28 novembre 2011

à Gevrey-Chambertin : Frédéric ESMONIN : finesse et discrétion

by Patrick Maclart

Frédéric ESMONIN, 45 ans, est à la tête du domaine depuis 1988. Ayant commencé son BTS viti-oeno à Beaune, un accident le poussera à modifier une carrière de vigneron qui se profilait. Il commencera donc comme négociant, avec pour principal client son père qui lui vendait ses vins.

Il a aujourd’hui repris une partie des vignes paternelles, créé une société civile en 2003, mais continue surtout son boulot de négociant qui représente une partie conséquente de son activité. Ses approvisionnements sont variables, mais surtout en appellations régionales, où le marché est important.

on sent chez Frédéric ESMONIN comme chez son père, de la gentillesse sincère, et du bon sens. Des gens qui n’ont aucune prétention, sauf celle d’élaborer le meilleur vin possible.

Ce petit domaine de 4.5 hectares, produisant 20.000 cols par an, est pour moi cruellement sous-médiatisé. Aux vignes, la lutte est raisonnée, traitements et labours, abandon des désherbants. Le végétal est amendé par des humus et des composts 100 % naturels. « Le bio, c’est contraignant, mais il faudra bien qu’un jour ou l’autre tout le monde s’y mette » martèle le père, qui est bien présent pour seconder son fils. On sent entre ces deux-là une complicité vraiment génétique…

Les vendanges sont bien sûr manuelles, et totalement égrappées. Prémacération à froid de 4 ou 5 jours, entonnage à chaud, élevage durant 14 à 16 mois selon les millésimes, quoique sur 2009 l’élevage a été plus court, sur 12 mois seulement. Le vin avait selon Frédéric suffisamment de matière pour être embouteillé. La futaille neuve représente 2/3 pour les Grands Crus, 40 % pour les premiers crus et quelques-uns sur les cuvées communales et les vieilles vignes.

Le domaine est surtout connu à l’export. Les USA représentent à eux seuls 50 % des achats. Suivent le Japon, la Grande-Bretagne, la Belgique et la Suisse; dont la presse spécialisée de ces pays reconnaissent le travail de haut vol du domaine. La preuve ? Presque tous les vins sont réservés au moins un an à l’avance.

Le résultat ? Des vins très fins, mais concentrés, avec une typicité de terroir bien présente, des prix raisonnables et un plaisir relativement immédiat. Si ce ne sont pas des coureurs de fond, ils tiendront bien quelques années en cave.

le père semble avoir beaucoup de plaisir à guider les visiteurs entre les différentes cuvées du domaine.

Il y a chez les ESMONIN un vrai esprit de famille, et ça aussi c’est le terroir.

domaine des Estournelles
Frédéric ESMONIN

12  rue du Chêne
F-21220  GEVREY-CHAMBERTIN

tél.  +33 (0)3 80 51 89 28
mail : fredesmonin@orange.fr

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci à cette famille pour un accueil toujours aussi sincère et gentil. Pour découvrir la vidéo réalisée avec Emmanuel DELMAS du blog « sommelier-vins », cliquez ICI.

Gevrey-Chambertin 1er cru « Estournelles » 2009
Nez fermé, qui après aération vive donne un pinot fin, au minéral marqué, des notes de terre humide. Bouche fine, élégante, beau grain de tanin, très raisin, avec une impression de caillou brun. Finale aérienne sur le minéral. Belle moelle fruitée. Quand les vignerons arrivent ainsi à maîtriser le grain de leurs tanins, on touche la grâce des grands pinots.

Les vins de Frédéric ESMONIN sont fins, mais ne manquent pas pour autant de concentration.

Ruchottes-Chambertin Grand Cru 2009
Nez intense et profond, c’est un Grand Cru. Grand terroir, indéniablement : fruits noirs, graphite, touche de zan. Grand vin prometteur. Bouche fraîche, tendue, et enrobée d’une moelle fruitée. Côté terrien marqué. Finale sur un tanin propre à ce finage. Très long, ample, beau, ça cause aux tripes.

Le Chambertin, et ses voisins du nord : Mazis, Ruchottes,…

Chambertin Grand Cru 2009
Nez de pinot frais, pointe mentholée, le boisé est présent mais ne domine pas l’ensemble. Bouche puissante (c’est un grand Cru que diable !), concentrée, marquée aujourd’hui par le bois, mais ça va se fondre sans souci. Le velouté du pinot trottine sur le plat de la langue, c’est beau.

