17 novembre 2010

en Bourgogne : Claude DUGAT à Gevrey-Chambertin : le maestro du pinot

by Patrick Maclart

Mes rencontres avec Claude DUGAT sont toujours des moments d’exception, ou de surprise. Là encore, passant à Gevrey, je le croise dans sa camionnette. Nous nous rendons au cellier des Dîmes, ancien centre des impôts en nature d’un temps que les moins de vingt ans, etc etc…

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Claude DUGAT, homme discret, sage, attentif, perspicace… Un long parcours pour arriver à cette sérénité.

Lors de notre première rencontre due au hasard, j’avais été subjugué par la suavité de ses vins, à la limite de l’érotisme. Des vins d’une finesse, sans pour autant qu’il ne paraissent décharnés ou dilués. Une race immense. L’impression d’être à la genèse du pinot noir. Depuis, et quelques dégustations plus tard, j’en suis persuadé : Claude DUGAT est pour moi le meilleur vinificateur de pinot noir.

Le courage est sur les armoiries de la famille. L’ancêtre de Claude, Annet Dugat, débarquant de son Auvergne natale, était venu creuser le canal de Bourgogne. Les femmes étant toujours à la naissance de grands destins, c’est en rencontrant une fille de Gevrey, lors de vendanges, que le sort se scellera et que la vie fera le reste. En aval de la dynastie de Claude, la génération des juniors pointe son nez : Laetitia, la stakhanoviste, aimant avant tout la culture et la vigne, bosseuse en diable; Bertrand le perfectionniste, ayant déjà l’esprit aussi bien fait que les vins du domaine; et Jeanne, plus effacée, qui a hérité d’une qualité de son père : l’écoute. Elle a hérité aussi de sa réserve.

Le domaine s’étend aujourd’hui sur 6 hectares. Une partie est labourée au cheval, un véritable credo pour Claude. La protection du patrimoine de son sol est une priorité. Inutile d’espérer acquérir une bouteille, les vins sont achetés pour la plupart depuis longtemps par des amateurs autant patients que connaisseurs. Ces dernières années, les vins de Claude ont progressé en finesse, pour devenir aériens, mais Bourgogne toujours, et évoquer les sculptures en pierre du choeur de la cathédrale d’Albi. Richelieu n’y croyant pas ses yeux, exigea toucher ces oeuvres pour s’en convaincre. Le jour où vous serez confronté avec curiosité et extase aux vins de Claude, vous serez très « Richelieu »…

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Claude DUGAT

1  place de la Cure
F-21220  GEVREY-CHAMBERTIN

tél.  +33 (0)3 80 34 36 18

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Quelques notes antérieures sont adjointes.

**** Bourgogne rouge 2007
Fruit pur et croquant de petites cerises, notes florales évoquant la violette. Bouche tout sur la finesse, à boire tel quel, sur son fruit, et avec notre esprit.

***** Gevrey village 2007
Notes de cerises rouges, terre fraîche humide, qui tend à ce stade d’évolution à se refermer, finissant sur des tanins durs. La bouche confirme que le vin a envie de dormir, de ronronner dans quelque cave humide, afin de mieux se donner plus tard. Par expérience, je n’ai aucune inquiétude sur le devenir de ce vin.

Gevrey village 2007 : bien que souhaitant entrer en méditation, il présente une pureté, une race et une finesse dignes d'un premier cru.

Gevrey village 2007 : bien que souhaitant entrer en méditation, il présente une pureté, une race et une finesse dignes d’un premier cru.

**** Gevrey village 2008
Difficile à déguster car en cours de malo. Néanmoins, la bouche est « lisible », avec de l’harmonie, de l’équilibre, au fruit bien centré. Donnera une fois de plus une belle bouteille.

**** Gevrey 1er cru 2008
Curieusement, c’est la première fois que je ressens autant le fût sur un vin de Claude. Là encore, on est en phase d’évolution et il faut patienter. Cet assemblage de Craipillot et de Perrière donnera sans nul doute un vin aux notes minérales, au pinot bien marqué, et à la finale suave.

***** Gevrey 1er cru « Lavaux Saint-Jacques » 2008
Il m’est toujours pénible de déguster ce cru cistercien, minéral et austère. Là, je suis au nirvana. Phénoménal, tant au nez qu’en bouche, grande impression, nez excitant, bouche sur une trame acide et bien construite, longueur phénoménale; bouteille exceptionnelle en vue.

****(*) Charmes-Chambertin Grand Cru 2008
Fin, harmonieux, souple, charmant, dans le style d’un grand Charmes.

***** Griotte-Chambertin Grand Cru 2008
Là, on est au faîte des grands crus. Notes de cerise à noyau, épices, sensuel en diable. Cette petite parcelle située tout au sud du cru donne un vin phénoménal, sans pour autant être impressionnant de prime abord. On est dans le cérébral. Potentiel énorme.

