20 janvier 2012

à Rully, le domaine NINOT : douce harmonie

by Patrick Maclart

Erell et son frère Flavien dirigent tranquillement le domaine NINOT. Réparti sur 13 hectares, ils élaborent 50.000 bouteilles par an, car un peu de moût est vendu au négoce.

Ces deux personnalités sont somme toute complémentaires, et il règne lorsqu’ils sont ensemble une douce harmonie. Le frère Flavien, 25 ans, avec un parcours étonnant. Un CAP de tonnellerie et un stage à la tonnellerie de Mercurey, mais aussi chez l’un des meilleurs tonneliers de Bourgogne, Chassin. Il entame alors un parcours complexe : celui de Compagnon du Devoir. Mais pourquoi alors être rentré au domaine ? « Parce que ma soeur m’a demandé de rentrer ! » répond avec malice Flavien. Sa soeur en rit, on sent bien la complicité entre ces deux-là.

deux tempéraments, deux caractères, mais chacun arrive à exprimer ses qualités pour le bien du domaine. Flavien et Erell NINOT ont réussi cette alchimie.

Sa soeur Erell a 30 ans. Un parcours plus classique, plus linéraire : un BTS viti-oeno obtenu à Beaune, puis une licence en commerce vins & spiritueux. Pour parfaire ses connaissances, des stages en Bourgogne, vallée du Rhône, en Australie et même au Brésil !

Au domaine, la rigueur commande tout. A la vigne, on se rapproche du bio; « on aimerait bien y passer, me déclare Erell, on en a l’esprit. Mais je préfère me laisser une marge de manoeuvre, un garde-fou. On aimerait vraiment y passer, mais certaines années, c’est vraiment difficile ». En attendant, beaucoup de travaux de sol, surtout des griffages, et des traitements doux préventifs au soufre sec. « Mais toutes les parcelles ne se ressemblent pas, donc pas de règle absolue, on ne peut pas travailler tout notre domaine de la même façon, il faut observer et adapter le travail » affirme avec conviction la petite Erell, qui a le caractère bien trempé.

Les vendanges sont manuelles, bien qu’il y ait quelques parcelles de blancs faites à la machine. Les vinifications des rouges sont classiques : tri drastique à l’arrivée des raisins, égrappage total, prémacération à froid de 4 à 5 jours « mais souvent je laisse partir naturellement » me dit-elle. Entonnage à chaud pour un élevage de 11 à 12 mois en fûts dont 15 % de neufs, sans soutirage. Puis 2 mois de cuve pour décantation avant mis, sans collage ni filtration, « quoique ça dépend des années » annonce Erell. L’instinct féminin…

même lors du délicat millésime 2011, on a réussi chez les Ninot à sortir de bien beaux raisins; pour preuve cette belle grappe de pinot que Flavien m’exhibe avec fierté.

Pour les blancs, le pressurage est lent, (au moins deux heures mais là encore, pas de règle absolue, dixit Erell !), débourbage de 18 heures sans enzymage ni levurage. Fermentations alcoolique et malolactiques en fûts, à la bourguignonne. Comme le rouge, un élevage de 11 à 12 mois suffit, avec la même proportion de bois neuf, puis une mise en masse durant 2 mois avant mise en bouteilles.

Les marchés export sont surtout les USA et le Canada, mais aussi l’Angleterre, les Pays-Bas…

Le résultat ? Des vins blancs précis, nets, droits, équilibrés et harmonieux. De plus, ils ont une personnalité, un « je ne sais quoi » qui les met un cran au-dessus de bien d’autres. La réponse ? Elle est simple : c’est le résultat de toutes les heures de travail passées à la vigne. Même si Erell réussit bien mieux ses blancs que ses rouges (il faut dire que le terroir de Rully s’y prête mieux aussi), les millésimes 2009 et 2010 sont plus prometteurs dans la précision du travail.

Ces jeunes sont bien partis. Chacun avec sa personnalité, respectée et appréciée de l’autre, et chacun a voix au chapître… Une douce harmonie.

Domaine NINOT
Erell & flavien NINOT

2  rue de Chagny
F-71150  RULLY

tél. +33 (0)3 85 87 07 79
site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ, mais aussi chez moi, chez des amis, partout… Quand on aime, on ne compte pas. Merci Erell et Flavien des bons moments que vous me faites passer.

Rully blanc « la Barre » 2010 (brut de fût)
très beau nez, bien balancé, entre fruits jaunes et fruits secs, simple mais joli. Bouche tendue, zestée à ce stade, pointe minérale. Long, très long.

ce terroir en altitude, en haut du village de Rully, sur la route qui amène aux grottes d’Aluze est bien caillouteux. Le vin, frais et tendu, reprend très souvent ces notes minérales.

