17 octobre 2013

à Pommard, Thierry VIOLOT-GUILLEMARD : le miracle de la vie et du terroir.

by Patrick Maclart

Cela fait des années que j’apprécie et admire les vins de ce domaine. Toutefois, ces dernières années, j’avais été bridé de leur dégustation. Lors de la dernière édition des Grands Jours de Bourgogne, bonheur me fut donné de tater à nouveau de la production de cet excellent vigneron. Et il fut sans surprise l’un de mes coups de coeur (pour voir l’article, CLIQUEZ ICI). Rendez-vous est donc pris avec l’épouse de Thierry pour une découverte en profondeur de la propriété.

Thierry VIOLOT, 56 ans, le physique de chef de tribu éduen et l’oeil malicieux, est à la tête du domaine depuis 1981; « Je me suis mis à mon compte cette année là avec une partie des vignes de mon grand-père. Ma mère a tenu le domaine après 1986 au décès de mon père. »

ce sont les obstacles de la vie qui ont forgé le caractère de Thierry VIOLOT-GUILLEMARD, et il connaît la richesse de la vie, autant que sa fragilité.

ce sont les obstacles de la vie qui ont forgé le caractère de Thierry VIOLOT-GUILLEMARD, et il connaît la richesse de la vie, autant que sa fragilité.

Tout le monde le sait sur la côte, Thierry est un miraculé. Victime d’un très grave accident de circulation en 1987, il n’y a que Dieu qui a pu lui donner encore vie à ce jour… « Après 2 ans d’hôpital et 73 opérations, ça change la vie. Il faut s’adapter ! ». Son frère revient au domaine en 1992, mais le quittera en 2006, en vendant sa part de vignes.

C’est curieusement cet accident de voiture qui va lui faire changer sa vision culturale. Il subit les médicaments qu’on lui fait ingurgiter et imagine le parallèle avec sa vigne. Marié en 1990 et ayant rapidement des enfants, il se pose plein de questions sur l’entourage de vie, leur qualité environnementale. Il arrête progressivement les traitements pour dès 1999 travailler en bio, sans demander de certification; « en 2003, j’ai décidé de me faire épauler par un régisseur compétent qui a fait progresser bien des choses. Mais je progresse encore aujourd’hui. En tout cas dans le bio, j’y suis et j’y reste ! ». Toute la volonté d’un homme dans ses propros. « Estelle ma femme est exceptionnelle, elle s’occupe des chambres d’hôtes, de la partie administrative ,je ne serai pas grand-chose sans elle ».

même la petite vigne devant la maison est travaillée de manière assidue, perfectionniste, impeccable. On aurait pu se limiter au décoratif, mais pas question pour notre exigeant Thierry !

même la petite vigne devant la maison est travaillée de manière assidue, perfectionniste, impeccable. On aurait pu se limiter au décoratif, mais pas question pour notre exigeant Thierry !

A la vigne, le travail est désormais bio, en cours de certification depuis 2011; 2014 sera le premier millésime certifié. Plus d’intrants chimiques donc, cuivre et soufre mouillable ou sec. Ajout de composts liquides avec des cultures de micro-organismes et de bactéries, un peu dans l’esprit des préparations biodynamiques.

Les vendanges sont exclusivement manuelles. Une table de tri, un éraflage très très doux, prémacération à froid « la plus spontanée possible » (dixit Thierry), soit environ 5 jours. Fermentation alcoolique en cuves bois tronconiques ouvertes, on laisse refroidir puis entonnage en fûts pour un élevage entre 15 et 20 mois. La proportion de bois neuf est importante (50 à 60 %) mais uniquement des bois de 4 ans de séchage. Les autres fûts seront d’un vin. Tout sera embouteillé sans collage ni filtration, sauf très rare exception.

en cave, rien d'extraordinaire, un peu plus de fûts neufs qu'à l'habitude, mais Thierry ne travaille qu'avec des bois séchés 4 ans. Donc, très peu de saveurs transmises aux vins.

en cave, rien d’extraordinaire, un peu plus de fûts neufs qu’à l’habitude, mais Thierry ne travaille qu’avec des bois séchés 4 ans. Donc, très peu de saveurs transmises aux vins.

Pour les blancs, pressurage de 2 heures en pressoir pneumatique, débourbage de 24 à 48 heures, mais plus souvent 36 heures. Fermentation alcoolique en cuve inox jusqu’une densité convenable. Entonnage en fûts dont aucun neuf, que des fûts d’un vin et deux. Elevage d’un an environ. Collage pas systématique, filtration d’usage.

Aujourd’hui, le domaine s’étend sur 6 hectares et 18 appellations quand même ! 35 à 40.000 bouteilles produites dont 25 % partent à l’export, essentiellement aux USA et Japon, mais pas vraiment de marché dominant.

Thierry en a bien conscience : la vie lui a donné un sursis. Et ce temps de bonus, il n’a pas l’intention d’en faire n’importe quoi. Certes s’occuper et chérir les siens, mais aussi considérer ses vignes comme la vie, et son vin comme le jus de celle-ci. Longue vie mon Thierry, et à toi aussi Estelle !

