22 novembre 2012

GEVREY-CHAMBERTIN millésime 2011 : dégustation de l’intégrale des premiers crus !!

by Patrick Maclart

Ce vendredi 16 novembre dernier, le syndicat de Gevrey-Chambertin proposait de découvrir en primeur les vins de son finage, millésime 2011. En effet, le syndicat refuse la pantalonnade des dégustations primeur de printemps, estimant (à raison) que les vins, soit en malos, soit en prise de bois, ne sont pas aptes à donner toute la lisibilité de leur terroir et de leur facture (voir article concernant cette décision en CLIQUANT ICI).

Il va désormais être de tradition que Gevrey-Chambertin présentera son millésime « prêt à la mise » le vendredi précédant la vente des Hospices de Beaune, dans cette même ville. La côte de Nuits à Beaune, ce n’est pas tous les jours, et cette présence me réjouit. En effet, la Bourgogne est unie et fait fi de certains clivages ancestraux.

Je soutiens toujours Gevrey dans sa démarche. D’autres villages devraient suivre, mais ce mois de novembre rend décidément tout le monde bien frileux. Toujours aussi frileux la presse traditionnelle qui ne se bousculait pas à cet évènement que j’estime CAPITAL. En effet, quoi de mieux que de déguster COMPARATIVEMENT TOUS LES CRUS DE GEVREY à pied d’égalité, avec des vins en fin d’élevage et quasiment prêts à la mise en bouteilles ? Donc, une fois de plus, on apprécie la présence de Bill NANSON (Burgundy Report), Jean-François GUYARD du site Vinifera-Mundi (sa première participation apparemment), de Christophe TUPINIER du magazine Bourgogne Aujourd’hui qui, même s’il était opposé à cette présentation à cette date (on peut le comprendre), a dégusté une très grande partie des vins proposés. Chapeau, c’est sport.

2011 en quelques mots

C’est un millésime délicat. En effet, c’est l’un des six plus précoces connus en Bourgogne, avec une météo totalement inattendue. Il ne fallait pas avoir de technique, du savoir ou d’expérience, mais de l’instinct, de l’écoute, essayer de comprendre comment il fallait piloter ce millésime. C’est probablement l’un des plus compliqués que le vigneron ait dûs vinifier ces 30 ou 40 dernières années. On dira que c’est une année de vigneron, mais surtout de vinificateur empathique et instinctif. Bref, il pourrait paraître présomptueux de le dire, mais une année de vigneron intelligent.

Sur la dégustation, l’ensemble était de bonne facture. Ca et là des vins venant essentiellement des mêmes domaines que l’année passée, avec quelques domaines qui n’ont pas présenté de vins, et d’autres qui ont joué le jeu. Quelques bouteilles décevantes, venant souvent des mêmes domaines que l’année passée, et quelques heureuses surprises. Quelques vins avec des creux en milieu de bouche, mais pour la plupart, ils se feront lors de la fin de l’élevage.

Mon coup de gueule ira vers des boisés vraiment trop présents dans certains vins. Boudiou est-il nécessaire d’assommer les nuances d’un terroir d’un millésime aussi délicat avec de la douelle bodybuildée ? Ben non. Pourtant, certains tels le domaine HUMBERT, qui travaille à 100 % de bois neuf, réalise de bien belles prouesses. Un autre coup de gueule : les domaine TORTOCHOT et GEANTET-PANSIOT qui sont passé au travers de leurs cuvées. Vraiment une déception par rapport à l’année passée.

Mon coup de coeur ira vers le domaine CHARLOPIN, qui a décidé d’arrêter ses extractions au Panzer et ses boisés arrogants, vers un style qui vraiment m’a séduit. Moins de bois, moins de matière, plus de finesse. Le Premier Cru « Bel Air » est l’un des plus beaux vins que j’ai dégustés du domaine en vingt ans. Bravo Toutoune, bravo.

Enfin, je termine en félicitant le syndicat de Gevrey pour sa spontanéité, sa gentillesse toute bonhomme, qui n’en fait pas des tonnes, et qui a envie de plein de choses. Il faut dire que sous l’impulsion de son président Jean-Michel GUILLON, les choses avancent. Lors des discussions à la fin de la dégustation, des projets, des envies fusent. J’adore voir cette émulation chez des viticulteurs qui pourraient se suffire à faire du vin et rentrer de l’argent. Bravo Gevrey.

