cette émulation chez des viticulteurs qui pourraient se suffire à faire du vin et rentrer de l’argent. Bravo Gevrey.

DEGUSTATION

Comme l’année passée, elle a eu lieu dans un salon de l’hôtel de la Poste à Beaune. Cadre sympathique et stylé, dans une pièce bien éclairée, bien aérée, à la température idoine. Les vins étaient bien prêts, crachoirs, verres et eau à profusion. Les conditions étaient donc idéales. Mon système de notation va de « **(*) » (moyen) à « ***** » (exceptionnel). Des parenthèses pourront ça et là nuancer mon propos. Je précise pour certains confères tatillons ou chiffons qu’il s’agit de l’intégrale des premiers crus présentés. Par souci d’équité, j’ai préféré la présentation par ordre alphabétique.

N’OUBLIONS JAMAIS QU’UNE DEGUSTATION N’EST QU’UN APERCU DU VIN A UN MOMENT DETERMINE, ET QUE SI ELLE PEUT DONNER UNE IDEE SOUVENT PRECISE, IL FAUT LA PRENDRE AVEC TOUTE SA RELATIVITE. 

Philippe CHARLOPIN

*** Gevrey-Chambertin « vieilles vignes »
joli nez classique, qui pinote bien, alcool un peu présent au nez. La bouche est plus convaincante, un beau fruit en bouche, mais le tanin assèche un peu ce jour. Belle finale, avec une jolie longueur.

domaine DUROCHE

* Gevrey-Chambertin « Jeunes Rois »
nez présent, sans réelle définition, petites notes terriennes. Bouche à l’acidité excessive, asséchante, qui tue toute finesse ou expression. Finale longue, mais tant qu’à faire je l’eus préférée plus courte.

domaine GEANTET-PANSIOT

** Gevrey-Chambertin « vieilles vignes »
nez curieux, pointe d’acétate. Bouche moyenne, mais dissociée. Beau tanin en finale, un point positif.

domaine HARMAND-GEOFFROY

*** Gevrey-Chambertin « vieilles vignes »
nez discret, réservé, peu bavard. Bouche intéressante, mais réservée sur un boisé aujourd’hui très marqué. La finale est intense, mais encore fort marquée par l’élevage.

domaine HUMBERT frères

**** Gevrey-Chambertin « vieilles vignes »
très beau nez de cassis, fumée, l’élevage est marqué mais le jus derrière est d’une immense qualité. Bonne bouche concentrée, le boisé marque mais il se fondra sans souci. Des notes de mûre et de réglisse dominent un ensemble à l’acidité en finale éblouissante. Grande longueur.

c’est pas du Ronsard, mais c’est pas du toc non plus ! Manou Humbert élabore des vins punchy, au boisé opulent mais presque toujours bien intégré. Encore une réussite, qui est le fruit d’un travail acharné à la vigne qui date depuis des années.

René LECLERC

** Gevrey-Chambertin
nez creux, poussiéreux, notes curieuses. Bouche pénible, malgré quelques points positifs. Finale dans les clous.

Philippe LIVERA

**(*) Gevrey-Chambertin « les Evocelles »
robe sombre. Joli nez concentré, aujourd’hui marqué par l’élevage. La bouche a des promesses, mais c’est masqué par un boisé qui aromatise vraiment trop. Il faudra suivre ce vin après la mise. Je reste circonspect sur ce point. Dommage, le reste y est. Péché de jeunesse, Damien doit revoir ses tonneliers. Mais il a du talent, c’est indéniable.

Denis MORTET

***(*) Gevrey-Chambertin « vieilles vignes »
couleur sombre. Nez admirable, joli fruit propre, notes fumées. La bouche est souple, fruitée, belle rondeur en milieu. Belle finale de bonne intensité.

Thierry MORTET

***(*) Gevrey-Chambertin « Vigne Belle »
nez fruité et végétal, impression de chair de pomme. Bouche corsée aujourd’hui, beau potentiel c’est certain, mais le vin ne se révèle pas sous son meilleur jour. A revoir, et je suis sûr que la note sera supérieure.

Philippe NADDEF

**** Gevrey-Chambertin « vieilles vignes »
nez profond, notes de fruits noirs, impression de terroir, petites notes cacaotées. Très belle bouche corsée, concentrée, sans concession, tout le style de Philippe dans cette bouteille. Corsé jusqu’en finale où le vin joue les opéras de Verdi, en longueur et en beauté.

si Philippe ne m’a pas convaincu avec son premier cru, c’est le village qui enlève le suffrage, avec la Naddef Touch, à savoir de la structure, une puissance certaine, mais auss la grâce du pinot noir.

Philippe ROSSIGNOL

***(*) Gevrey-Chambertin
joli nez fruité simple, tout dans la spontanéité et le variétal du pinot. Bouche simple, souple, fruitée, toujours dans le spontané. Finale moyenne qui s’allongera car le vin se réserve un peu aujourd’hui. Belle bouteille fiable.

domaine ROSSIGNOL-TRAPET

***(*) Gevrey-Chambertin « aux Etelois »
très beau nez net, propre, au fruit droit, le vin est très lisible. La bouche est tout aussi belle, quelques notes végétales qui me troublent un peu, mais de la fraîcheur dans l’ensemble. Bonne finale plus nette.

