29 novembre 2010

DEGUSTATION EXPRESS : 10 CHABLIS 1ER CRUS 2008 (et théorie des premiers crus)

by Patrick Maclart

L’AOC Chablis a été accordée en 1938. Avant de l’obtenir, comme partout en Bourgogne, les vignerons ont isolé leurs meilleurs terroirs afin de leur donner un statut particulier, basé sur les usages locaux, loyaux et constants.

Les premiers crus sont au nombre de 40. Toutefois, les climats sont 79. Lors de la classification en 1938, il a été demandé de simplifier le classement et d’éviter d’avoir des crus «parapluie». Certains crus sont donc constitués de plusieurs climats. Ils sont de plus regroupés en 17 appellations plus célèbres.

Les premiers crus se partagent les deux rives du Serein, la rivière qui traverse Chablis. Toutefois, les vins de la rive droite sont en général mieux appréciés, car le calcaire kimméridgien, facteur du terroir si particulier de Chablis, est plus important.

sol typique de Chablis, de calcaire kimméridgien.

Le vignoble de Chablis s’est fortement étendu dans les années 70 et 80. La controverse est encore vive aujourd’hui. Pour certains, les calcaires portlandiens, bien présents sur des terroirs non-classés, étaient de même qualité que les calcaires kimméridgiens, bien présents sur les terroirs historiques.

L’INAO a donc permis une extension de 4.000 hectares, ce qui a fait que les premiers crus, qui représentaient plus de surface que les Chablis village en 1960, sont aujourd’hui quatre fois moins étendus que ces derniers. Le seul cépage autorisé est le chardonnay, appelé ici BEAUNOIS.

Une cabotte au bord des vignes, un paysage courant en chablisien.

On estime souvent que la Montée de Tonnerre, Fourchaume et Mont de Milieu sont les meilleurs premiers crus du Chablisien. Pourtant, les Vaillons ou d’autres peuvent tenir la dragée haute aux précédents. Comme un peu partout, c’est la dégustation et le sérieux du vigneron qui feront la différence.

La surface totale des premiers crus de Chablis est de 780 hectares environ. Les 17 crus sont:

Mont de Milieu, sur la rive droite, à proximité des grands Crus. Le nom vient du fait que le haut du mont faisait frontière entre les duchés de Bourgogne et de Champagne. Une borne y serait encore visible. Exposition plein sud, finissant sud-est. Mûr, plein, riche et complet, bien marqué par la typicité «Chablis», mais avec une complexité florale.
Montée de Tonnerre, sur la rive droite, à proximité des Grands Crus. Fin, vif, minéral, complexe et nerveux.
Fourchaume, sur la rive droite, très au nord. Charpenté, charnu, fruité et floral. Puissant, parmi les meilleurs premiers crus.
Vaillons, sur la rive gauche du Serein. Pente importante, en versant sud-est. Riche et généreux. On retrouve le fameux 1er cru «les Lys» sur le grand secteur des Vaillons.
Montmains, sur la rive gauche. Riche et fruité, charmeur dans sa jeunesse.
Côte de Léchet, sur la rive gauche. Fin et très minéral, souvent fermé dans sa jeunesse.

Beauroy, sur la rive gauche, face aux Fourchaume. Puissant, mais malgré tout abordable dans sa jeunesse
Vau Ligneau, sur la rive gauche. Très à l’ouest de l’appellation, au sud de Beines. Le terroir est plus riche en argiles, et dispose d’une belle proportion de calcaire. Fin et typique malgré tout.
Vau de Vey, sur la rive gauche, au sud de Beines. Climat très pentu, pauvre, très caillouteux. Exposition sud-sud/est. Savoureux, fin, élégant et frais.
Vaucoupin, sur la rive droite. Vigne très pentue, exposée plein est. Fin, minéral et tendu.
Vosgros, sur la rive gauche, au sud de Chablis, sur un ilot isolé près de la commune de Chichée. Gras et fruité, mûr.
Les Fourneaux, sur la rive droite. Dans la continuation de la vallée, au nord du Mont de Milieu. Frais et aromatique.
Côte de Vaubarousse, sur la rive droite, au-dessus du village.
Berdiot, petit cru situé sur la rive droite, tout au fond de la vallée allant vers Collan.

Chaume de Talvat, sur la rive gauche
Côte de Jouan, sur la rive gauche, au nord des Beauregards.
Les Beauregards, sur la rive gauche du Serein. Au sud-ouest de l’appellation, exposition sud/sud-est dans une vallée enchâssée. Terroir marneux-calcaire très précoce. Tendre, rond et charmeur, fruité à la minéralité peu marquée.