ENSEIGNE

domaine Thierry VIOLOT-GUILLEMARD
Thierry & Estelle VIOLOT-GUILLEMARD

7  rue Sainte-Marguerite
F-21630  POMMARD

tél. +33 (0)3 80 22 49 98
site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Pour voir la vidéo réalisée avec Thierry, CLIQUEZ ICI. Merci l’ami pour le temps que tu as bien voulu me consacrer.

vraiment une gamme de haut vol.

vraiment une gamme de haut vol.

Pommard 2011
joli nez de cerise et framboise, petite pointe kirschée courante sur le finage, superbe. La bouche est parfumée, cerise Montmorency, les tanins et la trame acide sont en place, de jolis petits amers; c’est tendu et compact. Long et beau.

Pommard 1er cru « la Platière » 2011
très beau nez de pinot rond, cerise, pointe florale. La bouche est fine, la trame acide est profondément imbriquée dans un ensemble de joli fruit. Tanin mesuré, belle finale fruitée.

réservé, terrien, toujours un peu sur la réserve, voilà pourquoi j'aime la Platière, et principalement celui de Thierry ! Qu'on aille dire que 2011 ne soit pas bon, et je vous invite à déguster ce vin !

réservé, terrien, toujours un peu sur la réserve, voilà pourquoi j’aime la Platière, et principalement celui de Thierry ! Qu’on aille dire que 2011 ne soit pas bon, et je vous invite à déguster ce vin !

Pommard 1er cru « Rugiens » 2011
nez intense, profond, très épicé, pointe de girofle, complexe, très beau. La bouche est compacte, vibrante, le tanin est bien présent sur un trame acide bien compacte. Ca fait le gros dos, ça se retient pour s’exprimer dans quelques années. L’avantage du Rugiens est la lisibilité dans sa réserve.

Pommard 1er cru « la Platière » 2010
nez plus réservé, très pinot en fond de nez, terrien. Belle bouche à la trame acide, c’est un peu réservé au développement mais ça finit bien sur la griotte et la structure acide et des tanins bien présents.

Pommard 1er cru « les Epenots » 2010
nez intense, fin, complexe, un peu réservé en ce jour. La bouche se réserve aussi, mais le potentiel est là, avec une structure bien assise pour le climat, un côté cerise et un tanin expressif. Finale intense, rétro sur un joli fruit complexe.

Pommard 1er cru « Rugiens » 2010
superbe nez : cerise rouge, tellurique, petites notes d’herbes aromatiques. La bouche est intense, mais bien fine pour le climat, notes de lardons, une petite touche boisée montant légèrement en finale. Très long, rétro impressionnante.

tel un grand félin prêt à bondir, voilà exactement ce qu'est un Pommard Rugiens. J'adore son côté terrien, et l'envolée de la fin de bouche. Un immense vin, quel que soit le millésime.

tel un grand félin prêt à bondir, voilà exactement ce qu’est un Pommard Rugiens. J’adore son côté terrien, et l’envolée de la fin de bouche. Un immense vin, quel que soit le millésime.

Meursault « Meix Chavaux » 2011
nez bien fruité mais sans surmaturité, un côté solaire malgré tout, quelques notes terriennes et caillouteuses. La bouche est plus réservée, plus austère, aec un beau punch acide en milieu de bouche. La finale est harmonieuse mais tonique.

Beaune 1er cru « clos des Mouches » blanc 2011
nez intense, boisé  un peu présent, et pourtant pas un seul pourcent de bois neuf ! Pomme reinette, buisson. La bouche est bien faite, fruitée, un côté beurré marqué, mais sans lourdeur. Ca finit long. Ca ne peut que s’améliorer. Très long.

4 Responses to “à Pommard, Thierry VIOLOT-GUILLEMARD : le miracle de la vie et du terroir.”

  • °L°

    Ciao Pat,

    De nouveau, « long, très long ». Chiffre un peu en caudalies afin que cela nous donne un repère.

    Belles notes de dégustation. Encore une fois, cela donne le vin à la bouche.

    PS: Chateauneuf du Pape « les merisiers » 2011 de chez Chapoutier: mouaif, élégant mais rien de plus.

    • salut Laurent,

      merci de ta fidélité au blog. Mesurer en caudalies ? Ben j’ai pas le pied à coulisse qui faut ! Non, sincèrement, je laisse les caudalies aux sommeliers en manque de sensations, et je continue avec mon échelle croissante : « longueur convenable, bonne longueur, belle longueur, très belle longueur », puis les nuances qui en rajoutent.

      Pour Chapoutier tu ne m’étonnes pas. C’est une marque qui se défend bien, mais trop présente en grande distribution pour élaborer des vins d’excitation.
      A bientôt, gourmandes salutations et large soif.

      Pat

  • Charles Brodeur

    Tiens, avec un gîte en plus, je crois que c’est un nom que je vais retenir pour ma prochaine traversée atlantique. Je constate que je ne bois pas assez de Pommard. J’ai pourtant souvenir d’un Noizons de chez Magnien bu l’hiver dernier à faire oublier nos longues froidures.

    • salut mon Charles,

      Je trouve aussi que Pommard est le vin qui réchauffe le cœur lors des grandes froidures. J’adore le Pommard sur un bon plat canaille burgonde (coq au vin, bœuf bourguignon, …), alors que dehors la bise siffle et caresse les côtes de ceux qui se sont mal couverts… Thierry est un mec extra et son épouse se coupera en quatre pour vous satisfaire.

      Bon franchement, malgré la froidure, elle est pas belle la vie ?

      Pat

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