11 juin 2013

à Rully, à la maison PICAMELOT, coincer la bulle avec Philippe CHAUTARD

by Patrick Maclart

« la maison existe depuis 1926, c’est la plus ancienne maison à bulles de Rully » me dit Philippe CHAUTARD, 48 ans, représentant la 3ème génération à la tête de la maison PICAMELOT. En fait, c’est la 3ème et demi. L’arrière-grand-père était tonnelier. Son fils a fondé la maison et son père l’a aidé dans sa création… « mon père n’était pas dans la structure, il n’y avait que des filles et il en avait épousé une ! Il a été rapidement invité à reprendre la maison; son honnêteté et sa droiture ont plu au fondateur » précise Philippe. Son père va donc rejoindre la structure en 1953.

Philippe CHAUTARD est un type vraiment gentil, et son côté artistique hérité de son envie des Beaux-Arts lui donne la force et le crédo de la création. Ses crémants s’inscrivent souvent dans une logique de haute couture, sans le prix.

Philippe lui intègre la vénérable maison en 1981, à 17 ans… « Je ne dirigeais vers des études aux Beaux-Arts, c’est par défaut que je suis entré dans le vin. J’ai tout fait, même nettoyer les toilettes ! Mais aujourd’hui, tout ce que j’ai fait est ma force » déclare Philippe avec conviction.

le regard du fondateur est toujours présent, et il doit être bien fier du chemin parcouru...

le regard du fondateur est toujours présent, et il doit être bien fier du chemin parcouru…

Dans les années 70, la génération en place ne prend pas le train des crémants. Philippe lui y réfléchit en 1987, car le Bourgogne mousseux va disparaître. C’est donc en 1991 qu’il décide d’acheter des raisins… « C’était chaotique, archaïque, on n’a pas fait que du bon à cette période. La thermo se faisait au jet d’eau ! » dit-il en riant. Savoir apprendre de ses erreurs est toujours une force. Et la persévérance paie. Premières récompenses, premiers prix. Et ça continue, des cuvées vont être créées, afin de valoriser le travail. Toutefois, il est compliqué de maîtriser ses approvisionnements, et Philippe a envie de concevoir différemment, de vinifier en fûts. C’est donc avec audace que la cuvée Jeanne Thomas sera engendrée, mais l’autre audace sera d’acheter des vignes. Maîtriser ses appros et la qualité des raisins, la boucle est bouclée.

les tables manuelles de remuage sont encore en action chez Picamelot, surtout pour les bouteilles de forme spéciale telle la cuvée Jean-Baptiste Chautard.

A la vigne, le bon sens doit s’appliquer… « Je n’aime pas les extrémistes. Pour moi par exemple le développement durable n’est pas une mode mais un fait. Donc, confiance faite au vigneron de gérer sa vigne en bon père de famille » appuie Philippe. Au chai, les vendanges sont exclusivement manuelles, comme l’impose le décret d’appellation.  Après fermentation et débourbage, le vin sera transféré en cuves ou fûts (15.000 bouteilles environ pour ce dernier contenant). L’élevage durera ensuite 6 mois pour le rosé, une bonne année pour les plus hautes cuvées. Sélection parcellaire lors de l’élevage, chose appréciable pour l’élaboration de crémants. Philippe peste contre le projet de mise en bouteilles dès décembre, avec un vieillissement sur lattes de 12 mois au lieu de 9. Pas de bâtonnage, collage pas systématique, filtration de rigueur.

au chai, rien de spectaculaire, pas de technologie dernier cru, juste de quoi élaborer de bons vins, et des fûts, car certaines cuvées sont créées avec des vins vinifiés sous bois.

Aujourd’hui, le vignoble, entretenu par le formidable Frédéric Theuret, s’étend sur une petite dizaine d’hectares; le reste étant l’achat de raisins chez des vignerons sérieux où la relation peut être pérenne; « on est passé d’une centaine à une trentaine de vignerons, et pas d’opportunistes ! » Bref, de vrais rapports à long terme. A présent, la production s’élève à environ 250.000 bouteilles, dont 30 % partent à l’export, avec pour principaux marchés le Japon et la Belgique.

