15 février 2011

en Bourgogne, à Nuits St-Georges : Thibault LIGER-BELAIR : une volonté de fer pour des vins de velours.

by Patrick Maclart

Ne nous fions pas aux apparences. Thibault LIGER-BELAIR, 35 ans et un physique de pilier biterrois, est certainement l’un des vignerons les plus fins et les plus intelligents que je connaisse.

Notre rencontre date d’il y a quelques années, au repas de la nuit des Nuits, précédant la vente des Hospices de Nuits Saint-Georges. Nous étions à même table, et je m’étonnais de la finesse d’esprit, et de l’humour tout rabelaisien de ce jeune homme.

les pieds sur terre, mais sans ignorer le ciel, Thibault LIGER-BELAIR applique dans ses vignes la biodynamie.

Le domaine LIGER-BELAIR date depuis plusieurs siècles, créé par le Comte LIGER-BELAIR en 1720. Après des turpitudes familiales dont seuls les Bourguignons ont le secret, Thibault a décidé en 2001 de faire revivre le domaine qui s’étend aujourd’hui sur 7 hectares. La maison de négoce éponyme achète des raisins, mais travaille les vignes pour répondre à l’exigent cahier des charges de la biodynamie.

En effet, Thibault croit dur comme fer en cette méthode culturale, qu’il ne voit pas comme un endoctrinement, mais comme une logique terrienne, permettant de léguer à ses descendants un sol pur et sain, car nous ne sommes que de passage… Pas de désherbants, plusieurs labours par an dont une partie au cheval, le domaine est certifié bio depuis 2005. Les rendements gravitent à l’entour des 30 hectos à l’hectare.

Même si ces méthodes sont appliquées, Thibault adopte plutôt une méthode à chaque vigne, plutôt que le contraire. Donc, rien n’est dogmatique, seul le végétal est écouté.

Les vendanges sont manuelles, en petites cagettes. La totalité des raisins est égrappée mais pas foulée. Une toute petite partie est vinifiée en grappes entières. Pas de pigeage, mais plutôt une infusion, «c’est une sorte de remontage très doux. Il faut travailler avec douceur et précaution, et on obtient ainsi tout le soyeux du pinot» confirme Thibault. Après 6 semaines, les vins sont entonnés et seront élevés pendant 12 à 18 mois selon les appellations. Aucun soutirage, sauf si le vin le demande, mais c’est exceptionnel. Le seul soutirage sera celui qui permettra l’encuvage pour assemblage avant mise en bouteilles.

Quand le pinot cotoie la lumière, on peut croire que Dieu existe, tout comme lorsqu’on écoute Bach.

Le monde entier s’arrache les bouteilles de ce domaine, avec pour marchés principaux les USA, le Japon, la Grande-Bretagne. Rien n’est à vendre au domaine, il faudra donc vous tourner vers les cavistes benoîts et les restaurateurs avisés.

Thibault est homme de challenge de curiosité. Sa dernière marotte ? Une parcelle d’un peu plus de 3 hectares en Moulin à Vent. «C’est un immense terroir, et j’apprends encore plein de choses là-bas», affirme Thibault dans un crédo magnifique à entendre. J’ai eu l’immense privilège d’être parmi les premiers à déguster ces étonnants Beaujolais.

Découvrez les pinots et gamays aussi fins que l’esprit de Thibault et vous comprendrez pourquoi on dit «spiritueux» quand on parle des choses de la bouteille.

TLB2

Domaine Thibault LIGER-BELAIR
Thibault LIGER-BELAIR

32 rue Thurot
F-21700 NUITS SAINT-GEORGES

tél. & fax +33 (0)3 80 61 51 16
site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ dans la cave de Thibault. Merci l’ami de ces chouettes moments de vie vraie.

Voilà qui présage un bon moment à vivre : des verres, une pipette, un vigneron, des fûts, du vin, un crachoir (totalement optionnel…), elle est pas belle la vie ?

Moulin à Vent «les Rouchaux» 2009
d’un rendement de 38 hectos à l’hectare. Parcelle d’un hectare environ sur granit bleu friable et argile. Nez de cerise juteuse, fraise, violette. Bouche un peu bousculée à ce stade. Ample et agréable.

Moulin à Vent «vieilles vignes» 2009
assemblage de 5 parcelles sur granit. Plus de minéralité, nez profond et bavard : fruits rouges, confiture de groseilles. Bouche souple, fruitée, mais complète. J’adore la finesse de ce tanin en fin de bouche qui vient mettre des petites épaulettes.

Moulin à Vent «la Roche» 2009
situé en haut de la colline, la roche affleure la terre, d’où son nom. Nez sur le variétal gamay, fraises, violette, belle vinosité. Bouche harmonieuse, corsée et fruitée. Plein, large, riche. Très beau.

