22 novembre 2011

GEVREY-CHAMBERTIN 2010 : dégustation des village, l’intégrale

by Patrick Maclart

L’ensemble des vins présents a été dégusté. Comme à mon habitude, j’ai dégusté d’abord le vin, puis j’ai regardé l’étiquette. Ma cotation part de « ** » (très moyen) à « ***** » (exceptionnel). Les vins sous la note de deux étoiles ne sont pas repris.

La dégustation avait lieu dans le cadre prestigieux de l’hôtel de la Poste à Beaune. Les conditions étaient parfaites, avec les vins à bonne température, et des verres (de qualité) et crachoirs à profusion. Bravo à l’organisation.

La sélection des villages a été impitoyable. C’est à ce niveau qu’on a senti le millésime délicat. Dans l’ensemble, c’est du haut niveau. Des vins concentrés, avec de beaux tanins (quand le vin est réussi, c’est la caractéristique du millésime), et une belle personnalité. Quelques bouteilles un peu déroutantes, mais bien des vins sont en fin d’élevage, et ne sont pas encore des plus souriants à la dégustation.

GEVREY-CHAMBERTIN « villages »

2010 s’exprime bien dans ses cuvées. De la concentration, des tanins bien présents et de bonne qualité, des acidités de bon niveau, mais parfois quelques vins à la chair manquante. Ce sera là je pense le défaut principal qu’on trouvera sur le millésime 2010. Il me semble de bonne garde, mais il faudra bien déguster pour bien acheter. Les vins étaient présentés par ordre alphabétique, c’est donc l’ordre de retranscription et de dégustation.

Un petit clin d’oeil : la présence d’un nombre important de cuvées « vieilles vignes ». Ou Gevrey manque de jeunes plantes, ou tout simplement le vigneron a voulu montrer (et démontrer) le meilleur de sa production en villages. Comme quoi la racine de la vigne n’est pas un simple conducteur de sève, c’est aussi un conducteur d’émotions.

Tout s'organisera sous la protection du beau saint-Vincent de Gevrey.

Tout s’organisera sous la protection du beau saint-Vincent de Gevrey.

ATTENTION : n’oublions jamais qu’une dégustation est un instantané du vin à un moment déterminé. Jamais une note ne doit être considérée comme un jugement définitif mais plutôt comme une impression qui tente à projeter le vin dans un futur.

« Racines du Temps » – Bernard BOUVIER
****  très beau nez fruité, fumé. Très belle expression séduisante. Bouche ronde, fluide, fine, de belle facture.

« les Seuvrées  » – domaine CASTAGNIER
***(*) nez discret, qui pinote bien, encore réservé. Des gaz légers à l’attaque, réservé, le fond de bouche est un peu asséchant, ça devrait se fondre. A revoir, car il y a du joli vin derrière.

« vieilles vignes » – Philippe CHARLOPIN
***(*) nez très opulent, fumé, brûlé, impressionnant. Bouche bien faite, surtout l’attaque, qui envoie du volume et du caractère. Je suis plus déçu par la suite avec un fruité trop mûr et un côté butyreux marqué. La rétro par contre est intéressante.

domaine CHEVALIER
*** nez de cerise, beau fruit, avec un joli pinot bien net. Très bourguignon. La bouche est moins intéressante, fluide, acidulée, avec quelques notes herbacées. La finale tonique relève l’ensemble, et ça me plait.

domaine DROUHIN-LAROZE
** nez très réservé, des parfums indéfinissables. Bouche vive, acide, herbacée, pas mon truc. A mon avis, ça n’évoluera pas favorablement.

LA BOUTEILLE DE LA DEGUSTATION

« vieilles vignes » – Sylvie ESMONIN
****(*) nez concentré, fumé, encore bien marqué par l’élevage, cerise au noyau, très beau. Bouche concentrée et vive, la complexité et les arômes doivent encore venir. Prometteur.

Une vigneronne que je connais mal, mais dont j’ai souvent apprécié les vins. C’est une reprise de contact qui s’impose ! Quelle quille mes amis.

« vieilles vignes » – Emilie GEANTET
*** nez fruité, simple à ce stade. Bouche plus convaincante, assez mordante. Du vin, mais c’est encore bousculé. Avis un peu réservé.

« vieilles vignes » – HARMAND-GEOFFROY
****(*) nez fermé, pointe fumée. Très belle vinosité, belle moelle, du caractère, du vin. Superbe coup de patte. Finale longue, moelleuse et intense.

« clos Prieur » – Marc ROY
****(*) après un « Vieilles Vignes » qui m’a un peu déçu (Alexandrine m’a blasé au sublime !), le clos Prieur me rassure. Superbe nez de cerise au noyau, ça terroite gentiment. C’est classe et élégant. Bouche soyeuse, élégante, il y a du vin, une superbe trame acide avec de vrais beaux tanins de pinot. C’est bon, c’est long, alléluia ! Coup de coeur.