Rully blanc 1er cru « en Grézigny » 2010
(brut de fût) Nez discret, élégant, fruité et floral. Bouche à ce jour marquée par l’élevage (noix de coco), mais ça va se fondre. Impressionnant.

Rully rouge 1er cru « Chaponnière » 2010
(brut de fût) Nez marqué par la réduction. Bouche cerise, fumée, superbe expression de tanins. La chair est aujourd’hui un peu en retrait mais pas de souci, ça se mettra en place.

Mercurey rouge « vieilles vignes » 2010
(brut de fût) nez fumé, cerise noire, pointe de caramel, un peu simple à ce stade. Bouche bien faite, grande vinosité.

la profondeur du bouquet et des arômes, un côté racinaire… On peut être certain que la mention « vieilles vignes » sur l’étiquette n’est en aucun point usurpée.

Mercurey rouge 1er cru « les Crêts » 2010
(brut de fût) Superbe nez fumé, herbes aromatiques, cerise, petite pointe de réduction. Bouche tendue, ciselée, le fût est un peu en retrait car l’ensemble est dominé par les tanins et l’acidité. Bouche bien construite, finit un peu court. Mais là encore, pas d’inquiétude, c’est une phase d’évolution normale.

Rully blanc « la Barre » 2009
nez floral, végétal, frais, chèvrefeuille. Bouche ronde, très acacia, sur l’acidité et la fraîcheur. Belle finale très élégante et féminine, encore une grande réussite cette année.

Rully blanc 1er cru « en Grézigny » 2009
nez discret, fruit jaune, raisin, minéral, l’élégance se précise. Bouche bien tendue, belle minéralité d’ensemble, la trame acide s’exprime en finale, pour rafraîchir (typique des 2009 blancs). La rétro est fraîche et un joli fruit revient, top, j’achète !

Rully rouge 1er cru « Chaponnière » 2009
nez un peu bousculé, qui se referme, comme bien des 2009. La bouche rassure sur une structure impeccable, avec du fruit mêlé de tanins mûrs et d’une acidité présente. Bonne finale de caractère, sans concession avec 2009.

Mercurey « vieilles vignes » 2009
très beau nez de cerise mûre, bien fait. Du jus, du vin en milieu de bouche, cest gourmand mais la structure nous rappelle à la Bourgogne; superbe grain de tanin de raisin. Impeccable, nickel, gourmand, grand vin d’hédoniste.

crémant de Bourgogne « blanc de noir » non millésimé
constitué de 80 % de chardonnay et 20 % d’aligoté. Nez de poire, savoureux, juteux et charmant. Bouche aux bulles bien marquées. Fruité et sincère.

4 Responses to “à Rully, le domaine NINOT : douce harmonie”

  • dupin du vin sebastien

    Félicitations au domaine Ninot qui propose toujours des vins excellents aux prix très abordables.

    A propos de la tonnellerie Chassin, tout à fait d’accord pour dire que c’est un des meilleurs de Bourgogne.
    Stéphane Chassin élabore des fûts qui respectent au maximum l’expression du terroir.

  • Alain De Krahe

    Bonsoir Monsieur Maclart,

    C’est à vous que je dois la découverte de ce domaine, par une vidéo réalisée au domaine, si mes souvenirs sont bons…
    Je trouve leurs vins un peu meilleurs chaque année. Goûté cet hiver le Rully blanc « La Barre » 2012 :délicieux. Le Mercurey « Les Velleys » 2012 : beaucoup de charme et de suavité.
    Vous lire est toujours un plaisir.

    • salut Alain,

      On va laisser les « Monsieur » au vestiaire, on est entre amateurs de vins. Dieu que tu as du goût ! « la Barre » 2012, j’en ai dans la cave, c’est un très bon soldat. Polyvalent, de bonne tenue, sapide et agréable, il accompagnera autant les poissons que les viandes blanches, et tout ça à prix modique. Tu as compris que ce ne sont pas les étiquettes qu’il faut boire, mais le vin. Je suis toutefois plus circonspect sur les rouges d’Erell, bien que les derniers millésimes sont plus convaincants. Elle trouve doucement sa patte dans cette couleur.

      Continue à me lire, d’autres articles sont à venir : Chianti Classico, Vacqueyras, Santenay blancs, et j’en oublie !

      Gourmandes salutations, amitiés.

      Patrick MACLART.

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