Marc ROY

LA BOUTEILLE DE LA DEGUSTATION

***** Gevrey-Chambertin « clos Prieur »
très beau nez intense, profond, cassis, notes minérales, qu’on retrouve souvent dans ce vin. Bouche superbe, complète, riche et fine à la fois, l’acidité est superbement placée. Très long, immense vin de village, au niveau d’un premier cru sans souci.

très fruits noirs, des notes minérales qu’on ressent souvent dans cette cuvée, Alexandrine a admirablement maîtrisé et piloté son vin, un triple ban bourguignon pour cette cuvée ! Au niveau d’un premier cru sans discussion aucune.

***(*) Gevrey-Chambertin « vieilles vignes »
nez délicat, ferme et réservé. Bouche bien faite, réservée, qui se resserre en finale. Plus intéressant sur la rétro, où la qualité réelle s’exprime. Il gagnera à évoluer, prenons cette note de manière toute relative.

****(*) Gevrey-Chambertin « la Justice »
très beau nez sur la petite cerise, fin, frais, belle expression. Bouche intense, vibrante, fine, tendue, panier de cerises en milieu de bouche. Finale racée et élancée, long et excitant. Au top.

dans un style plus retenu, mais tout aussi profond, le climat « la Justice » réserve régulièrement des surprises lors des dégustations, mais il s’agit ici d’une surprise de taille, avec un vin d’une profondeur rare.

clos Saint-Louis

*** Gevrey-Chambertin
nez classique, très classique, fruité bien présent, baies noires, mais ça doit se centrer. La bouche est fine, parfumée, expressive à défaut d’être spectaculaire ou soutenue. Belle finale avec une trame acide marquée.

domaine SERAFIN

**** Gevrey-Chambertin « vieilles vignes »
très beau nez intense, cerise, pointe réglissée, très Gevrey, c’est soutenu. La bouche est de belle expression, avec un boisé très présent qui rejoint le tanin du raisin. Le tout doit et va se fondre. Au top, j’ai presque envie de dire « comme d’habitude ».

dans un style corsé sans excès, concentré mais sans lourdeur, la patte du vigneron est perceptible, et les extractions ont été bien mesurées, bravo.

domaine TAUPENOT-MERME

**(*) Gevrey-Chambertin
nez discret, pinot simple. Bouche souple, ronde, fruitée, sans grand relief. Convenable.

TRAPET père & fils

**** Gevrey-Chambertin
belle couleur. Nez fin, délicat, un peu bousculé, mais le fond est d’une belle vinosité. La bouche est corsée, bousculée, mais il y a du vin, c’est le principal. Finale glorieuse, c’est là où il se rattrape, et c’est d’une longueur… Potentiel énorme, il faut lui laisser le temps. Rétro nette sur les fruits noirs.

Tout en grâce, en finesse, mais avec une vinosité vibrante, présente et élégante. Je trouve les 2011 du domaine particulièrement réussis.

MON TIERCE

 

 S’il n’y avait pas eu Alexandrine ROY, Philippe NADDEF aurait dominé de la tête et des épaules cette dégustation d’un bon niveau, avec des vins qui comme l’année passée étaient d’une bonne lisibilité. Sa cuvée « vieilles vignes » a le niveau d’un premier cru, profond, corsé, d’une finale incommensurable, ça tiendra dans le temps sans souci. Alexandrine confirme tout le bien qu’on pense d’elle, avec des vins de haute couture, qui viennent toiser des premiers crus qui n’ont pas tous convaincus dans la dégustation précédente (voir l’article EN CLIQUANT ICI).  Pour cette dernière, j’ai préféré le « clos Prieur », plus spontané et moins pudique que la cuvée « la Justice ». Ces trois bouteilles sont d’un niveau hors norme.

2 Responses to “GEVREY-CHAMBERTIN millésime 2011 : dégustation de l’intégrale des villages !!”

  • dupin du vin sebastien

    Mon bon Pat, je dois me rendre samedi au domaine Sérafin pour acheter quelques fûts (vides!) et si possible quelques bouteilles, mais je ne sais pas si le domaine a du vin à vendre…
    En tout cas ton commentaire valorisant sur cette maison confirme sa réputation et me rassure pour l’achat de futaille… cette année dur dur de trouver des pièces d’occasions.
    Bonne soirée, et bonne reprise !
    Sebastien.

    • mon bon Sébastien,

      le domaine SERAFIN est un domaine très qualitatif de Gevrey, même si l’accueil n’est pas le point fort de celui-ci. Les vins ont beaucoup de succès, mais connaissant M. SERAFIN, je suis sûr qu’il conserve quelques bouteilles pour des visiteurs.

      Pour l’achat de futaille, c’est le bon choix. La qualité et le soin apportés à toutes les opérations peuvent te rassurer.

      Bon voyage en Burgondie, gourmandes salutations.

      Pat

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