12 Responses to “à Gevrey-Chambertin : Frédéric ESMONIN : finesse et discrétion”

  • Merci Patrick, c’est bon a savoir tout ca, …

    • merci de ton intervention Sue, et je te souhaite encore un très bon anniversaire… On n’a pas tous les jours 20 ans, non ? Tu les as dans ton enthousiasme !

      Gourmandes salutations,
      Patrick MACLART.

  • J’apprécie beaucoup les vins de ce domaine dont effectivement on parle trop peu. Je n’ai jamais dégusté leur Chambertin mais s’il est aussi délicieux que les Ruchottes…cela promet !

    • Il était en cours d’élevage Patrick; l’article datant de quelques mois.

      J’aime la volonté de ce domaine, le bon esprit, le côté « sain ». Ca se ressent dans les vins. L’élevage un peu court des 2009 est une option qui leur appartient. Personnellement, je n’y adhère pas tant que ça, mais comme dit la devise « c’est à la fin du bal qu’on paiera les musiciens »… Wait and see.

      Merci de ta fidélité au blog, et de tes commentaires pertinents.

      Gourmandes salutations.
      Patrick MACLART.

  • RUINET steph

    excellent commme d habitude , je suis fan avec delmas aussi , 2 excellent s blogeurs

    • salut Stéphane,

      Merci de ton compliment qui me va droit au cœur. Emmanuel DELMAS est aussi un excellent blogueur. Sa qualité première ? L’humilité face au vin. Qualité deuxième ? Besoin de comprendre ? Qualité troisième : le partage. Bref, un homme complet, et 3 pièces siouplait ! 😉

      Merci de ta fidélité au blog, et au plaisir de te retrouver ici, gourmandes salutations.

      Patrick MACLART.

  • René-charles Rudigoz

    Les vins de A et F Esmonin sont certainement ce qu’il se fait de mieux : Arômes , Subtilité , finesse
    Le top du top

    • salut René-Charles,

      Voilà un domaine que je connais bien, A & F ESMONIN, je les suis depuis des années. Frédéric a bien du courage, et c’est un monstre de discrétion. Voir le travail qu’il abat alors qu’il est diminué… Quel courage. Le père, toujours derrière, comme un Gemini cricket, mais qui n’a que de la bienveillance pour son fils, pas de diktat. Un domaine exemplaire, trop oublié des médias, des dégustateurs qui croient tout savoir, et qui boivent plus d’étiquettes que de vins. Big up à cette famille que j’aime, tout comme toi.

      Merci de ta fidélité au blog, gourmandes salutations. (je suis ému en repensant à cette famille qui m’est chère).
      Patrick MACLART.

  • Ugo

    Salut Patrick,

    en re-parcourant ton blog je suis tombé sur ce domaine dont la discrétion égale le talent de vinificateur d’André Esmonin. C’est (malheureusement) encore un exemple qui montre que les anglos-saxons ont un coup d’avance sur nous et qu’en Bourgogne le vinificateur prime souvent sur le terroir. Et lorsqu’en plus les terroirs sont grands alors on obtient de véritables vins que j’aime appeller de « dégustation » car pas vraiment accessibles pour le dégustateur lambda (c’est un avis personnel bien entendu). Et puis il y a une dimension importante pour moi c’est le côté relationel avec les vignerons qui se dégrade souvent avec la notoriété grandissante (le fameux melon). Fréderic et son papa sont d’une grande gentillesse en plus d’être des défenseurs de valeurs qui tendent à s’oublier dans notre beau pays. Pour finir sur le sujet as-tu eu l’occasion de gouter dernièrement les vins du domaine ? Je me disais que cela pourrait être intéressant d’avoir ton ressenti sur l’évolution du style ou la constance de plusieurs domaines que tu as présenté il y a maintenant 5-6 ans. On est en plus dans une période où les vins se présentent bien pour la dégustation.

    Encore bravo pour le travail de géant que tu as abattu jusque là et toujours au plaisir de te lire.

    Salutations vineuses.
    Ugo

    • Bonjour Ugo,

      Je me délecte en lisant ton commentaire, ça fait plaisir. En effet, parler de Frédéric et André ESMONIN, c’est la certitude de ne pas faire le buzz. Pendant que certains vont bomber le torse à Vosne, ou se pavaner chez les néo-natures de Burgondie, je préfère aller voir ceux qui font bon depuis des années. Cela fait plus de 10 ans que je déguste en ce domaine, et toujours la même régularité. Et surtout avoir réussi ses 2006 comme eux, c’est un tour de force ! En plus quand on connaît les malheurs de Frédéric, encore plus d’admiration.