DEGUSTATION

Elle a eu lieu à Chalon-sur-Saône. Les vins ont subi le «out & in», soit qu’ils aient été aérés en carafe puis remis dans leur bouteille 6 heures avant dégustation.

La dégustation a eu lieu à l’aveugle. L’ordre des vins a été totalement aléatoire, par deux séries de 5 vins.

Je souhaite remercier chaleureusement le BIVB de Chablis qui a pris le temps de me fournir bien des explications. Vous pouvez consulter leur travail sur le site www.chablis.fr.

Les protagonistes. Les vins ont été achetés dans le commerce, afin de donner une vision juste de la production chablisienne, plutôt que s’isoler sur des superstars. La vue serait ainsi tronquée.

*** «Vaillons» – Bernard DEFAIX
Robe or assez soutenue. Nez léger de chardonnay, simple, discret, notes végétales et citronnées. Attaque vive, mordante, développe sur une matière assez riche, avec une finale ample, pleine et persistante. Bien plus intéressant en bouche qu’au nez.

*** «terroir de Fleys» – Patrick PIUZE
bouteille piège, car pas classée en 1er cru. Nez discret, notes variétales et végétales. Bouche fine, discrète, impression fruitée, notes d’amandes. Finale fine et distinguée, assez ample, finissant sur le citron.

**(*) «les Lys» – LONG-DEPAQUIT
joli nez élégant, minéral, citronné; fin et précis. La précision est souvent une marque de ce cru. Bouche fine, élégante, assez simple cependant dans sa définition. Finale convenable. Rétro sur l’aubépine.

**(*) «l’Homme Mort» – LA CHABLISIENNE
nez aux premiers arômes pas trop mal, pointe mentholée, mais l’évolution laisse apparaître de la levure de bière et des notes moisies. Bouche à l’attaque boisée, qui se veut confortable. Impression de richesse. Finale sur la poire. Pas mon style.

*(*) «Montmains» – Patrick PIUZE
les deux vins de l’ancien oenologue de la maison Brocard ne m’ont pas convaincu. Ici, le nez est discret, pêche blanche, citron. Bouche légère, fluide, coulante, quelconque. Impression «louche».

Si vous aller vous balader dans le Chablisien, l’abbaye de Pontigny est un moment autant superbe que quiet, où le recueillement est de rigueur. N’oubliez pas d’aller vous restaurer à la Cuisine au vin, le restaurant du truculent Daniel DEFAIX à Chablis. La cuisine élaborée par le talentueux Patrick avec les légumes du jardin vous enchantera.

**** «Montée de Tonnerre» – domaine CHRISTOPHE
nez très beau, très chic : noisette, chardonnay, citron, minéral, vraiment séduisant. Bouche minérale, tendue, bien construite, citron, coco (passage sur bois certainement). Finale fine mais intense.

**(*) «Beauroy» – Daniel DAMPT
nez discret mais intense, parfums bousculés, manque de centre. Bouche coulante, mais dotée de beaux amers qui encadre bien le vin. Finale butyreuse, étonnant. Vin bousculé, qui n’a pas convaincu ce jour là, à revoir.

***(*) «Butteaux» – domaine SERVIN
robe soutenue. Nez mûr, fruits jaunes, noisette grillée, assez riche. Bouche épicée, riche, large. Finale dans le même esprit. Plus spectaculaire qu’intéressant, mais qualité indéniable. Personnel.

**(*) «Fourchaume» – Jean-Marc BROCARD
nez bien fait, noisette, pomme, un peu bousculée. Bouche à l’attaque citron très marqué (acide citrique à la mise ?) développant sur une matière très fluide avec des amers marqués. Finale convenable.

*(*) «Mont de Milieu» – château de Fleys
nez discret, citronné, médicamenteux, pointe minérale. Bouche tendue, stricte, citronnée, pointe minérale. Assez conforme au nez. Développement et finale très discrets. Assez court, peu digne de son rang.

2 Responses to “DEGUSTATION EXPRESS : 10 CHABLIS 1ER CRUS 2008 (et théorie des premiers crus)”

  • sebastien christophe

    Bonjour, concernant la premiere photo des vignes , je pense que j’ai reconnus mes parcelles.
    Donc merci de me faire parvenir les droits sur ces documents. LOL

    pour le reste , merci de la présentation des premier crus et merci de vos commentaires de dégustations.

    • Sébastien, tu as bien vu ! Une vigne bien soignée ! Bon, les droits d’auteur, ce sera un canon à se partager, ça te va ? A bientôt, samedi il me semble au concours des Chablis.

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