« en Songe » – MARCHAND-GRILLOT
*** nez classique, standard, mais ça crée du plaisir de déguster du classique. Bouche axée sur l’acidité, c’est tendu mais difficile à estimer aujourd’hui malgré une finale très vineuse. Tout s’exprime en finale. Ma note est donc à lire avec un peu de réserve vu le manque de lisibilité de la bouche.

« en Champ » – Denis MORTET
***(*) nez de boîte de cigares, futaille marquée. La Havane en côte de Nuits ! Bouche moderne, c’est un style, mais je cherche le pinot. Finale intense, un tantinet sèche à ce stade.

« Vigne Belle » – Thierry MORTET
*** nez fruité et végétal, très réglissé. Le finage est là. Fruits noirs, de la fraîcheur. Bouche fruitée, acidulée, un peu de gaz. Finale bavarde, dans un style fruité, vif et frais.

« vieilles vignes » – Philippe NADDEF
**** très beau nez de fruits noirs, épices, terrien, du Wagner ! Bouche impeccable, concentrée, très fruits noirs, une belle mêlée. Très tellurique, ça sèche un peu en finale. Ca fera un bon fond de cave.

« aux Etelois » – ROSSIGNOL-TRAPET
**** nez fumé, fruité, élégant, délicat, notes réglissées en fond de nez avec un peu de goudron (ne lisez pas ça comme quelque chose de négatif). Bouche poivrée, élégante, parfumée, ça danse sur les pointes jusqu’à la finale fine et persistante. Beau style.

« vieilles vignes » – Gérard SEGUIN
** nez insignifiant, pas fixé, végétal. Bouche végétale, mordante, acerbe. Le boisé planche. Pas une réussite.

« vieilles vignes » – SERAFIN père & fils
**** nez discret, cerise à l’alcool, terrien, peu bavard en ce jour. La bouche se rattrape avec un vin concentré, volumineux, avec un joli boisé et une belle trame acide. Un creux en milieu de bouche vient gâcher une note qui aurait été alors exceptionnelle; le domaine nous ayant tellement habitué à l’excellence. Très long.

« Champerrier – vieilles vignes » – TORTOCHOT
***(*) très beau nez fumé, marqué par l’élevage, terrien, beau ! La bouche est plus fluide que je ne le supposais, et c’est un peu décevant. La finale est soyeuse, peut-être un peu trop. C’est consensuel, et ça justifie une note un tantinet sévère.

TRAPET père & fils
**(*) nez fumé, fruité, très intense, éclatant. La bouche par contre surprend (phénomène que je retrouve souvent dans les vins de ce domaine), avec un végétal très marqué, du poivre, une impression de sous-maturité. La finale est sur le bois. Je n’adhère pas du tout.

TAUPENOT-MERME
*** joli nez de cerise, certaine profondeur dans la finesse. Bouche ronde, fluide, facile. Finale convenable, sans plus. Rien à dire sur ce vin, donc rien à dire.

5 Responses to “GEVREY-CHAMBERTIN 2010 : dégustation des village, l’intégrale”

  • kempf jeremie

    Ton analyse montre bien que les bons vinificateurs sont bien présents en 2010. Je confirme pour Jérome Galeyrand pour connaître plusieurs de ses appellations que je vend dans mon magasin. C’est vraiment un viticulteur qui progresse en vitesse grand ‘V ». Tortochot et Esmonin les reines de Gevrey toujours de grande classe.

    • cher Jérémie,

      Je me demande lequel de nous deux a fait la meilleure analyse ! Moi j’y étais, donc c’est la moindre des choses. La tienne me semble bonne malgré la distance.

      Rien à redire, et je te remercie encore pour ta fidélité au blog. Parles-en autour de toi, car j’aime à partager mes plaisirs. Question : où se trouve ton magasin ?

      Gourmandes salutations.

      Patrick MACLART.

  • kempf jeremie

    Bonjour Patrick

    mon magasin se trouve à Marsannay la côte (Cora). Nous avons la chance contrairement à d’autres hypers de travailler directement avec des viticulteurs(domaine Chevillon-Chezeaux, Marchand frêres, Christian Gros, etc….).

    En attendant une future rencontre pour te présenter un domaine de mon village natal à Flagey-Echezeaux.

    • Cher Jérémie,

      Je suis déjà passé au Cora, ça va de soi. La collaboration avec Chevillon-Chezeaux est très ancienne, ce qui prouve le sérieux de votre travail.

      Prochain coup que je passe au Cora, je te fais demander. Et Flagey, des domaines, il n’y en a pas 36. J’en connais quelques-uns… Qui sait un trésor se cache quelque part…

      Gourmandes salutations.

      Patrick MACLART.

      • kempf jeremie

        effectivement patrick, il y en que 3; le domaine rouget( le neveu d »henri jayer);le domaine coquard loison fleurot (des cousins) et le domaine desaunay bissey(celui de mon grand pere repris par mon oncle).c »est ce dernier que j »aimerai te faire decouvrir……a bientôt

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