1 mars 2011

Dégustation de 12 Bourgogne blancs « générique » 2008

by Patrick Maclart

J’ai organisé une dégustation de Bourgogne blancs « génériques » (Dieu que ce mot est laid !), ou régionaux (guère mieux comme adjectif…),  du millésime 2008. Ce fabuleux millésime apportera bien du plaisir dans les années à venir, car il s’agit d’un vrai millésime de garde. Mais qu’en est-il des vins sensés être plus abordables, destinés à une consommation plus rapide ?

Le but de cette dégustation était de confronter des « stars » de Bourgogne, plus connus pour d’autres productions (Anne Gros, Comte Armand, Gambal, Tollot-Beaut), ceux qui ont le terroir et le savoir-faire en vins blancs (JM Boillot, Sylvain Dussort, Sylvain Morey), des seconds couteaux pas assez connus (Thiébault HUBER, Jean-Marc Vincent), et ceux qui ne sont pas supposés en avoir le terroir ni le « coup de patte » à vins blancs (Heresztyn, Naddef).

de gauche à droite : Sylvain MOREY, Jean-Marc-BOILLOT, Comte Armand, Louis Latour Grand Ardèche (bouteille piège), Anne GROS et le domaine TOLLOT-BEAUT

Mon côté pervers-masochiste a introduit une bouteille piège : un Grand Ardèche de chez Latour. Bien que je n’aie pas retrouvé le vin à l’aveugle, mon commentaire de dégustation est cohérent.

Car je précise que les commentaires de dégustation, y compris les notes allouées, sont « brut de dégustation ». Rien a été retouché ni modifié.

de gauche à droite : Sylvain DUSSORT, domaine HUBER-VERDEREAU, domaine HERESZTYN, Philippe NADDEF, Alex GAMBAL. Manque sur la photo : Jean-Marc VINCENT.

L’ensemble de la dégustation s’est déroulée « à l’aveugle », chaussette sur bouteille. L’ordre de la dégustation a été déterminée aléatoirement, par tirage au sort. Arnaud CAGNI, de la Grande Boutique des Vins à Beaune, était présent et a dégusté les vins avec moi. Il a pu donc attester du sérieux de l’ordre.

Je conclus par les remerciements : ceux qui m’ont offert leur blanc pour le soumettre à la sagacité de mes papilles et à la confrontation de leurs confrères : Philippe NADDEF, Chantal HERESZTYN (domaine Heresztyn), Sylvain DUSSORT, Thiébault HUBER (domaine Huber-Verdereau), Lydie BOILLOT (Jean-Marc Boillot).

Je remercie aussi la Grande Boutique des Vins à Beaune d’avoir mis à disposition les vins de la dégustation. Ces vins sont suivis de la mention (§). Le vin suivi de la mention (§§) a quant à lui été acheté au Caveau Municipal de Chassagne-Montrachet.

Mes réflexions et commentaires se situent tout en bas de l’article.

DEGUSTATION

ATTENTION : n’oublions jamais qu’une dégustation est un instantané du vin à un moment déterminé. Jamais une note ne doit être considérée comme un jugement définitif mais plutôt comme une impression qui tente à projeter le vin dans un futur.

Jean-Marc VINCENT  à Santenay – 10.80 €
****
très beau nez marqué par l’élevage, mais bien fait : noisette grillée, fumée, pomme reinette, belle complexité olfactive. Belle bouche à l’attaque un peu discrète, mais qui évolue bien avec une concentration en milieu de bouche, qui entoure une belle trame acide. Bonne finale, sur un fruité net.

domaine HUBER-VERDEREAU à Volnay – 8 €
****(*)
nez très sur le raisin, pomme, notes de végétal frais, poire juteuse. Bouche tonique, vivante, belle trame acide qui part en longueur, le fruité est très « raisin ». Finale de caractère, belle acidité, long et persistant.

le Bourgogne blanc de Thiébault HUBER, du domaine HUBER-VERDEREAU, est le plus beau vin de la dégustation. Au fruité net et pur, à la belle structure, aux petites notes minérales, aux prix tout doux.

domaine TOLLOT-BEAUT  à Chorey-les-Beaune – 14.50 € (§)
***
nez bien marqué par un élevage flatteur : fumé, noisette, dragueur. Bouche riche, pleine, marquée par une trame acide modérée. L’élevage marque sa patte en milieu de bouche. Finale convenable, mais l’acidité est superbe sur la finale du vin. Un peu crémeux dans l’ensemble.

Comte Armand  à Pommard – 13.80 € (§)
***(*)
cuvée « Condemaine ». robe pâle. Nez curieux, aubépine, pulpe de chardonnay très marqué, l’impression d’être au-dessus du pressoir ! bouche bien faite, jolie rétro sur le fruit. Impression de chardonnay indéniable.

BOUTEILLE MYSTERE – Grand Ardèche – Louis Latour – 9.30 €
***
Robe soutenue. Nez mûr, pointe miellée, discret. Bouche concentrée, bien faite, mais dissociée. Tout est là, concentration, richesse. Il lui manque une bonne trame acide, et une notion de terroir. A revoir, mais certaines promesses pourront être tenues. Amers marqués en finale.