**** Chapelle-Chambertin Grand Cru 2008
On est dans une chapelle romane. Austère à ce stade d’évolution, il nous fait bien comprendre qu’il est trop tôt pour le toiser. Réservé comme son concepteur, la puissance est mesurée, dosée, avec des parfums discrets évoquant le cassis, le fruit mûr. Le terroir est bien présent, avec des notes de terre, de réglisse, d’épices. Comme le dit l’adage : « sans la maîtrise, la puissance n’est rien ». Cette phrase sied à merveille à ce vin.

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à l'ombre de la cure, dans un silence religieux, s'élèvent les nectars de pinot les plus grandioses de la planète.

à l’ombre de la cure, dans un silence religieux, s’élèvent les nectars de pinot les plus grandioses de la planète.

Bourgogne rouge 2009
Nez riche, fruité, fruits rouges et noirs. Bouche fruitée, ronde, bien structurée. Superbe, grand pour un régional. Rétro sur la framboise.

Gevrey-Chambertin village 2009
Notes de fruits rouges, violette. Volume de bouche rond et charmeur; tanin riche en enrobé. Finale « naturelle », beau fruit.

Gevrey-Chambertin 1er cru 2009
assemblage de Perrières et de Craipillot. Nez charmeur, fruits rouges, cerise charnue. Beaucoup de chair, des belles notes florales en bouche. Ensemble charnu, ample, et bien encadré par des tanins. Du beau, du bon, du bonheur !

Gevrey-Chambertin 1er cru « Lavaux saint-Jacques » 2009
Le nez est l’un des plus beaux qu’il m’ait été donnés de humer. Pinot « exact », cerise à noyau, très beau végétal (buisson, feuille froissée), un petit côté « ronce ». En bouche, race, prune rouge, tension, verticalité, la moelle arrive en finale avec des petites pointes cacaotées. Un sacré moment ! Longueur incommensurable.

Charmes-Chambertin Grand Cru 2009
Nez pinot, très raisin, gentil végétal… Un peu bloqué. Bouche souple, belle vinosité dans la finesse. Belle finale séduisante.

Griotte-Chambertin Grand Cru 2009
Nez de petite cerise confite, rose, épices douces, mais c’est un nez dragueur ! Bouche joyeuse, délicate, mais en grand cru s’il vous plait ! Finale sur une finesse de tanin de folie. Rétro énorme par son expression fraîche et fruitée.

Chapelle-Chambertin Grand Cru
Immense. Pinot vrai, très réglissé, comme le sont souvent les Chappelle. Belle cerise, intense. Bouche immense, concentrée, tout en restant fine, sur la chair de cerise, tanin velouté, le grain de tanin est ABSOLUMENT magnifique.

Chapelle-chambertin 2009 : immense.

Chapelle-chambertin 2009 : immense.

**** Charmes-Chambertin Grand Cru 2002
Une bouteille tout en finesse, en parfums de cerise rouge, d’épices, de végétal frais. La bouche est impressionnante, non pas dans son volume, mais dans son impression. Ce dernier mot revient souvent dans mes notes de dégustations prises à chaud chez Claude. La longueur est excellente.

***** Griotte-Chambertin Grand Cru 2002
C’est clair, on est dans la stratosphère. Un vin inoubliable, hors classement, hors norme. J’ai peu de souvenirs de pinots aussi excitants, à part quelques cuvées de Jean Raphet ou Denis Bachelet, et quelques-uns dont l’émotion m’empêche d’être plus lucide. Parfum de cerise bien mûre, terre fraîche, notes évoquant l’anis, mais pas tout à fait ça. Grande complexité. La bouche, énorme, non pas en densité, mais en impression. Cela monte directement au cerveau, un vin qui vous parle. Ce vin fait partie de mon panthéon de dégustations. La longueur est incommensurable.

8 Responses to “en Bourgogne : Claude DUGAT à Gevrey-Chambertin : le maestro du pinot”

  • J’ai dégusté (enfin) un Claude DUGAT (gevrey 2008) au CHASSAGNE à Chassagne-Montrachet ce mardi 24 avril. C’est effectivement de l’essence de pinot et une belle rencontre qui en appelle d’autres, si possible.
    La question est : comment acheter 3 ou 6 bouteilles de ce vigneron sans laisser un SMIC mensuel dans l’escarcelle du vendeur ?

    Après une première correspondance par mail en novembre 2011, je suis allé voir sur tes conseils, Thibault MOREY-COFFINET. C’est effectivement très bien (2010) avec une densité et une expression des Chassagne (et du Puligny 1er cru) plus forte que sur d’autres producteurs. Merci.

    Par contre pour DUVERNAY … pas de réponse. Pas grave puisque je suis allé chez Bernard MOREAU pour des Chassagne rouge 2009, St Aubin « en Rémilly » et Chassagne Morgeot 2010.

    • salut Pierre,

      Merci de ton message qui me fait énormément plaisir ! Et bravo pour ton repas au Chassagne, c’est l’une des meilleures tables de la Côte…

      Pour Dugat, détrompe-toi. Les prix sont loin d’être excessifs. Il y a juste un rationnement énorme car le domaine s’étend sur moins de 5 hectares. Quand tu compares le prix avec les grands crus du Médoc qui eux s’étendent sur plusieurs dizaines d’hectares et sont moins scrupuleux sur les tarifs… En cherchant sur internet, il y a quelques affaires avec Claude DUGAT.