      Là où je ne te rejoins pas, c’est dire que le vinificateur prime sur le terroir. Oui c’est vrai chez le dégustateur lambda, et si c’est ce que tu veux me dire, tu as raison. Mais la Bourgogne n’est pas compliquée, elle est juste complexe. C’est une région aussi complexe que le Piémont, avec bien sûr ses différences et ses spécificités. Mais rien à faire, il faut de l’expérience pour appréhender la Bourgogne. Ce qui m’étonne, c’est parfois la prétention de ces journalistes anglo-saxons justement. Je te raconte une anecdote. Il y a une mode aujourd’hui en Bourgogne de la « vendange entière ». Pas vraiment une mode, car avant la mode de l’égrappoir, on faisait le vin ainsi. Mais bon, certains sont passés à ce système de vinifications. A l’aveugle, lorsque j’ai dégusté les premiers vins travaillés ainsi, je me suis dit « je vais devoir refaire tout mon apprentissage, tout réapprendre », avec je ne te le cache pas un sentiment de panique. Le journaliste anglais à côté de moi s’est fait expliquer la vendange entière, a senti le vin et a dit « j’ai compris ». Fortiche le mec, fortiche. Perso, j’ai toujours peine à m’y retrouver face au profil de ces vins, j’estime être encore en écolage, mais bon. Ils ont souvent le nez creux pour trouver de bonnes affaires.

      Les vins de dégustation, comme tu l’écris, sont souvent ceux qui sortent, hélas. Je tiens souvent compte que la destination d’un vin, c’est le repas, d’où parfois des vins plus riches qui sortent dans mes dégustations, car je les mets « en situation ».

      Merci pour la mention « travail de géant », je ne suis qu’un petit bonhomme, faisant vivre sa passion par un petit blog, mais beaucoup aimé (ça fait chaud au coeur !), et financé par mes petits deniers !
      Gourmandes salutations.

      Pat

  • Ugo

    Salut Patrick,

    merci pour ta réponse et tes précisions. Pas grand chose à ajouter si ce n’est que tu as raison quant à la vendange entière. Je comprend le principe mais ai toujours du mal à comprendre comment les vignerons choisissent les proportions de rafle à utiliser malgré une discussion sur le sujet avec Christian Amiot. Ma position sur le sujet rejoins plutôt celle d’un autre grand viticulteur (à mon humble avis), Bertrand Chevillon : « Il faut faire attention avec la rafle car on remet beaucoup de choses dans le circuit. Dans 4-5 ans, les gens vont revenir de la vendange entière ». J’ai envie de dire qui vivra verra et dégustera !

    Pour le terroir je tiens à préciser que je ne remet pas en cause le travail millimétré des anciens, il est évident et prouvé que la composition des sols, l’inclinaison… joue un rôle prépondérant sur la qualité du vin. Mais comme tu le dis il est facile de piéger un dégustateur auto-proclamé génie de la Bourgogne. J’ai bu dernièrement, pour comparer, un Vaucrain 2007 de chez Chevillon et chez Chicotot, (j’affectionne beaucoup ce terroir qui fait partie des grands crus oubliés selon moi). Je n’entrerai pas dans les détails mais il était évident autour de la table que les 2 vins provennaient du même climat sauf pour une personne qui boit rarement du vin. Les grands terroirs portent leurs signatures dans leurs gênes.

    C’est toujours un plaisir d’échanger avec toi, bonne continuation et qui sait on se croiserait sans doute un jour sur les routes burgondes 🙂

    Ugo

    P.S. le piémont est sur ma liste de visite l’an prochain avec la toscane. J’irai rendre visite à quelques monuments dont tu fais mention dans ton blog.

    • Salut Ugo,

      Je reconnais bien là le vrai amateur, voire le connaisseur. Humilité, recherche de la compréhension en acceptant toujours le côté « inexplicable » du vin, et c’est tant mieux, et puis moi aussi j’aime les Vaucrains. Et je confirme toujours que Bertrand est un grand vigneron qui a eu droit aussi à son portrait dans mon blog (si si, cherche !).

      Pourtant, le style Chicotot et Chevillon sont assez différents, tout en étant un peu semblables (authenticité). Pour le Piémont, il y a des monuments dans mon blog, mais avant tout des vignerons, tout comme la Toscane. Même en allant chez GAJA, j’ai toujours voulu rencontrer la vérité de l’homme qui fait le vin. C’est ainsi.

      On se croisera alors peut-être sur les routes piémontaises l’été prochain ?
      Gourmandes salutations.

      Patrick.

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