Bourgogne rouge «les Grands Chaillots» 2009
Parcelle située en face de Nuits. Nez très pinot, pointe de réduction tout à fait normale à ce stade. Bouche veloutée, fruitée, craquante, longue.

Hautes-Côtes de Nuits «clos du Prieuré» 2006
Issu d’une parcelle à Arcenant sur marnes et calcaire. Le nez est plus floral que fruité, évoquant la pivoine, avec en fond des petites cerises griottes. La bouche est à la fois fine et profonde, avec des tanins soyeux, une impression minérale et bien construite. Finale longue et aérienne, un Côtes soigné comme un cru.

lorsqu’un Hautes-Côtes de Nuits est soigné et élevé comme un cru, c’est une fusée qui s’offre à nous. Fierté de ma cave que cette bouteille.

Nuits St-Georges «la Charmotte» 2009
Joli nez de pinot, parfum de griotte, simple mais fin. Bouche veloutée, fruitée. Finale plus bavarde, rétro sur la griotte.

Gevrey-Chambertin «la Croix des Champs» 2009
cette parcelle se situe tout près de Morey, ce qui explique la finesse habituelle des vins issus de ce coin. Nez de cerise, épices douces, floral. Bouche complète, très beau fond de vin. Très long, grande bouteille.

Chambolle-Musigny 1er cru «les Gruenchers» 2009
Bien que le nez soit sur la retenue, la bouche fine, profonde, fruitée, sexy, finit en fanfare, et fait la queue de paon. Grand moment, très long.

Vosne-Romanée «aux Réas» 2009
Nez discret, tendu. Bouche tendue, minérale, le terroir parle, et je n’ai pas souvent dégusté des Réas de ce niveau. Fin et long.

Aloxe-Corton 1er cru «la Toppe au Vert» 2009
Nez plus austère. Attaque sur le minéral; bouche sur la retenue. Belle rétro.

Corton Rognet Grand Cru 2009
Un terroir d’argile rouge et calcaire. Nez de prunes rouges, fruit à profusion, guignolet. Bouche qui reste sur le guignolet, noyau, rondeur. Jolie finale un peu ronde, qui déroute pour un Corton, si ce n’est que les Rognets sont des Corton «à part».

Corton Renardes Grand Cru 2009
nez très pinot et très profond, subtil, impression minérale et d’une certaine puissance. L’ensemble au nez est réservé. Bouche elle aussi profonde, terrienne et sur la retenue. Grand vin à venir. A réserver.

Clos Vougeot Grand Cru 2009
Nez cerise-groseille, sur la retenue. Légère réduction. Bouche directive, dotée d’un muscle étonnant. Les amers doivent encore se cintrer. La finale est ferme et épicée. Très long.

Nuits St-Georges 1er cru «les Saint-Georges» 2009
Nez profond, terrien, épicé, truffe noire, SUPERBE. Bouche à l’attaque musclée, riche, ça développe au grand braquet ! Plein, épicé, truffé en bouche. Niveau d’un tout grand cru. Finale à la Verdi, interminable.

Que ce soit chez Thibault ou chez Robert CHEVILLON, je me demanderai toujours pourquoi les Saint-Georges restent 1er cru, alors qu’il pulvérise à l’aveugle bien des Grands Crus. L’un des plus grands terroirs de Bourgogne, qui ne souffre d’aucune discussion.

Richebourg 2009 Grand Cru
Nez profond, terrien, cerise fraîche, pointes épicées et minérales. Bouche tendue, fine, très complexe. Très long, mais difficile à comprendre comme c’est souvent le cas avec les jeunes Richebourg. Il n’y a aucun fût neuf sur la cuvée des Richebourg.

Nuits St-Georges «les Charmottes» 2008
Nez de pinot fin, petites cerises, petite note poivrée très courante sur ce millésime. Bouche à l’attaque soyeuse, trame acide bien présente, et qui «solidifie» le vin. Bouche fraiche, sur la chair de cerise, encadrée par de beaux amers. Long, fin, tendu et frais.

Gevrey-Chambertin «la Croix des Champs» 2008
Nez de fraise, cannelle, florale, cendré. Bouche fraîche, ronde, très parfumée, petites notes cendrées perceptibles aussi en bouche. Bien construit.

Corton Rognets Grand Cru 2007
Nez axé sur le fruit, explosif, avec en arrière-nez du nougat, du floral, c’est la fête ! Bouche fruitée, mais le floral l’emporte à ce stade. Finale ample, vineuse et ample.

Nuits St-Georges 1er cru «les Saint-Georges» 2007
nez de myrtilles, de groseilles, fourrure, terre, épices, vraiment immense, vraiment grand. Bouche pleine, riche, fougueuse, sur des notes de terre fraîche, de fruits rouges et d’épices. Finale ronde, pleine et compacte. Magnifique.

Corton Renardes Grand Cru 2006
Nez de cerise charnue, joli, végétal frais, très ample. Bouche à l’attaque souple, c’est ouvert et axé sur la cerise. Notes minérales et terriennes. Long et persistant, comme la quasi-totalité de la gamme.