DEGUSTATION

Comme l’année passée, elle a eu lieu dans un salon de l’hôtel de la Poste à Beaune. Cadre sympathique et stylé, dans une pièce bien éclairée, bien aérée, à la température idoine. Les vins étaient bien prêts, crachoirs, verres et eau à profusion. Les conditions étaient donc idéales. Mon système de notation va de « **(*) » (moyen) à « ***** » (exceptionnel). Des parenthèses pourront ça et là nuancer mon propos. Je précise pour certains confères tatillons ou chiffons qu’il s’agit de l’intégrale des premiers crus présentés. Par souci d’équité, j’ai préféré la présentation par ordre alphabétique.

N’OUBLIONS JAMAIS QU’UNE DEGUSTATION N’EST QU’UN APERCU DU VIN A UN MOMENT DETERMINE, ET QUE SI ELLE PEUT DONNER UNE IDEE SOUVENT PRECISE, IL FAUT LA PRENDRE AVEC TOUTE SA RELATIVITE. 

Philippe CHARLOPIN

****(*) 1er cru « Bel Air »
joli nez croquant, élevage marqué mais l’ensemble est séduisant. La bouche est très bien faite, malgré un tout léger creux en fin de bouche, mais ça va se reprendre, aucune inquiétude. Très long, l’un des plus convaincants du domaine dégusté depuis des années.

le Toutoune a considérablement changé le style de ses cuvées. Plus raisonnables, elles m’ont séduit par leur jus, leur moelle, tout en restant très bourguignonnes. J’applaudis des deux mains, surtout cette cuvée 1er cru « Bel Air » aux accents réglissés de son finage.

Vincent GEANTET-PANSIOT

* 1er cru « Poissenot »
nez peu convaincant, dissocié. Bouche dans le même esprit, que se passe-t-il ? Vincent nous a rarement déçus à ce niveau là.

domaine HARMAND-GEOFFROY

****(*) 1er cru « Champeaux »
superbe nez de cerise, au fruité net, intense, notes complexes de tabac blond, de fumée. L’attaque a un très beau volume, la trame acide est au centre du vin, l’évolution est aujourd’hui un peu « raide », mais c’est tout jeune. Finale ample et longue, au top.

Le discret Gérard HARMAND toujours dans le peloton de tête, avec ce cru « les Champeaux » qui il est vrai se goûte toujours bien, quelque soit le domaine. Un vin concentré, avec une admirable acidité.

domaine HUMBERT frères

**** 1er cru « Poissenot »
couleur sombre. Très beau nez intense, certes marqué par l’élevage, mais pas que : cerise noire, fumée, belle personnalité. Bouche concentrée, bien liée. L’élevage est toujours là mais surtout le vin s’y trouve aussi. Finale ferme. Un style, souvent convaincant.

juste un peu en retrait à cause d’un boisé aujourd’hui opulent, mais qui se fondra sans problème, Humbert confirme son statut de cador de Gevrey avec les autres. Un travail depuis des années qui paie.

Philippe LECLERC

** 1er cru « Champeaux »
le nez est charmeur, petites cerises, très bavard et ouvert. L’attaque donne une impression sucrée, qui ouvre la voie au tournoi en armures de tanins, typique du domaine. La finale est asséchante. Le style du domaine qui n’enlève pas mon adhésion.

René LECLERC

* 1er cru « Combe aux Moines »
nez déviant, cerises, notes animales, poussière, insecte. Bouche déséquilibrée, notes poussiéreuses, l’ensemble est décentré. Finale discutable et asséchante.

LA BOUTEILLE DE LA DEGUSTATION
Denis MORTET

***** 1er cru « Champeaux »
nez superbe, intense, vibrant, multidimensionnel, bel impact : cerise, fumée, petites notes florales, toute l’élégance du cru. La bouche est purement magnifique, de la moelle, du centre, de l’expression, de la longueur, tout y est. Arnaud est le digne successeur de son père, bravo, et j’en préfère même le style.

il est vrai que le cru « les Champeaux » se déguste très bien quand il est jeune, mais là, quel impact, quelle émotion, quelles vibrations ! Arnaud est le digne successeur de son père, dont je préfère même le style. Toutefois, l’immense respect que j’ai pour la mémoire de Denis modérera mon propos.

**** 1er cru « Lavaux Saint-Jacques »
nez marqué par l’élevage, mais on sent malgré tout la race du cru en arrière. Bouche à l’attaque lisible et complète. Finale très longue. Il gagnera encore en complexité; le point un peu faible du vin en ce jour.

Thierry MORTET

***(*) 1er cru « clos Prieur »
nez fin, fruité, assez facile et charmeur. Bouche souple et facile, quelques notes florales qu’on retrouve souvent dans cette cuvée. Bonne finale plus ferme, plus masculine, il se rattrape.