Picamelot, c’est la haute couture du crémant, une volonté d’élaborer des vins avant tout, que la bulle habille comme le sel et le poivre. Et Bourgogne avant tout !

MAISON PICAMELOT
Philippe CHAUTARD

12 place de la Croix Blanche
F-71150 RULLY

tél. +33 (0)3 85 87 13 60
site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Pour voir la vidéo réalisée avec Philippe, CLIQUEZ ICI.

une gamme complète et élégante.

une gamme complète et élégante.

crémant de Bourgogne rosé brut non millésimé
100 % pinot noir en rosé de macération en pressoir. Nez de fraise des bois, floral, jolie vinosité distinguée. Très belle longueur en bouche, et une vinosité lisible.

crémant de Bourgogne blanc brut non millésimé
assemblage aligoté, pinot noir et chardonnay. Joli nez fin, floral, fond de nez de réglisse. Belle expression, finale rectiligne et intense.

crémant de Bourgogne blanc brut « terroirs de Chazot » non millésimé
100 % pinot noir, d’une seule parcelle située à Saint-Aubin, et la date de récolte, de tirage et de dégorgement sont sur l’étiquette ! Nez intense, aubépine, acacia. Bouche à la superbe attaque, c’est d’une expression, d’une saveur, dans un style bien sec. L’acidité est bien placée. Aucune lourdeur dans ce blanc de noirs à la finale incommensurable. Superbe travail de vinification.

plus qu'un travail technique, c'est une vraie approche de terroir, une conception d'un vin...

plus qu’un travail technique, c’est une vraie approche de terroir, une conception d’un vin…

crémant de Bourgogne blanc de blanc brut « cuvée Jeanne Thomas » non millésimé
nez de pomme, poire, joli fruit juteux, fleurs blanches, agréable. Bouche fine, aérienne, poire juteuse, petits amers agréables qui font saliver le palais. Le bois de l’élevage (30 à 40 %) n’est que très peu perceptible. Finale salivante, belle expression fine.

un grand succès de la maison PICAMELOT, et c'est totalement mérité !

un grand succès de la maison PICAMELOT, et c’est totalement mérité !

crémant de Bourgogne « cuvée Jean-Baptiste Chautard » 2007
80 % chardonnay, 20 % aligoté, 4 ans de vieillissement sur lattes. Nez de noisette, floral, amande, complexe. La bouche arrive sans lourdeur, il y a du vin certes mais aucune vulgarité. Que de la finesse et de l’expression. Finale sur l’amande fraîche et de belles notes mentholées.

un habillage immédiatement reconnaissable, et un crémant inoubliable. Tout y est.

un habillage immédiatement reconnaissable, et un crémant inoubliable. Tout y est.

Gamay de Gamay non-millésimé
nez curieux, déroutant, même étonnant. Idem pour la bouche qui est tout aussi déroutante, mais bien faite sur la mûre, avec un côté de chair d’escargot. Une vraie vinosité.

6 Responses to “à Rully, à la maison PICAMELOT, coincer la bulle avec Philippe CHAUTARD”

  • Murielle Favre

    Toutes mes félicitations. Mumu

  • Bonjour Patrick,
    Sehr interesting !
    Ils ont l’air bien gourmands tous ces crémants
    Le Blanc de Blancs non millésimé élevage bois doit être une vraie curiosité ?
    Fines et aériennes salutations
    Guillaume

    • Salut Guillaume,

      Merci non seulement pour ton commentaire sympa, mais pour avoir mis le lien de cet article sur ton blog.
      Pas si curieux que ça ce crémant, somme toute de belle facture. Si tu as le loisir, va rencontrer cette maison que j’adore. Son dirigeant Philippe CHAUTARD est vraiment un monstre de gentillesse et de sincérité.

      Amitiés, gourmandes salutations.

      Patrick.

  • Bonne idée la visite, je la rajoute sur la liste des bons tuyaux
    « Curiosité » dans le sens positif, et surtout ça doit être très enrichissant de déguster plusieurs Crémants différents de la même maison
    Au plaisir et encore merci !

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