11 Responses to “en Bourgogne, à Nuits St-Georges : Thibault LIGER-BELAIR : une volonté de fer pour des vins de velours.”

  • bdg

    Il faudrait qu’il se fasse connaître au USA, il y a de quoi faire aux states

  • Philippe

    Surtout ne pas distribuer aux E.U. (déjà que distribuer à la connotation de gratuité, vous vous rendez compte?) Il n’y en a pas assez pour nous! Eux ont leur Zinfandel. Cela doit suffir, parbleu!

  • bdg

    Messieurs, les vins de bourgogne ne vous sont pas réservés ! il faut que nos vins français s’exportent.
    Il y a des gens qui se battent pour faire connaître une appellation du sud ouest qui manque de notoriété

    • bonjour Bdg, fidèle lecteur,

      Vous avez totalement raison, mais je pense que le propos de Philippe était surtout humoristique… Un peu d’humour se marie bien avec les vins.
      Quant au sud-ouest et ses appellations, il y a plein de choses à faire découvrir… Et je sais de quoi je parle. La France regorge de trésors.

      Merci de votre fidélité.

      Patrick MACLART.

    • Philippe

      Ah que si! Patrick est Bourguignon par adoption, c’est vrai mais en ce qui me concerne, vous oubliez que la Flandre a fait partie, pendant plusieurs siècles, du duché de Bourgogne! Nous sommes autant Bourguignons que ceux d’Auxerre ou de Beaune, j’exclus les Tournusiens, parce qu’on ne fait pas de bon vin par là, nah! Nous revendiquons donc notre droit! Le Bourgogne c’est d’abord pour nous Bourguignons! S’il en reste, du moins bon, bien sur (j’aime le jeu de mot), on est prêt à exporter, entre autre vers la France. Mais uniquement à prix fort!
      Quant au sud-ouest, c’est pour les english non? Visitez le marché du dimanche à Montcuq et ce n’est pas Voltaire, mais Shakespeare qu’il faut connaitre. Ledz disguss ze black vine… Ah, j’en ferais bien un poëme: Cahors, Madiran, Gaillac
      Buzet, Irouléguy, Bergerac
      Jurancon, Béarn, Marcillac
      Tous en coeur pour le refrein)
      Braucol, Manseng, Tannat,
      Mauzac, Syrah, Ondenc,
      Colombard, Courbu et Fer
      (Je jure que sur un arrière-fond de la Carmina Burana, ca fait un effet vache!)
      Et puis, surtout, battez-vous pour faire connaître toutes ces merveilles, pour augmenter leur renommée, pour en faire des chevrons de la viticulture, des stars du wine-world. Moi, pendant ce temps la, je siroterai mon petit Bourgogne, Bordeaux, Cahors ou Chinon qu’il m’aura plu ouvrir à ce moment.
      Philippe

  • bdg

    chaque jury goûte 20 à 25 vins, et il est normal que les derniers échantillons passent à la trappe.
    Les canadiens, américains ou chinois ont une perception différente de la nôtre, de ce fait il peut y avoir des écarts. C’est statistique

    • De quel jury parlez vous BDG ? Il est des concours où on est à 50, et certains dégustateurs peuvent faire mieux…
      Vous semblez bien connaisseur des dégustateurs étrangers, travaillez-vous à l’export ? Mais heureusement qu’il y a des écarts entre dégustateurs, et j’espère même dans un même pays. Sans quoi, nous boirions tous les mêmes vins sortis des usines pinardières… Triste sort.
      Merci de votre lecture.

      Patrick MACLART.

  • bdg

    Philippe, une nouvelle journée commence et je vais me battre pour que nos vins soit présents aux usa, cela ce vois que vous n’avait jamais participer à la promotion de nos vins français à l’export, vous et Patrick n’avait que la bourgogne pour chemin de bataille. Je fais souvent des statistiques et il n’y a pas que des anglais qui viennent dans le sud ouest, vous êtes chauvins !!

    • Cher BDG,

      Désolé de vous appeler ainsi, car contrairement à Philippe et moi, vous ne signez pas vos messages.
      Il ne faut pas confondre passion et chauvinisme. Si vous regardez un peu mon blog, vous constaterez qu’il y a des articles de partout, de Gaillac, des côtes du Roussillon, d’Alsace… Tout ça en 4 mois d’existence.

      Vos propos sont déplacés, et manichéens. Mais comme à l’instar de tous mes lecteurs, je publie votre post. Ceux qui le liront en tireront leurs opinions. Et je pense que, sans défendre Philippe qui est assez grand pour le faire lui-même, il a fait un joli hommage aux vins du sud-ouest… Comme vous en parlez tout le temps, je me demande qui est le chauvin de l’histoire…

      Bon séjour aux USA.

      Patrick MACLART.

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