Philippe NADDEF

***(*) 1er cru « Champeaux »
nez sur une réduction assez forte, notes minérales. La bouche est plus convaincante, mais stricte et ferme pour ce cru, mais c’est la Naddef touch. Finale longue et intense, mais en ce jour le vin n’était pas à son apogée. A revoir, car la rétro est phénoménale.

Philippe ROSSIGNOL

*** 1er cru « Estournelles »
couleur assez claire. Nez discret mais très fin, qui pinote bien. La bouche est souple, fruitée, mais complète, avec un peu de structure qui harmonise bien l’ensemble, mais quelques amers trop présents à mon goût. Bonne finale plus probante.

domaine ROSSIGNOL-TRAPET

****(*)  1er cru « Petite Chapelle »
très beau nez profond mais aujourd’hui retenu, pudique, mais ô combien excitant, sur la petite cerise, de jolies notes évoquant la réglisse, c’est excitant. Pointe de gaz à l’attaque, la suite part sur le velours, la délicatesse, la tendresse et une expression d’une très belle finesse. Je m’attendais à plus de longueur, mais ça va se faire, il y a trop de bonnes choses là-dedans.

toute la pudeur des frères Rossignol-Trapet dans cette cuvée dont la profondeur eût excité Jacques Mayol…

domaine TORTOCHOT

**(*) 1er cru « Lavaux Saint-Jacques »
nez curieux, complexe, quelques notes évoquant l’olive, mais bon fond quand même. La bouche est austère, retenue, mais terriblement asséchante. Je suis très circonspect quant à l’évolution bénéfique de ce vin.

MON TIERCE

Sans aucun doute le gagnant est « les Champeaux » de Denis MORTET, vinifié par son fils. Il peut être fier de son gamin le Denis, car il n’était vraiment pas simple de succéder à un tel talent. Pour moi, je trouve même qu’il le surpasse. Mais attention, c’est un travail aux vignes de décennies qui porte aujourd’hui ses fruits. Néanmoins, comme dans le Cid, la valeur n’attend pas le nombre des années… Mon deuxième est la formidable cuvée « Petite Chapelle » du domaine ROSSIGNOL-TRAPET. D’une profondeur inouïe, aujourd’hui retenue, pudique, cette bouteille explosera à terme pour donner une véritable bombe atomique de finesse et de fraîcheur. Vu le millésime, il est clair qu’il a fallu trier, trier, trier… Et surtout écouter, comprendre, guider; des qualités que les deux frères ont indéniablement. Mon troisième est le « Bel Air » de Philippe CHARLOPIN. J’avoue que je n’ai jamais été fana des vins du Toutoune, auxquels je reprochais une matière trop présente, un boisé du même tonneau (si je puis dire), et des flaveurs surmûries qui m’agaçaient au plus haut point. Si ce style reste définitif, je bondirai de joie ! Car si effectivement ce style me déplaisait, on ne peut rien reprocher à ce vigneron quant à son travail en amont, c’est à dire à la vigne. Bref, du beau boulot, bravo et merci Gevrey-Chambertin.

4 Responses to “GEVREY-CHAMBERTIN millésime 2011 : dégustation de l’intégrale des premiers crus !!”

  • Bravo pour ces articles et analyses aux arômes de bon sens et de crédibilité !
    Pour le tiercé gagnant, sans doute difficiles à départager en tout cas commentaires très étayés et précis.

    • Bonjour Guillaume le Bourguignon !

      Merci pour ton commentaire et tes compliments. Alors, c’est quoi le bourguignon point fr ?

      Allez, merci de ta fidélité au blog, et gourmandes salutations.

      Patrick.

      • Bonjour Patrick

        Plus on est loin de notre région plus on l’apprécie..et plus on à envie de faire partager ses richesses

        En l’occurence expatrié dans le Nord, un coin chaleureux également mais où le vin de Bourgogne pourrait (devrait !) avoir une meilleure place !

        D’où l’idée du Bourguignon / fr site de vente spécialisé en vins de Bourgogne à prix accessibles..Dans une optique de redécouverte, avec en parallèle organisation de dégustations autour de Lille.

        Je suis tes activités depuis quelque temps, merci et bravo pour le travail phénoménal, riche d’enseignements et de découvertes.

        Bonne continuation !

        • Eh bien Guillaume, en voilà un homme passionné et plein de ressources !

          Si je puis t’aider un de ces quatre à animer une de tes soirées, ce serait avec plaisir !

          Amitiés, et gourmandes salutations.

          Pat.

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