Anne GROS à Vosne-Romanée – 18.50 € (§)
**
nez discret, zesté, poire, pointe d’amandes fraîches, une certaine élégance. Bouche qui manque de netteté, ou alors elle est vraiment décentrée. Pas à son top au moment de la dégustation.

Jean-Marc BOILLOT  à Pommard – 9 €
****
nez classe, marqué par l’élevage : noisette, notes beurrées, le boisé est un peu marqué à ce stade de dégustation. La bouche est riche, grasse, un beau fruit, un bel équilibre d’ensemble avec de jolis amers qui encadrent la bouche. J’aime beaucoup ça. Finale bien faite, que j’ai trouvée un tout petit peu courte.

Alex GAMBAL à Beaune – 16.90 € (§)
****(*)
cuvée « Prestige ». nez discret, tendu, certaine distinction. Bouche bien faite, il y a du vin là dedans ! Bel élevage net, propre, futé. Belle longueur sur un beau minéral, très net et distingué. Belle longueur.

Après le Puligny village 2008 aux Grands Jours de Bourgogne, c’est la deuxième cuvée d’Alex Gambal qui m’époustoufle. Minéral, concentration distinguée, il semblerait que le gars de Boston ait bien réussi ce millésime. Je n’ai pas eu autant de plaisir sur les autres années de ce négociant.

Sylvain & Sophie MOREY à Chassagne-Montrachet – 11.50 € (§§)
*(*)
nez aux notes d’hydrocarbure marquées, avec un côté zesté. On pourrait croire à un riesling ! Bouche étonnante, pomme surette, tout semble dissocié et pas grand. Etonnant vu la provenance.

Philippe NADDEF à Fixin – 8.50 €
***
robe soutenue. Nez discret, impression mûre, poire, ananas frais. Bouche concentrée, ronde, aubépine, l’ananas revient en fin de bouche, notamment sur l’expression de l’acidité. Finale ronde mais concentrée et intense.

domaine HERESZTYN à Gevrey-Chambertin – 10.15 €
****
nez bien fait, élégant, certaine finesse, bien que les parfums ne soient pas encore clairement définissables. Bouche tendue, assez concentrée, zestée, contrebalancée par un bon gras. Le vin s’exprime bien en fond de palais et à la rétro. Salivant. Bonne bouteille.

Sylvain DUSSORT à Meursault – 10.90 €
***(*)
cuvée « clos des Ormes ». nez délicat, fin, maturité certaine des raisins, fruits jaunes, tilleul. Bouche assez ronde, riche, belle concentration. Très belle expression en milieu de bouche. Même si les arômes ne sont pas encore bien fixés, un certain confort en bouche. Le vin est conduit jusqu’en finale confortablement, façon « Rolls »; finale de bon aloi.

dans le peloton de tête : Heresztyn, gourmand et élégant. C’est la sincérité des vignerons qui est exaltée; Jean-Marc VINCENT qui fait un boulot de fou dans la vigne (remontée du palissage à 1 mètre 40 dans certaines parcelles par exemple); et Jean-Marc BOILLOT où le magicien des saveurs a réussi l’examen de conjugaison avec son terroir.

QUELQUES COMMENTAIRES

– les « seconds couteaux » (Thiébault HUBER et Jean-Marc VINCENT) se sont très bien comportés. Comme quoi le travail à la vigne s’en ressent toujours un moment ou un autre dans le vin.

– je n’attendais pas Gambal et Heresztyn à telle fête. Gambal toutefois m’a convaincu sur le millésime 2008; ce n’est pas forcément le cas sur les autres années. Heresztyn semblait assez sûr de son coup, je comprends pourquoi !

– le Bourgogne blanc de Jean-Marc BOILLOT est magnifié par un terroir unique des « Bergeries », dans le bas du finage de Puligny-Montrachet. Cette belle parcelle, alliée au coup de patte du Jean-Marc, auront donné ce beau résultat.

– les vins de Sylvain MOREY et Anne GROS quant à eux semblaient bouder. Je ne puis dire à ce jour si ces vins vont prendre une autre direction. Je suis très étonné du vin de Sylvain, aux notes hydrocarburées… S’agit-il d’un problème de stockage ? La question reste posée.

2 Responses to “Dégustation de 12 Bourgogne blancs « générique » 2008”

  • dupin du vin sebastien

    Avec son côté bourguignon et chatoyant, la bouteille mystère a déjà piégé de nombreux dégustateurs à l’aveugle…J’ignore le nombre de cols, mais on la retrouve un peu partout.
    Un bon vin, régulier (trop?), dont on risque peut- être de se lasser par manque de caractère…
    C’est pas pour rien que l’on dit avoir de la chance en Bourgogne avec nos terroirs!

    • sincèrement, cette bouteille s’en sort pas trop mal, vu la quantité de production. Toutefois, on sent bien qu’il lui manque un « fond », ce qui s’appelle en effet le terroir. Mais par rapport à des chardonnays mous et insipides du pays d’Oc par exemple (je n’ai rien contre les pays d’Oc, mais les chardonnays de cette région souvent sont bien plats), Latour s’en sort pas mal. Il est clair que le savoir-faire allié à la technologie peut rendre bien des services.

      Merci de ton commentaire, gourmandes salutations.
      Patrick.

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