      Pour Thibault, tu as eu raison. Non seulement c’est un homme élégant et sympa, mais ses vins sont de belle densité. Le domaine MOREAU fait partie de mes préférés. Denses, concentrés, personnels, je me régale aujourd’hui de Saint-Aubin « en Rémilly » et Chassagne « Morgeot » (tiens, les mêmes que toi !) en 2002. C’est racé et à point. Pour Philippe DUVERNAY, tu ne m’étonnes pas. C’est hélas parfois la rançon du succès dans le pays des grands blancs où on oublie que le client est un élément essentiel. On pense souvent être au-dessus de la mêlée, et on néglige parfois certaines choses. J’en prends bonne note et communiquerai désormais d’autres adresses où les vignerons sont plus sensibles à ceux qui font plusieurs centaines de kilomètres pour faire une rencontre. La tradition de la Bourgogne passe par l’accueil, le sourire, la bouteille sur le tonneau et le coeur sur la main. Certains l’oublient. Au nom de la Bourgogne, je te présente mes excuses.

      Merci de ta fidélité sur mon blog, et au plaisir de nous rencontrer. Gourmandes salutations.
      Patrick.

  • Olivier

    Patrick,

    Magnifique reportage.
    J’ai eu la chance de pouvoir déguster le Gevrey-Chambertin Villages 2007 … une essence de Pinot Noir !
    Fruit très pur, acidité millimétrée et un tanin juteux. Du grand Art.
    Hélas, domaine inaccessible 🙁

    Salutations viniques,

    Olivier

    • salut Olivier,

      Pourquoi inaccessible ? Les prix savent ici justement rester raisonnables. C’est juste la quantité qui manque, et donc un système d’allocations.

      Pour moi, Claude DUGAT est le meilleur facteur de pinot noir au monde, après avoir dégusté une grande série, dont les plus prestigieux. C’est de surcroît un homme incroyable, qui lorsqu’il vous regarde semble vous injecter de la quiétude. Et dire qu’on doit être gentil avec sa vigne car on la fait souffrir, ça donne à réfléchir.

      Amitiés et gourmandes salutations.

      Patrick.

  • Olivier

    Patrick,

    Tu as pointé tout juste avec les allocations, système que je peux, par ailleurs, parfaitement comprendre puisque les quantités sont faibles.
    Mais je ne fais malheureusement pas partie des heureux élus.
    Et, comme à l’instar d’autres domaines fort recherchés, les prix en seconde main sont complètement délirants mais ça, c’est un autre débat.
    Je préfère encore cent fois le déguster au restaurant quand les prix sont raisonnables.
    Avec une belle cuisine, c’est le pied ! 🙂

    Salutations viniques,

    Olivier

    • c’est pourquoi Olivier j’aime à faire des échanges avec certaines de mes allocations, pour en faire profiter les copains, et pour moi aussi élargir la gamme de mes beaux vins. Le vin est avant tout partage du plaisir.

      A bientôt Olivier, gourmandes salutations.

      Pat

  • Jacques Terrasse

    Bravo pour les images et l’expression de votre respect, de votre admiration, sur Claude Dugat, et ses vins !

    J’ai craqué et fini par trouver un Bourgogne (dit générique) 2011, j’en ai pris 6 pour un prix sans doute 3 fois le prix domaine; mais la vie n’est pas si longue et boire les appellations « plus petites » d’un grand vigneron, c’est déjà boire son vin, et je suis sûr qu’on y sent son talent !

    Bonne continuation et dégustations futures !

    JT

    PS, je suis en recherche de Chassagne Montrachet rouge (1er cru ou village) qui soit typique de l’appellation. En fait j’en garde un souvenir ému, j’ai fait les vendanges à Chassagne en 1983 .. Et étonnamment on trouve rarement des Chassagne rouge chez les cavistes; N’hésitez pas à m’indiquer des domaines simple si vous le voulez-bien

    • salut Jacques,

      Merci de ta fidélité au blog. Bravo pour ton acquisition et surtout l’esprit que tu mets dans cela… Oui la vie est courte, carpe diem. Plaie d’argent n’est jamais mortelle…

      Pour les Chassagne rouges, tu as déjà une bonne info dans le blog. Mais pour moi, le meilleur est chez Bernard MOREAU. Pas facile à avoir, mais c’est le moment. Les vins ont été mis en bouteilles il y a quelques temps et les réserves pour les particuliers sont disponibles. Sans quoi j’aime aussi le rouge de chez Ramonet. Pas trop mal.

      Sans quoi, si tu aimes les prix tout doux et les bons rapports qui vont avec, Gabriel & Paul JOUARD à Chassagne élaborent un très beau vin, réussi en 2008 (il fallait le faire !), et à un prix plus qu’abordable. C’est un « vieilles vignes » et tu trouveras le commentaire de dégustation dans le lien suivant : http://bourgogne-wineblog.com/de-bourgogne/la-40eme-edition-de-la-cave-de-prestige-de-bourgogne-un-vrai-succes/

      Merci de faire connaître mon blog auprès de tes amis, et gourmandes salutations !

      Patrick.

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